Tu n’arrives pas à la cheville de Mozer ...
C’est ainsi que le jeune Marcel Desailly fut accueilli à la Commanderie par Raymond Goethals. Orphelin de son joueur brésilien reparti à Lisbonne, le légendaire coach belge fut pourtant rapidement bluffé par le jeune défenseur venu de Nantes ... Et qui allait, seize mois plus tard, remplacer le grand Frank Rijkaard au sein du grand Milan AC de Fabio Capello ...
I’m acreep, I’m a weirdo ... S’il avait écouté Raymond Goethals, alors Marcel Desailly aurait pu fredonner en boucle le tube de Radiohead en cette année 1993, au crépuscule de sa première saison phocéenne.
Le défenseur de l’OM aurait alors traîné comme un boulet, tel Sisyphe et son rocher, l’écrasante ombre de Carlos Mozer, tant regretté par son coach.
Ce n’est pas avec ça qu’on va gagner la Coupe d’Europe, dit Raymond Goethals à Bernard Tapie en parlant de l’ancien Nantais, international espoirs qui ne possède que 126 matches de D1 à son actif. La Coupe d’Europe des Clubs Championsest l’objectif suprême du tandem Tapie - Goethals, frustré par les campagnes précédentes: la main de Vata en 1990 contre Benfica, les tirs aux buts de Baricontre l’Etoile Rouge de Belgrade en finale en 1991, l’élimination précoce face au Sparta Prague en 1992.
A 24 ans, le CV de Marcel Desaillyne pèse pas trop lourd face à celui de Carlos Mozer, international brésilien, présent au Mondiale italien de 1990, finaliste de la Coupe d’Europe en 1988 avec Benficaface au PSV.
Mais Desailly a su s’imposer assez viteà Marseille. Quand il débarque en 1992, il retrouve Didier Deschamps, son ami et ancien coéquipier à Nantes, celui qui partageait ses secrets à la Jonelière, celui qui lui a appris la mort de son aîné Seth Adonkor en 1984.
1992. L’OM, quadruple champion de France, reste sur un cuisant échec sur le plan européen. Orpheline du Milan AC, battu en 1991 par la Sampdoria dans la course au Scudetto, la Coupe d’Europe des Clubs Champions s’est offerte au Barça de Johan Cruyff. La Dream Team catalane, redoutable machine au jeu léché, n’a pas volé son titre européen mais a profité de l’absence du club lombard mais aussi de l’élimination précoce du club provençal, sorti par l’épouvantail du Sparta Prague ...
Entraîneur des Phocéens, Raymond Goethals n’a donc pas le droit à l’erreur pour la saison 1993 qui commence sans le trio Papin - Waddle - Mozer.
Le défenseur brésilien est reparti au Benfica, d’où il était arrivé en 1989 dans un mercato animé à l’OM.Tapie, qui avait été proche de faire signer Diego Maradona, avait échoué finalement à convaincre el Pibe del Oro de quitter Naples. Sans le virtuose argentin, le recrutement 1989 de l’OM avait fière allure, avec Carlos Mozer (Benfica), Chris Waddle (Tottenham), Jean Tigana (Bordeaux), Enzo Francescoli (Cagliari), Didier Deschamps (Nantes)...
Pour remplacer Mozer retourné à Lisbonne à l’été 1992, Goethals a donc la solution Desailly, afin d’épauler Basile Boli en défense centrale.
Celui qui va devenir The Rock s’impose rapidement à Marseille, formant la fameuse garde noire avec Jocelyn Angloma et Basile Boli. Si Rudi Völler et Abedi Pelé sont les joueurs les plus expérimentés de millésime olympien de 1993, Desailly fait partie des espoirs à surveiller, au même titre que Barthez.
L’ancien Nantais joue 31 des 38matches en D1 durant cette saison, et 10 des 11 matches de C1. Et lors de la finale de Münich, Desailly fait un travail admirable défensivement contre Marco Van Basten. Le cygne d’Utrecht, triple Ballon d’Or, ne marquera pas pour ce qui sera son dernier match professionnel, la faute à une cheville mutilée par les chirurgiens italiens plus encore que par les défenseurs du Calcio.
