1991 - Indurain, Bugno, Chiappucci : Premier podium EPO
Suite à mon article mettant en avant la comparaison frappante entre 2 époques du Tour de France (Lemond 1989 vs Armstrong 2000), j’ai eu l’idée de relater, en différentes parties, ce qu’il s’est passé entre ces deux éditions et qui représente assurément une période charnière dans l’histoire du cyclisme professionnel. Aujourd’hui, épisode II: le Tour 1991.
Au départ de cette 78ème édition de la Grande Boucle, les favoris désignés laissent supposer une course assez ouverte: Lemond paraît bien plus en forme qu’1 an plus tôt mais il devra faire face à Breukink et Chiappucci qui complétaient le podium de l’édition précédente, Bugno qui a fait du Tour son objectif principal de la saison, et enfin Indurain qui semble pouvoir jouer sa carte cette année.
Toutefois au fil des 3 semaines de course, comme on le comprendra plus tard, c’est surtout l’Erythropoïétine qui va intimement les lier...
Erythropoïétine ou...EPO, si vous préférez: 3 lettres «magiques» qui vont se forger une place de choix dans le cyclisme des années 90.
Naturellement produite en majorité par les reins, cette hormone gagne la moelle osseuse où elle stimule la production de globules rouges nécessaires à la captation et au transport de l’oxygène dans le sang à partir des poumons jusqu’aux muscles où les cellules l’utilisent pour produire de l’énergie.
Il s’agit donc d’un pion essentiel dans l’échiquier du corps humain pour faire fonctionner ce dernier dans le cadre d’un effort physique, un vecteur crucial déterminant la qualité de la performance: plus d’EPO sécrété = plus de globules rouges produits = plus d’O2 à disposition = augmentation de la VO2 max.
C’est pourquoi depuis des décennies, les sportifs d’endurance ont toujours cherché une manière d’augmenter leur taux d’hématocrite (% de globules rouges dans le sang): d’abord naturellement avec l’apparition des stages en altitude suite aux jeux olympiques de Mexico en 1968 (la diminution d’O2 disponible augmentent la production d’EPO et donc de globules rouges pour compenser). Cependant, ces derniers étant longs et leur efficacité ne perdurant que peu de temps, on passa alors à des méthodes «artificielles» plus lourdes avec les transfusions sanguines (années 70) puis les autotransfusions (années 80).
Mais lorsqu’en 1985, le gène humain de l’Erythropoïétine est isolé puis cloné, la production d’EPO synthétique s’annonce comme un dopant révolutionnaire pour les disciplines d’endurance, du pain béni pour les tricheurs.
En effet, son utilisation présente de multiples avantages sur les transfusions: la méthodologie des injections est infiniment plus simple et moins risquée, et celles-ci peuvent être répétées à intervalles contrôlés et adaptées en fonction des réactions du sportif. Qui plus est, l’hormone disparaît rapidement du sang (en 48h les taux sont revenus à la normale) alors que ses effets se prolongent plusieurs semaines (rendant dérisoire toute tentative de contrôle sanguin direct lors des compétitions). Tout l’entraînement est alors géré à partir de l’EPO et de l’évolution du taux de globules rouges qu’elle engendre: des injections espacées, couplées à des entraînements, permettent de faire grimper le taux d’hématocrite par palier jusqu’à un niveau «optimal».
Avec une telle découverte donc, là où certains sportifs se voyaient stoppés naturellement par leurs propres limites physiologiques, avec l’impossibilité d’améliorer leurs performances au-delà d’un certain niveau malgré l’entraînement, ils allaient donc pouvoir les repousser considérablement à l’aide d’injections, dans le cadre d’un programme particulier en fonction de chaque individu.
Toutefois, le chemin pour en arriver là allait prendre quelques années d’expérimentation.
La synthèse de cette hormone étant destinée en premier lieu à soigner les insuffisants rénaux et les patients souffrant de graves anémies, l’EPO fut soumise à des essais cliniques en 1987. Les premiers détournements à des fin de dopage sportif apparurent alors et furent suivis par... les premiers morts (20 à 30 cyclistes belges et hollandais selon certaines sources). L’augmentation du % de globules rouges dans le sang rendant celui-ci très visqueux, les risques d’embolie, de thrombose et d’arrêt cardiaque sont en effet augmentés considérablement.
