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le 15/07/2010

Les Twin Towers


Portrait des deux géants californiens Bob et Mike Bryan, véritables citadelles du double masculin

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On connaît la célèbre réponse de Peter Fleming, qui lorsqu’on lui demandait quelle était à ses yeux la meilleure équipe de double possible, répondait invariablement: «N’importe qui associé à John McEnroe». Monument de modestie, et hommage appuyé à son génial partenaire. Tiendrait-il encore ces propos à l’heure où ses compatriotes, Bob et Mike Bryan, sont en passe de supplanter les australiens Woodford et Woobridge au nombre de tournois gagnés? Invités de la célèbre émission de CBS, «60 minutes», les deux frères se racontent avec un bel entrain. Et font preuve au passage d’un humour assez rafraichissant, pour qui ne connaît d’eux que le «bump chest», l’inamovible signature de leurs victoires par laquelle, tels des cerfs en rut, ils se précipitent l’un contre l’autre pour s’entrechoquer la poitrine. Aussi, lorsqu’on vous demandera: «Where is Bryan?» ne répondez plus «He’s in the kitchen!» mais «ILS sont sur CBS!»

Les deux font la paire

Tout le monde connaît des histoires de jumeaux. La presse en fait l’un de ses marronniers préférés lorsqu’elle n’a rien de plus essentiel à se mettre sous la dent. Formidable, la gémellité! En cette époque d’individualisme forcené, c’est un excellent moyen de créer du lien avec autrui sans pour autant s’embarrasser d’un quidam qui ne nous revient pas. On ne compte plus les «unes» sur les «twin meetings», les études psychologiques plus ou moins sérieuses qui glosent sur ce lien si particulier entretenu avec «l’autre soi-même». De ce seul point de vue, les Bryan se situent déjà dans la fraction radicale: même maison, même nourriture, même fringues, même compte en banque. «Comme ça, en le mettant en commun, on a l’impression qu’on a encore plus d’argent» plaisante Mike. «Mais alors, pour les grosses dépenses?» demande la journaliste de CBS,Lesley Stahl. «Dans ce cas» répond Bob, «on a besoin de l’accord de l’autre».«On dirait un couple marié!» s’exclame-t-elle. «C’est quelque chose comme ça» convient Mike.

Un puissant déterminisme familial

Les jumeaux voient le jour en 1978 à Camarillo, en Californie, dans le comté de Ventura. Leur aptitude à multiplier les «aces» vient-elle de là?[1] En tout cas, c’est peu dire qu’ils naissent avec une mini-raquette entre les mains en guise de hochet. La mère, Kathy, fut une championne nationale de tennis qui connut son heure de gloire dans les années soixante en parvenant en quart de finale du tournoi mixte de Wimbledon. Le père, Wayne - prof de tennis de son état -est tout aussi frappadingue de la petite balle jaune: la légende familiale raconte que treize ans avant leur naissance, en 1965, il écrit dans le journal de son lycée ces paroles prophétiques: «Mon fils sera le meilleur joueur de tennis du monde». Oracle, Wayne Bryan? A demi seulement. «Je ne savais pas que j’aurais des jumeaux, sinon j’aurais écrit: mes fils formeront la meilleure équipe de double du monde». On leur met une raquette entre les mains dès l’âge de deux ans; à six ans, ils gagnent déjà des tournois. Quatre heures de tennis par jour, une heure de musique, pas de télé. «A bien y regarder» convient Bob, «on a sacrifié pas mal de choses». Et qu’importe qu’ils aient entre temps viré leur père, qui ne les faisait pas gagner, de son emploi de coach. Cela n’a pas empêché le digne homme de sortir un livre vantant les vertus de son éducation: «Comment élever une graine de champion» (Raising your child to be a champion en VO)

Complicité & complémentarité

La gémellité est en soi intrigante. Elle l’est davantage lorsqu’elle concerne les sportifs, et plus encore lorsqu’il s’agit de sportifs de haut niveau: c’est là qu’on en mesure la force et les traits les plus troublants. Sujette à tous les fantasmes, elle véhicule des clichés qui ne permettent pas toujours de faire la part entre l’inné et l’acquis. La réussite et la complémentarité des frères Bryan tiennent-elle à ce fameux ADN commun, ou à l’habitude de jouer ensemble contractée depuis l’âge le plus tendre? Interrogés par la journaliste de 60 minutes, Mike a ces mots révélateurs: «Nous complétons l’autre à merveille: si vous nous fusionnez, vous obtenez un excellent joueur». Rappelant le jugement de John McEnroe - dont l’autorité en la matière est indiscutable - «Le plus important, c’est qu’ils savent exactement ce que pense l’autre. Il y a des endroits sur le court où les gens ne savent pas qui va frapper la balle, et ils font ça naturellement», la journaliste s’amuse: «Serait-ce de la télépathie? J’en connais un paquet parmi les joueurs qui le pensent, en tout cas!» Sans désavouer tout à fait l’option paranormale («Quelquefois je sais ce qu’il pense. Quelquefois») les deux frères mettent en avant leur formidable complicité.: «On sait qu’on ne va jamais abandonner l’autre. Vous savez, après un mauvais match, certains équipes sont tentées de mettre fin à leur collaboration, mais nous, on sait que cela ne nous arrivera jamais». Cette certitude, qui doit leur apporter un incontestable confort moral, se double d’une complémentarité qui elle, ressort davantage de la technique. C’est le cadet des McEnroe qui cette fois résume à merveille la grande force des Bryan: «La bonne nouvelle» explique Patrick McEnroe, «c’est qu’il y a un gaucher et un droitier. Et le gaucher, Bob, est plutôt un grand serveur, un gros frappeur, alors que le droitier serait plutôt meilleur stratège, et meilleur retourneur. Comme le sait bien mon illustre frère, disposer d’une telle combinaison en double, c’est quasiment l’idéal». Principe du «miroir inversé» maintes fois confirmé, réaffirmé et affermi par les plus grandes paires de l’histoire du jeu: les Woodford/Woodbridge, les Llodra/Santoro, Noah/Leconteet autresNestor/Zimonjic constituent autant d’exemples probants.