Quelques mois après le titre européen acquis à Münich face au Milan AC de Capello, Desailly se retrouve chez les Rossoneri. Après un match contre Lyon en novembre 1993, Tapie annonce à Desailly et son agent Pape Diouf qu’ils doivent négocier avec Galliani et Braida le départ de l’ancien Nantais vers la Lombardie ... Après le trou financier de l’affaire OM-VA, puisque l’OM est privée de Coupe d’Europe, de Supercoupe d’Europe (contre Parme) et de Coupe Intercontinentale (contre le Sao Paulo FC), il faut renflouer les caisses. Le transfert d’Alen Boksic vers la Lazio, vite remplacé par un jeune Brésilien du Servette Genève, Sonny Anderson, n’a pas suffi. Desailly va donc quitter la Canebière ...
Mais il arrive en Lombardie nanti d’un titre de champion d’Europe et fort d’une première sélection en équipe de France contre la Suède en août 1993, contrairement à l’année précédente où il arrivait de Nantes sans la moindre ligne sur son CV. Paradoxalement, Desailly a vécu une adaptation plus complexe à la Commanderie qu’à Milanello, fort de son titre européen de 1993.
Orphelin de Frank Rijkaard dans l’entrejeu, le club milanais compte sur Desailly pour être la pierre angulaire de la récupération devant la défense commandée par Franco Baresi.
Malgré la concurrence féroce entre les étrangers du Milan, Desailly s’impose comme titulaire avec Savicevic et Boban, au détriment de Papin, B.Laudrup et Raducioiu ...
La saison 1994 se finit en apothéose, Desailly parachevant d’un but le triomphe milanais face au Barça de Cruyff, humilié 4-0 au stade olympique d’Athènes.
Le Rossonero devient en outre une des clés de voûte de la nouvelle génération de l’équipe de France. Face aux Papin, Cantona, Boli, Sauzée qui s’effacent peu à peu, Desailly fait partie, au même titre que Lama, Zidane, Djorkaeff, Lizarazu, Blanc ou Deschamps, des joueurs catalyseurs dont Aimé Jacquet a besoin pour la reconstruction d’un rêve bleu, dans l’optique de la Coupe du Monde 1998.
Critiqué par la presse française en 1995 lors de l’affrontement européen entre le PSG et le Milan AC, Desailly répond de la plus belle des manières: sur le terrain, comme un seigneur.
Savicevic qualifie les Lombards pour la finale de Vienne, où les joueurs de Capello s’inclinent contre l’épouvantail de cette saison, l’Ajax Amsterdam.
Les saisons passent et Desailly reste un inoxydable titulaire du Milan. Mais la fin du cycle Baresi va miner l’amour du maillot qu’avait Desailly pour son club, presque viscéral.
Si les recrutements de Weah (1995)ou Leonardo (1997) sont heureux, celui de Roberto Baggio (1995)est raté. Mais Silvio Berlusconi avait au moins attiré dans ses filets un joueur confirmé, ancien Ballon d’Or, adulé par toute l’Europe, en disgrâce à la Juventus.
D’autres transferts vont avoir des conséquences sur le vestiaire milanais: Davids (1996), Kluivert (1997), Bogarde (1997) venus tout droit de l’Ajax ne s’adaptent pas en Lombardie, au milieu des Maldini, Weah, Costacurta et autres Desailly. Immatures, les jeunes Hollandais se croient parvenus au pinacle du Calcio, alors qu’ils restent encore tout à prouver, à savoir confirmer sur la durée et s’adapter à un nouveau championnat, le plus prestigieux du monde de surcropit.
Les résultats du club milanais tombent en flèche. Perte du Scudetto en 1997, élimination européenne précoce contre Rosenborg, le Milan AC tombe de Charybde en Scylla.
