Platini - Koweït, une pige en or
Le 27 novembre 1988, un an et demi après sa retraite prise avec la Juventus, Michel Platini foule à nouveau un terrain de football ... Mais ce n’est ni sous les couleurs du grand club piémontais, ni sous celles de l’équipe de France, mais sous celles de la sélection nationale du Koweït, opposée pour l’occasion à l’Union Soviétique.
17 mai 1987, stadio Comunale de Turin. Michel Platini dispute son dernier match avec la Juventus. Arrivé en 1982 dans le Piémon, Il Francese a profondément marqué la Vecchia Signora. Joueur préféré de Giovanni Agnelli, qui le comparait à la fois à Manolete et Nijinski, le virtuose français atteint au pinacle de sa carrière dans la péninsule, au moment où Zico et Maradona sèment également la terreur sur les pelouses du Calcio. Platini laisse deux équipes orphelines, la Juventus et l’équipe de France ...
A Chypre, enoctobre 1988, l’équipe de France touche le fond. Un médiocre match nul 1-1 arraché sur l’île méditerranéenne, dans le cadre des éliminatoires du Mondiale 90, met le feu aux poudres, après que la France ait déjà manqué l’Euro 88... La presse réclame la têted’Henri Michel. Le volcan rentre en éruption, et Jean Fournet-Fayard met fin au contrat du sélectionneur, qui avait pris la succession de Michel Hidalgo après l’Euro 84, amenant les Bleus à la troisième place de la Coupe du Monde en 1986.
Mais les exploits français contre l’Italie et le Brésil, sur les pelouses mexicaines, ne pèsent pas bien lourd dans la balance au moment où Henri Michel est remercié.
Avant que de nouvelles défaites ne sonnent le glas des espoirs français, la FFF tranche dans le vif. Il s’agit de créer l’électrochoc. Qu’il semble loin le football panache de 1984, les émotions de 1982 et 1986 ... Une ère de disette vient de s’ouvrir. Si la victoire en Coupe du Monde est restée utopique pour la génération Platini, son héritière est incapable d’assumer le legs.
Fusible idéal, le sélectionneur s’en va mais les racines du mal demeurent. La France est tombée de Charybde en Scylla, privée de ses cadres ... Platini, Giresse, Bossis, Rocheteau ou Battiston ont tous quitté le navire. Seuls Amoros, Fernandez et Tigana sont encore là, alors que les espoirs de la nouvelle génération, les Papin, Sauzée ou Cantona, ne sont pas encore parvenus à maturité. Sans boussole, les jeunes Français n’auront aucune chance de se qualifier pour le Mondiale italien.
C’est Michel Platini, l’idole d’hier,qui est nommé sélectionneur afin d’éviter la catastrophe crainte de tous, ne pas se qualifier pour la Coupe du Monde 1990 en Italie. Mais avec la Yougoslavie et la Norvège dans le groupe de la France, la tâche s’annonce ardue.
Le 27 novembre 1988, Koweït - URSS, Michel Platini joue vingt minutes en sélection du Koweït. Convié par l’émir du Koweït, le nouveau sélectionneur de l’équipe de France avait été invité dans le Golfe Persique pour assister au match d’ouverture de la Coupe d’Asie des Nations, prévu le 2 décembre 1988 entre l’Iran et le pays organisateur, le Qatar.
Comment est-ce possible?
Platini retrouve à cette occasion d’anciens adversaires. En 1982, lors du Mundial espagnol, l’équipe de France est vaincue d’entrée par l’Angleterre dans la cathédrale de San Mames (3-1).
Cueillis à froid par la Perfide Albion à Bilbao, les Français réagissent avec orgueil face au Koweït, champion d’Asie des nations en 1980. Mais plus que la victoire 4-1 sur le pays producteur de pétrole, c’est un évènement inhabituel qui va faire couler beaucoup d’encre à Valladolid.
Un but parfaitement valable d’Alain Giresse, alors que la France mène 3-1, est annulé par l’arbitre, après que le cheikh du Koweït soit descendu sur la pelouse.
La justice sportive s’est soumise à la volonté politique d’un représentant d’une des nations en lice dans le match ...
Six ans après cet épisode rocambolesque, Platini revêt donc le maillot koweïtien en cet automne 1988. La pige ne dure que 21 minutes face à l’URSS, toute récente vice-championne d’Europe face aux Pays-Bas.
Rinat Dassaev avait du s’incliner devant toute la virtuosité de Marco Van Basten, l’attaquant du Milan AC signant un but d’anthologie par une volée inoubliable.
20 000 personnes assistent à ce match à Kuwait City, au stade Al-Sadaqua. La victoire de l’Union Soviétique ne surprend personne. Les hommes de Valeri Lobanovski l’emportent sur des buts d’Oleg Protassov et Sergueï Aleïnikov, un futur transfert raté de la Juventus, dans la lignée des années de transition entre Platini - Baggio, celles des Rush, Zavarov, Rui Barros ...
Alors, qu’a étéfaire MichelPlatini dans ce match sans enjeu? Plaisir du terrain, envie démangeante de rechausser les crampons?