En lutte pour la reconnaissance du double

Ce sont des stars du double, et pourtant ils gagnent à chaque match à peu près un cinquième de ce que remporte un joueur de simple. Les gradins sont vides. Comme parfois sont vides les salles de conférence de presse. «Lorsqu’on interroge les gens» dit John McEnroe,«ils assurent adorer les matchs de double». «Vraiment?» enrage-t-il «Alors si vous les aimez tant que ça, pourquoi ne venez-vous pas les voir?». En 2005, la situation est telle que certains directeurs de tournois essayent de mettre fin au «double tour», pour cause de désaffection du public et de non-rentabilité. «C’était effrayant» se rappelle Bob. «Certaines règles étaient enfreintes dans le but avoué d’éliminer les joueurs de double. Nous avons mené une campagne pour ressusciter la catégorie. Nous avons poursuivi l’ATP en justice et l’avons forcée à revenir en arrière». Mais les deux hommes ont senti de près le vent du boulet.

Dans la légende

Ensemble, ces deux là ont tout gagné: outre leurs brillants résultats en grands chelems ainsi que dans les plus grands tournois de la planète, ils peuvent s’enorgueillir d’avoir participé à la campagne victorieuse des Etats-Unis enCoupe Davis (2007) ainsi que d’avoir empoché dans leur escarcelle commune les Masters à deux reprises. Si l’on y ajoute une médaille de bronze aux jeux Olympiques, on peut imaginer que les californiens s’endorment le soir avec le sentiment du devoir accompli. Le sommet de leur carrière jusqu’à présent? Avoir conquis le titre de Wimbledon, dans LE temple du tennis. A l’heure où ils sont en passe de doubler les mythiques Woodies au nombre de tournois gagnés (61 pour chaque paire) il est donc permis de se demander s’il reste encore des challenges à réaliser parle fraternel duo. Mais au petit jeu des comparaisons, la «meilleure paire du monde» («nous aimons à le penser», dit Mike) se trouve encore à quelques encablures de la paire australienne, qui elle a remporté onze trophées en GC et a connu l’immense honneur d’être championne olympique. A 31 ans, les Twin Brothers ont encore de beaux jours devant eux pour combler ces lacunes.

Le duo semble indestructible. Pourtant, la plus grande épreuve est peut-être encore à venir... lorsque l’un des deux se mariera. Quoi qu’il en soit, il devra compter sur l’accord de l’autre au moment d’acheter la bague de fiançailles. «T’as intérêt à prendre un truc pas cher, mon pote» plaisante Bob. «Une bague en zirconium cubique, ou quel que soit le nom qu’on lui donne!». Des bons gars, on vous dit!

Les Bryan en chiffres

1.90 m pour le droitier, Mike

1.93 pour le gaucher, Bob

61 titres, dont 8 grands chelems (à ce jour)

Ont gagné les 4 majeurs au moins une fois (W:1/RG:1/AUS:4/US:2)

Près de 15 millions dollars de gains en tournoi, placés sur un compte commun.

Actuels numéros UN mondiaux.

«Ces rois remplis de vaillance

C’est les deux Ajax!

Etalant avec jactance

Leur double thorax!

Parmi les fracas immenses

Des cuivres de Sax

Ces rois remplis de vaillance

C’est les deux Ajax!»

La belle Hélène, Offenbach («Marche des rois», Acte I)

Source: cet article doit en très grande partie ses informations au compte-rendu de l’émission de CBS News «60 minutes» consacrée aux frères Bryan. La traduction est signée Giaccomi. C’est dire si elle est sujette à caution.



