Interlagos 2006, le Kaiser sort par la grande porte
Son rêve d’une huitième couronne mondiale étant devenu utopique à Suzuka dans son duel au couteau face à Fernando Alonso, Michael Schumacher participe à Interlagos à l’ultime Grand Prix de sa carrière. Le leader de Ferrari est bien déterminé à terminer sa trajectoire dorée par une dernière victoire. Mais très vite, ses chances de victoire sont anéanties ... Perdu pour perdu, l’Allemand éclabousse le Grand Prix du Brésil de sa classe. Quatrième de cette course exceptionnelle, le Kaiser finit sur une ultime démonstration de panache et de virtuosité, tirant la quintessence de sa 248 F1 ...
Montréal, dimanche 25 juin 2006. Après une énième démonstration de force, Fernando Alonso vient de remporter sa sixième victoire de la saison. La domination du juvénile Espagnol tourne presque à l’humiliation pour ses rivaux supposé d’un championnat en forme de cavalier seul: Michael Schumacher (Ferrari) et Kimi Räikkönen (McLaren Mercedes).
Mais si Iceman et Woking rentreront bredouille de leur campagne mondiale, le Kaiser et Ferrari donneront jusqu’à l’épilogue de ce 57e championnat du monde du fil à retordre au pilote d’Oviedo, figure de proue de Renault.
Face au Losange, le Cavallino se doit donc de réagir ... Mené 84 à 59 par l’Asturien au classement, l’ogre de Kerpen aborde donc la deuxième partie de saison avec une épée de Damoclès au dessus-de la tête. Ses chances d’une huitième couronne mondiale apparaissent bien utopiques. Mais avec panache, le vieux maître n’abdique pas, et se lance à la poursuite de celui qu’on présente déjà comme son héritier, l’Espagnol Fernando Alonso.
Lauréat à Indianapolis, Magny-Cours et Hockenheim, Schumacher accomplit l’impossible. A Budapest, Alonso éblouit le paddock sous une pluie apocalyptique mais se voit trahi par sa monture. Et quand à Monza, la Scuderia Ferrari et ses innombrables tifosi se retrouvent orphelins du Kaiser Schumacher, désireux de tirer sa révérence à la fin du championnat du monde 2006, l’avance du champion du monde espagnol a fondu comme neige au soleil.
Le futur pilote McLaren, puisqu’Alonso rejoindra Woking en 2007,est tombé de Charybde en Scylla tout au long deson été 2006, ne devançant son rival allemand qu’une seule fois, en Turquie.
En quittant la Lombardie, Alonso n’a plus que deux points d’avance sur le septuple champion du monde, bien décidé à décrocher la timbale.
Les fracassantes révélations de Norberto Fontana, après ce Grand Prix d’Italie 2006, sur une possible entente entre Ferrari et Sauber à Jerez au Grand Prix d’Europe 1997, dans l’optique de torpiller les chances mondiales de Jacques Villeneuve, n’altèrent nullement la concentration de Michael Schumacher pour l’épreuve suivante.
Redevenu le roi, l’invincible, le champion allemand impose de nouveau sa férule en Chine. Pour la cinquième fois en sept courses, Schumacher reçoit en vainqueur le drapeau à damier. Pour sa 91e victoire en carrière, le titan allemand s’offre une belle cerise sur le gâteau, la tête du Mondial au bénéfice de plus devictoires que son jeune rival espagnol: 7 pourSchumacher (Imola, Nürburgring, Indianapolis, Magny-Cours, Hockenheim, Monza, Shanghaï), 6 pour Alonso (Sakhir, Albert Park, Barcelone, Monaco, Silverstone, Montréal), dont la disette s’éternise depuis qu’il a tourné le dos à l’île Notre-Dame et au circuit Gilles-Villeneuve.
Même s’il a franchi le Rubicon par son comportement inacceptable en Principauté de Monaco, le Kaiser s’attire une pluie de superlatifs, ayant réussi le prodige de remonter un handicap de 25 points sur le champion espagnol, handicap que tout l’aréopage de la F1 jugeait irréversible ... Mais Schumacher n’est pas le premier venu.
Repoussant sans cesse les limites de leur joute au pinacle de la Formule 1, ces deux virtuoses du pilotage n’ont laissé que les miettes de leur festin à Fisichella (Sepang), Button (Budapest) et Massa (Istanbul).
A Suzuka, le Kaiser réalise la pole position. Sur le juge de paix de Nagoya, on croit Schumacher parti pour une nouvelle chevauchée fantastique. Mais le moteur de son bolide écarlate trahit l’Allemand, pour la première fois depuis le 29 juillet 2001, à Hockenheim!
