La France, Pays de Football ? (1/2)
Etude comparative avec nos voisins européens
La France est-elle un "Pays de Football"? Pas facile de répondre à cette question qui se révèle aussi abstraite que subjective. Cependant, plusieurs critères se dégagent pour tenter de mesurer la culture foot du pays et la comparer à celle de nos proches voisins européens, principalement l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne ou l’Italie. Et par la même essayer de déterminer son importance (au niveau technique, populaire, économique ou politique) dans l’Hexagone. Premier volet de l’enquête, la place du football dans la société.
Sport national, le football est le jeu le plus populaire en France. Et cela, malgré la variété des sports pratiqués et l’intérêt médiatique de plus en plus croissant pour le rugby notamment. Souvent aux premières loges, le football français est mondialement reconnu. Peut-on pour autant considérer que la France est un pays de football? Rien n’est moins sûr. Commençons notre étude avec la place prise par le foot dans notre société, et dans celle de nos voisins, ce qui nous donnera un bon indicateur générale.
L’Histoire en Juge de Paix
L’Histoire avec un grand H est souvent le meilleur des révélateurs. En ce sens, elle permet de constater que toutes les grandes nations de football ont un pan important de leur histoire rattaché à un événement footballistique. Recensement non exhaustif:
- L’Italie: son équipe de 1934 organisatrice (et victorieuse) du Mondial n’est qu’un instrument à la solde du fascisme et de son créateur Mussolini.
- En Allemagne, où la victoire surprise de la Mannschaft en 1954 est pour beaucoup d’historiens l’élément déclencheur du renouveau allemand post guerre mondiale.
- L’Angleterre de 86, qui rejoue la guerre des Malouines contre l’Argentine du Dieu Maradona, dans ce qui restera un des matchs les plus marquants de l’Histoire du Football.
- Mais aussi les heurts violents entre serbe et croate lors du match Dinamo Zagreb/Partizan Belgrade en mai 1990 est le catalyseur de la guerre des Balkans (avec le fameux kick de Boban a un policier serbe “Son coup de pied au représentant de l’autorité a signé la fin de l’Etat yougoslave” dixit le site du Dinamo). etc.
La France a connu elle aussi des faits historico-footballistiques, mais elle en a plus été la victime passive que l’actrice. Surtout avec la création de l’équipe du FLN, véritable étendard de l’indépendance algérienne. En 1958, les joueurs algériens mettent leur carrière en péril en décidant de quitter la métropole pour rejoindre cette équipe engagée dans la lutte. Avec en fer de lance le stéphanois Mekhloufi pourtant installé chez les Bleus.
France-Algérie acte 2. En 2001, le match amical labellisé de la "réconciliation" n’ira pas à son terme suite à un envahissement de la pelouse. Depuis, chaque match contre une équipe du Maghreb (et la cas particulier Corse) est l’occasion pour la jeunesse issue de l’immigration d’exprimé son désarroi en sifflant le symbole qu’est la Marseillaise.
Politiques et Récupérations
L’implication des politiques dans la chose du football est aussi une marque de son importance auprès du peuple électeur. Et force est de constater que la France répond présente sur ce point. Le dernier exemple en date est l’édifiant "Grenelle" du football instauré par le gouvernement suite à la débâcle des Bleus au Mondial 2010. Véritable affaire d’état, Sarkozy, Bachelot and Co font dans l’ingérence la plus totale en demandant la tête d’Escalette, président de la Fédération et en auditionnant Domenech à l’Assemblée et Henry à l’Elysée.
On se souvient aussi de la récupération made in Chirac des Bleus de 98, rebaptisé génération "Black-Blanc-Beur" tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil. Démagogie à outrance là encore avec la récupération politique de la banderole "anti-Ch’tis" déployé par des supporters parisiens lors de la finale de la Coupe de la Ligue 2008 PSG-Lens.
Si la récupération politique du football est un sport national un peu partout, l’implication est le "supporterisme" des dirigeants est beaucoup plus marqué chez nos voisins. Même si Sarkozy, le président 2.0, s’affiche ouvertement dans les tribunes du Parc des Princes. Merkel se présente comme la fan n°1 de l’Allemagne et de Schweinsteiger. En Espagne, Zapatero porte haut les couleurs du Barça comme il le répète assez souvent. Chez nos voisins britons, Gordon Brown va jusqu’a se dire éternel supporter de l’obscur Raith Rovers...
Mais la palme revient bien sur à l’Italie avec Berlusconi, autant président du Conseil que du Milan AC. Un Bernard Tapie facho qui aurait été au bout en quelque sorte...
Retard Médiatique à comblé
S’il y a bien un domaine où les Français sont loin derrière nos voisins c’est bien la couverture médiatique. En premier lieu la presse écrite. Le monopole de L’Equipe, seul quotidien consacré au sport, fait pâle figure face à nos voisins latins qui affiche au bas mot 3 quotidiens sportifs au contenu footballistique abondant (3/4 des pages, quand l’Equipe y consacre moins de la moitié). En Italie (Gazzetta dello Sport, Tuttosport, Corriere dello Sport), Espagne (As, Marca, Mundo Deportivo) ou Portugal (A Bola, O Jogo, Record) chaque supporter sait qu’un des quotidiens et consacré à son équipe préférée.
