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le 2/07/2012

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)


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La finale messieurs de Wimbledon 1991 débouche sur une surprise, avec la victoire n°7 mondial Michael Stich sur le n°2 mondial Boris Becker, triple vainqueur du tournoi, 6/4 7/6 6/4. Les répercussions de ce match sont multiples, non seulement pour Stich et Becker, mais aussi pour le tennis allemand...

Note préliminaire: je ne sais décidément pas faire court, alors je découpe mon article en quatre parties. Si vous avez des commentaires, je vous propose de les concentrer sur la quatrième partie.

Introduction

Le 9 juillet 1989 est généralement présenté comme le plus beau jour du tennis allemand. Ce jour-là, Steffi Graf et Boris Becker remportent tous les deux Wimbledon. C’est bien cette date qui est régulièrement citée par les médias allemands, et non 1991, où pourtant Graf remporte le titre à nouveau, et Stich domine Becker pour la première - et seule à ce jour - finale 100 % allemande en Grand Chelem. Une fausse excuse serait le détail de la date: en 1989, la pluie ayant reporté la finale dames au dimanche, c’est bien le même jour que Graf et Becker furent couronnés, alors que Stich remporta le titre 24 heures après Graf en 1991. Ce détail en masque un autre qui n’en est pas un: le malaise ressenti à l’occasion de la victoire de Stich sur Becker.

21 ans après, j’ai envie de dire les choses clairement. Je livre ici une vision strictement personnelle des événements, comportant probablement des approximations liées à ma préférence pour Boris, qui me renvoie à un imaginaire vécu en tant qu’adolescent, Becker incarnant le charisme et l’inspiration, alors que Stich me semblait plus rigoureux et distant. C’est à Roland Garros 1996 que j’ai découvert que Stich était certes capable de réussir de superbes choses raquette en main - ce que je savais déjà-, mais aussi de faire de l’humour en Français lors d’une remise des prix.

Becker, icône d’un peuple

Je ne présenterai pas dans le détail le palmarès de ce champion hors du commun, vainqueur surprise à Wimbledon 1985 à 17 ans, membre quasi-permanent du top 5 depuis cette victoire, détenteur de quatre autres titres du Grand Chelem (Wimbledon 1986 et 1989, US Open 1989, Australian Open 1991) au moment où s’ouvre cette finale.

Ce qui m’intéresse, c’est d’insister sur le statut de star adulée que le jeune Becker a acquis suite à son premier triomphe à Wimbledon. Les médias allemands en ont fait une icône, dans des proportions semblables à ce que vit Rafael Nadal aujourd’hui en Espagne. Pas une semaine sans qu’il ne fasse la une d’un canard, pas de sortie publique sans être assailli par des fans, sans oublier les rumeurs et les calomnies, bref, la pression médiatique s’exerçant sur lui est extraordinairement difficile à gérer. Pour rendre justice à la presse allemande, il faut reconnaître que le phénomène n’est pas commun: ce jeune rouquin débarquant sans coup férir à 17 ans pour remporter le plus gros tournoi du monde, en pratiquant un tennis d’une puissance alors inconnue, issu d’un pays dont la tradition tennistique n’est pas très marquée, ne peut qu’attirer la lumière sur lui. Boris Becker, plus encore que Steffi Graf, a suscité des vocations tennistiques dans son pays, et indirectement placé l’Allemagne en position économique dominante sur le tennis, avec l’appui de son mentor financier Ion Tiriac. Jamais par exemple, sans Becker et Tiriac, le Masters masculin n’aurait élu domicile en Allemagne dans les années 90.

La popularité de Becker ne peut qu’être décuplée par ses exploits en Coupe Davis: lors de la finale de 1988, la RFA atomise la Suède sur ses terres, puis conserve son titre en 1989 face à cette même équipe de Suède. En 1988, Becker atomise Edberg, puis remporte le double, la note est sévère pour la Suède, battue 3/0 sur ses terres. Un an plus tard, Becker écrase ses rivaux d’étage Wilander et Edberg en trois sets, et remporte le double. En cette fin 1989, alors que le monde entier observe avec espoir et anxiété la chute du Mur de Berlin et la liesse populaire qui lui fait suite, Becker, dont le patriotisme est chevillé au corps, est élevé au rang de dieu dans son pays.

