Pensées autour d’Ecosse-Angleterre.
Un article dédié à Erwan Ansquer, Gavin Hastings, et Paul Thornburn.
Je ne sais pas pourquoi, mais le match de samedi dernier entre les écossais et les anglais m’a ramené des années en arrière, au tout début des années 90, à une époque où le tournoi des 6 nations n’était encore que le tournoi, celui de 5 nations.
Après chaque match de la France, que je ratais régulièrement à cause de l’entraînement , Antenne 2 diffusait, commentée par Jean-Loup Calméjane, la seconde mi-temps d’un match 100% britannique. Oh, quel que fut le match, la 1ère mi-temps, nous acceptions alors le plus naturellement du monde de l’avoir manquée. De toute façon, quelle que fût la confrontation, le score n’était que rarement fait ou acquis, un 6-3, un 9-9, voire un 13-9, cela ne m’empêchait pas de suivre avec passion ce rugby si exotique, alors si éloigné des envolées de la bande à Blanco. Même l’habillage typiquement BBC, la scoring box, l’ambiance, ces mêlées qui ne se rentraient pas dedans de la même manière que dans les matches des bleus, tout contribuait à me rendre ces matches passionnants. De l’histoire de la Grande Bretagne, du Royaume Uni, de l’Empire, je ne savais rien. Juste 4 couleurs. Le blanc, qui tirait au marron en fin de partie de l’Angleterre. Le vert ardent de l’Irlande. Le rouge, ma couleur préférée depuis toujours, de mes gallois. Et ce magnifique bleu marine des écossais.
A cette époque, pas de «Flower of Scotland», «Land of my Father» n’était encore qu’un chant de tribunes et les nord Irlandais baissaient la tête en entendant l’hymne de la république.
J’avais déjà mes favoris, le Pays de Galles de Jonathan Davies, qu’un essai filou de Jeannot Lescarboura priva d’un grand chelem en 1989. Je pouvais me passionner pour cette brouillonne mais valeureuse équipe d’Irlande, emmenée par Brendan Mullin et plus tard, Simon Geoghan. Je détestais l’Angleterre, bien sûr, mais l’Ecosse? L’Ecosse, je m’en moquais comme de l’an 40.
Pourtant, cette équipe avait de grands joueurs, des Finley Calder, des Rob Laidlaw, des Rutherford, des Gavin Hastings. Jamais vraiment à l’agonie, jamais vraiment au dessus, même son grand chelem de 1990 semblait être un accident, comme une sorte d’erreur de la banque en faveur de l’usager, le genre de trucs qui n’arrive jamais.
Non, de l’époque, je retiens la fougue irlandaise, l’ambiance de Lawnsdowne Road, où l’on gagnait toujours. Cette injustice qui faisait que la petite nation Irlandaise continuait, malgré la succession de défaites, le déficit de talent et le sens de l’Histoire, à se battre vaillamment contre les 2 gros sans jamais gagner.
Une légende prétend que Robert le Bruce, alors qu’il était en captivité, avait remarqué une araignée qui tissait un fil lui permettant de construire sa toile, seul moyen de sa survie, et que la toile, du fait de l’humidité, cassait systématiquement. Et systématiquement, cette araignée remettait sur l’ouvrage, ne pouvant faire autrement.
A cette époque, les Gallois étaient à peine mieux lotis. En fait, je crois bien que c’était pire. 10 années après les «Diables Rouges», peut être la meilleure, sans doute la plus belle équipe de rugby, le pays entier voyait son équipe en pleine déconfiture. Déjà, on imaginait le football, en accord avec le sens de l’Histoire, effacer les légendes de l’Arms Park.
A cette époque, dire que le rugby gallois était moribond était un doux euphémisme. Pourtant, les 63000 places de l’Arms Park continuaient d’accueillir le peuple rouge et ses chants qu’on n’entendra jamais de ce côté-ci du Channel, et certainement pas dans le Stade de France. Voila, le peuple rouge continuait d’y croire, malgré la succession de matches calamiteux. C’est dans cette ambiance que Paul Thornburn, capitaine et arrière du XV de Galles fut pris, en plein hymne national, d’incontrôlables sanglots.
Honteux, il savait déjà que son équipe perdrait, une nouvelle fois, et que ce merveilleux public serait déçu. Que malgré toute la bonne volonté, la rage et le combat, les temps, l’Histoire laisseraient sur le côté ces provinces britanniques où le sport est né, où le rugby a grandi, qui ont écrit les pages les plus héroïques de ce sport. Comment lutter contre la démographie, l’économie et la roue du temps?
Image terrible, aveu d’échec impitoyable, c’est à Thornburn que je pensais en voyant ces 15 écossais se briser sur une équipe anglaise de bric et de broc, avec des revenants comme Hodgson, des néophytes, bref une équipe B au mieux sans aucun automatisme, sans jeu et sans talent. Mais plus forte, plus forte que les 22 écossais, 22 en comptant les australiens, les néo Z ou ceux qui n’ont d’écossais que leur grand-mère.