Lorsque l’EPO obtint une première autorisation de mise sur le marché aux USA en tant que médicament en 1989, il fut d’autant plus facile d’en détourner illégalement et, l’expérience aidant, il est possible qu’elle ait fait son apparition sur les courses professionnelles; cependant sans l’effet escompté. Il fallait en effet instaurer un traitement à long terme dans le cadre d’un programme strict afin d’obtenir une bonne efficacité comme dit plus haut et cela allait par conséquent demander une certaine expérience.
1 an plus tard, lors du «dernier Tour», on peut par contre soupçonner quelques coureurs d’en avoir tiré un certain bénéfice sans toutefois encore révolutionner la course. Les équipes italiennes étant considérées comme précurseurs, il apparaît légitime de se demander si Bugno et Chiappucci n’en profitèrent pas cette année-là. En effet, après n’avoir rien montré en 1989, ils se révélèrent comme vainqueur potentiel d’un grand tour pour l’un (Chiappucci) et vainqueur tout court pour l’autre (Bugno remportant le Giro 1990).
Par ailleurs, Indurain est également pointé du doigt: sa lente montée en puissance avec un gabarit pourtant atypique laisse perplexe... Et, bien qu’il serait étonnant que le natif de Pampelune ait pu bénéficier d’EPO et pas son leader de l’époque Delgado (sur le déclin en 1990), on peut franchement se poser des questions quant à son étrange histoire.
Alors âgé de 23 ans en 1987, le grand Miguel stagne dans sa progression et cela éveille les inquiétudes de son directeur sportif Echavarri. Ce dernier obtient alors du célèbre professeur Conconi (surnommé «Docteur Sang» ou «Monsieur EPO») qu’il le prenne en main en lui concoctant un plan «d’entraînement» sur une période de 2 ans...
Mais finalement peu importe, car c’est bien en cette année 1991 que les éventuels soupçons se transformèrent en réalité: tout d’abord au Giro où la surprenante victoire de Franco Chioccioli ne manqua pas d’interpeller (à 32 ans, l’italien n’avait en effet jamais été à pareille fête auparavant); ensuite lors de cette 78ème édition de la Grande Boucle où une «nouvelle génération» allait avoir mainmise sur la course...
Pourtant dès les premiers jours, tout commence en fanfare pour le vainqueur sortant qui se classe 2ème du prologue avant de réaliser un véritable coup de maître le lendemain. Tout comme un an plus tôt, la journée est divisée en deux demies étapes et le scénario de l’année précédente lui a donné des idées... Lemond joue superbement le coup tactiquement en se glissant dans une échappée avec Breukink et en prenant au final 1’44’’ aux autres favoris; le voilà déjà maillot jaune... Il le perdra dès l’après-midi lors du CLM par équipe remporté par la surprenante formation Ariostea mais ça n’a pas vraiment d’importancecar beaucoup se disent alors que le Tour est déjà joué...
Ce sentiment est renforcé lors du premier CLM individuel à Alençon. Long de 73 kms, il arrive avant la montagne qui, cette année, a été placée après seulement 12 jours de course. L’américain est en très grande forme et a l’impression de réaliser le chrono de sa vie... mais au final, il est battu par Indurain pour 8 secondes... Ce résultat le surprend mais il est vite rassuré par la place extrêmement confortable qui est la sienne: il n’a peut-être pas gagné cette étape mais il a mis plus d’1 minutes à tous les autres favoris. Il récupère ainsi le maillot jaune avec des écarts conséquents, voire définitifs: 2’17’’ sur Indurain, presque 4’ sur Bugno et plus de 6’ sur Chiappucci! Seul Breukink semble encore pouvoir l’inquiéter en ne se trouvant «qu’à» 1’13’’... Mais le compte du Hollandais sera réglé 2 jours plus tard, pris dans ce qui deviendra «l’affaire PDM».
