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le 19/06/2013

Savoir laisser passer l’orage ...


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C’est l’apanage des grands champions que de savoir gagner en souffrant ... Triompher en état de grâce est logique, vaincre malgré des vents contraires demande une toute autre envergure ... A tour de rôle, les grands maillots jaunes que furent Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Miguel Indurain et Lance Armstrong ont tous su parvenir à leurs fins ...

Andorre, juillet 1964 ... Plus préoccupé qu’il ne veut bien l’avouer par les funestes prédictions du mage Belline, qui avait annoncé que le champion normand se tuerait avant Toulouse dans le Tour de France 1964, Jacques Anquetil participe avec Raphaël Geminiani à un méchoui organisé par Radio Andorre. Arrosé de sangria, ce méchoui offre au Normand l’occasion de conjurer le sort.Le maillot jaune est sur les épaules de Georges Groussard, et Anquetil a besoin d’oublier les sombres destinées que lui prête le mage. Ereinté physiquement après le Giro, fatigué mentalement d’un duel au couteau avec Poulidor etBahamontes depuis le départ de Rennes, le Normand vient chercher à Andorre un havre de paix bien éphémère ...Vexés par ce qu’ils considèrent comme une provocation, les rivaux de Maître Jacques lui promettent l’enfer le lendemain dans les cols pyrénéens. Antonin Magne somme Raymond Poulidor de faire payer au quadruple vainqueur du Tour son insolence, lui qui n’a pas hésité longtemps avant de partager l’agneau avec Geminiani ...

L’étape Andorre - Toulouse sera proprement dantesque. Dans le col d’Envalira, le calvaire d’Anquetil commence. A l’agonie, littéralement collé au goudron des Pyrénées, le tenant du titre n’est que l’ombre de lui même. Mais à ceux qui pensent déjà que la Roche Tarpéienne n’est jamais loin du Capitole, Anquetil va opposer un démenti cinglant. Au sommet, Geminiani offre un bidon de champagne à son poulain. Clé de voûte de l’équipe Saint-Raphael, Anquetil entame alors une descente à tombeau ouvert dans le brouillard d’Envalira. Kamikaze, le Normand effraie même son fidèle coéquipier marseillais Louis Rostollan ... Dans la brume opaque, la silhouette d’Anquetilmenaçait à chaque instant dedisparaître dans leravin ... Ou de se fracasser contre la roche! Quand le vainqueur du Giro en termine avec cette descente homérique, ses forces ne sont pas encore complètement revenues ... Mais, dix kilomètres plus loin, Anquetil mène le peloton tambour battant, et le compteur de la voiture de Geminiani voit son aiguille afficher 50!
La fronde de Poulidor et de Bahamontes est finalement maîtrisée, et c’est le coureur limousin qui sera le grand perdant du jour, victime d’une crevaison à l’approche de Toulouse. La ville rose sourit à Anquetil, proche de l’asphyxie quelques heures plus tôt.

Ne pas craquer sous la pression, savoir inverser un courant défavorable, garder l’énergie implacable des champions ... Bien peu de champions en furent capables ... Les quatre autresmaillots jaunes ayant gagné cinq fois (ou plus) le Tour de France appartiennent tous à ce cénacle ...

Comme Anquetil, ils ont prouvé savoir ne pas abdiquer. Mais avant le champion de Quincampoix, Fausto Coppi avait donné un formidable exemple de panache et de combativité en 1949.

Victime d’une chute à Saint-Malo lui ayant fait perdre une vingtaine de minutes, le virtuose du Piémont aborde les Pyrénées avec28 minutes de retard sur le maillot jaune, Jacques Marinelli. Mais le campionnissimo va imposer sa férule dans la montagne, où seul son aîné Gino Bartali, prestigieux coéquipier de Coppi au sein de la Squadra Azzurra, pourra suivre le rythme infernal du récent vainqueur du Giro.

