Mais, pourquoi tu aimes tant le tennis ?
Ou comment légitimer une passion...
Bien souvent, la vie est là et s’impose à nous pour nous gifler de ses imprévus si douloureux et de ses évidences si malheureuses. Au milieu de la multitude, nous nous serrons parfois les coudes, et quelque fois, nous entretuons. Et alors, lorsque, tout seul, nous essayons de nous raccrocher aux simples choses qui font notre si ridicule et éphémère bonheur, nous cherchons à trouver dans nos passions la preuve qu’en fin de compte, et bien, non, nous ne méritions pas ça. Pour ma part, j’ai toujours su que je serais prouver cela le jour ou une personne aura la conscience d’esprit de s’intéresser à moi à travers ce que j’aime le plus au monde: le tennis.
"Pourquoi aimes-tu autant le tennis?" me demanderai-t-on... A cet instant précis, seulement, je saurais alors parler sans m’arrêter, moi, la taupe dans l’ombre, au bas à gauche de la photo.
Nous sommes le 3 juin 2005. Je n’ai même pas encore 15 ans. Comme chaque année, je regarde Roland Garros, de la même façon qu’un mois et demi plus tard, je regarderais le Tour de France: en m’y intéressant au moment d’allumer la télé, et jusqu’à ce que je l’éteigne. Mais en ce jour-ci, un vendredi, quelque chose qui va bouleverser ma vie à jamais va se passer. Pour la première fois, je regarde un match de tennis en supportant un joueur. Oh! Ne vous y trompez pas... Vous avez bien deviné de quel match il s’agit lorsque j’évoque ici la demi-finale de Roland 2005. Vous avez bien deviné aussi de quel joueur je parle lorsque je vous dis qu’éblouis par son élégance et sa facilité, j’en deviens mordu immédiatement...
Quoiqu’il en soit, et alors que mon pionnier de père ne m’a jamais initié à ce sport que je crois alors destiné à la surface ocre quasi-exclusivement, dans ma grande ignorance, je me prends à suivre ce joueur en particulier. Du coin de l’œil pendant quelques mois, puis de plus en plus passionnément à partir du fantastique US Open 2005, avant de devenir réellement fan en janvier 2007, je m’imprègne de ce sport tout nouveau pour moi. Je subtilise une raquette chez un de mes meilleurs amis pour aller frapper au mur du complexe à côté de chez moi, et puis, finalement, je délaisse petit à petit le football paternel pour suivre la petite balle jaune quasi-quotidiennement, en Australie en janvier, en Amérique en mars et en été, en Europe au Printemps et en Automne, sans oublier l’Asie en fin d’année... Je respire tennis, je vis tennis, je brûle d’envie d’y jouer.
Je m’inscris pour la première fois en club en septembre 2007. Mes progrès sont rapides, car la marge de progression est gigantesque. Alors que je croyais le milieu fermé, je découvre avec surprise et satisfaction que loin de l’image BCBG que la plupart des non-initiés en ont, le tennis s’est incroyablement démocratisé et popularisé. J’en suis heureux. Je n’aime pas les castes.
Puis 2008 arrive. Mon grand favori a bien plus de mal, comme vous vous en souvenez. Anéanti le soir du 6 juillet, alors que je fête ma majorité le jour même, je commence à découvrir ce qu’est réellement le tennis. Ce n’est plus un monde de facilité et de justice, mais aussi un monde où l’âge compte, où les années passent et nous rapproche imperceptiblement d’instants que nous ne croyons jamais avoir à vivre. Les victoires n’en sont que plus belles. 2009 commence de la pire des façons qu’il soit, avec des larmes. Des larmes que je trouve déplacées et malvenues, même si je les comprends. Des larmes qui prouvent bien que certains grands ne jouent plus pour quelques sous de plus, au moins. Puis, en mai-juin-juillet, ma vie personnelle en est à un tournant, et, comme un symbole, une des plus belles pages de l’Histoire du tennis s’écrit, à la force du bras de mon héros.
Aujourd’hui, et alors que les choses deviennent plus difficiles pour Federer, je meurs d’envie que quelqu’un me pose cette question. "Mais, pourquoi aimes-tu tant le tennis?", comme pour rappeler aux gens qui croient me connaître qu’avant d’être fan d’un joueur, je suis passionné de ce sport, avant tout. Avec un petit sourire en coin, je le regarderais quelques instants, afin de bien chercher mes mots. Et puis, sûr de moi, je me lancerais, sans réfléchir à ce que les gens penseraient de moi:
Le tennis? Il y a beaucoup de façon d’aimer ce sport. Je crois cependant que la plus belle façon de voir le tennis, c’est de l’appréhender comme la vie.
Etonnés, mes auditeurs me prendraient pour un fou.