Au matin de lal0ème étape, 2 coureurs de l’équipe néerlandaise sont non-partants tandis que deux autres abandonneront en cours de journée et qu’un 5ème arrivera hors-délais. Tous présentent les mêmes symptômes: fièvre, fatigue intense, troubles digestifs, fréquence cardiaque accélérée, douleurs dans les muscles et les articulations...
Le lendemain, les 4 coureurs restant doivent également jeter l’éponge pour les mêmes raisons. C’est le début de «l’affaire» provoquée par une suite de déclarations et d’explications peu crédibles et modifiées jour après jour: les dirigeants de l’équipe parlent d’abord d’une climatisation défectueuse de l’hôtel, puis d’une intoxication alimentaire. Problème: les membres du staff ayant mangé la même chose ne sont pas touchés... On parle alors d’une mystérieuse bactérie avant d’incriminer, 10 jours plus tard, les boissons de course qui auraient été infectées par la Salmonelle. Mais nouvelle fausse piste puisque les coureurs n’ont pas été victimes de diarrhée... C’est alors une injection d’intra-lipides qui hérite de la culpabilité, elle aurait été infectée car non conservée dans un endroit réfrigéré.... Pourtant sur la notice de ce produit, il est indiqué que les flacons peuvent être stockés à température ambiante.
Finalement les explications en resteront là et, moins d’un mois après l’affaire, le leader Erik Breukink déclarera que lui et ses coéquipiers ont été contraints de mentir.
Avec le recul, une explication bien plus plausible sera avancée: une injection massive et trop rapide d’EPO peut engendrer des effets secondaires s’apparentant à un syndrome grippal identique à celui observé chez les coureurs PDM.
N’ayant pas l’expérience des italiens et voulant trop en faire avec un produit pas encore bien maîtrisé, l’équipe hollandaise aura donc tout perdu.
Mais revenons à la course: durant ses quelques jours entachés d’événements extra sportifs, Charly Mottet a remporté deux étapes coup sur coup et Luc Leblanc a endossé le maillot jaune après s’être glissé dans une échappée victorieuse lors de la 1ère étape de montagne où les favoris n’ont pas bougé.
Le lendemain par contre, il risque d’en être tout autrement lors de l’étape dantesque entre Jaca et Val Louron: longue de 232 kms et comptant pas moins de 5 cols (Pourtalet, Aubisque, Tourmalet, Aspin, Val Louron), elle s’annonce comme la plus belle de cette édition. Et alors que les suiveurs pensent déjà connaître l’issue de la course, cette étape va en fait en être le tournant: le passage de témoin entre deux générations, deux époques, deux approches; et la défaillance d’un coureur va en être le symbole.
En cette chaude matinée du 19 juillet 1991, le Tour s’apprête donc à vivre un de ses grands moments qui ont forgé sa légende: la bataille des coureurs face à la montagne.
Les deux premiers cols sont escaladés sans problème et sans grand mouvement puis, dans le Tourmalet, Greg Lemond place une attaque à mi-ascension. Il est vite rejoint par les meilleurs et un groupe de 8 coureurs se forment. On pense alors que cette sélection va franchir tranquillement le sommet, reportant la bagarre à plus tard, mais un évènement de taille va survenir: à 500 mètres du sommet, le leader de l’équipe Z «coince». Quand je dis «coincer», je ne veux pas dire qu’il perd un peu de terrain sur les autres, non. Il est littéralement «planté» sur la route, preuve qu’il était dans le rouge depuis quelques kilomètres déjà. L’image est incroyable et on pense même qu’il va s’arrêter mais il change de braquet et parvient alors à relancer.
Les dégâts ne sont pas irréversibles puisque le sommet est proche et qu’il le franchit avec seulement 17 secondes de retard mais le Tour vient de connaître son tournant et pour l’américain, c’est le début d’un long chemin de croix. Il revient bien entendu dans la descente sur les hommes de tête mais c’est pour se rendre compte qu’Indurain en a profité pour attaquer... bientôt suivi de Chiappucci; le duo gagnant de la journée vient de se former. En effet, les deux derniers cols vont confirmer la tendance: Bugno se détache dans l’Aspin avec Mottet et Fignon sans que le champion en titre ne puisse réagir. Il est même victime d’une chute en pleine ascension lorsque la voiture «Gatorade» du champion d’Italie accroche par inadvertance sa roue arrière.
