Présentation des Quarts de finales de la Coupe du monde de rugby (2/2)
Les étoiles du Sud
La première phase de la Coupe du Monde de rugby s’est achevée avec finalement qu’une seule réelle surprise avec la victoire de l’Irlande sur l’Australie. Néanmoins, les favoris sont sortis de leur groupe et sont prêts à en découdre pour les quarts de finale. Pourtant, aucun de ces favoris ne semble afficher une sérénité à toute épreuve indiquant un vainqueur en puissance.
L’autre branche des quarts oppose toutes les nations du Sud avec l’Argentine. C’est de ce côté que l’on retrouve réellement les gros favoris de la compétition mais qui devront s’éliminer entre eux pour disputer une finale contre une nation du Nord. Cependant, les étoiles du Sud ne seront pas visibles en Nouvelle-Zélande cette année: Carter, Steyn sont out et des joueurs comme Botha ou Matfield peinent à retrouver leur forme
Présentation des quarts:
Afrique du Sud - Australie
Championne du monde en titre, l’Afrique du Sud avance sans réellement convaincre. Peter de Villiers, l’entraîneur noir très contesté des Springboks (mais bon Jake White son prédécesseur blanc était tout aussi contesté) n’a pas pris de risques en rappelant systématiquement les titulaires de la Coupe du Monde 2007, après avoir mis certains (par exemple Butch James) au placard pendant deux ans. Des choix douteux quand on voit le rendement de certains d’entre eux. Excepté Jaque Fourie, toujours aussi bon, le capitaine John Smit n’est plus que l’ombre de lui-même et semble bien derrière sa doublure, l’excellent Bismarck du Plessis, Bryan Habana ne marque plus que par intermittence, la seconde ligne Matfield-Botha est plombée par les blessures et Schalk Burger semble ne plus être une caricature de ce qu’il était. Des "stars" en panne sèche qui malgré tout sont compensés par des doublures qui prennent du galon, comme le virevoltant ailier/demi de mêlée François Hougaard (sosie dans le jeu d’un certain Shane Williams) ou le mésestimé Danie Rossouw, capable de jouer à n’importe quel poste d’avant avec toujours la même qualité de jeu et pourtant toujours considéré comme un remplaçant derrière des Matfield, Botha, Burger ou Spies.
Sale temps pour les "stars". D’autant que l’une d’entre elles, Frans Steyn a été contraint de renoncer au reste du tournoi. Néanmoins, il serait suicidaire de mésestimer ces Springboks sérieusement bougés par les Gallois ou les Samoans. Parce qu’ils ont l’expérience (et que cela comptera dans les matchs à élimination directe), un énorme banc, des avants qui font mal et un buteur (Morné Steyn) qui ne laisse rien passer, les Springboks sont prêts au combat qu’ils aiment à imposer à leur adversaire. Pour les battre, il faudra accepter ce combat et ce n’est pas à la portée de toutes les équipes: Australiens, Néo-Zélandais et éventuellement le finaliste "du Nord" sont prévenus...
Grosse côte avant la Coupe du Monde, l’Australie a vu son statut d’épouvantail s’envoler après une défaite historique contre l’Irlande. Alors que tout le monde pointait ses grosses qualités, sa jeunesse, son dynamisme, désormais ce sont ses points faibles qui apparaissent évidents: une mêlée toujours déficiente, une répulsion au travail dans la conquête. Les carences habituelles auxquelles les Australiens sont toujours confrontés. Car les Wallabies sont habitués à cette impression bipolaire: impressionnants dans le jeu d’attaque des trois-quarts, médiocre dans la conquête et le jeu d’avants. A l’image de l’ouvreur Quade Cooper un joueur génial, imprévisible, brillant et capable de rivaliser avec un Dan Carter lorsqu’il attaque, mais aussi horriblement mauvais lorsqu’il s’agit de défendre. Au delà de ça, il y a aussi les blessures qui n’ont vraiment pas épargné les Wallabies: Palu, Mitchell, McCabe, Horne, Ioane... obligeant même le troisième ligne centre Samo de faire une pige comme ailier!