Orphelin de Capello parti en 1996 entraîner le Real Madrid, le club lombard se retrouve dans l’anonymat de la Serie A, loin de ses rivaux habituels, Juventus, Inter. Qu’il semble loin le temps où l’AC Milan imposait sa férule à toute l’Europe, où seuls Barcelone et Marseille nourrissaient des espoirs de gloire face à cet ogre insatiable.
Hué par les tifosi milanais durant la saison 1997-1998 en raison des résultats médiocres du club, Desailly choisit de quitter le navire en 1998. A ses yeux, les fans des Rossoneri ont franchi le Rubicon, coupé le dernier lien qui le retenait à Milan ... On le croit fini, trop vieux, mais Desailly apporte un démenti cinglant lors de la Coupe du Monde. Si l’on veut bien excepter son expulsion en finale face au Brésil, le Milanais rayonne, assurant en défense une présence exceptionnelle.
Avec Lilian Thuram, Marcel Desailly est tout simplement le meilleur joueur français du tournoi. Puis, il rejoint Chelsea pour commencer une nouvelle carrière ...
Deux ans plus tard, c’est l’apothéose de l’Euro 2000, contre l’Italie, à Rotterdam. Le futur capitaine des Bleus se verra remettre le brassard par son pote Deschamps deux mois plus tard contre l’Angleterre.
La légende veut qu’en 2000, Frank Leboeuf et Marcel Desailly soient revenus dans le vestiaire de Chelsea, pour le premier entraînement de pré-saison, cigare au bec, façon Winston Churchill, forts du doublé Coupe du Monde - Euro réalisé par la grande équipe de France de la génération Zidane.
Dans l’ombre médiatique du virtuose Zidane, Desailly devient donc le nouveau capitaine des Bleus avec pour première mission de défendre le titre mondial de 1998.
Le Mondial 2002 sera un fiasco, l’autorité de Roger Lemerre étant complètement bafouée par le groupe France, pour preuve les agissements nocturnes à l’hôtel Sheraton en Corée du Sud. Bien avant 2010, les Bleus savaient déjà se ridiculiser, mais avec cette fois là la complicité des journalistes, pas fous au point d’écorner l’image de telles idoles. On ne critique pas les Beatles, le pape ou la reine d’Angleterre, c’est ainsi ...
En 2004, au moment de tirer sa révérence, Desailly fait le tournoi de trop, l’Euro 2004. Remplaçant, capitaine de vestiaire servant d’attaché de presse à Jacques Santini puisque le vrai capitaine, du terrain, a pour nom Zidane, Desailly a commis le péché d’orgueil, vouloir continuer deux ans de trop ...
Mais quand il clot son dernier chapitre, l’enfant d’Accra est allé beaucoup plus haut que la cheville de Carlos Mozer ...
Très belle carrière que celle de Desailly, défenseur de métier à Nantes et Marseille devenu milieu défensif au Milan AC, avant de reprendre son poste de stoppeur à Chelsea puis en équipe de France.
Et très au-dessus évidemment du niveau de Carlos Mozer, très bon défenseur certes mais aussi casseur de jambes hors pair en D1 entre 1989 et 1992.
C’était un monstre le Marcel.
Je crois que quand Suaudeau a vu Capello replacé Dessailly en mid def, il a déclaré que c’était lui laisser trop de champ et d’espace et qu’il fallait mieux le laisser derrière dans un registre limité et une zone plus restreinte dans laquelle il n’aurait aucun équivalent.
Bref, fallait pas trop lui en demander pour ne pas le disperser.
@chano,
Etrange déclaration de Coco Suaudeau.
Desailly a réussi aux deux postes ... Succéder à Rijkaard à Milan n’est pas le plus mince des exploits. Baresi pensait à Desailly pour lui succéder en défense centrale après sa retraite.
Et la qualité des matches réussis avec Laurent Blanc en EDF, au sein de la fameuse défense de fer, il n’est pas nécessaire de rappeler son efficacité à son poste initial.
Je crois qu’il voulait dire qu’il était plus utile de canaliser la fougue et la puissance de Dessailly derrière.