Au devant de la course, Chiappucci et Indurain collaborent à merveille dans la dernière montée vers Val Louron et se partagent les lauriers au sommet: victoire d’étape et maillot à pois pour l’italien, maillot jaune pour l’espagnol.
Gianni Bugno leur reprend néanmoins du temps dans la dernière ascension et se classe 3ème à un peu plus d’une minute, après avoir lâché les deux français qui ont toutefois bien limité les dégâts (2’50’’ pour Fignon, 3’53’’ pour Mottet).
Quant à Greg Lemond, le retour de son équipier E. Boyer au pied de Val Louron n’a pas suffi à le relancer et il termine 9ème à plus de 7 minutes du vainqueuret pointe maintenant à plus de 5’ d’Indurain au général.
L’étape clé de ce Tour a donc tenu toutes ses promesses et livré deux grands enseignements: elle a permis d’identifier les 3 hommes forts de ce Tour (Indurain, Chiappucci et Bugno paraissant clairement au-dessus des autres) et de constater que Greg Lemond n’est pas dans le coup, en tout cas plus pour la victoire finale.
A-t-il été victime des avantages fournis par l’EPO aux 3 grands gagnants de la journée?
Certainement en partie(ceux-ci sont alors déjà tous 3 des «patients» du professeur Conconi et les jours qui vont suivre confirmeront leur supériorité) mais, contrairement à ce que prétend l’intéressé aujourd’hui, ce n’est sans doute pas la seule raison de son échec cette année-là.
En effet, les 3 Français Mottet, Fignon et Leblanc, dont il est habituellement dit qu’ils ne prenaient pas d’EPO à cette époque, termineront devant lui au classement général à Paris.
Objectivement, il est important de rappeler que Greg Lemond, bien qu’il l’ignorait encore à cette époque, était sans doute déjà victime des premiers symptômes de la maladie très rare qui sera détectée chez lui en 1994: une myopathie mitochondriale. Cette dernière diminue le fonctionnement de ses cellules musculaires en affectant leurs mitochondries (petits organites responsables de la production d’énergie utilisable par la cellule), réduisant ainsi de manière conséquente ses performances.
La raison la plus fréquemment avancée pour expliquer ce dysfonctionnement mitochondriale est une intoxication au plomb suite à son accident de chasse survenu en 1987: la trentaine de pellets se trouvant encore dans son corps auraient en effet, au fil des années, «re-largué» petit à petit le plomb qu’elle contenait dans son organisme, provoquant une intoxication lente et diminuant de la sorte de plus en plus ses capacités musculaires au fil du temps.
Cependant le soir du 19 juillet 1991, ignorant totalement la maladie de l’américain et pour la plus grande partie l’usage de l’EPO, le petit monde du cyclisme avance une explication bien plus simple: Greg Lemond est sur le déclin tandis que le talent d’Indurain, Chiappucci et Bugno éclate enfin au grand jour.
L’arrivée dans les Alpes va conforter cette impression puisqu’elles vont sceller le sort de l’américain. La première de ces deux étapes se termine en haut de l’Alpe d’Huez et un exploit de taille va s’y dérouler. Chiappucci sera un peu en retrait lors de cette ascension mais Indurain et Bugno vont établir un record marquant pour l’époque. Il est vrai que cette étape était courte et ne comptait «que» 2 cols de 2ème catégorie avant la montée finale mais tout de même, le maillot jaune espagnol et le leader de l’équipe Gatorade vont réaliser un numéro bluffant. Ils graviront l’ascension mythique aux 21 virages en moins de 40 minutes (39’45’’) pour la première fois de l’histoire et en dégageant une puissance moyenne de 420 watts. Du jamais vu en fin d’étape face à une difficulté HC. Indurain et Bugno, des rouleurs, pulvérisent ainsi de 2’05’’le précédent record signé par le grimpeur Herrera 4 ans plus tôt. Quand on sait que le colombien pesait 25 kgs de moins que l’espagnol, ça fait sourire...
