De toutes les couleurs
Comme à chaque rentrée footballistique, chaque club est fier d’arborer le nouveau design de leur maillot, présentant souvent trois jeux de maillot, le "home" (les couleurs à domicile), le "away" (utilisé pour les matchs à l’extérieur) et le "third" (utilisé souvent pour les coupes européennes ou d’autres occasions). Des couleurs qui changent donc d’une année sur l’autre dans le but de faire acheter aux supporters moyens, le dernier truc du moment. On passera sur le "bon goût" de certains designs (les goûts et les couleurs ne se discutent pas) pour se pencher sur les réactions que provoquent la découverte de ces nouveaux maillots.
En effet, pour beaucoup de supporters, le maillot est l’identité du club et les équipementiers ont tendance à bafouer cette "identité nationale" par les libertés qu’ils prennent avec le design. Ainsi, en 2009-2010, le PSG avait arboré pour la première fois depuis 40 ans, un maillot bleu-nuit sans la traditionnelle bande rouge au milieu. Un outrage pour les supporters. Et pour les amateurs de football qui critiquent ce "football 2.0" qui a transformé les clubs en objets de consommation et les maillots en vitrine publicitaire, sans respect pour l’histoire et les traditions.
Pourtant, si l’on se replonge dans l’histoire, on se rend compte que finalement, ce phénomène n’est pas nouveau et que bien avant l’apparition des équipementiers, les clubs (mais aussi les sélections) ont fait n’importe quoi de leur couleurs.
En fait, il est assez rare qu’un club garde pendant toute son existence les mêmes couleurs ou le même logo et beaucoup de clubs jouent sous des couleurs qui ne sont pas celles de leurs débuts. Comme les Reds de Liverpool qui à leurs débuts n’étaient pas très "red" mais "white and blue" (de 1892 à 1896), ou Everton qui n’a adopté son fameux maillot bleu qu’en 1902 (14 ans après ses débuts dans la Football League et des choix précédents de couleurs assez douteux). Le Celtic Glasgow a lui commencé avec des bandes horizontales noires et vertes (!) avant de changer rapidement pour des bandes blanches et vertes mais verticales puis d’adopter finalement les célèbres bandes vertes et blanches horizontales.
En Espagne, le Real Madrid a toujours joué en blanc, enfin, sauf à ses débuts où une bande violette traversait le maillot (un design que l’on retrouve dans le logo) et où les joueurs portaient des chaussettes bleu-nuit qui deviendront noires puis blanches. L’Athletic Bilbao a lui commencé en blanc en 1898 avant de choisir un maillot à bandes blanches et bleues, similaire à celui de Blackburn Rovers en 1902. C’est un étudiant basque, Juan Elordy qui ramène de Londres où il passe les fêtes de Noël de 1909, le fameux maillot à bandes blanches et rouges qui est celui de Southampton et qui est adopté par le club basque l’année suivante. Un jeu de maillot va être offert à l’Atletico Madrid qui évoluera désormais sous les mêmes couleurs à partir de 1911.
L’inspiration anglaise. C’est aussi cela en 1903 qui pousse la Juventus Turin à troquer son maillot originel rose, délavé par de multiples lavages, pour celui de Notts County, qu’un joueur anglais de l’équipe John Savage avait ramené dans sa valise.
On conviendra que ces exemples ne sont pas très éloquents dans le sens où il ne s’agit que de balbutiements et de tâtonnements lors de la formation originelle du club et que souvent, une fois, les couleurs établies, elles ne bougeront plus par la suite. Pourtant, il ait des clubs pour lesquels cette question des couleurs n’a jamais été vraiment résolu.
