Le lièvre et la tortue
Lors du dernier Roland Garros, l’un des événements relevés par les commentateurs était la présence de deux trentenaires (David Ferrer et Roger Federer) en demi-finales, événement inédit à Roland Garros depuis 1969. On pourrait voir la question sur un angle plus général: quelle est aujourd’hui la fenêtre de maturité d’un joueur, et cette période a-t-elle évolué depuis 30 ans?
Introduction
Pour les besoins de l’analyse, je me suis penché sur les joueurs ayant fait partie du top 10 à la fin d’au moins une saison régulière depuis la création du classement ATP en 1973. Toutefois, il était délicat de tenir compte des joueurs dans la force de l’âge en 1973, car le début de leur parcours n’était pas mesurable en termes de classement. A l’inverse, les champions actuels ne peuvent pas non plus être pris en compte, car leur déclin pas encore amorcé rend aléatoires les hypothèses sur leur fin de carrière. Parmi les joueurs ayant fait partie des 10 meilleurs joueurs du monde à la fin d’une saison, je me suis donc restreint à ceux nés entre 1956 et 1982, et j’ai découpé cette période en 3 tranches de 9 ans, afin de pouvoir mesurer une évolution.
Nés entre 1956 et 1964: Gene Mayer, Björn Borg, José-Luis Clerc, Kevin Curren, John McEnroe, Eliot Teltscher, Andrès Gomez, Ivan Lendl, Yannick Noah, Tim Mayotte, Anders Jarryd, Brad Gilbert, Joachim Nyström, Henri Leconte, Henrik Sündström, Miloslav Mecir, Jimmy Arias, Mats Wilander, Jacob Hlasek.
Nés entre 1965 et 1973: Guy Forget, Karel Novacek, Pat Cash, Emilio Sanchez, Stefan Edberg, Jay Berger, Aaron Krickstein, Thomas Muster, Boris Becker, Kent Carlsson, Petr Korda, Michael Stich, Alberto Mancini, Cédric Pioline, André Agassi, Todd Martin, Jim Courier, Sergi Bruguera, Pete Sampras, Goran Ivanisevic, Wayne Ferreira, Richard Krajicek, Michael Chang, Jonas Björkman, Patrick Rafter, Alberto Berasategui, Greg Rusedski.
Nés entre 1974 et 1982: Yevgeni Kafelnikov, Karol Kucera, Thomas Enqvist, Alex Corretja, Andrei Medvedev, Tim Henman, Jiri Novak, Thomas Johansson, Albert Costa, Marcelo Rios, Rainer Schuttler, Magnus Norman, Nicolas Lapentti, Carlos Moya, Gustavo Kuerten, Mark Philippoussis, Nicolas Kiefer, Tommy Haas, Sébastien Grosjean, Gaston Gaudio, Ivan Ljubicic, James Blake, Marat Safin, Juan Carlos Ferrero, Fernando Gonzalez, Lleyton Hewitt, Nicolay Davydenko, Roger Federer, David Nalbandian, Guillermo Coria, David Ferrer, Tommy Robredo, Andy Roddick.
On voit bien le danger d’aller plus loin que l’année de naissance 1982, précisément parce que Federer et Ferrer sont membres du top 5, à plus de 30 ans... Je précise également avoir ajouté Thomas Johansson, vainqueur de l’Australian Open 2002, de surcroît 7ème mondial en juin 2002; en revanche, Johan Kriek, vainqueur de ce même Australian Open en 1981 et 1982, l’a été en l’absence des meilleurs joueurs du monde, je ne le considère pas comme un vainqueur en Grand Chelem.
Commençons par constater que 19 joueurs sont nés dans la première tranche, 27 dans la deuxième tranche, 33 dans la troisième tranche. Clairement, la tendance des locataires du top 10 est à la hausse, mais cela signifie aussi que ces locataires le sont pour une durée de plus en plus limitée.
Les météorites
Ces joueurs ont figuré dans les 20 premiers mondiaux (et même dans les 10) une seule année.
- Né entre 1956 et 1964: Sündström.
- Nés entre 1965 et 1973: Carlsson, Mancini, Björkman, Berasategui.
- Nés entre 1974 et 1982: Schuttler, Lapentti, Kiefer.
Deux cas particuliers sont à signaler: Björkman et Schuttler, deux joueurs à la longue carrière figurant sans discontinuité dans le top 100 pendant une dizaine d’années, et qui ont connu leur meilleur saison à un âge mûr (25 ans pour le premier, 27 ans pour le second).