Au pire moment, l’ogre allemand tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne. L’abandon du Kaiser sonne le glas des ses espoirs mondiaux, etprofite à Fernando Alonso qui retrouve, au meilleur moment, le chemin du succès. Au pays des samouraïs, celui qui reste la clé de voûte de l’écurie Renault redevient le favori suprême pour la couronne mondiale 2006.
Plus proche des lauriers que jamais, le natif d’Oviedo devra cependant patienter jusqu’à l’ultime manche du championnat, Interlagos, pour porter l’estocade à son prestigieux rival.
A son arrivée au Brésil, pour le showdown de ce Mondial 2006, Michael Schumacher se retire officiellement toute pression ... Les jeux sont faits!
Mais, quand une huitième couronne mondiale est possible, quand on a une haine viscérale de la défaite comme le Kaiser, peut-on aborder cette épreuve d’Interlagos comme un simple adieu à la course, comme une dernière pige?
Non, car Schumacher est un pur racer, un tigre, un gladiateur de la vitesse, pour qui la victoire est un pain quotidien.
Même si l’usure du pouvoir le fait quitter son empire, la Formule 1, en cette fin 2006, le plus grand pilote de tous les temps (par le palmarès) reste concentré en son for intérieur.
Il ne sait pas encore qu’il va atteindre, pour l’ultime course de son exceptionnelle carrière, démarrée le 25 août 1991 à Spa Francorchamps, la quadrature du cercle.
Dès la séance de qualification, pourtant, le destin se range derrière Fernando Alonso. Cette fois, le championnat du monde semble avoir offert son verdict ... La couronne viendra ceindre Alonso, qui devrait, sauf énorme surprise le dimanche, se succéder à lui même au palmarès.
Victime d’un problème de pression d’essence sur sa 248 F1, condamnée au silence durant la Super Pole, le Kaiser ne partira que dixième, avec pour mission de conquérir la victoire et d’espérer un abandon d’Alonso ...
Autant gravir l’Everest en se bandant les yeux. Mais s’il n’atteindra pas le zénith, le phénix va renaître une dernière fois de ses cendres.
Et Sao Paulo, ville natale d’Ayrton Senna, sera témoin de cette métempyscose de Schumacher en oiseau de feu ...Pas plus baron rouge que cheval de foudre, l’Allemand a choisi son animal: le phénix!
Déployant ses ailes dès le départ, Schumi va pourtant connaître un coup d’arrêt en voulant dépasser le coéquipier de son rival espagnol, l’Italien Giancarlo Fisichella.
Au contact de la Renault de Fisico, le funambuleSchumacher voit son pneu avant gauche réduit à l’état de charpie.
Mais l’Allemand, lui, ne va pas agoniser, bien au contraire. Quitte ou double, l’équation, bien que complexe en apparence, est simple.
Alors que le monde entier se consume d’impatience face aux adieux programmés du champion allemand, Interlagos ne se doute pas de la partition inédite qui va être jouée par le chef d’orchestre de Kerpen. Une seule fausse note, involontaire, et un air de requiem pour la concurrence ...
Rien ne vendra entamer l’ultime envol du phénix, pas même ce vent contraire. Retombé dernier au classement, Schumacher lâche les chevaux. Lui, le ciment de la renaissance de Ferrari, le leader de Maranello, va montrer au monde quel pilote de génie il est, et qu’il reste le meilleur, n’en déplaise aux jeunes et talentueux Alonso et Räikkönen. Un à un,Michael Schumacher va remonter les concurrents du peloton.
Tirant la quintessence de son bolide écarlate, sur l’exigeant circuit d’Interlagos, le Kaiser tutoye la perfection.
Il va signer une course d’anthologie, proprement irréelle, comme tous les grands pilotes l’on fait un jour: Nuvolari (Nürburgring 1935), Fangio (Nürburgring 1957), Moss (Monaco 1961), Graham Hill (Monaco 1965), Clark (Monza 1967), Stewart, G.Villeneuve (Jarama 1981),Prost (Jacarepagua 1987, Mexico 1990)ou encore Senna (Suzuka 1988, Donington 1993).
Nullement arrêté par le soleil, tel Icare, le phénix ne cesse de monter dans le ciel, jusqu’à atteindre le paradis ... Mais avant, le phénix se mue en diable rouge, en enfer ...
Dressant ses fourches caudines sur les infortunées proies qui osent encore le précéder dans le peloton, Schumacher annonce l’apocalypse à chaque tour: les records du tour tombent à un rythme affolant.