Peu probable, car à seulement 33 ans, le triple Ballon d’Or aurait pu décider de relancer sa carrière en club. Bien des ténors européens lui auraient ouvert leurs portes àbras ouverts.Mais la décision de mai 1987 avait été mûrie par l’intéressé dès septembre 1986, en secret, avec son épouse.
Deux ans avant la Guerre du Golfe, consécutive à l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, le petit pays du Golfe est un riche Etat pétrolier.
Indépendant depuis 1961, le Koweït est membre fondateur de l’OPEP. Et si en août1990, Saddam Hussein envahit son voisin, ce n’est pas qu’en souvenir du découpage territorial de 1961 qu’il jugeait défavorable, dans un lointain héritage de l’Empire Ottoman.
C’est aussi et surtout car le pétrole est la poule aux oeufs d’or du Koweït ... Et face au cours très bas de l’or noir koweïtien, Saddam Hussein perd patience, l’Irak voyant son économie agoniser après huit ans de guerre contrel’Iran ...
Alors, Platini a-t-il joué au mercenaire pour cette apparition furtive? C’est probable, même si on ne connaîtra jamais le montant de la somme touchée par l’ancien meneur de jeu des Bianconeri. Son niveau de vie en tant que star de la Juventus n’était pas à plaindre, le célèbre numéro 10 possédant une Ferrari, cadeau de l’Avvocato, propriétaire à travers FIAT de la Scuderia. En effet, FIAT avait pris le contrôlede la firmede Maranello dès 1969,Enzo Ferrari étant exsangue financièrement après que Ford se soit vengé aux 24 Heures du Mans mais aussi en Formule 1, via le moteur Cosworth,de négociations avortées pour une alliance en 1963.
Mais Ferrari ou pas, Platini n’était pas Crésus, l’inflation des salaires datant des années 90 avec l’explosion des droits télé. Monnayer son talent dans les Etats pétroliers était donc toujours une bonne opération.
Toujours est-il qu’en janvier 1990, quatorze mois après son étonnantepige face aux Soviétiques, Michel Platini, sélectionneur des Bleus, emmène l’équipe de France au Koweït pour une tournée de deux matches. Le premier est remporté 1-0 face au Koweït sur un but de Laurent Blanc, le second est une victoire 3-0 sur la RDA, avec un doublé d’Eric Cantona et un but de Didier Deschamps.
Alors, hasard ou coïncidence? S’agit-il d’une contrepartie a posteriori, d’un remerciement de Platini envers l’émirat?
Le cas de Platini est unique. Car si beaucoup de joueurs ont porté deux maillots nationaux différents, soit par naturalisation (Di Stefano, Puskas, Kubala, Sivori...), soit par la force de changements politiques (Prosinecki, Suker, Kanchelskis, Sammer, Kirsten, Jarni...), l’ancien Stéphanois a lui porté le maillot du Koweït pour une pige complètement occasionnelle ...
Ce match Koweït - URSS en novembre 1988 reste l’un des épisodes les plus opaques de la carrière de Platini.
Difficile de croire que Platoche est allé faire une pige pour la simple beauté du geste dans le Golfe Persique ...
Pas sûr sûr que ce soit un cas unique... Je cogite encore un peu, et je reviens (j’espère) avec l’un ou l’autre noms.
Mais déjà, et quoique un peu différent, ok : est-ce qu’un Cruyff n’a pas joué pour la sélection de Catalogne, par exemple ?
Comme tu dis, sinon : les stars gagnaient effectivement trrrrrrès loin d’aussi lourd que n’importe quelle jeune quette-lambda au terme d’une demi-saison right now..., bref : fallait mettre du beurre dans les épinards !...
Salut Interim,
Oui en effet Johan Cruyff a joué pour la Catalogne, peut être aussi pour de l’argent mais surtout pour asseoir son influence politique sur la région.
C’était un moyen pour lui de faire grandir son "mythe" de porte-drapeau de la cause politique catalane, comme le fut le fait d’appeler son fils Jordi ou de visiter dans les geôles des prisonniers politiques sous Franco.
Si je puis me permettre d’en remettre une couche, et n’en déplaise d’avance à certaines irrécupérables (pas tous) groupies pathétiques sur le cas Cruyff, lesquels ne tarderont probablement à se manifester après ce que je vais avancer, mais bon... ! :o)
Le cas Cruyff, donc, mais j’en reparlerai (parmi d’autres) plus en profondeur une autre fois, c’est pas compliqué ! : délire de paternité !
En Catalogne : l’a simplement tout mis en oeuvre pour devenir l’égal de son père de substitution (Michels)... et quand je dis "tout" : c’est "tout" !
’tention que ledit "délire" : vraie et sale maladie, un truc de shizophrène (et je laisse d’avance à ce pauvre Lézard de me renvoyer la balle, voilà) !
Sur le plan de la récup’ politico-hystérique, autre ordure dans la lignée de Cruyff : son allié Laporta.
@Interim,
Que Cruyff (l’homme, pas le joueur) ne soit pas parfait, j’en conviens mais on ne peut pas non plus le rendre responsable des agissements odieux de Laporta, avec Karimov par exemple.