Tous les autres joueurs de cette liste ont connu une ascension rapide, et un déclin tout aussi rapide en raison de multiples blessures, dont certains se sont remis sans jamais se rapprocher à nouveau de l’élite: Sündström (21 ans), Carlsson (21 ans), Mancini (21 ans), Berasategui (22 ans), Lapentti (23 ans), Kiefer (22 ans).
Les souverains durables
Ces joueurs, ayant parfois atteint le top 10 avant 20 ans, sont restés plusieurs années d’affilée n°1 mondiaux sans blessure ni lassitude.
- Né entre 1956 et 1964: Lendl.
- Nés entre 1965 et 1973: Edberg, Sampras.
- Né entre 1974 et 1982: Federer.
Nous retrouvons dans cette courte liste les joueurs ayant marqué une décennie entière de leur domination: les années 80 pour Lendl, les années 90 pour Sampras, les années 2000 pour Federer. Edberg, à mi-chemin entre Lendl et Sampras, domina le tennis au début des années 90 et fit partie des tout meilleurs entre 1985 et 1994.
Les bébés champions
Plusieurs de ces joueurs auraient pu figurer dans la liste des "souverains durables", mais ces joueurs ont surtout eu une ascension foudroyante et un déclin dans la force de l’âge.
- Nés entre 1956 et 1964: Borg, McEnroe, Arias, Wilander.
- Nés entre 1965 et 1973: Krickstein, Becker, Chang.
- Nés entre 1974 et 1982: Medvedev, Hewitt.
Arias et Medvedev furent tous deux n°6 mondiaux à 19 ans, avant de décliner progressivement en raison de blessures, les empêchant de jouer durablement les premiers rôles. Medvedev, âgé de 24 ans seulement en 1999 lorsqu’il joua la finale de Roland Garros, revenait de blessures et replongea immédiatement après. Deux trajectoires tristement brisées... Le cas de Krickstein leur ressemble un peu, encore que ce dernier se remit à plusieurs reprises de ses blessures pour revenir au premier plan.
Borg, McEnroe, Wilander, Becker, Chang et Hewitt furent de spectaculaires vainqueurs de tournois du Grand Chelem avant l’âge de 20 ans. Et tous ont connu la lassitude vers 25 ans, les conduisant, soit à s’effacer du devant de la scène, soit à mettre fin à leur carrière. Ce phénomène est intéressant à observer, car, encensés qu’ils furent à leurs débuts, ils parvinrent à gérer la pression en tant que quasi-adolescents, mais pas en tant qu’adultes.
Le cas de Becker est discutable, étant donné qu’il est parvenu à se maintenir dans le top 10 jusqu’à ses 29 ans; en y regardant de plus près, sa finale perdue contre Stich à Wimbledon 1991 constitua une cassure profonde, suite à laquelle il opéra un net recul, n’étant présent que quelques mois sur une saison, lorsqu’il s’agissait du gazon de Wimbledon ou des surfaces indoor. Ce n’est qu’en 1995, à l’issue d’un travail physique long et intense, qu’il retrouva la constance sur une année entière.
Autre cas discutable, Hewitt, plus jeune n°1 mondial à la fin d’une saison. La prise de pouvoir de Federer ne peut expliquer à elle seule le recul progressif de ce joueur, qui n’était déjà plus dans les 20 meilleurs lorsqu’il se blessa gravement à l’âge de 27 ans.
Un point important reste à signaler: le phénomène des bébés champions semble s’estomper. La solidité des meilleurs joueurs actuels rend pratiquement impossible la victoire en Grand Chelem d’un joueur âgé de 18 ans. Si l’on prolonge notre «fenêtre» aux joueurs actuels, seul Nadal, force de la nature, s’est imposé ces dernières années comme un «bébé champion». Sa carrière est émaillée de plusieurs blessures, mais sa supériorité physique est telle qu’il a conservé sans problème sa place dans le top 4. Nadal, âgé aujourd’hui de 26 ans, ne semble pas donner de signe de lassitude. Exceptionnel!
La maturité plus ou moins tardive
Les joueurs suivants ont atteint leur meilleur classement à 26 ans et plus:
- Nés entre 1956 et 1964: Gomez, Noah, Mayotte, Gilbert.
- Nés entre 1965 et 1973: Forget, Novacek, Muster, Martin, Korda, Henman.