Narcisse

Cette aura médiatique explique partiellement l’un des traits majeurs de la personnalité de Boris Becker: un orgueil démesuré. Je ne me prononcerai pas sur l’orgueil en tant que qualité ou défaut, et pour cause. Cet orgueil, qui coûte à Becker certains matchs, lui en rapporte d’autres, et non des moindres.

Dans ses jeunes années, il se plaint de ne plus pouvoir se promener dans la rue, et manifeste son aspiration à une plus grande tranquillité; à ce moment-là, sa remarque témoigne d’une tête correctement posée sur les épaules compte tenu des circonstances.

En décembre 1984, à l’Australian Open, Guy Forget, presque 20 ans, bat une tête de série au 2ème tour, Vijay Amritraj (n°15), une valeur sûre du circuit. En huitièmes, il affronte le jeune Becker, de 3 ans son cadet. En prélude à leur affrontement, l’Allemand regrette de ne pas jouer contre un joueur mieux classé... L’anecdote est racontée par Forget lui-même, et elle est révélatrice; à16 ans, Becker veut déjà se frotter aux meilleurs, et donc affronter Forget l’intéresse moins qu’affronter Amritraj. Tout Becker, déjà, dans ce détail...

A Wimbledon 1988, alors qu’il surclasse le tenant du titre Pat Cash sur le Centre Court, l’Australien, déséquilibré en courant sur une amortie, s’écroule par-dessus le filet pour finir son élan dans le camp adverse. Boris se jette à son tour sur le filet pour faire une galipette sur le gazon dans le camp de Cash. Tout le monde rit... sauf Cash, qui accepte à contrecœur la main tendue par Becker. Message à peine subliminal: «Je te suis tellement supérieur que je peux me permettre de faire le pitre face à toi».

Néanmoins, certaines défaites, qui l’empêchent de s’affirmer avant 1989 comme un prétendant sérieux à la première place mondiale, posent question. En quarts de finale de Roland Garros 1986, il ironise sur la tenue de plagiste de son adversaire Michael Pernfors, qui va pourtant le dominer. En 1987, il pète un câble à l’Australian Open face à Wally Masur, révélant à cette occasion un comportement de gamin mal élevé. Lucide sur sa défaite face à Brad Gilbert à l’US Open 1987, il affirme, en substance, «se sentir nettement supérieur à un tel adversaire, au point d’oublier d’appuyer sur la pédale lorsqu’il s’agit de finir le match»; résultat, une défaite en cinq sets après avoir mené deux sets à rien. Je ne l’accablerai pas, en revanche, sur sa défaite «célèbre» face au modeste Australien Peter Doohan à Wimbledon 1987; ce jour-là, le double tenant du titre rate son match, tout simplement.

Les analystes du tennis de cette époque ne savent pas, en fin de compte, à quoi s’en tenir avec Becker. Capable du meilleur, certes, y compris de conserver avec autorité son titre à Wimbledon en 1986, afin de pouvoir dire «j’avais à cœur de prouver que je suis un champion de Wimbledon», ce qui en clair signifie «je suis le champion de Wimbledon, quelles que soient les circonstances». Une affirmation qu’Edberg démentira avec éclat, en finale 1988; un autre adversaire que Becker prend alors de haut, une autre finale perdue par orgueil...

Bref, si Boris Becker prouve à de nombreuses reprises qu’il peut être le meilleur joueur du monde quand il le veut, il ne l’est pas dans les faits, laissant ce fardeau à Ivan Lendl, sa victime préférée. Lendl perdra toujours en Grand Chelem face à Becker, à cinq reprises en tout, avant de le vaincre enfin à l’US Open 1992. La question de la volonté de Becker à décrocher la place de n°1 mondial est posée à partir de 1988. En plus d’être une icône dans son pays, être le n°1 n’est-il pas too much?

Lors du deuxième semestre 1989, Becker s’affirme enfin clairement comme le meilleur joueur du monde. Seul Edberg le bat dans un match important, en finale du Masters. Traitant enfin ce dernier comme un adversaire dont il faut se méfier, il prend une éclatante revanche à Wimbledon, en trois petits sets. A l’US Open, il remporte son premier grand titre ailleurs que sur le gazon londonien, puis remporte Bercy, avant donc la Coupe Davis... Il devient logiquement champion du monde fin 1989, la place de n°1 mondial lui tend les bras...

par Enzo
bulle_commentaire.jpg Les derniers commentaires

par La régie française du kif

le 2 juillet 2012 à 15H18

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

Putain le ouf, Stich Becker en quatre parties, sujet très intéressant mais te plains pas si ta copine te fait pager sur le canap. Pas le temps maintenant, I’ll be back mais il paraît que Vieux Roger n’est pas au mieux, Richard Gasquet va gagner Wimbledon.