Et Greg Lemond me direz-vous? Il a réalisé ce jour-là une ascension remarquable en développant 395 watts, sa limite des années précédentes sur ce type de montée. Mais ça ne suffit plus... Et il terminera à 2’ des deux cadors.
La longue étape pyrénéenne vers Val Louron, de part son extrême difficulté (5 cols et presque 8h sur le vélo), n’avait pas permis d’en extraire des chiffres de puissance hors normes; mais l’étape de l’Alpe d’Huez ne laisse plus de place au doute.
Ce chrono sous les 40’ sera d’ailleurs un «déclic» puisqu’il marquera le début d’une avalanche de records improbables jusqu’en 1997.
Mais à l’époque, ça n’émeut personne et la deuxième étape dans les Alpes va confirmer la tendance: pas de bouleversement aux premières place avec les 3 hommes intouchables mais Lemond va littéralement exploser et perdre à nouveau 7 minutes.
Cela anéantit tout espoir même de podium pour le leader de l’équipe Z mais c’est alors qu’il va montrer beaucoup de panache, ne voulant pas perdre sans fierté.
Tout comme il l’avait fait quelques jours avant les alpes, le triple vainqueur du Tour attaque dans une étape de transition et parvient à reprendre 1’30’’ au maillot jaune.
Il arrivera ensuite à se classer 3ème du dernier CLM (où Chiappucci prend une surprenante 4ème place) avant de se distinguer une dernière fois lors de la dernière étape menant à Paris.
Il attaque en effet à 66 kms de l’arrivée et prend presque 1’ d’avance sur le peloton, ce qui lui permet d’entrer seul sur les Champs-Elysées, avec son dossard n°1... Il sera repris un peu plus tard mais ce fait est symbolique: il marque la fin du règne d’un champion qui dit «Adieu» à la victoire, la fin d’une époque.
Cette édition 1991 aura d’ailleurs été le Tour de tous les paradoxes pour l’américain: il était mieux préparé que l’année précédente, plus offensif, il aura porté le maillot jaune plus de jours mais au final, il termine 7ème à Paris à 13’ du nouveau «Roi» Miguel.
Et en cet après-midi du 28 juillet, dans la capitale parisienne, tous les passionnés admirent les 3 hommes qui récoltent les lauriers; ceux qui, sans qu’on ne le sache alors, viennent d’amener le cyclisme au début d’une nouvelle ère, une ère «surnaturelle».
Car Indurain, Bugno et Chiappucci ont été sans conteste au-dessus du lot lors de ce Tour: 3 hommes forts pour un podium, le premier podium «EPO».
Excellent article.
C’est là que l’on voit le talent pur d’un Greg LeMond ... sans EPO, avec déjà les effets de sa myopathie, et malgré un corps affaibli par l’accident de 1987, l’Américain termine 7e du Tour. Immense coureur.
Merci Axel.
En effet, ce qu’il a fait cette année-là est en fait un bel exploit. Il doit surtout sa 7ème place à ses deux bons CLM ; car sur une courte distance, l’EPO (en tout cas au début) ne permettait pas de faire de grosses différences vu que l’endurance, la gestion de l’effort et la récupération sont moins importants. Pareil par rapport à sa maladie, il pouvait encore bien figurer sur 60 kms CLM mais pas sur une étape de montagne de 200 kms
Oui et non, car 60 km de CLM, tu es à bloc pendant 60 km, totalement exposé au vent.
200 km de montagne, certes c’est plus long, mais tu es protégé par tes coéquipiers du vent, et la course ne démarre pas avant les 40 ou 50 derniers km.
Le CLM, c’est la classe pure, tu ne peux pas du tout te cacher.