- Nés entre 1974 et 1982: Novak, Johansson, Costa, Ljubicic, Blake, Gonzalez, Davydenko, Ferrer.
A cette liste, on peut ajouter Petr Korda, qui a atteint son meilleur classement à 24 ans, mais qui a remporté l’Australian Open à 29 ans, en 1998.
Ces joueurs ont souvent connu une carrière assez longue, au cours de laquelle ils se sont progressivement rapprochés de l’élite pour finalement l’atteindre à 26 ans ou plus. Corollaire du point évoqué plus haut à propos des "bébés champions", les joueurs à maturité tardive tendent à augmenter. Dans un contexte de plus en plus concurrentiel, un joueur doué peut rentrer sans problème dans le top 100 vers 20 ans, en revanche sa place dans le top 10 sera le fruit d’une longue maturation, dont le terme sera rarement atteint avant l’âge de 23 ans.
Le cas de Thomas Muster est bien entendu particulier, puisqu’il fut victime d’un grave accident de la route à 21 ans, alors qu’il venait d’atteindre le 6ème rang mondial. La suite de sa carrière est néanmoins curieuse: demi-finaliste à Roland Garros 1990, il s’éclipsa de l’élite pendant cinq longues années, pourtant sans blessure majeure, avant de connaître enfin à 27 ans la plénitude de ses moyens physiques.
Cette liste est à rapprocher de la suivante, les joueurs ayant atteint leur meilleur classement avant 26 ans mais qui parvinrent à se maintenir au contact de l’élite jusqu’à 28 ans et plus:
- Nés entre 1956 et 1964: Mayer, Curren.
- Nés entre 1965 et 1973: Pioline, Ferreira, Rafter, Corretja.
- Nés entre 1974 et 1982: Moya, Haas.
Les blessures
La carrière des joueurs suivants fut perturbée par les blessures, au point de les faire s’effacer progressivement de l’élite mondiale.
- Nés entre 1956 et 1964: Clerc, Teltscher, Jarryd, Nyström, Leconte, Mecir.
- Nés entre 1965 et 1973: Cash, Berger, Stich, Bruguera, Ivanisevic, Krajicek, Rusedski.
- Nés entre 1974 et 1982: Kucera, Enqvist, Rios, Norman, Kuerten, Philippoussis, Grosjean, Safin, Ferrero, Nalbandian.
La liste est impressionnante, et en constante augmentation depuis 30 ans. Ces joueurs ont dû composer avec les blessures. Ils parvinrent plus ou moins à s’en relever, mais connurent une trajectoire en dents de scie qui se reflète dans les fluctuations de leur classement.
Les carrières "normales"
- Nés entre 1956 et 1964: Hlasek.
- Nés entre 1965 et 1973: Sanchez.
- Nés entre 1974 et 1982: Kafelnikov, Robredo, Roddick.
Ces joueurs ont eu une carrière assez longue, au cours de laquelle ils ont atteint leur meilleur classement vers 24-25 ans. Leur carrière a éventuellement été confrontée à des blessures, mais ces blessures ne les ont pas empêchés de se maintenir parmi l’élite. Je range Andy Roddick dans cette catégorie: n°1 mondial à 21 ans, il a ensuite subi la loi de Federer, non sans se maintenir jusqu’à 28 ans dans le top 10.
Les carrières "anormales"
Commençons par Gaston Gaudio: second couteau dans la première partie de sa carrière, il se présenta à Roland Garros 2004 avec le dossard n°44... et fit le tournoi de sa vie. Joueur lunatique, il eut à cœur de se maintenir parmi l’élite au cours des deux années qui suivirent sa victoire surprise, et il y parvint. Son déclin n’est dû qu’à une baisse de motivation.
Sa victime en finale, Guillermo Coria, est un autre cas à part, puisqu’il connut une suspension pour dopage à 19 ans, puis une immense crise de confiance à 23 ans. Entre les deux, sa finale perdue à Roland Garros 2004 marqua un tournant négatif dans sa carrière. Les seules blessures ne peuvent expliquer un déclin aussi rapide, en cela il est impossible de le classer dans les catégories précédemment citées.
Jim Courier a atteint la première place mondiale vers 22 ans, ensuite la prise de pouvoir de Sampras le relégua au second plan. Toutefois, la lassitude est également à l’origine de son recul, l’Américain vivant durement la position d’avoir été n°1 et de ne plus l’être. La carrière de Courier s’apparente nettement à celle de Lleyton Hewitt, à ceci près qu’il ne fut pas aussi précoce que l’Australien.