Etonnant en effet parce que c’est le contraire qu’il demandait à Karembeu. (il le voulait plus offensif pour profiter de sa fougue et de sa puissance).
Bon après, pour être honnête, ya des fois où l’on pigeait rien à ce que disait Coco.
Eh oui : Goethals n’a pas dit que des bazars super pertinents !
"Critiqué par la presse française en 1995 lors de l’affrontement européen entre le PSG et le Milan AC"...
...warum ? ?
Salut Interim,
Pour la demi-finale européenne de 1995, Desailly avait été critiqué par les médias français qui lui reprochaient son arrogance.
En gros, Marcel Desailly avait précisé que pour le Milan AC, atteindre la finale de la C1 serait parfaitement normal vu le prestige du club lombard.
L’équipe de Capello n’avait pas de pression particulière avant de se mesurer au PSG, ce qui n’avait pas plu aux journalistes français.
On considérait alors que Desailly oubliait un peu vite qu’il venait du championnat de France, qu’il avait pris le melon pour sa 2e saison dans le Calcio.
Mais le Milanais avait pourtant raison, la culture de la victoire en Italie était bien plus forte qu’en France, et tous ceux qui y sont allés jouer entre 1994 et 1998 ont aidé l’équipe de France à la Coupe du Monde
Zidane et Deschamps (Juventus), Djorkaeff (Inter), Desailly (Milan), Thuram (Parme) ...
Au final, Desailly ne fait qu’enfoncer une porte ouverte ... Pour un club du niveau du Milan AC, surtout à cette époque où il dominait l’Europe du football, malgré la concurrence de la Dream Team barcelonaise de Cruyff et de l’OM, aller en finale de C1 était parfaitement logique !
Et Milan restait sur deux finales, celle de 1993 perdue contre l’OM, celle de 1994 gagnée contre le Barça.
Sans parler des deux finales remportées en 1989 contre le Steaua Bucarest puis en 1990 contre Benfica. Soit 5 finales en 7 saisons si l’on compte celle perdue in fine en 1995 contre l’Ajax ...
Bref, connerie de journalistes français jaloux sans doute du grand Milan ...
Salut Axel,
Bravo pour ce nouvel article. Je tiens à préciser que je te lis depuis de nombreuses années avec grand plaisir à chaque fois. Je viens seulement de parvenir à m’inscrire au (à la) vox... avant ça buggait pour moi.
Il est évident que Desailly a été un joueur majeur. Perso j’ai toujours eu un faible pour Thuram, dont les deux seuls buts providentiels en bleu ne nuisent pas à la légende :)
Bonjour Fabrice,
Bienvenue sur le Vox.
Thuram a en tout cas eu le mérite d’accepter de jouer pendant des années comme latéral droit en EDF, alors qu’il flambait comme défenseur central à Parme puis à la Juventus.
Pour Desailly, la période de duplication des postes n’a duré que pendant ses années milanaises. A Chelsea, il était défenseur à la fois en club et en EDF.
Personne n’arrivait à la cheville de Mozer, c’est Mozer qui s’occupait de tes chevilles.
L’avant-centre de l’équipe adverse face à la paire Boli-Mozer devait se dire qu’il aurait mieux fait de choisir la carrière de pompier ou gardien de parc...
@seb,
"Personne n’arrivait à la cheville de Mozer, c’est Mozer qui s’occupait de tes chevilles." -> MDR, c’est trop ça !
J’adorais ses plats du pied, il s’appliquait tellement...sans oublier ses tacles de l’extérieur du droit, un monstre.
la belle epoque ce que tu oublies de mentionner AXELBORG est que le niveau general des defenseurs en Occident a baissé
elle est loin l epoque des Augenthaler , Boli, Mathaus, Gerets, Baresi, Bossis,Tresor,Blind....
Desailly etai assez costaud j ai beaucoup apprecie son muselage de Van Basten lors de la finale C1 de 1993...Meme si MARCO UNICO reussira a le deborder et frapper au but une fois ( sauvetage de Barthez du bout de la godasse )
Matthaus défenseur ? ? Ah 1ere nouvelle.