Il y a du vrai dans ce que tu dis mais les spécialistes du dopage disent souvent que sur un effort court, l’epo a moins d’effet car il permet en général aux coureurs de ne pas ressentir la fatigue (en tout cas moins) qu’un corps non-dopé doit subir après X heures de courses. Sur un CLM, bien qu’ils soient à bloc, les coureurs conservent plus d’énergie que dans une longue étape. Maintenant, l’epo agit tout de même (surtout au fil des années avec les améliorations) sur ce type d’étape mais de manière moins claire et, en 1991, l’usage limité et non-optimal a joué aussi en faveur de Lemond.
Cela a par contre permis à Chiappucci de se classer 4ème du dernier CLM car les autres étaient plus fatigués par 3 semaines de courses (il était par contre "à la rue" dans le premier CLM, ce qui était plus en phase avec son niveau dans ce domaine, mais c’était le début de la course...). Enfin, tous sauf Indurain et Bugno (1er et 2ème) et Lemond (3ème) qui était un vrai spécialiste et qui, sur ce type d’effort, pouvait encore jouer sur sa "classe" comme tu l’as très bien souligné.
J’étais pour Lemond à l’époque, donc j’avais été très déçu par ce Tour. A l’époque on imaginait pas ce qui se passait vraiment. C’est vrai que les Italiens étaient les maîtres en matière d’EPO. Je me souviens de Fondriest par exemple qui d’un coup s’était mis à remporter toutes les classiques.
Très bel article, très clair et explicite, Ditch.
Je ne suis pas assez calé sur le sujet pour vérifier ce que tu dis mais si c’est le cas, visiblement, personne n’a cherché à savoir comment et pourquoi de nouveaux coureurs apparaissent ainsi comme des vainqueurs de grands tours potentiels du jour au lendemain. Silence bien coupable finalement...
Pourquoi selon vous, cela est apparu plus vite ou plus fortement dans le cyclisme, puisque la production de globules rouges pour accentuer l’énergie dépensée est utile dans beaucoup de sports donc pourquoi en premier lieu le vélo ?
Merci Cyril.
Il a fallu quelques années pour se rendre compte de ce qu’il se passait (le "grand public" dont je fais partie a compris cela en 1998 alors que depuis 91, l’EPO était utilisé). Ensuite, ça a été l’Omerta car le Tour rapporte du fric. Les coureurs sont obligés de s’aligner sur les nouvelles pratiques pour suivre sinon il faut qu’ils changent de profession car ils ne gagneront jamais. Les organisateurs ont tout intérêt à fermer les yeux s’ils veulent continuer à faire de l’argent. Quant aux journalistes, ils sont bien sûr tous au courant (où alors, il sont vraiment bêtes) mais ils sont payés par une chaîne de télévision ou un journal qui fait de l’audience grâce au Tour.
Si on devait frapper un grand coup, faudrait tout arrêter et puis recommencer sur de nouvelles bases mais ce serait perdre du temps et de l’argent tout en sachant qu’on tricherait encore vu que les labos et les médecins ont toujours une longueur d’avance...
L’EPO est bien sûr présent dans d’autres sports mais il faut savoir que dans des disciplines comme le foot, le tennis, le basket, il n’y a pas que la condition physique qui joue, il y a aussi le talent technique. Un federer malade peut gagner des matchs sur son talent, tout comme Jordan ou Messi. Dans le vélo, si tu es diminué physiquement, c’est foutu puisqu’ à part une certaine intelligence tactique, le "talent" ce sont les paramètres physiologiques. Par conséquent le dopage a plus d’effet sur la performance, donc a plus de succès. Je cite le cyclisme mais c’est pareil dans l’athlétisme et tout sport d’endurance.
En effet, à part la tactique et un peu de technique (descente, position CLM ...), le cyclisme est d’abord une question de puissance physique
Merci pour vos réponses.
sans EPO lemond ?...officiellement non,tout comme indurain,bugno et chiappucci,faut arretez de dire n’importe quoi,que je sache ces trois coureurs n’ont jamais ete suspendu ou reconnu coupable...mais en supposant qu’ils etaient doper,pourquoi lemond ne l’etait-il pas lui aussi ?
@Tonton
Ne dis pas n’importe quoi, Chiappucci a été positif en 1997.
Pour les deux autres, aucune preuve c’est vrai.
