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le 9/07/2012

Joe Gaetjens.


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J’ambitionnai d’abord de raconter l’aventure des Etats-Unis dans les différentes Coupes du monde. Et puis je décidai de me limiter à l’évocation du célèbre "miracle de Belo Horizonte" où la sélection américaine battit l’ultra-prestigieuse sélection anglaise. Finalement je vais me borner ici à raconter la vie d’un seul homme, Joe Gaetjens, parce que sa vie représente le soccer et même le football en général.

D’Haïti au Brésil en passant par New York.

Joe Gaetjens est né dans une famille de la haute société de Port-au-Prince le 19 mars 1924. D’ascendance allemande, les Gaetjens étaient installés depuis quatre générations sur l’île d’Haïti. Très jeune, Joe se mit au football. A 14 ans, il rejoignit le club de l’Etoile Haïtienne avec lequel il remporta deux fois le championnat, en 1942 et en 1944.

En 1947, le jeune Gaetjens partit étudier la comptabilité à Columbia University. Il trouva un job à la plonge dans un restaurant de Harlem et continua le football, dans un club de l’American Soccer League: Brookhattan. A cette époque le soccer était cantonné dans les milieux estudiantins et les quartiers d’immigrés. Il était pratiqué par des amateurs et des semi-professionnels sous-payés: Gaetjens gagnait 25$ par match.

Sur les terrains de l’élite, Joe Gaetjens avait connu Walter Bahr. Bahr était de trois ans son cadet, d’origine allemande comme lui. Il vivait et jouait à Philadelphie. Il avait participé aux Jeux olympiques de Londres avec la sélection américaine (défaite 0-9 contre l’Italie dès le premier tour). C’est lui qui proposa au sélectionneur William Jeffrey, nommé deux semaines avant le début de la Coupe du monde 1950 à laquelle devait participer les Etats-Unis, de prendre Gaetjens au Brésil. C’était la veille du départ. Mais il y avait encore une anicroche: Gaetjens n’avait pas la nationalité américaine. Il fit donc une demande officielle qui, le temps qu’elle soit étudiée et refusée, lui permit de porter le maillot de l’équipe nationale.

Presque toute la sélection américaine était à l’image de Gaetjens: bâtie avec amateurisme, à la va-comme-je-te-pousse, sans préparation. Cinq joueurs étaient originaires de Saint-Louis, Bahr était enseignant la semaine et footballeur le week-end, le gardien Frank Borghi conduisait un corbillard pour gagner sa vie. La plupart n’avait jamais joué en équipe nationale. Un seul journaliste prit la peine d’accompagner les joueurs au Brésil: il travaillait évidemment pour un canard de Saint-Louis!

De Belo Horizonte à Port-au-Prince en passant par Alès.

A Curitiba, le 25 juin, les coéquipiers de Gaetjens tinrent tête aux Espagnols pendant 80 minutes avant de craquer (1-3). A Belo Horizonte, dans le stade de l’Indépendance et devant dix mille spectateurs transportés par leur courage, les Américains battirent la redoutable sélection anglaise (1-0). L’unique but de la rencontre fut signé Joe Gaetjens. A la 37e minute, Bahr envoya le ballon dans la surface de réparation anglaise et l’attaquant des Etats-Unis surgit pour le propulser de la tête au fond des filets. L’inconcevable s’était produit grâce à l’agilité et la ténacité d’un étudiant haïtien. Il n’existe aucune vidéo de ce match, pas même une photo du but: tous les photographes étaient en effet massés derrière le but américain. Les journaux anglais crurent d’abord à une erreur, le New York Times à un canular.

Battus lors du dernier match par le Chili (2-5), les joueurs rentrèrent aux Etats-Unis où ils furent accueillis par l’indifférence et leurs épouses (pour ceux qui en avaient une). Le seul hommage qui leur fut rendu est un livre larmoyant, sorti en 1996, dont Hollywood fit une guimauve en 2005 avec un mannequin haïtien dans le rôle de Joe Gaetjens.

Après la Coupe du monde, Joe Gaetjens effectua un bout de carrière en France, d’abord au Racing Club de Paris puis à Troyes et Alès. De retour à Haïti en 1953 il y fut accueilli en héros et disputa un match avec la sélection contre le Mexique le 27 décembre. Mais, souffrant de saignements de nez chroniques, il dut raccrocher les crampons. Il se maria en 1955 et eut trois enfants.

Bien qu’il ne s’intéressa pas à la politique, celle-ci le rattrapa. Deux de ses frères, exilés en République dominicaine, étaient accusés de préparer un coup d’Etat contre le président François Duvalier. Lorsque ce dernier se proclama président à vie le 7 juillet 1964, à défaut de pouvoir mettre la main sur les frères de Joe, il se rabattit sur l’ancien footballeur. Gaetjens fut enfermé dans la prison de Fort Dimanche où le régime meurtrier de "Papa Doc" pratiquait la torture et les exécutions à minuit. C’est là qu’il mourut, anonymement, probablement exécuté pendant l’année 1964.

En photo: Joe Gaetjens, porté en triomphe par les spectateurs brésiliens à la fin du match Angleterre-Etats-Unis (0-1) le 29 juin 1950.

par Nicolas
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par Nicolas

le 9 juillet 2012 à 18H55

Joe Gaetjens.

Voilà, il a fini par sortir mon petit texte. Voilà un gars que je connaissais pas y a une semaine...

Bien sûr, tout ça est plongé dans un passé nébuleux et c’est à demi-légendaire. Mais ça illustre bien une époque et puis ça rappelle qu’en CdM tout est possible... Corée du Nord-Italie en 66, Algérie-RFA en 82, France-Sénégal en 2002, etc.