André Agassi, enfin, est inclassable à tous points de vue... L’Américain a connu en fait plusieurs carrières, ponctuées de disparitions pures et simples de l’élite, ce qui lui permit de conserver une certaine fraîcheur au-delà de la trentaine.
Les anciens...
Avant de restreindre l’analyse aux joueurs nés entre 1956 et 1982, j’ai regardé les classements ATP dans les années 70, incluant essentiellement des joueurs nés avant 1956. Ils présentent certaines caractéristiques notables.
Rod Laver et Ken Rosewall sont des exceptions, tant par leur palmarès que par leur longévité. Membres du top 10 jusqu’à 1975 - année où Rosewall fêta ses 41 ans - ils sont les témoins d’une époque où le tennis n’était pas le sport exigeant pour l’organisme qu’il est devenu par la suite. Je détaillerai une autre fois ce que furent les circuits professionnels et amateurs d’avant 1968, et les circuits concurrentiels de la période 1968-1972. Il résulte de ces situations un nombre limité de matchs «officiels» joués sur une année, ce qui explique la bonne santé physique des joueurs, qui disputaient d’ailleurs généralement le double en plus du simple.
J’avais débuté cette étude avec l’idée préconçue que c’est l’apparition des raquettes en métal, à l’orée des années 80, qui avait raccourci les carrières des joueurs. C’est globalement faux: Newcombe, Okker, Smith, Orantès, Nastase, Panatta, Kodès, Pilic, Vilas, Gottfried, Tanner et Gerulaitis connurent tous le déclin entre 27 et 30 ans, âges comparables à ceux d’aujourd’hui. C’est la mise en place du circuit ATP entre 1968 et 1973, c’est-à-dire la mise en concurrence de TOUS les meilleurs joueurs du monde, qui a provoqué le rétrécissement des carrières au plus haut niveau. Les champions des années 70 ont globalement des carrières semblables à leurs successeurs... à ceci près qu’ils ont été beaucoup moins blessés. Les longues carrières de Nastase et de Vilas ne doivent pas faire illusion: leur passion du tennis les poussa à poursuivre leur carrière bien après 30 ans, mais ils ne jouèrent plus les premiers rôles.
Deux exceptions à ce tableau: Arthur Ashe et surtout Jimmy Connors, deux champions à la longévité exceptionnelle. A 35 ans, le premier manquait de peu une victoire au Masters, le second pointait à la 4ème place mondiale... Extraterrestre!
Conclusion
Reprenons les trois tranches du début: 1956-1964, 1965-1973 et 1974-1982. Il est impossible de savoir à quel moment tous ces champions sont passés de la raquette en bois à la raquette en métal, mais nous savons que Yannick Noah est le dernier vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem avec une raquette en bois, en 1983. A vue d’œil, on peut donc considérer que les joueurs de la première tranche étaient adultes lorsqu’ils passèrent à la raquette en bois, les joueurs de la deuxième tranche l’ont connue dans leurs jeunes années, et les joueurs de la troisième tranche ne l’ont presque pas connue.
La raquette en métal, qui n’a cessé de se perfectionner depuis son apparition, en augmentant de manière significative la vitesse de la balle, a provoqué l’apparition de la puissance dans le tennis. Les bébés champions Becker, Agassi et Chang, tous trois nés dans la deuxième tranche, révolutionnèrent le jeu, le premier par sa puissance naturelle, les deux autres par leur approche du jeu basée sur une prise de balle très précoce. Ils commencèrent à utiliser la raquette en métal probablement au début de l’adolescence, et explosèrent quelques années plus tard en ayant intégré, contrairement à leurs prédécesseurs, la notion de puissance dans leur jeu.
A cet égard, un match se détache nettement dans mes souvenirs: la demi-finale de Roland Garros 1988 entre Agassi et Wilander. Le jeune Agassi, dont le tennis n’était pas encore arrivé à maturité, raccourcissait les échanges et trouvait des diagonales auxquelles Wilander n’avait pas l’habitude de répondre. Ce dernier, alors au sommet de sa carrière, connut les pires difficultés à s’imposer face à ce tennis qu’il ne connaissait pas; et il n’y parvint qu’en utilisant une stratégie qui s’est banalisée depuis, à savoir qu’il rentra lui-même davantage dans le terrain. Ce match résume parfaitement l’évolution du tennis au cours des 30 dernières années.