La télévision n’est pas en reste, nos amis européens étant abreuvé - outre les retransmissions des matchs - de multiples et abondantes émissions axées sur le football. Sans commune mesure, le paysage audiovisuelle footballistique français (PAFF) lui a souvent été réduit à la portion congrue, se résumant principalement au sacro-saint Téléfoot du dimanche matin. Mais force est de constaté depuis quelques années une "européanisation" du PAFF avec l’apparition de nombreuses émissions, pour la plupart de débat et talk-show, entièrement consacré au ballon rond. En effet, la présence régulière sur les grilles d’émission telles que Canal Football Club ou 100% Foot semblait improbable il y a peu. Encore plus fort: 20h Foot, véritable JT quotidien du football sur iTélé. De manière générale, l’arrivée de la TNT a entrainé un surplus de foot à la télé tant au niveau des émissions ("On refait le match", "60M de sélectionneurs", "Direct Sport") que des retransmissions de match auparavant mis de coté (Copa America, Ligue Europa entre autre). Sans même parler de l’émergence de la radio RMC, véritable café du commerce sur le football ou de la multitude de site Internet créés ces dernières années (football365, maxifoot, footmercato, etc)
>> 2e partie à suivre: les aspects sportif et populaire <<
Intéressant comme article mais j’espère que tu parleras des stades dans la 2eme partie qui sont la preuve d’un manque de volonté de l’Etat Français à émanciper le football. Il aura fallu attendre (on attend encore d’ailleurs) l’Euro 2016 pour qu’on ait des stades du standing de L’angleterre ou l’espagne.
Bien sûr, les stades ne font pas tout. Il y a aussi un coté culturel en France où bcp de gens ont dénigré le foot pendant longtemps (le réduisant à 22 cons qui courent après un ballon). C’est en 98 que les mentalités ont commencé à changer (les fameux footix).
Il y aussi le problème de la fiscalisation en France (je te donne des idées pour ta seconde partie...lol). Pour tout amateur de foot, on se sent frustré en France de pas avoir des Messi ou Ronaldo dans notre championnat... et cela s’explique par une histoire de pépettes... Avec des joueurs comme ça en ligue 1, il y aurait forcément plus de gens à s’interesser au foot.
T’inquietes brams79, l’aspect des stades et surtout des spectateurs est abordé dans la 2e partie que je vais bientôt finaliser. Je vais mettre ça en ligne dans les jours qui viennent
un verbe à l’infinitif s’écrit "er", par exple "article à chier"
Où est l’erreur ?
c’est un debat vieux comme le monde, pour ma part je pense que la culture sportive peut s’exprimer de plusieurs manières.
La France compte un grand nombre de joueurs, 2 millions de licenciés, c’est certes moins qu’en Allemagne ( 6 millions ) ou aux Pays-Bas ( 1 million ) en proportion de la population totale, mais ces deux pays n’ont pas la concurrence du Rugby, dont le nombre d’adeptes en France ne cesse d’augmenter.
En revanche, le football se contente d’être un loisir en France, quelque chose dont on s’interesse mais de loin ( plutôt à la télé ). Il n’y a pas ce rapport que l’on peut trouver en Angleterre ou en Allemagne, où chaque club est une identité à part entière, et fédère bien au delà du seul rectangle vert.
L’absence de vrais derbys en France y est pour beaucoup, comme le regionalisme qui est bien moins important qu’en Espagne. Ainsi, on trouve de nombreux "supporters" de l’Olympique de Marseille, aussi bien à Toulouse qu’à Lille ou Strasbourg, ce qui est beaucoup moins le cas chez nos voisins où chaque club représente une région, une ville ou un quartier précis.
L’affluence dans les stades ( 20 000 personnes l’an passé en L1 ) prouve également que la France n’a pas ce rapport au football que peuvent avoir certains de nos voisins, notamment en Allemagne ( 40 000 de moyenne ), tout comme le faible nombre de supporters à effectuer des déplacements derrière leurs clubs tous les week-ends ( en général, ça se résume à quelques dizaines de supporters issus d’associations "ultras" tandis que les fans sont des dizaines de milliers à représenter leurs couleurs en Angleterre à chaque journée ).
Un état de fait encore plus frappant avec l’équipe nationale et ce, bien avant le fiasco des Bleus cet été, où peu de gens s’investissent au point de suivre l’équipe de France lors des phases finales de Coupe du Monde ou de Championnat d’Europe.
Je rejoins assez Christian Cullen. Difficile de comparer l’importance du football en France par rapport aux autres pays, parce que les manifestations sont différentes.
En Angleterre, Espagne ou Allemagne, les gens vont au stade, supportent des équipes locales souvent avec une identité régionale et sociale. En France, ces manifestations sont plus rares (exceptés quelques mordus) et de manière générale, le football est un peu trop connoté "sport de beauf" pour avoir les faveurs des élites intellectuelles, culturelles ou politiques (enfin, ceux qui se déterminent comme tels). Rien à voir par exemple avec l’Angleterre ou l’Allemagne, où le football concerne aussi bien les classes aisées que les classes moins aisées. Grosso mode, les clubs fédèrent souvent aussi bien des médecins que des manoeuvres de chantier... J’ai l’impression qu’en France, c’est l’image du football qui est différente que celle entretenue dans les autres pays.
Sinon, quand on voit les manifestations lors de la victoire 98 (qui ont concerné une grande majorité de français), quand on voit la part de la population qui suit à la télé le parcours de l’EdF lors des tournois, on ne peut pas dire que la France n’est pas un "pays de football"... De plus, que cela veut-il dire ? Qu’est-ce qu’un "pays de football" ? La dévotion des Français ne vaut peut-être pas celle des Anglais pourtant, leur palmarès est plus important... Et que dire des Turcs, dont les stades et les derbies sont enflammés mais dont le palmarès est vierge ?
Sinon, l’article est très intéressant et bien argumenté, j’attends la suite...
Bel article, approche intéressante.

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