Par exemple, quelles sont les couleurs du Bayern München? Question difficile... A l’origine, le maillot était blanc et le short noir, avant qu’ils n’adoptent le short rouge. Ce design reste quasi inchangé jusqu’à la fin des années 60. Puis à partir de 1968, le maillot est à grosses bandes rouges et bleues comme celui du Barça. La saison suivante, les bandes bleues deviennent blanches. En 1974, le maillot devient tout rouge (il est à noter que ce maillot intégralement rouge servait avant comme "maillot extérieur"). Rien ne bouge vraiment jusqu’au début des 1990 où les bandes bleues font leur retour sur les manches d’abord puis sur le reste du maillot comme le maillot de Caen (!) au milieu des années 90. Il devient carrément bleu nuit avec une large bande rouge verticale en 1997 avant que le club retourne au rouge à partir des années 2000. Bref, difficile pour un supporter bavarois de parler de "trahison sur l’identité du club" en cas de maillot au design suspect, vu que les couleurs du club ont toujours été un peu confuse.
Et pas besoin de traverser le Rhin pour trouver des exemples comme cela, il n’y a qu’à suivre la Mosson et débarquer au Montpellier Hérault Sporting Club. Né de la fusion de plusieurs clubs montpelliérains, le club champion de France n’existe sous ce nom que depuis 1989 (même si le club a longtemps existé sous le nom de SOM: Stade Olympique Montpelliérain). Pendant longtemps, les couleurs du SOM étaient le rouge et le blanc, couleurs de Montpellier. Mais en 1989, Georges Frëche impose à tous les clubs sponsorisés par la ville, le bleu et le blanc, nouvelles couleurs de la ville. En 1990, c’est le Conseil Général de l’Hérault qui demande à l’équipe d’intégrer au maillot, l’orange présent dans le logo du CGH: le short devient orange et le blanc disparaît. En 2006, revival pailladin: l’équipe retourne au rouge et blanc du SOM mais finalement, comme cela ne plaît pas aux supporters, ils reviennent au bleu et orange...
Donc, historiquement, on voit bien que les clubs n’ont jamais été très conservateurs quand il s’agissait de leurs couleurs ou de leurs logos et qu’ils n’ont pas attendu les années 2000, pour vendre leur "identité" aux "vendeurs de savon" (le sponsoring existe depuis les années 70). Et si le PSG a "supprimé" la bande rouge de son maillot "historique", il faut se rappeler qu’à l’origine, le maillot du PSG n’avait pas de bande et était intégralement rouge...
Mais, quittons l’univers impitoyable des clubs pour aller vers celui des sélections nationales. Un univers où il est souvent question d’identité et de couleurs "nationales".
Bon, sauf que là-aussi, tout n’est pas non plus si clair que cela.
En 2008, beaucoup de gens s’étaient insurgés contre le "maillot extérieur" rouge de l’équipe de France, qui mettait au placard celui traditionnellement blanc des Bleus. Mouais, sauf que ce n’était pas la première fois que nos petits français évoluaient en rouge: il s’agit même du premier maillot extérieur utilisé par la France en 1906! Des Bleus qui n’étaient pas bleus à l’époque mais blanc, couleur de l’Olympisme. Le bleu qui n’était qu’un autre maillot de substitution ne s’impose véritablement comme premier maillot qu’en 1919.
Idem, pour l’Uruguay qui avait utilisé un paquet de maillots (orange et bleu, bleu, rouge, vert, blanc) avant de devenir la "Celeste". Au début du siècle, lors de ses matchs contre l’Argentine, elle évoluait avec un maillot aux couleurs de ceux de l’Argentine actuelle quand son grand rival utilisait un maillot aux couleurs de l’Uruguay actuelle! Tout s’est inversé par la suite...
