Football : l’esprit bafoué de la formation
Le véritable problème de la formation en France provient du fait que les «formateurs» des clubs professionnels privilégient leur propre carrière au détriment de la progression des enfants. Comme l’explique clairement Jean-Marc Guillou (ex-international français), «il existe un décalage entre l’objectif de la fonction et l’objectif de celui qui la sert. Etre éducateur d’un centre est souvent vécu comme une étape. Le poste d’entraîneur principal est naturellement visé[1]». Entraîner la catégorie supérieure, écarter les éventuels concurrents, gravir les échelons jusqu’au «grade ultime» d’entraîneur professionnel est souvent le leitmotiv des «formateurs». Aussi sont-ils obnubilés par la victoire en compétition, par le résultat à tout prix!Comme si remporter la coupe nationale U13 ou devenir champion de France U17 ou U19 était une fin en soi! Or plutôt que d’obliger les jeunes joueurs à gagner, ne serait-il pas plus pertinent de leur apprendre comment gagner? Les candidats à la montée en grade ne sont pas des éducateurs au sens noble du terme, ils font de la compétition, l’approche est totalement différente. Pour Olivier Guillou, directeur technique de l’académie JMG Football en Algérie, «il ne faut surtout pas que le jeu prenne le pas sur l’enjeu, surtout dans la formation car on n’a rien à y gagner en terme de qualité[2]».
A l’antipode d’une vision de la formation à long terme et afin d’atteindre leur objectif comptable, certains «formateurs» privilégient le recours à des joueurs physiquement aguerris. Pour Jérôme Leroy, «le but de l’entraîneur chargé de la formation, c’est que son club soit performant. S’il sort dix grands costauds tous les ans et que ça lui permet de garder son poste, eh ben il va le faire. Il ne cherche pas à savoir s’il a sorti un talent exceptionnel. Comme tout le monde, il protège son cul. Il s’en fout des joueurs[3]».
De plus, les «formateurs» prônent un travail basé plus sur la tactique que sur la technique, celle-ci devant pourtant rester la priorité absolue pendant la période de formation. Mais ces «formateurs» savent pertinemment que pour apprendre à maîtriser des gestes techniques il faut des années de travail, alors que pour apprendre à se comporter tactiquement dans un système de jeu quelques semaines suffisent. Et les résultats ne peuvent pas attendre! Aussi, ces «formateurs» préfèrent davantage peaufiner l’organisation tactique de leur équipe qui bien souvent limitent l’initiative individuelle du jeune joueur plutôt que d’encourager l’imagination, la compréhension, les feintes, les dribbles, les une-deux... Ils jouent les «grands entraîneurs» au détriment des enfants. Leur finalité n’est pas le perfectionnement du jeune, ni même la recherche d’un football fluide, construit et offensif mais bien leur propre carrière d’éducateur. Pour Yannick Stopyra (ex-international français) «quand je vais voir les équipes de jeunes, je suis parfois choqué... Les joueurs sont de moins en moins créatifs. On renforce le milieu de terrain, on joue avec une pointe, et ce uniquement pour la gagne[4]». Or la formation est quelque chose de bien trop précieux pour la laisser être parasitée par de tels comportements.
[1] GUILLOU J-M., en finir avec les scandales du football, édition Première Ligne, 1994 (p: 168).
[2] Paroles d’Olivier Guillou, interview réalisé par Yannick Batard avant le tournoi de Rezé 2007, www.academie-jmg.com.
[3] Paroles de J. Leroy, So Foot, décembre 2008.
[4] Vestiaire magazine n°8, octobre 2009.
Le problème des formateurs, c’est qu’ils doivent répondre à des exigences à court termes comme dans n’importe quelle entreprise qui a des objectifs à court terme.
Le championnat en est un.
Les formateurs doivent être rentables et productifs. je ne leur jette pas la pierre.
Il existe des clubs qui vont jusqu’à utiliser 3 à 4 coachs par saison quand ça va mal. ça fait bien longtemps que le jeu produit n’intéresse pas les présidents de clubs. Ce qu’ils veulent, ce sont des résultats. De vrais caricatures de footix.
Ce constat n’est pas faux... Mais n’est-il pas surtout valable pour le foot frenchie ?
Déficit de "créativité", "10 grands costauds", "initiative individuelle" dévalorisée... Maux manifestes ( !) typiquement français, nope ?
Des créactifs, des hors-du-moule : vous en avez bien quelques-uns... mais y a un tel primat tactique en France, et autant de carcans (et de méfiance, peut-être ?)...
Révolution mentale, qu’il vous faudrait sans doute, sans pour autant tout jeter. Et s’en aller retourner faire un tour aux PB, par exemple : pas la panacée (y en a pas), mais une autre approche quand même, qui permettrait d’amender la vôtre.
La Belgique (dont le modèle de formation a ces derniers temps été adapté depuis le vôtre) n’a jamais eu autant de talents (puisqu’autant de créatifs épanouis, accouchés !) depuis l’exode de ses jeunes aux... Ajax, PSV, Alkmaar, Utrecht...
N’ont pas peur de la singularité, eux ! Et la promeuvent, même...
Approche "par compétences", en quelque sorte.
Mouais, je ne sais pas vraiment si l’on peut parler d’esprit "bafoué". Je crois que depuis tout petit on apprend à un footeux ce qu’il va faire plus tard lorsqu’il va devenir professionnel (s’il a la chance ou le malheur de la devenir) : obéissance à la tactique, peu d’initiative, exigence physique... Les formateurs pensent dans le court terme ? Et alors ? Le football n’existe que dans le court terme... Les entraîneurs sont parfois virés au bout de trois défaites, les joueurs passent du statut de star à celui de gros nul en une saison, d’autres passent du Real Madrid au Skonto Riga dans le même laps de temps... Rien n’est dans le long terme dans le football. Finalement, les formateurs forment les joueurs à la réalité bien "réelle" du football pas à son rêve ou à son fantasme...
Et puis, il ne faut pas rêver : l’imagination, l’initiative individuelle... Ce n’est pas ce que l’on demande à une équipe, ce n’est pas ce que l’on demande à des soldats. Parfois, on en donne à quelques "mutants" parce que ce qu’ils apportent est tellement important qu’on les laisse faire, parce qu’ils échappent à tout carcan... Mais pour un artiste, combien de tâcherons ?
Il ne faut pas se leurrer le football total de l’Ajax ne reposait pas sur l’initiative individuelle ou sur l’imagination, mais sur la rigueur, la préparation, et l’entraînement physique. Pour un Cruyff qui faisait ce que bon lui semblait, combien de Neeskens pour ratisser les ballons ? Beckenbauer était libre sur le terrain, mais aussi parce que tout le monde pratiquait le marquage individuel.
Tout cela n’est donc pas vraiment nouveau...
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