En 1971, Eddy Merckx prouve sur la route d’Orcières-Merlette, jour où Luis Ocaña réalise un festival, combien sa force mentale est grande. Isolé en tête de peloton, cerné par des coéquipiers de l’Espagnol qui lui sucent la roue, le Cannibale ne cède pas, malgré une opposition résolue à sa perte et dépassée par l’ampleur du comnat. Les rivaux en avaient soupé de voir Merckx imposer son hégémonie au cyclisme tout entier, mais le Bruxellois va résister avec ardeur. Refusant viscéralement la défaite contre son adversaire castillan, Eddy Merckx se bat avec l’énergie du désespoir, limitant l’hémorragie du temps ... Le lendemain, sur la route de Marseille, le Belge lance déjà l’heure de la reconquête, bien que la victoire finale à Paris semble utopique, tant l’avance de Luis Ocaña semble confortable. Courant avec panache et détermination, Eddy Merckx arrive dans la cité phocéenne deux heures avant les prévisions les plus optimistes de la direction de course ... Si le col de Menté et sa pluie apocalyptique sonneront le glas des espoirs du flamboyant maillot jaune qu’était Ocaña en ce Tour de France 1971, le Brabançon a prouvé savoir réagir avec orgueil, se montrant aussi digne dans la défaite que dans la victoire ...

En 1979, l’étapeAmiens -Roubaix, sur les pavés de l’enfer du Nord, est l’occasion pour Bernard Hinault de montrer quel coureur il est véritablement. Porteur du maillot jaune, le natif d’Yffiniac est victime d’une crevaison quand la course s’engage sur les premiers secteurs pavés ...

Malgré l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, le Breton assure avec brio la poursuite derrière un groupe d’échappés comprenant son dauphin de 1978, Joop Zoetemelk ...
Seul à mener la poursuite sur des routes de désolation, le Breton lutte contre la conjonctivite autant que contre le vent ...
Limitant son retard à 3’29’’ malgré une deuxième crevaison en cours d’étape, Hinault, vaincu sur le plan comptable, frappe tellement les esprits par sa résistance que Jacques Anquetil ne tarit pas d’éloges à son sujet: Aujourd’hui, Hinault s’est comporté en grand champion. Ila certainement gagné le Tour aujourd’hui. A sa place, d’autres auraient perdu un quart d’heure.C’était le cas de Joaquim Agostinho,troisième du Tour en 1978, relégué dansun autre monde. Celui des vaincus...

En 1992, lors de l’étape de Saint-Gervais, l’ascension du Mont Salève est le théâtre d’une offensive rondement menée par la Carrera de Stephen Roche. L’Irlandais croit pouvoir piéger Miguel Indurain, maillot jaune virtuel d’un Tour qu’il a écrasé de sa toute-puissance sur les routes du Grand Duché de Luxembourg. Insolent de supériorité, l’Espagnol se doit donc d’assumer le poids de la course. Lorsque Roche creuse un gouffre béant avec le peloton du Navarrais, ce dernier ne bronche pas. D’autres en perdent leur sang-froid, à commencer par les dauphins d’Indurain en 1991, les Italiens Bugno et Chiappucci ... La poursuite est engagée, et Indurain, qui a géré la crise à la perfection, est emmené dans un fauteuil vers l’arrivée où il ne cède qu’un temps limité à Stephen Roche.