En effet armand, insu a raison de rebondir sur Lothar Matthaus, libero à partir de 1994 mais l’essentiel de la carrière de ce dinosaure du foot s’est faite en milieu de terrain.
C’est là qu’il fut le plus grand rival de Diego Maradona (dixit El Pibe itself) et qu’il eut ses plus belles années à l’Inter entre 88 et 92, et son apogée perso au Mondiale italien de 1990 avec la RFA (ah ce but contre la Yougoslavie, quelle praline !).
A moins que ma mémoire ne me joue des tours. Il me semble que c’est plus Boli qui était au marquage de MVB en 93 a Munich...
Desailly était sur Massaro, il me semble.
Mais bon vu l’etat ou j’étais ce jour là ....
@armand,
La liste des grands défenseurs européens des années 2000 est tout de même sympa
Vidic, Nesta, Cannavaro, Puyol, Rio Ferdinand, Terry, Mexès ...
the rock, il était vraiment infranchissable en 98, en 2000 presque autant. La paire avec Blanc était juste parfaite, car ultra-complémentaire. Pourquoi on n’associe plus un monstre physique avec un expert du placement et de la relance, surtout que presque tout le monde ne joue qu’avec un seul attaquant ? La faute à Franck Leboeuf ?
Hello Minideniers,
Oui clairement la paire Desailly - Blanc était hyper complémentaire.
Cette défense de fer où s’ajoutaient Thuram et Lizarazu était tout simplement incomparable
Mais où sont passés les libéros ? Pas forcément les libéros 2 mètres derrière qui empêchent de jouer le hors jeu, mais le type plus technique qui s’aligne comme Blanc faisait, tout en laissant le stoppeur au corps à corps ?
Pour en revenir a Desailly.
C’est Tapie qui a recadré Goethals a son sujet en lui disant qu’il n’avait pas payé une fortune Desailly pour qu’il cire le banc.
Exit Casoni...
D’ailleurs les titularisations de Desailly a la place de Caso’ et de Barthez a la place d’Olmeta avait radicalement changer la donne de cet OM.
Logique vu que Casoni était sur le déclin et que Tapie faisait l’équipe, que ça plaise ou non à Goethals.
Et en effet ce fut pareil entre Barthez et Olmeta en faveur du premier nommé.
Même si le vrai chouchou de Goethals c’était Angloma.
Ah le grand Marcel, c’est pas mon gars préféré, mais défenseur en EDF c’était un monstre.
Un peu moins convaincu par son parcours en club... bon de lui j’ai surtout vu la fin où il était plutôt sur le banc à Milan, et à Chelsea efficace mais sans non plus être le numéro 1 mondial.
Mais France 98, oh putain ! Zizou, Thuram tout ça... mouais pour moi Desailly c’est LAAAAARGEMENT le meilleur joueur français de la compétition, voire le meilleur joueur de la compétition tout court.
Roc ça lui va vraiment bien. Ouais paire complémentaire avec Blanc. L’intelligence de Blanc et Deschamps qui gérait son milieu devant lui permet de faire sa loi dans sa zone.
C’est ce que j’aimais beaucoup chez Desailly. Outre ses qualités physiques évidemment monstrueuses, c’était un gars qui était conscient de ses limites (techniques et tactiques... bon c’était pas Abidal non plus, mais il avait pas toute la compréhension d’un Lolo ou d’un Maké je veux dire), et il essayait toujours de se concentrer à fond et s’appliquait à 100% dans ce qu’il faisait, pour réduire au maximum ses faiblesses. Il se concentrait bien sur ses placements et les consignes de Lolo, et s’appliquait toujours à relancer court/proprement et pas dans l’axe.
En effet, je pense que c’est une très bonne chose de le foutre en défense. Il canalise son énergie dans une zone moins grande du terrain, il a moins de trucs à penser. Certes c’est une zone sensible, mais avec le milieu blindé de France 98 + Lolo Blanc, derrière c’est bien blindé et couvert, et Desailly il a plus qu’à faire le ménage dans les ballons qui voyagent vers son axe.