Auriverdes, Canarinhos. Les brésiliens ont eu ces surnoms en raison de leur mythique maillot jaune à col vert, devenu grâce à leurs succès, une sorte d’emblème à l’image du maillot des All Blacks en rugby. Pourtant, il n’a jamais failli le devenir. Tout ça à cause du Maracanazo, la défaite de 1950 contre l’Uruguay en finale de la Coupe du monde, à l’intérieur même du Maracana, construit pour la circonstance. L’impact de cette défaite a eu de fortes répercutions dans le football brésilien: des joueurs ont été bannis de la sélection, certains porteront pendant longtemps la honte de la nation, à l’image du gardien Barbosa. Pendant des années, la Fédération fera tout pour effacer les traces de cette défaite humiliante comme si cela était une "maladie honteuse". Et c’est pour cette raison, que la Fédération décide de changer les couleurs du maillot, le Brésil évoluant à l’époque en blanc et bleu. C’est un jeune de 19 ans, Aldyr Garcia Schlee qui à l’initiative d’un journal, crée ce qui sera la tenue mythique des brésiliens et qui sera utilisée pour le première fois en 1954.
Ironie du sort, ce n’est pourtant pas avec ce maillot jaune que le Brésil gagne son premier titre en Coupe du monde. Opposé à la Suède en finale qui évolue en jaune, les brésiliens qui n’ont pas prévu de maillot de rechange sont contraints de faire les magasins. Ils achètent un lot de maillot bleu sur lesquels ils cousent les écussons arrachés sur les maillots jaunes. Ce maillot bleu deviendra désormais leur deuxième maillot.
La naissance d’une nouvelle nation est aussi souvent le fruit de problèmes de couleurs. Si la Russie a une histoire très ancienne, elle n’existe sous sa forme actuelle que depuis une vingtaine d’années, le pays ayant été inclus pendant longtemps dans l’URSS. Quand la nation réapparaît sur la scène footballistique, la Fédération qui souhaite faire tabula rasa du passé, veut ranger au placard les trop politiques maillots rouges de la sélection qui véhiculait trop l’image du communisme. Et pendant une quinzaine d’années, les russes oscillent entre maillots blancs ou bleus. Et puis ils craquent: le maillot rouge était peut-être trop imprégné de communisme mais c’est le seul maillot qu’ils ont connu pendant toute leur existence footballistique, le seul qui ait une histoire; et en 2006, ils reviennent aux maillots rouges, non sans toutefois y avoir ajouté de fines bandes bandes bleues et blanches qui rappellent leur drapeau...
Les couleurs des maillots des sélections ne sont pas figées dans le marbre. C’est sûrement ce qu’a du penser l’ÖFB (Österreichischer Fußball Bund - Fédération Autrichienne de Football) qui décide en 2004 de changer la tenue traditionnelle maillot blanc-short noirs-bas blancs pour un assortiment maillot rouge-short blanc-bas rouges. Peut-être s’agissait de se distinguer leurs voisins allemands. Car difficile pour les Autrichiens de ne pas passer pour les "Allemands du pauvre: ils portaient les mêmes couleurs, le même aigle sur la poitrine et avaient des noms à même consonance... mais en revanche pas le même palmarès. La différenciation sera telle que même en deuxième maillot, ils n’utilisaient plus le noir-blanc mais une tunique toute noire, avant de revenir au noir et blanc en 2010. Bref, si l’Autriche s’est distingué de l’Allemagne, elle s’est rapproché de la Suisse, son autre voisin... qui évolue aussi en rouge et blanc.
Tous ces exemples montrent bien finalement qu’il n’y a rien de sacré dans le football (et dans le sport en général), ni les couleurs, ni le stade (dont les noms sont vendus à des sponsors) et que les caractères identitaires des clubs ne sont que des constructions plus ou moins arbitraires, toujours en mouvance et dictées par l’époque. Il est donc difficile de critiquer le bafouement de cette identité par le club, car ce sont ces mêmes clubs qui sont les propriétaires de cette identité et qui la construisent en fonction des impératifs économiques. Et ils l’ont toujours fait et cela fonctionne dans l’autre sens. Les clubs qui maintiennent contre vent et marées des couleurs historiques le font aussi pour des raisons commerciales: ainsi, le maillot "historique" du Barça est avant tout une "valeur refuge", une marque "institutionnalisée" comme pourrait l’être BMW ou les cocottes-minutes SEB: pas besoin de changer un logo, un produit, des couleurs qui marchent: c’est le business de la tradition. Mais quand un produit n’a jamais vraiment marché, on peut sans problème tout changer pour le rendre attractif: et l’Austria Salzbourg est devenu le Red Bull Salzbourg: nouvelles couleurs, nouveau palmarès, nouveau logo... comme Raider est devenu Twix.