[1] Celui qui me la décode, celle-là, faut soit le féliciter, soit l’enfermer.

par Giaccomi

bulle_commentaire.jpg Les derniers commentaires

par Point de Suspension

le 15 juillet 2010 à 11H24

Les Twin Towers

Article moins frappadingue que les précédents, cela me rassure :). Que dire du double ? Quatre joueurs, des volées, des prises de risque, des points toujours spectaculaires, Federer et Wawrinka à Pek... je m’égare. Tout le monde aime le double, personne ne le regarde, constat amer mais réel. La seule occasion qu’a le téléspectateur lambda de voir du double, c’est en coupe Davis, et encore. Des études ont été menées qui montrent que le public préfère les longs échanges, les limeurs derrière leur ligne de fond ; allez donc lui vendre du double... Au moins les Bryan ont l’air sympa, c’est déjà ça. Qu’il est loin le temps où Big Mac était numéro un en simple et en double ! Aujourd’hui les deux disciplines semblent être devenues deux sports radicalement différents, et c’en devient comique quand, en Coupe Davis, on voit certains crocodiles obligés de monter au filet et de plier leurs genoux pour ramener des volées rasantes. De plus, c’est parfois une belle occasion pour certains joueurs modestes d’inscrire une belle ligne à leur palmarès (Santoro, Llodra pour ne citer que des Français).

Pour finir, l’allusion au célèbre détective animalier est bien trouvée, si si.

Sinon, c’est quand la rentrée ?

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par LittleBigFish

le 15 juillet 2010 à 11H49

Les Twin Towers

Je n’ai pas encore lu, mais d’emblée cet article est très bon puisqu’il évoque John McEnroe et qu’au fil de la discussion, nous allons forcément conclure que les Bryans c’est bien beau, mais que Mac, Stefanou ou Cash, c’était quand même autre chose. Et puis les jumeaux, c’est un peu flippant.

Je reviens plus tard, Noah et Leconte dans les plus grandes paires de l’histoire, tu te drogues Giaccomi ?

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par LittleBigFish

le 15 juillet 2010 à 15H27

Les Twin Towers

Ça alors, après un article sur Roddick, un article sur deux Roddicks ! Tu cherches à choper une green card ou quoi, Giaccomi, t’es dans ta période Route 66 ? T’en a marre de nous ?

Les Bryans méritent bien que tu leur rendes hommage ici parce qu’à part ça, personne ne les a vu jouer. Quand j’étais jeune et frais, j’avais fait un article pour montrer comme les disciplines s’étaient séparées dans les 80’s et les 90’s pour devenir un truc de spécialiste. C’est dans l’ordre des choses, mieux vaut (financièrement) être un excellent joueur de double qu’un joueur de simple moyen.

Mais bon, Mac/Flemming contre Cash/Fitzgerald ou Mac/Pete contre Edberg/Jarrÿd, ça avait quand même plus de gueule que Bryan/Bryan contre Nestor/Zimojenistovicic.

De toute façon, ils auraient pu faire quoi sinon les Bryans comme jobs si ils n’arrivent pas à se séparer ? Boule et Bill ? Chips ?

Chouette article Giaccomi, c’est brillant. T’as vu, y’as deux manouches qui ont squatté le précédent hier soir.

Bravo pour ton inspiration et ton courage devant la page blanche.

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par Giaccomi

le 15 juillet 2010 à 17H23

Les Twin Towers

C’est Point de Suspension (faut m’expliquer le pseudo, moi j’ai deux théories, perso) qui gagne un séjour à Saint-Anne ! Ace Ventura, j’ai pas fait plus pourri depuis la quatrième !

Tout pareil pour Santoro, heureusement qu’il avait le double pour briller : je viens d’apprendre sur un site concurrent (indice : ça commence par 15 et ça finit par lovers) que Fabulous Fab détenait le record de matchs perdus dans une carrière. A quoi ça tient la gloire ! Ah si, il a gagné deux fois Newport ! J’en ris encore.

Cent-Taureaux, ça en fait un paquet de paires de couilles, tout ça. Pouf pouf.

Sinon, oui Poisson, tu as raison, de moins en moins de grands joueurs de simple se commettent dans le circuit du double. D’où le côté moins sexy, probablement, qui permet à des misters nobody de briller. D’ailleurs, dès que Dieu Apollon veut bien s’y mettre, il devient champion olympique. et il pleure. Ah mais il pleure tout le temps en fait. Quelle fiotte !

Nadal a dit un joueur que le partenaire idéal serait Federer. Et le pire possible, Soderling. Tu m’étonnes ! Et on dit qu’il n’a pas toute sa tête après ça !

l’Amérique m’inspire en ce moment. Comme le chantait à peu près Sheila "l’Amérique ça me fait rêver / et pourtant je n’y suis jamais allée / c’est peut-être parce que j’aime bien / le folklore américain ".

Putain on savait faire des chansons à l’époque.

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par Giaccomi

le 15 juillet 2010 à 17H26

Les Twin Towers

* Nadal a dit un JOUR

signé : les dyslexiques associés

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par Giaccomi

le 15 juillet 2010 à 17H35

Les Twin Towers

Bonjour la mise en page, SV ! Je joins comme un con deux fois la même photo, et comme de bien entendu, vous la mettez deux fois ! C’est parce que ça parlait de jumeaux, c’est ça ?

Putain ! Niveau bagage culturels, y’en a qui voyagent tellement légers qu’ils ne doivent jamais être surtaxés à l’aéroport...

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