Mais cette évolution connut son revers: plus le tennis devenait exigeant physiquement, plus les blessures se firent nombreuses et brisèrent des carrières entières. Le phénomène est chronique aujourd’hui: sur une semaine donnée, les joueurs qui vont loin dans un tournoi ne sont pas forcément les meilleurs, mais ceux qui sont à 100% de leurs moyens. Le classement ATP fluctue au gré des bulletins de santé des uns et des autres, et des joueurs promis à un grand avenir s’effacent ou reviennent, selon que leur corps usé tient le coup ou pas.
Au moins deux joueurs majeurs ont raté leur carrière pour cette raison: Miloslav Mecir, d’abord, joueur au talent extraordinaire tant redouté des Lendl, Edberg, Wilander et autres Becker, qu’il battit tous entre 1985 et 1988. En pleine possession de ses moyens, il aurait probablement lutté avec eux pour la première place mondiale. Andrei Medvedev, ensuite, qui avait toutes les armes pour être, avec Agassi, le grand rival de Sampras. Un tennis total, un toucher de balle relevant de l’insolence... mais un corps qui n’a pas tenu le coup. Dans le cas de Medvedev, je ne crois pas trop à une lassitude; ou, pour être plus exact, je crois que sa lassitude fut une conséquence de ses blessures.
Dans l’ombre des "ténors", de nombreux joueurs eurent à un moment donné leur heure de gloire, à un âge plus ou moins avancé. Le plus souvent, c’est un déclic qui leur a permis d’exploiter pleinement leur potentiel, mais aucune règle ne domine concernant ce déclic, combinaison complexe d’éléments physiques, techniques et mentaux. Pour ne parler que des Français, Forget et Pioline sont dans ce cas.
Héritiers de ces évolutions, Federer, Nadal et Djokovic ont un point commun, à savoir qu’ils ont amorcé une domination totale sur le tennis à peu près au même âge, à 22-23 ans. Federer avait 22 ans lorsqu’il gagna le Masters 2003, Nadal 22 ans également quand il écrasa l’édition 2008 de Roland Garros, Djokovic 23 ans lors de son deuxième triomphe à l’Australian Open 2011. Chacun des trois s’était affirmé comme l’un des meilleurs joueurs du monde au préalable, mais ces trois événements signalèrent une prise de pouvoir absolu, les menant en quelques mois à la place de n°1 mondial.
Dans un contexte où les enfants qui aujourd’hui débutent le tennis ne connaissent aucune évolution technique ou matérielle majeure dans leurs premières années, il est peu probable qu’un jeune de 18 ans débarque sur le circuit avec des armes inconnues de ses adversaires. Nous n’aurons donc plus de "bébés champions" avant longtemps. Dès lors, pour un joueur donné, entre ses premiers coups d’éclat et le sommet de sa carrière, une période de transition semble aujourd’hui un passage obligé. A la lecture des débuts de carrière des joueurs nés en 1983 et après, cette tendance se généralise. La carrière type d’un joueur, nonobstant ses blessures, ressemblerait à ceci:
- Premiers coups d’éclat à 19 ans, suivis d’une période de transition (19-22 ans).
- Période de maturité entre 22 et 29 ans.
- Déclin à partir de 30 ans.
L’actuel top 10 ne contredit sûrement pas cette règle: Juan Martin Del Potro, le plus jeune de tous, va sur ses 23 ans...
salut ENZO
BRAVO pour tous les details. L article est long mais je l ai lu sans problemes. Paragraphes bien detaillés bien argumentés. Bon j apprends beaucoup car sans arguments je m etais dit que la moyenne d accession a la N1 ATP etait 22 ans. Bon la je decouvre plusieurs scenarios.....
Merci et BRAVO pour le temps que tu as mis pour rediger cet article tres documenté et tres instructif
Super Enzo, c’est très digeste et surtout bien instructif. Très bonnes explications... j’adhère. Donc tu penses que les bébés champions ont profité d’une transition technologique, à savoir les raquettes en bois vers métal, pour remporter des Grands Chelems ? En tout cas avec le niveau stratosphérique du top 3 actuel je vois mal un jeunot s’imposer à court terme.