Difficile de savoir ce dont est capable l’équipe d’Australie. Pour l’instant, son Mondial n’est pas particulièrement impressionnant. Long à la détente dès le premier match contre l’Italie (où il a fallu cinquante minutes à l’Australie pour prendre l’avantage), battu par l’Irlande, si les Wallabies se sont bien rattrapés en fessant les Etats-Unis et la Russie, ils n’ont pas non plus montré grand chose. Mais avec des joueurs comme Cooper, O’Connors, Barnes, Beale and co, ils ont quand même potentiellement une belle ligne d’attaque...
Pronostic: Entre les Springboks et les Wallabies, il y aura une véritable opposition de style, de philosophie de jeu et de génération: en gros, ce sera bataille en conquête vs jeu des lignes arrières, volonté d’imposer sa puissance physique vs stratégie du contournement, expérience vs jeunesse... A ce petit jeu, les Boks partent favoris pour écraser les velléités d’attaque des Wallabies. Mais, attention, l’Australie marque beaucoup d’essais et dispose de joueurs capables comme Cooper ou O’Connors de faire basculer un match. De plus, les Boks semblent moins conquérants devant et leur fébrilité contre les Gallois montrent qu’ils sont largement prenables par une équipe "joueuse"
Nouvelle-Zélande - Argentine
Les néo-zélandais étaient entrés dans la compétition en regardant leurs chaussures, échaudés par deux défaites contre l’Australie et l’Afrique du Sud dans le Tri nations et l’idée de se faire sortir prématurément de la Coupe du monde, comme cela est si souvent arrivé depuis 1987. Une idée d’autant plus traumatisante que le tournoi 2011 se déroulait sur ses terres: une grosse pression était sur leur épaule. Pourtant, à vrai dire, à part une petite dizaine de minutes contre le Tonga lors du match d’ouverture, la Nouvelle-Zélande n’a a aucun moment montré une quelconque fébrilité dans son jeu, se permettant même de coller (sans que cela ne soit une réelle surprise) 20 points d’écart, à sa "bête noire" (enfin bleue puisque ce sont eux les "noirs") de la Coupe du monde: la France.
Tout allait bien jusqu’à que la nouvelle tombe samedi: Dan Carter, meilleur ouvreur du monde, légende du rugby néo-zélandais, beau gosse de l’équipe, meilleur porteur de sous-vêtment pour homme etc etc... déclare forfait pour le reste du tournoi. Et les néo-zélandais se sont remis à baisser la tête: sans leur star, sans leur maître à jouer, comment remporter un trophée qui leur échappe depuis 24 ans?
Pourtant, même privé de Carter, les All Blacks n’ont aucune raison de se laisser abattre. Tout d’abord, ils disposent d’une ligne de trois-quarts exceptionnelle. Certes, les projecteurs se sont braqués sur Sonny Bill "je passe après contact" Williams, mais il ne faut pas oublier Nonu, perce-muraille attitré, qui est impressionnant, Conrad "The Snake" Smith, Israel Dagg (que l’on compare à Cullen), Kahui, Cory Jane ou Zac Guilford, alcoolique quand il ne joue pas mais qui plante des quadruplés quand il joue. Et puis il y a Colin Slade...
Bon, il souffre de la comparaison avec Carter avec son air d’étudiant stressé avant sa soutenance de thèse. Mais qui ne souffrirait pas de la comparaison avec Carter? Même un Trinh-Duc ou un Flood auraient subi le scepticisme de la nation s’ils avaient été néo-zélandais et obligé de remplacer Carter. Et puis, il ne faut pas oublier qu’à part Carter, les All Blacks n’ont que peu de blessés. A l’inverse de l’Australie ou de l’Afrique du Sud...