Tel un pilote dans une séance de qualification, Schumacher semble dans une bulle ... Hermétique à ses propres émotions, l’Allemand ne pense pas à Imola 1994, jour où il a succédé au triple champion du monde Ayrton Senna comme meilleur pilote du plateau. Pas plus qu’il ne revoit les images fortes de Jerez 1997, Silverstone 1999 ou encore Suzuka 2000. Pense-t-il au vide abyssal que sera sa future existence, privée de l’adrénaline irremplaçable de la compétition?
Mais le pilote a déjà montré à Imola en 2003, que même le décès de sa mère ne pouvait laisser le coeur l’emporter sur la raison.
Syndrome de la tour d’ivoire, insensible à la réalité? Bulle mentale? Ordinateur du pilotage? Un peu de tout cela à la fois, car une fois sanglé dans un cockpit de F1, Schumacher n’est plus lui même: comme frappé par une pleine lune connue de lui seul, le loup-garou se déchaîne, la transformation en fait un monstre du pilotage implacable.
Insolent de supériorité, comme lancé seul dans une course parallèle, dantesque, dans une autre dimension, Schumacher exploite son triangle des Bermudes pour revenir, avec des bottes de sept lieues, sur ceux qui ont cru bon de le condamner au purgatoire.
A commencer par Kimi Räikkönen, son héritier chez Ferrari pour 2007. Le pilote finlandais, pour son ultime course dans un cockpit McLaren, va connaître l’humilation suprême: se faire doubler par l’homme qui s’apprêtait à rejoindre le panthéon de la Formule 1.
Le péché d’orgueil? Que nenni, Iceman va mordre la poussière et comprendre que 2006 reste le millésime du Kaiser, exceptionnel de brio et de maestria, la rage chevillée au corps.
Si l’Histoire retiendra le nom de Fernando Alonso comme champion du monde 2006, la légende et le gotha immortaliseront celui de Michael Schumacher. Car à Sao Paulo, en ce dimanche 22 octobre 2006, l’Allemand a proprement marché sur l’eau, un exploit colossal tant il marque encore les esprits, plusieurs années après.
Quatrième de cette course dantesque, le Kaiser ne s’est incliné que face à Felipe Massa (Ferrari), vainqueur devant le nouveau double champion du monde Fernando Alonso (Renault) et Jenson Button (Honda).
L’apothéose pour Alonso, qui devance le Pantagruel de la F1. Alonso, Renault, Michelin, trio victorieux en 2006 devant l’axe Schumacher, Ferrari, Bridgestone, né en 2001 et ayant portée la Dream Team italienne (Schumacher, Todt, Brawn, Byrne, Martinelli) vers l’apogée de sa domination, en 2002 et 2004.
En 2007, Alonso sera orphelin de son meilleur rival, Schumacher, comme de son meilleur atout, Bibendum. Il ne se doute pas encore qu’il devra croiser le fer avec un jeune rookie nommé Lewis Hamilton, que Ron Dennis a failli faire débuter à Interlagos sur la deuxième flèche d’argent.
Mais avant de succéder à Schumacher comme idole des fans, dès 2007, le jeune Hamilton admire la sortie du Kaiser en ce Grand Prix du Brésil 2006, car jamais pilote n’a quitté la Formule 1 par une si grande porte.
Quintuple champion du monde depuis 1957,Juan Manuel Fangio n’avait du qu’au respect de Mike Hawthorn de ne pas finir à un tour de la Ferrari lauréate sur le circuit de Reims-Gueux, où il bouclait la boucle en ce Grand Prix de France 1958, dix ans après ses débuts en Europe.
Vainqueur en 1968 à Kyalami, Jim Clark ne savait pas qu’il se tuerait quelques semaines plus tard dans une obscure course de F2 à Hockenheim.
En 1973, le crépuscule survint plus tôt que prévu pour Jackie Stewart, abattu par le décès de son coéquipier François Cevert. La troisième couronne mondiale du pilote écossais était assombrie.
En 1985, quand Niki Lauda tourna le dos à sa carrière de pilote de F1, après une course splendide à Adelaïde, l’érosion du temps avait fait son oeuvre, tout comme le talent prodigieux d’Alain Prost, son coéquipier chez McLaren TAG Porsche. Après son troisième sceptre acquis à Estoril en 1984, le Viennois avait décliné en 1985, faute de motivation.