après tout l’égout et les couleurs !!!!
cé vrai que l’on est loin des maillots traditionnels dirais-je aux couleurs assez régionales
se sont les sponsors qui font le design et les clubs ont pas ou peu l’occasion de pouvoir s’exprimer sur leur choix
maintenant les footballeurs sont devenus des hommes-sandwichs : pour l’instant leurs chaussettes ne font pas apparaitre de logos d’un quelconque sponsor
meme le ballon du match est sponsorisé !!!!
a quand les buts sponsorisés p’tet qu’il y en aurait plus .....qui sait ? ? ? ? ?
salut crazy
l’année prochaine, celui du Barça ressemblera au maillot lensois
pour promouvoir la catalogne et ses couleurs originelles (sachant que les couleurs du maillot "refuge" sont celles de du FC bale)
sinon, toujours intéressant ces articles sur les maillots, on peut retrouver sur "les voyages en ballon" (google it) bcp de maillots que tu évoques
celui que je préfère dans ma collec (hormis les maillots de l’OM, on ne compare pas l’incomparable) c celui de georgie B. à united, vintage represent !
Niveau maillot pourrave, j’ai un gros faible pour le travail qu’à fait Kappa sur les maillots d’EETG (en milieu de page)...
Evian c’est clairement ce qu’il y a de pire niveau maillot.
grave Evian il est monstrueux, il manque plus qu’un sponsor vertical sur la raie des fesses et y’aura plus de place du tout
nancy, lorient, toulouse, ajaccio
tous dégueus
T’as oublié OM dans ta liste.
l’OM c pire, y’a carrément une faute d’orthographe* dessus
* nos couleurs oranges : la couleur est invariable
ne pas oublier les maillots third de l’OL tendance DDE, ni celui du Barça cette saison : on dirait les pulls délavés "à la mode" (tout est relatif dans le bon goût) y’a 10 ans
Evian tu peux sérieusement pas tolérer ca.
Déja il rajoute évian devant le nom et pis il te déguise les gars en boutille d’1 litre 5 avec leurs montagne balourde la.... Franchement c’est dégeu....
on a largement de la marge sur les anglais niveau pas de goût :
http://bleacherreport.com/arti...
arsenal mon dieu
Bonsoir et bon weekend à tous.
Reposez-vous, amusez-vous et relaxez-vous.
Merci pour les commentaires.
Pour ce qui est des maillots, j’ajouterai pour nuancer mon propos que le bizness des couleurs (soit chaque année proposer un jeu de maillot nouveaux pour les vendre) ne me dérangerai pas plus que ça s’il n’y avait pas parfois des designs douteux qui plus que de "trahir" l’identité d’un club, sont surtout très très moches : difficile d’aimer le Barça cette année avec l’horrible maillot qu’il porte...
Je vais redire ce que j’avais dit une fois.
Moi aussi ca me soule ces maillots de toutes les couleurs. Mais quand je regarde à Gerland, je vois autant de nouveaux maillots blancs que de maillots multicolor.
Donc ces maillots aux couleurs bizaroides ont du succès, ils en vendent donc c’est pas prêt de s’arrêter.
C’est comme ca, moi ca me gonfle, mais c’est aps dit que je sois majoritaire.
J’aime les maillots Third, si j’avais un club de cœur depuis toujours, j’achèterais d’abord celui-là.
Les maillots Home sont souvent très moches en L1.
Ils ont tous un côté hasbeen à quelques exceptions près.
Vive le fuschia, le fluo et le turquoise !

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