Ne voyez-vous donc aucune similitude? Des gens qui, avec toute leur arrogance et leurs défauts, arrivent l’un contre l’autre, avec la vaine prétention de crier haut et fort qu’ils sont là pour gagner, sans tenir compte d’aucune autre ambition que la leur, puis, du haut de leurs années d’entraînement, de leurs infinis et indénombrables voyages, et de leurs cultures parfois si différentes, se battent, chaque jour, pour tenter de faire triompher leur idée du tennis... Ou... De la vie? Et cela sans tenir compte d’aucune rumeur ni aucun ragot qui traîne, par-ci par-là, laissé sur son chemin par quelque petit journaliste qu’ils savent bien plus misérable que n’importe quel de leur semblable de joueur? Puis, dans une énième défaite, qui ne fait que jalonner leur carrière, rester digne, et serrer dans ses bras son adversaire, ou bien même rester humble une fois le combat remporté, et tout recommencer, victoire ou défaite, dès le lendemain, si certain et finalement désespéré que ce combat perpétuel et solitaire qu’impose ce sport ne fait que les laisser seuls, et que, malgré la bataille, savoir que celui qui te ressemble le plus est bien souvent celui que tu veux vaincre? Ne voyez-vous donc pas la vie dans ce sport? La vie qui chaque jour nous écorche, nous laisse seuls et désemparés, même entouré de nos trop nombreux amis. Cette même vie qui nous promet monts et merveilles quelques secondes avant de nous placer au bord d’une insurmontable falaise. Ces gens, tout autour de nous, qui nous bousculent et nous punissent de notre lâcheté, attendant de nous, de l’autre côté du filet pour ainsi dire, que nous ripostions et nous leur disions, du haut de notre bien-pensante insolence: "Non, je vais encore me battre un peu avant de lâcher prise...". Et dans un ultime silence, se remettre, chaque minute, à travailler sans broncher, avec dans l’esprit la lueur de l’espoir qu’un jour enfin, la vie puisse nous sourire et nous offrir une seule seconde de bonheur intense qui récompenserait toutes ces années de sombre labeur. Voilà pourquoi j’aime le tennis. Et voilà pourquoi, quel que soit le cours que suivront mes passions, je suis certain de le considérer à jamais comme le plus beau sport sur cette Terre. Tout simplement, parce que, le tennis, c’est la vie dans sa forme la plus métaphoriquement sportive.
Et alors, ce jour-là, les gens dignes de me comprendre auront eu la preuve qu’en puissant éprouver pareil sentiment, je ne mérite pas toujours ce qu’ils me font subir.
Aujourd’hui, je m’inscris sur sportvox, car je n’en puis plus de ne pas pouvoir parler de ma passion avec d’autres... connaisseurs passionnés? Pour me décrire plus "journalistiquement" (si tant est que ce mot ne soit pas péjoratif...), et pour vous rassurer aussi, j’ai écris cet article pour me présenter. J’ai essayé de trouver un juste milieu entre la présentation et la composition d’un véritable article. Rassurez-vous, désormais, je ne posterais que des articles concernant le tennis lui-même, et non le fait d’aimer le tennis...
Article bien rédigé et très agréable à lire.
Appréhender le sport comme la vie avec toutes les notions de respect, d’humilité et de remise en cause que tu évoques n’est pas propre au tennis mais à tous les sports, et c’est encore plus difficile dans les sports collectifs ou il faut composer en plus avec toutes les personnalités.
J’aime bien particulièrement l’esprit de la remise en cause permanente. "Quand on pense être suffisamment bon et ne plus avoir de progrès à faire, c’est qu’en fait on est déjà beaucoup moins bon qu’on le pense" : Vrai pour tous les sports mais pas uniquement pour le sport...
On se rapproche de la devise du FC Nantes :
"Celui qui renonce à être meilleur, cesse déjà d’être bon"
Bienvenue sur le site et au plaisir de te relire.
Waw, c’est super j’adore. Les raisons que tu évoques pour l’amour de ce sport me touchent parce que je ressens la même chose vis à vis du tennis. Et c’est vrai qu’on peut le comparer en un sens à la vie de tous les jours. J’aime bien ton dernier paragraphe. Et j’ai aimé ta façon de ne jamais citer Federer. Bref bienvenue, et au plaisir de te relire rapidement...
ps : bon anniversaire en retard, j’ai cru comprendre que c’était un 6 juillet. ^^
Ah mais tu parlais de Federer ?
...
Sans rire, article original et très bien écrit, un bon moment de lecture. Commettre un article avant de rédiger un quelconque commentaire est chose risquée, mais la qualité du résultat est indéniable. Comme certains l’ont déjà fait remarquer, je pense que ton raisonnement s’applique presque à tous les sports en ce qui concerne le courage, l’abnégation, le respect et l’humilité. Au plaisir de te lire, ici ou ailleurs.
P.S. : en passant, tu as sucré une partie des idées que j’avais commencé à avoir pour un éventuel article ; sache que cet affront ne restera pas impuni, cordialement.

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