Huit ans plus tard, en 1993, Alain Prost cédait deux ultimes fois derrière la McLaren d’Ayrton Senna, sa Némésis. Dauphin à Suzuka puis Adelaïde de l’inoubliable champion brésilien, le Français partait sur un quatrième titre. Mais il manquait l’empreinte du cannibale, avec une dernière victoire en ayant pulvérisé l’opposition.
Six mois plus tard, en 1994 à Imola, l’archange Senna, ultime ambassadeur de l’époque dorée Prost - Mansell - Piquet, se tuait sur Williams-Renault. Tel Jim Clark en 1968, il laissait la Formule 1 orpheline.
Conquérant de l’impossible, Schumacher, lui, a choisi de finir en beauté, pas en épicier. Epoustouflant pour son ultime apparition parmi l’élite des pilotes, l’Allemand, euphorique, sort le bleu de chauffe pour finir au sommet de son art.
Les plus faibles monoplaces du peloton ont volé en éclats tels de vulgaires fétus de paille face à sa foudroyante remontée. L’ultime quête du Graal de Michael Schumacher, faite d’une kyrielle de dépassements, lui a donc permis de stopper l’hémorragie du temps consécutive à ce coup du sort.
Avant de donner le vertige à tout un public, suspendu devant son tube cathodique, par de telles montagnes russes, et une remontée aussi incroyable.
Intouchable, l’Allemand l’a été dans sa propre course contre lui-même, pulvérisant les limites du circuit, avec un record du tour qui en dit long sur ce qui reste son chef d’oeuvre le plus abouti entre 1991 et 2006: 1’12"162, contre 1’12"877 au second plus rapide, Felipe Massa.
Après sa crevaison face à Fisichella, MichaelSchumacher a été tout simplement écoeurant de virtuosité, diabolique de précision ... Tournant entre deux et trois secondes plus vite que ses rivaux, le Kaiser a fait un carnage dans la meute déchaînée, poussant sa Ferrari à des limites insoupçonnées, jouant avec les trajectoires...
Depuis ce 22 octobre 2006, et avant son come-back en 2010, l’ombre de Schumachera plané sur Interlagos, et se marie à celle d’un autre géant, son idoleet prestigieux aîné Ayrton Senna, éclipsant le soleil ...
Même s’il n’y remporta pas la victoire, Interlagos 2006 reste pour moi la plus belle course du Kaiser Schumacher en F1.
Plus que ses succès les plus impressionnants : Spa Francorchamps 92, Nurburgring 95, Barcelone 96, Monaco 97, Spa Francorchamps 97, Budapest 98, Monaco 99, Suzuka 2000, Imola 2003, Montréal 2003.
Bonjour une petite visite de courtoisie pour découvrir votre blog bravo il est vraiment sympa je dépose mon vote et je t’invite a visiter le mien :
Implacable victoire de Sebastian Vettel, 3e de suite, on croit un peu revivre le money time de 2010 où l’Allemand avait débordé Fernando Alonso (mais seulement à l’ultime course). Il reste 4 courses à l’Espagnol de Ferrari pour inverser la tendnace face au jeune prodige de Red Bull.
Une seule chose est sûre, avec Hamilton et Raikkonen désormais hors course pour le titre, il y aura pour la première fois depuis 2000 un triple champion du monde, Alonso ou Vettel.
Nouvelle rumeur de la BBC sur un possible transfert de Vettel chez Ferrari pour 2014. Rumeur plausible car Massa devrait être reconduit pour 2013, même si démentie par Luca Cordero Di Montezemolo en personne, le patron de la Scuderia ne voulant pas créer une Dream Team explosive.
Pourtant, il y a un point gênant, en l’occurrence le prétendu aval de Fernando Alonso à la venue de Vettel.
On se souvient du veto exprimé par Alain Prost fin 1992 par rapport à l’arrivée d’Ayrton Senna chez Williams-Renault en 1993. Le Français ne voulait pas retrouver son ancien coéquipier de McLaren.
Or Fernando Alonso aurait utilisé un veto contre Lewis Hamilton, qu’il cotôya à Woking en 2007 pour une explosive cohabitation.
Mais si Hamilton est aussi rapide voire plus sur un tour que Vettel, l’Anglais n’est pas aussi dangereux que l’Allemand sur la longueur d’un championnat.
Bref, deux possibilités ...
Soit Alonso considère la cohésion d’équipe chez Ferrari et il estime que le risque Vettel est moins fort que le risque Hamilton
Soit l’Espagnol accepte une Dream Team et, tant qu’à faire, veut se mesurer au meilleur de ses rivaux, le double champion du monde allemand Vettel, n’en déplaise à Kimi Raikkonen ou Lewis Hamilton.

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