@ tonton : je n’ai jamais dit que Lemond ne s’était jamais dopé (même si j’aimerais le croire). Je dis qu’il n’est jamais passé au dopage sanguin, un dopage qui a révolutionné la course, bouleverser la hiérarchie, dénaturé ce sport. Pourquoi dis-je cela ? Il faut un peu se renseigner...
Indurain : officiellement contrôlé positif en 1994 mais non-sanctionné. Ses performances (en terme de chronos et de puissance) ont fait un bon en avant au début des années 90 pour atteindre des sommets bien au delà des limites qu’un coureur propre peut atteindre selon des spécialistes qui ont écrit des bouquins sur le sujet. Il a travaillé avec les médecins Conconi et Padilla, très connus pour être mêlés de très très près au dopage sanguin (poursuivi en justice pour cela).
Bugno : officiellement contrôlé positif en 1994, pris dans une enquête judiciaire en 1997, pris en flagrant délit en 1999. Son incroyable éclosion en 1990 en fait le premier coureur à être soupçonné d’utiliser de l’EPO de manière efficace. Il a travaillé avec Conconi et couru dans des équipes comme Gatorade puis Mapei où le dopage organisé fut reconnu plus tard (témoignages à l’appui). Même s’il fut moins en vue qu’Indurain sur le tour, ses performances dépassèrent également la limite humaine et firent également un bon en avant au début des années 90.
Chiappucci : contrôlé positif en 1997. Il a travaillé avec Conconi. Grégario et à la peine en 89, il se transforme en grand leader en 90, 91, 92. Encore un bon en avant au début des années 90. Il fera encore des belles choses sur le tour en 93, 94 et 95, en plein dopage EPO généralisé. Et je ne parle pas de son équipe Carrera...
Lemond : jamais contrôlé positif, jamais soupçonné, jamais accusé, jamais poursuivi, jamais concerné de près ou de loin par aucune affaire de dopage, n’a jamais travaillé avec un médecin louche, n’a jamais évolué dans une équipe où un dopage organisé fut par la suite découvert. Ses performance depuis le début de sa carrière (début 80) jusqu’à la fin (début 90) furent linéraires et jamais elles ne dépassèrent une certaine limite comme ce fut le cas chez les coureurs cités ci-dessus.
Penser qu’Indurain, Bugno, Chiappucci et les autres que je citerai dans mes prochains articles ne prenaient pas d’EPO, c’est d’une grande naïveté. Penser qu’un coureur n’a pas pris de l’EPO car il n’a jamais été contrôlé positif (alors que c’est bel et bien le cas des 3 coureurs en question) sans se pencher sur la valeur de ses performances, c’est pratiquer l’Omerta comme le fait le monde du cyclisme.
Penser que Lemond en prenait, OK. Je peux comprendre que tu te poses la question. Mais alors, je trouve extrêmement facile de lancer un "c’est n’importe quoi" sans toi-même t’être renseigné sur le sujet avant. Tu peux lire mes articles précédents pour comprendre mon point de vue. Il est tout à fait possible que tu ne sois pas d’accord avec, mais tu verras qu’il tient néanmoins la route. Tu peux bien sûr le contre-dire (je l’écris aussi pour ça !) mais alors avec un avis fondé et non des paroles faciles ("c’est n’importe quoi") et qui s’avèrent fausses ("Indurain n’a jamais été pris").
superbe article, bravo
j’ai passé ma journée à circuler sur des sites pour refaire l’histoire de l’epo dans le velo et ton article en est un superbe resumé.
je pensai qu’indurain avait commencé l’epo a partir de 93/94 puis avait arreté par degout en 1996 mais je suis persuadé maintenant qu’indurain est le deuxieme plus gros escroc de l’histoire (vous connaissez le premier).
pour comparaison sa progression de 90 à 91 en CLM. 43 kmh en 90 à 51 en 91 sur une distance plus longue.
avant 91, il etait un coureur assez moyen. d’apres ce qu’ont dit fignon et lemond, il n’y avait seulement une quinzaine de coureur sous epo en 1991.

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