En se qualifiant pour les quarts de finale, l’Argentine s’inscrit un peu plus encore dans le gotha du rugby mondial. Tactiquement et techniquement, ils n’ont pas grand chose à envier aux grandes nations du Sud mais pêchent encore physiquement, faute peut-être à leur absence des grandes compétitions annuelles (Six Nations et Tri nations). Intelligents dans le jeu, capables de coups fumants et vicieux dans les regroupements, ils avaient par deux fois battus la France lors de la Coupe du monde 2007. Cette année, c’est l’Ecosse qui est tombée (assez logiquement lorsque l’on voit désormais le niveau de la Tartan Army) et l’Angleterre a eu plus que chaud face aux Pumas, ne devant leur salut qu’à un essai crucial de Ben Youngs.
Mais manque de pot pour les Argentins, cette année leur qualification leur réserve du lourd avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie ou l’Afrique du Sud à battre pour accéder à la finale. Compliqué, très compliqué... d’autant que ces nations n’ont jamais perdu contre elles. Néanmoins, une bonne prestation contre la Nouvelle-Zélande pourrait peut être lui valoir un jour d’intégrer un Tri nations qui boosterait encore plus son niveau... Enfin, si les fédérations sortent de leur monolithisme....
Pronostic: Difficile d’imaginer autre chose qu’une victoire des All Blacks, malgré ce que l’on pense de Colin Slade. Les Blacks sont chez eux et l’Argentine ne les a jamais gagné. Reste à pronostiquer l’écart de points qui les séparera...
Salut Crazy,
J’y reviendrai plus en détail quand j’aurai plus de temps, mais je suis globalement d’accord avec ce que tu as écris dans les deux articles. Le Pays de Galles m’a davantage impressionné que l’Irlande, mais cette dernière me parait au contraire plus solide, capable de s’appuyer sur des joueurs expérimentés et des fondamentaux bien respectés. Je vois bien le vainqueur de ce duel ( je mets une pièce sur le Pays de Galles ) créer la surprise en demi et se retrouver en finale, tant la France, sur laquelle je préfère ne pas m’étendre davantage, et l’Angleterre, plongée dans de nouvelles affaires de mœurs, me paraissent loin de ce qu’on pouvait attendre d’elles.
Dans l’autre moitié de tableau, je n’imagine pas une seconde l’Argentine être capable de sortir les Blacks chez eux et ce, malgré le forfait définitif de Carter. Son absence pourrait s’avérée préjudiciable pour la suite en revanche, Colin Slade n’ayant pas complètement rassuré face au Canacks, et McAlister qui réussit pourtant un début de saison fabuleux avec Toulouse, n’ayant pas été retenu.
Le choc de ces quarts sera évidemment l’affrontement entre les Springboks et les Wallabies. Je ne sais pas quel temps est prévu dimanche, mais c’est de lui dont dépendra le sort de la rencontre à mon avis. Dans cette opposition de style, si la météo est clémente, la ligne d’attaque des Australiens devrait faire merveille face à des Sud-Africains convaincants face aux Fidjiens, mais beaucoup moins contre les Gallois et les Samoans. Au contraire, la pluie et le vent devrait parfaitement convenir au jeu restreint mais extrêmement solide des Springboks.
Australie-Afsud : ben je vois rien de rien, les 2 équipes ont des faiblesses et des points forts. Ton analyse est parfaite Crazy... ça s’annonce très indécis...
Argentine-Blacks : je serai à fond derrière les Pumas que j’adore, et je les sens capables de faire chier les blacks. de là à gagner ? et pourquoi pas...
Concernant la participation de l’Argentine au tri-nations , c’est acté, à partir de 2012 , pas sur que ce soit une affaire pour eux, avec tous les joueurs jouant en Europe qui n’auront peut-être pas le bon de sortie de leur club.
Concernant le match contre les blacks j’aimerais bien aussi qu’ils leur rendent le chemin difficile. Tout dépendra s’ils sont menés rapidement ou non : s’ils sont obligés d’ouvrir, ce qui n’est pas leur point fort, pour recoller au score, ça pourrait leur faire très mal
Yep, pour tenir, faut que les pumas mènent au score. S’ils doivent faire le jeu, ils sont cuits...
Tout à fait d’accord avec toi Dodo...