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par Enzo

le 3 juillet 2012 à 00H50

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

Salut la Régie,

Pas de souci pour ma copine, elle est en déplacement, et je m’ennuie alors je griffonne sur un sujet qui me tient à coeur. J’adorais Becker, en 1991 j’avais 14 ans et je ne vivais que pour le tennis. J’ai un souvenir très précis de ce match, et de tout ce qui en découle.

Roger est finalement passé. C’est quand même incroyable qu’il soit systématiquement en quarts, il prend de l’âge mais ça reste un seigneur.

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par Killranger

le 3 juillet 2012 à 07H24

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

1991 le cauchemard de Becker à Wimbledon , l’une ds pires défaites de sa carrière et un fabuleux exploit de Stiche battant à la suite les deux meilleurs joueurs de gazon de l’époque...

Becker meilleur joueur mondial du second semestre 1989 ? ? M’ouais..ne pas oublier la demie de wimbledon que Lendl a failli gagner et où l’allemand fut littéralement sauvé par les eaux dans le quatrieme set..et surtout à New York ou au second tour, le miracle d’une balle accrochant le filet dans le tie break contre Rostagno lui a évité une grosse désillusion...Après évidemment ça lui a été plus facile...

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par Enzo

le 3 juillet 2012 à 13H50

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

Becker fin 89 ? Il a quasiment tout gagné... Je sais bien que contre Rostagno ça se joue à rien, mais avec des si on met Lutèce en amphore. Tsonga a failli battre Djoko au dernier RG, Gasquet a failli aimer le tennis... Becker fin 89 ne domine pas le tennis comme Djoko en 2011, mais il l’a tout de même dominé.

Je me rappelle bien de ce match contre Rostagno (ah, période bénie où feu la 5 diffusait du tennis !), il n’en foutait pas une jusqu’à cette balle, qu’il gagne par accident, et derrière il déroule tranquille (de mémoire, Noah en quart, Krickstein en demi, Lendl en finale) sans jamais être trop inquiété...

Quant à la demi contre Lendl, je suis d’accord avec toi, Ivan n’a jamais été aussi près de le battre mais la pluie fait partie du jeu, d’ailleurs c’était la discussion de l’autre jour pour Nadal-Djoko. A part un gamin de 15 ans ou Richard Gasquet, je ne vois personne pour pleurer d’une interruption lui ayant fait perdre le fil. En 89, Lendl a 29 ans, et 7 titres du GC derrière lui, des interruptions il en a connu !!!

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par Killranger

le 3 juillet 2012 à 07H33

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

1987, le coup de tonerre de la défaite de la tête de série n° 1 sur le cimetierre du court 2.. Que j ai suivi quasiment en liaison radio en direct de france 2.. qui diffusait un match quelconque féminin je crois sur le central , alors que le gros évenement se déroulait ailleurs et où le service public a été incapable de basculer vers cette rencontre... Noooon, le tennis à wimbledon à l époque c était 15h-18h et on ne bougeait surtout pas du central .

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par Enzo

le 3 juillet 2012 à 13H53

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

Pas mieux Killranger, moi aussi j’étais devant mon poste, et moi non plus je n’avais rien vu. Si j’en crois les commentaires de l’époque, Becker n’en avait vraiment pas mis une, on sentait qu’il devait faire un effort colossal pour garder la balle dans le terrain !!!

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par Cullen

le 3 juillet 2012 à 15H38

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

Le court n°2 porte bien son surnom d’ailleurs, parce qu’en dehors de Becker cette année là, pas mal de cadors s’y sont cassés les dents. Nastase, Connors, Agassi ou Sampras ( entre autre ) ont été "enterrés" sur ce court. Il était donc prévenu mais je crois qu’à 19 ans, cette pression médiatique était devenue trop lourde à porter. D’ailleurs, c’est à cette période qu’il a commencé à se bourrer de sédatifs.

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par mmLoo7

le 2 novembre 2012 à 01H25

Stich-Becker, une tragédie allemande (1/4)

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