En 2003, Lance Armstrong traverse une crise sans précédent. Abonné aux victoires sans partage, aux Tours de France sans suspense, le Texan voit son maillot jaune menacé par son meilleur ennemi, Jan Ullrich. Portant au pinacle l’art de l’effort solitaire, le Poulidor allemand renaît tel le phénix sous la canicule du Sud-Ouest. Ecrasé en force pure par l’ogre de Rostock à Cap Découverte, Armstrong se révèle incapable d’affronter le regard de ses coéquipiers le soir au dîner de l’US Postal ... Et voilà que déjà,les terribles cols des Pyrénées se dressent sur la route du champion américain. L’ancien vainqueur du cancer va alors puiser au plus profond de ses ressources mentales. A la limite de la rupture dans l’inédit port de Pailhères, Armstrong cède face à Zubeldia, Ullrich et Vinokourov dans l’ultime col du jour, le plateau de Bonascre.
Laissant Ullrich mener le groupe des ténors le lendemain sous son maillot cyan vers Loudenvielle, à la poursuite de l’électron libre Vinokourov, LanceArmstrong et son maillot jaune entretiennent l’espoir secret d’un exploit inattendu. Neutralisant son rival à Loudenvielle, le Texan sort la guillotine à Luz-Ardiden, où il anéantit les rêves d’Ullrich en cet été 2003, en ce Tour du Centenaire ... Il peut à nouveau soutenir le regard de ses coéquipiers au dîner.

Maillots jaunes exceptionnels, tous, Armstrong et consorts, ont su saisir la force de l’orage et saisir la foudre de Jupiter pour contrecarrer les plans de leurs rivaux ...

par AxelBorg
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par AxelBorg

le 13 avril 2012 à 11H22

Savoir laisser passer l’orage ...

Tous les maillots jaunes n’ont pas réussi cet exploit de savoir passer l’orage ...

Et c’est bien ce qui fait la différence entre des quintuples (ou septuples pour L.A.) vainqueur du Tour et des doubles/triples.

Mais par exemple, la gestion de Greg LeMond en 1990, après l’échappée du Futuroscope, fut tout de même admirable, il laissa le poids de la course à Chiappucci en maillot jaune, le grimpeur toscan s’effondrant à Saint-Etienne puis Luz-Ardiden.

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par AxelBorg

le 13 avril 2012 à 23H26

Savoir laisser passer l’orage ...

Concernant Hinault, j’ai cité le Tour 1979 avec la grande étape des pavés vers Roubaix, mais on aurait tout aussi bien pu parler de l’édition 1985, où le Blaireau surmonta sa blessure consécutive à la chute de Saint-Etienne.

Certes, on pourra dire que sans Paul Koechli, Greg LeMond aurait pu prendre le maillot jaune à Luz-Ardiden, mais Hinault fut admirable dans l’adversité pour sa cinquième victoire dans le Tour.

Idem pour Merckx en 1974, qui sut se sublimer pour battre Raymond Poulidor, lequel avait trouvé une seconde jeunesse vers le Mont du Chat.

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par moctezuma

le 14 avril 2012 à 20H27

Savoir laisser passer l’orage ...

Merci pour l’article. En fait, le mage Belline avait peut-être raison, symboliquement il serait mort et ressuscité symboliquement le même jour.

SInon, on peut dire que d’une certaine manière, Contador n’a pas réussi à laisser passer l’orage justement et à appartenir à cette catégorie de coureurs. Vu qu’en 2010, il était moins au-dessus, et qu’il avait du mal à contenir Schleck, ce qui aura amené son contrôle positif...

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par AxelBorg

le 15 avril 2012 à 16H43

Savoir laisser passer l’orage ...

Salut Moctezuma,

oui Contador a gagné en 2010 de façon douteuse, à la fois parce que l’on sait désormais de façon certaine qu’il était dopé (ce qui n’exempt pas Andy Schleck ou les autres membres du top 10 de tout reproche), mais également de manière discutable en terme de fair-play, en attaquant le jeune grimpeur luxembourgeois victime d’un saut de chaîne ...

En 2011, Contador était trop fatigué suite à son Giro victorieux, et sa chute de la première semaine n’a rien arrangé. Mais Anquetil en 1964 sut gagner après un Giro éreintant. Après, Poulidor fit deux énormes erreurs, à Monaco où il avait mal lu le plan d’étape, puis au Puy-de-Dôme où il s’était trompé de braquet. Pas assez explosif, il payait cash le fait de n’avoir pas reconnu le volcan auvergnat.

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par mmLoo7

le 18 octobre 2012 à 00H51

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