Salut Fabrice,
Oui, c’est ça. Si tu prends Roscoe Tanner à Wimbledon 79, il avait déjà un énorme service, mais sa raquette en bois ne lui donnait pas l’avantage que la raquette en métal donna à Becker en 1985. Becker, Agassi et Chang ont été ultra-précoces sans disposer de qualités physiques hors du commun à la Nadal (des jeunes puissants comme Becker, il y en eut avant et après). Ce qu’ils avaient de novateur, c’était leur jeu qui donnait très peu de temps à leur adversaire.
J’en profite pour m’excuser pour la longueur de l’article, mais je ne pouvais donner mes conclusions sans expliquer comment je m’y prenais... J’aurais pu ajouter le lift, qui rendit le jeu de Borg dans sa jeunesse également très novateur.
C’est le genre d’articles un peu "casse gueule", avec une accumulation de données en tout genre qui peut rapidement devenir indigeste s’il n’est pas écrit correctement, et avec un fil directeur. Mais ça n’est pas du tout le cas ici, au contraire la lecture est très agréable, sans qu’on perde le fil de l’argumentation. Et puis l’auteur ne s’est pas contenté de sortir des chiffres bruts, il termine en avançant une hypothèse qui n’est pas du tout tirée par les cheveux ( ça reste pour moi une simple supposition malgré tout ). Du coup, bravo pour le boulot et merci.
Exact, bravo pour le travail. Même sans aller au-delà de 1982, il serait quand même intéressant de voir dans quelle catégorie se dirigent Djokovic, Nadal ou Tsonga par exemple. Les bébés champions qui disparaissent, c’est peut être dû au dopage sinon...
Salut Moctezuma,
Pour Nadal, je l’ai brièvement évoqué dans l’article, c’est une force de la nature, et c’était déjà une force de la nature en 2005 quand il gagna RG à 19 ans. Même avec un tennis très incomplet à l’époque, il était devenu n°2 mondial. A tous les niveaux il est unique, et ne peut refléter une quelconque tendance, même pas celle des bébés champions puisqu’il ne donne aucun signe de fléchissement à 26 ans.
Djoko me semble refléter le fond de l’article, puisqu’il explose à 20 ans et prend le pouvoir à 23 ans.
Tsonga est plus tardif, puisqu’il a presque 23 ans à l’AO 2008. Mais sa jeunesse a été marquée par des blessures.
lol voilà un signe de fléchissement pour Nadal, éliminé au 2e tour...
J’espère au moins que ça va libérer Murray et Tsonga.
Ouais... Enorme surprise ! Lukas Rosol a 27 ans...
Une surprise, merveilleux ! Et c’est sur Nadal que ça tombe, le pied, hâte de lire ses excuses.
Bon article même si je ne vois pas trop ce qui en ressort. juste une remarque : "les raquettes en métal" il n’y en a pas eu des masses, l’aluminium déjà utilisé par Connors dans les 70’s n’était qu’une des formes de l’avancée technologique mais la plupart des joueurs sont passés directement du bois au composite, les dates sont assez faciles à trouver, pour McEnroe c’est au printemps 83 pendant Dallas. Le dernier à gagner un chelem avec une raquette alu est Cash Wim 87.
Et ce n’est pas la seule raison à l’évolution vers plus de physique, la vision du corps change aussi constamment, suffit de lire des trucs d’époque sur Tilden ou Lenglen, Deleuze appelait ça... merde, me rappelle plus. Le tennis était à ses débuts considéré comme un sport de tarlouze et en 70 il était hors de question de se mettre minable, chacun a eu son rôle, Becker avec ses plongeons, Gilles Simon avec... ah bah non, pas Gilles Simon.
Dans ta gueule Nadal.
Le sujet de ses raquettes en bois métal et composite est rarement aborder et je ne sais même pas pourquoi ? .....
Les RQ en bois ont sans cesse evoluer mais pour celle en métal bof bof........ Tout tourne autour de la Wilson T2000 de Connors lancé par Lacoste durant les 60’s......
A côté pas grand-chose quelque dérivés telle la PDP Open de Tanner ........ J’ai l’impression que le lift à rapidement condamné la RQ en métal plus facile à exécuter avec une RQ en bois ou composite de même que le revers coupé ..........
Ces RQ en métal étaient simplement adapté à un type de jeu bien particulier notamment pour le joueur qui tapait à plat ou slicé (Connors) .....
Ayant joué avec même si mon niveau respirait la médiocrité, j’ai constaté que le lift n’était pas chose aisé en CD ou revers par contre taper de façon slicé alors-la....
D’où certainement cette extinction rapide des RQ en métal........peut adapter au lifteur.

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