Et le fait de pas avoir à courir 50 mètres pour aller tacler un ballon est bien aussi. Avec son physique, c’est aussi bien de jouer près de son attaquant, direct à l’épaule et tacler de pas trop loin, plutôt que d’arriver à fond de balle depuis le Pérou... il y allait solide mais s’appliquait. Le fait de pas avoir à défendre sur toute la moitié de terrain lui permettait d’être aussi précis dans ses interventions.
Au milieu, un peu peur qu’il passe son temps à avaler des bornes et à faire des interventions un peu bourrins. Malgré son application, il a pas la science d’un Maké par exemple.
Ouais en tout cas en EDF 98-2000, Desailly il m’a vraiment impressionné. Sur ce laps de temps, c’est le défenseur le plus solide et le plus efficace que j’ai pu voir, m’a même plus impressionné que du Nesta 2000-2004 ou Carvalho 2004-2006 par exemple
Quant au fait des meilleurs défenseurs dans les années 90’ que maintenant, j’y crois pas.
C’est le foot qui a changé et qu’on a pas le même regard ni les mêmes stats
90’s en gros = catennacio, on assure nos bases, on déséquilibre vers l’arrière (bcp de joueurs), on "bloque" tactiquement, on prend le ballon plus bas et on attaque placé.
90’s = football de bloc
...
2006+’s = football plus offensif. Plus physique, plus de mouvement. On met plus l’accent sur une bataille au milieu (technique à la Barcelone, ou physique à la MU/Chelsea par exemple). Moins de monde derrière, plus de monde au milieu et devant. On essaye d’attaquer plus souvent et les lignes jouent plus haut. C’est moins bloc et les joueurs doivent compenser tactiquement par plus de courses etc... (même si ça permet pas de compenser complètement le "bloc")
2006+’s = football de mouvement
...
Donc forcément, on ne retrouve pas tout à fait les mêmes profils de joueurs ou les mêmes postes dans ces 2 époques et dans ces 2 styles
90’s les défenseurs jouent dans une zone restreinte et les actions adverses sont déjà bien altérées par le bloc équipe, et bcp de ballons sont filtrés avant d’arriver sur la défense. Les défenseurs jouent une zone restreinte
2000’s les défenseurs un peu "abandonnés" par leur milieu, qui doivent couvrir bien plus d’espace.
C’est en partie pour ça qu’aujourd’hui on voit moins de défenseurs intelligents/tactiques (blanc, matthaeus, Nesta, Cannavaro voire Aldair) et plus de Vidic, Mascherano... même des Carvalho ou Ferdinand qui sont plutôt "intelligents" sont bcp plus mobiles que les défs des 90’s.
c’est pas le même football. L’illustration c’est Cannavaro, recruté par ce génie de Florentino Perez. Un défenseur très bon dans le placement, verrou d’un bloc tactique comme l’Italie, mais complètement largué dans un club type Real Madrid où il a pas le double vitrage devant lui et où il est abandonné à son propre sort derrière Makélélé, lui même largué par les autres Galactiques qui en foutaient pas une
Bref, leur boulot est plus difficile aujourd’hui, et les stats sont pas en leur faveur par rapport aux 90’s (plus de buts encaissés). Mais faut donc aussi voir le contexte et pas se fier aux stats "brutes".
Parce qu’à ce compte là (et même sans parler de Messi ou Cristiano qui sont 2 phénomènes), les Mario Gomez, Huntelaar, Van Persie aujourd’hui ou Torres/Drogba/Higuain/Rooney y a 2-3 saisons, ils ont des stats à la Ronaldo (the gros) et supérieures à des Batistuta ou des Titi Henry. Je suis pas convaincu que ces attaquants actuels soit supérieurs à ces anciens monstrers...
Excellente analyse de Fifou, ne pas oublier que 95% des équipes jouent aujourd’hui avec un seul attaquant (qu’on appelle ça 3-4-3, 4-3-3 ou 4-5-1, on n’est pas prêts de revoir du Yorke-Cole), et que le couple Stoppeur-Libero est un peu périmé, du coup.