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par CrazySkanker

le 9 juillet 2012 à 19H28

Joe Gaetjens.

Pauvre Gaetjens. Déjà, être né haïtien, c’est avoir un handicap dans la vie. Ensuite, être footballeur international américain, c’est un handicap dans sa carrière...

Je ne connaissais pas son histoire. Je savais juste que la sélection des USA de 1950 était composée pour la plupart de joueurs étrangers à qui on a donné la nationalité à la va-vite. Un peu une coutume aux USA, il ne faut pas oublier que déjà le légendaire Johnny Weissmuller n’était même pas vraiment officiellement américain quand il avait remporté ses médailles en 1924. Bon, son destin fut quand même plus brillant...

Sacrés amerloques. S’ils n’avaient pas inventé leurs propres sports (comme le basket, la base-ball ou leur football qui se joue sans les pieds), ils auraient pu devenir des monstres en football ou en rugby. Mais bon, juste un sport universitaire joué surtout par les ladies ou les immigrés d’Italie...

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par manochau

le 9 juillet 2012 à 21H46

Joe Gaetjens.

Salut Nicolas

au-delà de la légende et des crimes de Duvalier

il faut dire que les Anglais de 1950 étaient nuls et que l’équipe américaine, qui lors de cette rencontre diffusait sur la pelouse une forte haleine d’alcool, était, aux dires de Schiaffino "horrible". Ce que les Américains ont fait en 1950 les Ecossais l’ont en silence en 1885. L’ironie de l’histoire est que pour les Anglais le rideau est tombé de la pire des façons. Perdre face aux USA un Anglais peut difficilement imaginer pire.

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par Nicolas

le 10 juillet 2012 à 08H22

Joe Gaetjens.

Bonjour Manochau, oui cela n’était certainement pas le match du siècle. Il y a effectivement une tradition qui veut que les Américains faisaient la bringue régulièrement pendant la compétition.

Les Anglais se sont vengés en 53 en allant gagner 6-3 à NY.

Précisément, au-delà du match qui ne méritait pas vraiment d’être raconté, j’ai préféré l’histoire de Gaetjens que je trouvais assez rocambolesque à l’image du soccer de cette époque !!

Et la réaction des Brésiliens m’amuse beaucoup aussi : ils étaient sans doute aussi heureux de la ténacité américaine que de voir un adversaire sérieux trébucher de la plus inattendue des manières !

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par CrazySkanker

le 9 juillet 2012 à 23H17

Joe Gaetjens.

Sinon, Nicolas, je ne sais pas si tu as pêché tes infos là-dedans mais j’ai trouvé un article très exhaustif sur Joe Gaetjens.

Je te file le lien : I hope you read english otherwise it would be hard to understand...

http://soccernet.espn.go.com/w...

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par Nicolas

le 10 juillet 2012 à 08H15

Joe Gaetjens.

Bonjour CrazySkanker, oui il y a presque tout dans cet article. J’ai bien entendu tapé dedans !

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par Interimlover

le 10 juillet 2012 à 09H01

Joe Gaetjens.

Tous registres confondus, Haïti n’a pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui (mais avec le temps, les Haïtiens paieraient au prix fort d’avoir un jour contesté puis "vaincu" la machine coloniale !).

D’ailleurs pas vraiment étonnant, au fond, de les retrouver aussi en WC74.

Cette version de sa fin tragique : j’en avais jamais entendu parler, merci !

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par Nicolas

le 10 juillet 2012 à 09H53

Joe Gaetjens.

Bonjour Interimlover, c’est aussi (surtout ?) la fin tragique de Gaetjens qui m’a poussé à faire ce texte.

Football à Haïti ? Viens de vérifier sur le site de la FIFA : fédé créée en 1904. L’équipe nationale participe aux éliminatoires de la Coupe du monde 1934. Elle aurait peut-être pu être là en Uruguay, mais la fédé n’adhère à la FIFA qu’en 1934 (pourquoi si tard ? ?).

Le football était prometteur en Haïti avant la venue des dictateurs !

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par Interimlover

le 10 juillet 2012 à 10H19

Joe Gaetjens.

Je crois bien que c’est à TOUS les niveaux qu’Haïti était prometteur, Nicolas.

Dessalines, Fanon (immense Frantz Fanon !)... Quel bouillonnement et vivier pour les peuples noirs !

Mais hélas pour eux, y a (en sus bien sûr d’erreurs propres) ce "péché originel" d’avoir osé affronter la machine coloniale... Certain Occident ne leur a jamais pardonné cela !

Grand joueur haïtien enfin, le plus grand sans doute : Emmanuel Sanon, vu au Beerschot, et disparu il y a quelques années à peine (longue maladie, je crois bien)...

A l’heure où la Belgique était un top-championnat (Rensenbrink, Lubanski, Elkjaer Larsen...) : c’en était l’une des plus grandes attractions !... et sans doute même, avec Lozano, la grande star du Beerschot (où on trouvait tout de même des Tolsa, Tomaszewski, Meeuws...) !

Tout au long des 70’s sinon, le foot haïtien : tout bonnement et régulièrement top-2 Concacaf.

La dictature : déjà exposé mes vues (certes fort intuitives) là-dessus.

Et tiens !, y a un joueur du Standard né et formé en Belgique, et sollicité d’ailleurs par le passé pour jouer avec les Diables... mais a préféré défendre le maillot haïtien, ses origines...

Respect Mister Réginald Goreux (très chic gaillard, en plus) !

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