On peut se demander comment on en est arrivés là, ou se dire que tout cela est assez logique au fond.
J’ai plutôt envie de rendre hommage aux 22 guerriers qui se sont battus pendant ces 80 minutes d’un combat aussi intense que pauvre techniquement. De glorifier ces Denton, ces Lamont, ces Evans, ces Jacobsen, ces Gray, qui comme l’araignée de Robert le Bruce, en pure perte, et sans doute à moitié conscients de leur sort, ont donné tout ce qu’il était humainement possible de donner pour gagner ce match. En vain.
Ainsi va le tournoi, j’aurais pu parler de ma squadra, parler de Sergio Parisse qui remotive les troupes après le 1er essai français. Il sait sans doute déjà, comme à chaque match du tournoi, que cet essai ne sera pas le dernier, mais qu’importe. Il se battront jusqu’au bout. En 2011, Nick Mallett avait eu un mot pour les joueurs de cette équipe, notamment ceux qui jouent à Aironi ou au Benetton Trévise. Ces joueurs-là, disait-il, perdent tout au long de l’année 90% des matches qu’ils jouent, et pourtant, ils se battent à chaque fois, pour gagner le match en cours, tout en sachant que cela n’arrivera sans doute pas.
Samedi, à Murrayfield, pourtant pas le stade le plus bouillant du tournoi, il y avait une ambiance indescriptible, la «Tartan Army» y a cru, elle n’a pu que se régaler de l’abnégation des 15 bonhommes qui ont donné tout ce qu’ils avaient en eux pour gagner le match le plus vieux de l’histoire de ce sport.
Mais les meilleurs ont gagné, comme souvent, et les vaincus, eux, devront y croire une nouvelle fois dans 8 jours, y croire contre la vérité elle-même, menant un combat perdu d’avance, je voulais les remercier pour n’avoir jamais abandonné, de pour n’avoir jamais baissé la tête et pour nous donner ces émotions sublimes, qui font que chacune de leurs victoires est une ode au courage et à la survie.
John Jeffrey, merde, "The Great White Shark", je l’ai zappé, pourtant quel joueur...
Ce Jonathan Davies quand même, sacré joueur...
à 1:45 ; Thornburn et sa pénalité de 60 mètres.
Magique.
C’est cool, j’ai un article pour moi tout seul...
Alors connard, comment tu vas ?
C’est toi le connard, connard !
Et t’en pense quoi de Johan Cruyff ?
C’que j’en pense ?
Reviens me voir quand t’auras lu des livres, footix !
Z’allez fermer vos gueules ouais ?
Moins de gaz, bordel !
Ya pas de derrière à vos églises ?
dans mon église, les derrières, plus ils sont jeunes plus ils sont occupés par les prêtres...
civilisation/ guéant tout ça tout ça...
et pourquoi y’a pas le rugby aux JO ? Homophobie ?
Oui, c’est tout à fait ça.
Pas grave, on ira aux JO d’hiver, qui sont plus Gay-Friendly. Y’a qu’à voir les tenues des patineurs artistiques.
sans doute que c’est la raison essentielle, on se souvient pourtant du dicton du baron coubertin :
"plus haut plus fort, plus vite mais pas plus profond, ça fait mal à sec"
pardon
Le rugby à 7 va être au programme de JO en 2016 je crois.
L’occasion pour les Fidji d’avoir une médaille olympique. A noter que les Portugais ( ? ?) touchent aussi pas mal en rugby à 7 au niveau européen.
ah. Mais pourquoi tous les sports co sauf le rugby y sont déjà ? L’esprit de l’ovalie n’incarnerait-il pas les valeurs olympiques ?
ou alors parce qu’on considère que le rugby est un sport féminin avant tout, et on attend que les équipes nationales féminines aient un niveau acceptable ?
le rugby y fut mais a été sorti des olympiades parce que c’était trop violent.
En même temps que la chasse au sanglier dont trop peu de monde réclame le retour alors que ça, c’est du sport !
Eh bien, encore un bel article. Congratulations !
Les matchs Ecosse - Angleterre ont toujours un parfum particulier. Quelque soit le niveau du XV du Chardon, on sait qu’ils vont s’y filer et que ce sera un match compliqué pour les Anglais. Surtout à Murrayfield. Ca faisait quand même 8 ans que les Anglais n’avaient plus gagné en Ecosse. La détestation des Ecossais à l’égard des Anglais est telle qu’ils réussissent souvent à gommer la différence de niveau entre les deux équipes. C’est leur match de l’année.