Après, Cruyff a toujours eu un désir de puissance et d’absolu dans ses démarches, de capitaine, de businessman, de coach ...
Et c’est pour cette raison qu’il s’est autant frité dans sa vie, avec Nunez, avec Weisweiler, avec Van Gaal, avec Beenhakker, avec Rijkaard ... avec tant d’autres encore ...
Précision, Axel : je ne te visais pas plus haut !
Cruyff-Laporta ? Ben et du rôle de Cruyff dans l’Elefan Blau, Axel ?!!
Pour médias NL pointus (non populistes/"grand-public") : le gaillard fut et reste de A à Z, hier comme aujourd’hui, un sordide marionnettiste... et s’en n’est pas privé en Catalogne (que ce fût comme joueur, entraîneur, dirigeant en coulisses...)
J’en arrête là ! Simplement voulu dire plus haut : la clé de son oeuvre ("claire" et obscure) est toute entière dans sa psychologie (déjà cernée fin 60’s aux Pays-Bas)... et qu’on en reparlera (parmi d’autres, car le jojo n’est qu’un bon exemple).
@Interim,
Je te concède qu’il y avait bien entendu de la vengeance personnelle contre Nunez dans le soutien apporté par Cruyff à Laporta dans l’Elefant Blau.
Mais l’Elefant Blau, à sa création en décembre 1997 par Laporta, était un projet à l’objectif positif, virer Nunez du Barça et mettre fin à son diktat.
http://www.sportvox.fr/article...
C’est une fois que Laporta est arrivé à la tête du Barça, en 2003, qu’il a dérivé, pour en arriver à toucher le fond avec Karimov vers 2008-2009.
Le principal tort de Cruyff est de ne jamais (à ma connaissance) avoir désavoué publiquement Laporta.
Comme en politique, c’est en montant les échelons que l’on se pourrit. Laporta n’avait rien de méchant à la base. Et Rosell n’échappera pas à l’exception de la corruption par le sommet.
Je ne vois décidément pas les choses ainsi, pour ma part : plans savamment mûris ab ovo (tant chez les uns que les autres). A ce niveau, et singulièrement dans ce club plus tordu que jamais (perso : j’aime encore bien, ça... quoique dans certaines limites !) : rien ne s’improvise.
Rosell, par exemple, est déjà complètement pourri (à titre perso : je le crois/pressens pire encore que son prédécesseur) !
Elefan Blau, sauver le FCB ? ? Tous les opportunistes disent ça !... mais le fond de la PENSEE (j’insiste : "pensée" !) d’un Cruyff, dont l’apport symbolique fut capital pour Laporta : étranger au bien-être du FCB, je t’assure (y a qu’à sonder du côté de l’Ajax...), rien à voir !... Qu’on lui enlève ses statues, et le Barca ne signifiera si sec plus rien pour lui. Jouet et instrument ; utile capital-symbolique... et rien de plus !
A part ça, Cruyff a tout de même désavoué certains trucs (genre pub sur maillot, lol)... mais au final guère que du cosmétique, positionnement "sympa" et "gardien du temple" (ce qui, d’ailleurs, est assez comico-ironique, mais bon... !) !
Oui, pour un gros cheque surement, mais bon il était déjà a la retraite, et puis il a tellement donné a l équipe de France, qu une infidélité est vite pardonné, même si ce devait pas être si courant a l époque....la somme qu il a touché a l époque devait être quand même ridicule par rapport a ce q un jouer du même calibre peut toucher dans des pays exotiques aujourd’hui hui....
Alberto Spencer, à ma connaissance ( ! - à vérifier, donc), n’a jamais été naturalisé uruguayen...
...et cependant : a joué pour l’Uruguay !
Mais j’ai un doute (Pierre ? ? ?, help !)... De toute façon certain qu’il y en eût d’autres... !
Merci Axel, je connaissais pas cette histoire ; Combien ont touché le soviets au passage...
Sacré Platoche, c’est pas Battiston qui y aurait pensé...
Sinon, pour moi, sa décision la plus mystérieuse de l’époque, c’est la sélection d’Eric Guérit pour le 1er match de Platoche-Sélectionneur contre les Yougos...
Là, y’a enquête...
C’est vrai que Platini a été dans la génération maudite au niveau fric, comme Zico ou Rummenigge. Cela dit Diego Maradona avait un jour reçu une offre de 100 millions de dollars de la part d’un Japonais.
La ruée vers l’or vers les Etats-Unis n’était plus possible du fait de l’effondrement de la NASL en 1984.
Pelé, Eusebio, Cruyff, Muller, Best, Neeskens ou Beckenbauer en ont bien profité pour faire du cash en fin de carrière.
Les championnats exotiques et friqués comme la J-League au Japon, la MLS aux Etats-Unis ou le Qatar.
Et par la suite, les Zidane, Messi, Ronaldo, Figo, Shevchenko, Kakà, Deco et autres CR7 ont bénéficié de l’explosion des salaires dans le foot.

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