Suite :
Afrique du Sud - Australie : Australie L’affiche de ces 1/4 de finale, une sorte de finale avant l’heure. Deux équipes en manque de repère qui n’ont toujours pas réussi à enclencher la machine. Le vainqueur peut se servir de ce match comme déclic et présentera un gros test pour les Blacks en demi.
La blessure (et le forfait) de Steyn pourrait être très préjudiciable pour les Boks qui perdent un de leur meilleur atout dans la ligne d’arrière, où ils sont largement inférieurs aux Australiens. Devant par contre, entre les Russows, Brussow et Du Plessis (largement supérieur à Smit), sans oublier les Burger, Spies, Botha, les SudAfs sont armés jusqu’aux dents. Suffisant pour passer ? On les a vu en dessous de leur niveau (supposé) notamment contre le Pays de Galles. Face à eux, les Wallabies semblent avoir trouver une solution à la méforme de Cooper en replaçant Berrick Barnes au centre. Moins spectaculaire et décisif que Cooper, Barnes reste néanmoins un joueur de classe mondiale qui présente l’avantage d’être plus sûr et plus régulier. Il apporte toute sa vision du jeu et met de l’huile dans les rouages. Néanmoins, on reste toujours sur notre faim avec cette équipe australienne où on attendait tellement de Ashley Cooper, Beale, Cooper, Genia, Elsom ou Pocock.
Clé : les avants sprinboks. S’ils évoluent au top de leur forme et privent les Australiens de ballon, les Wallabies risquent de trouver le temps long. Et de revivre le calvaire du match contre l’Irlande.
Nouvelle-Zélande - Argentine : Nouvelle-Zélande. Malgré le traumatisme Carter, les Blacks ont trop d’arguments pour sombrer face à l’Argentine.
Il serait trop long d’énumérer les qualités des Blacks, concentrons nous sur les (supposés) points faibles : le poste d’ouvreur. Un peu en dedans lors de ces entrées, Colin Slade aura la lourde tache de suppléer le meilleur joueur du monde qui a quitté la compétition. On le met d’ailleurs déjà en concurrence avec Peri Weepu, 9 de formation, qui a seulement impressionné dans cette première phase lors des hakas. Mal placés pour commenter les choix de n°10, les journalistes français constatent l’absence d’un Luke McAllister qui marche sur l’eau dans le Top 14 (diminué certes) avec Toulouse. De plus, on peut se demander quel sera la réaction des All Blacks face à cette première vraie opposition. Bousculés simplement dans les 10 premières minutes face aux Français, les joueurs de Graham Henry avaient alors répliqué par 3 essais sur leurs 3 incursions dans le camp Français. Car si une chose est sûre, c’est que les Argentins vont s’attacher à rendre la vie dure aux Néo Zélandais et pourrir toute les sorties de balles. Richie McCaw va trouver enfin à qui parler... Moins forts qu’en 2007, les Pumas restent toujours des adversaires pénibles aux ressources mentales inépuisables. Surtout, ils sont sortis du groupe de la mort au terme d’un match "a la muerte" contre les Ecossais, sur un essai à la sirène.
Quoiqu’il en soit, les Blacks vont passer. Et si d’aventure le score était défavorable, "la ferveur populaire de tout un stade" (version politiquement correcte de l’arbitrage maison) fera sans doute basculer la rencontre...
Attention quand même aux trois-quarts sudafs, au centre, la paire Fourie-De Villiers peut faire très mal, aux ailes, Habana ou Hougaard (s’il est aligné à ce poste) peuvent être décisifs. Quand à Morné Steyn, il est très fort dans l’occupation du terrain.
Cependant, je trouve que les avants sudafs sont moins impressionnants qu’en 2007 : des mecs comme Spies ou Burger sont clairement en-dessous de leur niveau réel. Et puis, faudrait virer Smit et mettre Du Plessis. Je ne sais pas trop non plus où en sont Matfield et Botha de leurs blessures...
Australie-Afsud : j’ai peu vu donc je ne sais pas et les NZ chez eux imprenables pour les Pumas.
Merci pour les deux articles.

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