Les 2 centraux ont un peu le même rôle, ce qui me laisse dubitatif sur l’obsession française un technique + un physique.
J’ai lu le pavé de fifou et la remarque sur l’obsession française, mais je comprends toujours pas pourquoi un défenseur central plus technique et tactique que physique n’aurait plus sa place aujourd’hui. Surtout avec un seul attaquant de pointe en face. Je comprends le surplus de courses que demande le jeu en bloc de l’époque actuelle, mais je constate également les immenses problèmes de relance de derrière qu’on voit chez quasi tous les clubs de ligue 1 par exemple. Le physique toujours le physique, on est au final incapable de sortir un ballon propre de derrière alors qu’il n’y a souvent qu’un seul attaquant en face, les 433 étant très souvent davantage des 451 (en L1 notamment).
Le problème concerne à mon avis la formation, où on a moins de chance de former un joueur pour rien en misant tout sur le physique. C’est le mal de notre L1, un gros physique a + de chance d’être rentable, et nos clubs ne vivent que par les transferts
N’oublions pas qu’on est (très schématiquement) passés de 2 attaquants axiaux à 1 attaquant axial + 2 milieux offensifs excentrés.
Donc, plus de terrain à couvrir pour les arrières centraux, un hors jeu + casse gueule à jouer, avec plus de pressing, plus de contres, donc moins de possibilités de faire des montées, de créer le surnombre...
Bref, pas mal de coaches cherchent à la rigueur un couple droitier-gaucher, mais les Baresi, Blanc et compagnie, ça ne fait pas rêver les pragmatiques coaches de L1.
y’a qu’en EDF où on cherche à recomposer la charnière Blanc-Desailly, alors que la meilleure charnière, tout le monde le sait, c’était Gallas-Abidal. (Pete Romero, au secours !)
Ou Leboeuf-Desailly
Assez d’accord avec le fait que les défenseurs centraux des années 90’s n’ont plus grand chose à voir avec ceux d’aujourd’hui.
Déjà, d’une part, parce que le jeu penche sur les ailes avec les "attaquants" excentrés que sont les C.Ronaldo, Messi ou Robben. Du coup, globalement, les défenseurs centraux sont aspirés sur les ailes pour aider leur latéral qui parce qu’il monte souvent, laisse des espaces derrière lui. Il faut qu’ils soient rapides pour intervenir si leur latéral se fait manger ou pour couper un ailier qui "repique", il faut qu’ils soient costauds et grands pour être à la retombée des centres des ailiers. La dimension physique est beaucoup plus importante que la dimension tactique.
Globalement, avant, le danger venait du centre avec les meneurs de jeu et les milieux offensifs, et un défenseur se devait de deviner ou d’anticiper les choix du porteur de balle pour couper les trajectoires, empêcher les appels de balle, voire stopper le porteur de balle. Bref, pas besoin d’être super rapide ou super costauds, il suffisait souvent d’avoir une certaine science du jeu. D’ailleurs, les meilleurs défenseurs étaient souvent des joueurs avec de la bouteille. Et, il n’était pas rare que ce poste était confié à des "vieux". Des mecs comme Baresi, Blanc ont connu l’apogée de leur carrière sur leur "vieilles" années. En général, il y avait souvent un gros bourrin pour la dimension physique et un vieux malin pour la dimension tactique.
Maintenant, les défenseurs ont plus de terrain à couvrir et moins à réfléchir : un ailier, soit ça repique, soit ça centre... D’ailleurs, globalement, il y a de moins en moins, (je trouve) d’attaquant qui dribble, prend les espaces. Soit c’est des gros balèzes (Huntelaar, Gomez) qui vont se foutre dans la surface et attendre que leur ailier aspire les défenseurs, pour prendre l’espace vacant. Soit ce sont des flèches qui misent sur leur vitesse pour partir à 25 mètres des buts...
ouais sauf que cananvaro a jamais joué avec makelele au real
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