Je ne connais malheureusement que de nom les joueurs que tu cites, mais on ne peut que déplorer que de tels artistes n’aient pas de successeurs à l’heure actuelle. Après, tout n’est-il pas qu’une histoire de cycle ? Certes, le réservoir est petit mais j’aime à croire qu’on verra émerger une nouvelle génération (car le talent et la culture rugby sont bien présents) comme l’Irlande dans les années 2000 ou le Pays de Galles aujourd’hui. L’Ecosse mérite de retrouver de sa superbe, ne serait-ce que pour ses supporters. Si physiquement, les Ecossais sont souvent à la traîne, ils ont toujours une technique individuelle au dessus de la moyenne qui leur permet de rester (un peu) au niveau. Et pour l’instant, la sélection écossaise semble être la seule à ne pas avoir profité de la création de provinces dans la ligue celte.
ouais... ben moi, les gallois je ne m’en rappelle rien.
Je détestais (et déteste encore) les anglais, je trouvais (et trouve encore) les iralndais tricheurs et toujours à la limite, je voyais une parenté entre les écossais et les français mais les gallois... Je n’en pensais rien, comme s’ils n’étaient pas là.
D’ailleurs, il me semble bien qu’ils n’étaient pas là.
les écossais étaient la deuxième équipe des années 80 après la France, ils gagnaient régulièrement et leur grand chelem me laisse un grand souvenir, derrière ils font demi finale de coupe du monde je crois. les frères hastings et surtout Gavin étaient de magnifiques joueurs, les avants étaient très différents des nôtres, moyens en mêlée, ils régnaient sur la touche.
Chaque Ecosse - Angleterre est un match que j’attends avec impatience, jamais gagné poru les anglais malgré la différence que tu soulignes. Il me semble que les provinces écossaises, cependant relèvent la tête en ligue celte. Edimbourg a fait de gros matchs en Hcup. Dans deux ans, ils serotn de nouveau forts je parie derrière leur guerrier Gray (énorme joueur).
Go Scotts, go !!
Flowers of scotland existait déjà mécréant, même si c’était dans les tribunes. "When will we see your like again, that fought and die for your wee bit hill and glen, and stood against him (England !)Proud Edward’s army and sent him homeward tae think again"
A chaque match les mecs chantent ce truc qui dit "quand reverrons nous des braves hommes qui se battront jusqu’à la mort comme ceux qui ont chassé l’armée du fier Edouard de manière à ce qu’ils y réfléchissent à deux fois"
Même contre les îles Fidji, ils chantent leur chant anti anglais, et moi j’aime ça.
mais contre la rose, c’est mmmmmmmmmmmmmmmmmmm. ça fout les poils.
Alors merci amigo pour l’article.
Que de souvenirs me reviennent à la lecture de ce papier... Une époque pourtant pas si lointaine mais durant laquelle les couleurs des tenues étaient respectées à la lettre ( jusqu’au revers des bas ), où les matchs du XV de la Rose étaient traditionnellement précédés d’un pique-nique au champagne, où les fans gallois, massés debout derrière les poteaux, nous faisaient frissonner à chaque fois qu’ils entonnaient un chant, et où le public français avait pour habitude de lâcher un coq sur la pelouse. C’est aussi la période où j’ai caressé mes premiers ballons, cotoyé mes premiers vestiaires et découvert une deuxième famille.
"Même l’habillage typiquement BBC, la scoring box, l’ambiance, ces mêlées qui ne se rentraient pas dedans de la même manière que dans les matches des bleus, tout contribuait à me rendre ces matches passionnants" Pareil, ce savoir-faire britannique en matière de retransmission télévisées ( qu’on a toujours pas chez nous vingt ans plus tard ), ça participait pleinement à rendre ce Tournoi mythique.
Quant aux larmes de Thornburn, on avait l’impression ce jour là qu’elles pleuraient sur le Rugby gallois, car il faut se rappeler du contexte. A l’époque, les mines et les industries fermaient les unes après les autres, et les Gallois s’étaient du coup réfugiés vers le jeu à XIII, professionnel, provoquant ainsi la chute du XV du Poireau, et des héritiers de Gareth Edwards et JPR Williams.
Je n’ai pas trop le temps de m’attarder malheureusement, je tacherai d’y revenir plus tard, mais d’ores et déjà, merci le Zanck !
J’ai horreur de me la jouer vieux con, mais quand même, regardez la vidéo dans un de mes premiers comms, je veux bien que le rugby ait changé, et peut être même en bien par certains aspects, mais on a quand même perdu des trucs en route, non, les maillots, les stades, l’ambiance, le jeu...
Nostalgie...
vieux con.
PS : t’as oublié les organisations défensives pondues par darry Cawl aussi.
ça y fait beaucoup au charme du rugby d’antan...
pas mieux. Vieux con.
En effet, bonne vidéo.
D’autant plus bonne que je ne crois pas y avoir vu un seul essai Gallois marqué contre nos bleus.
Par contre, les rosbifs mangent.
Et ça, de bon matin, ça réchauffe le coeur.

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très bel article, merci Nicolas !Encore un des méandres du football mondial que j’ignorai ...
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