Garrincha, le virtuose du dribble
Si l’on demande à n’importe quel amateur de football quel serait son onze du Brésil de tous les temps, nul doute que le roi Pelé y apparaîtrait à chaque fois. Aucun autre joueur joueur ne pourrait s’enorgueillir d’un tel privilège, aucun sauf Manoel Francisco dos Santos, alias Garrincha, le meilleur dribbleur qu’ait connu le jeu de football.
Même des génies brésiliens, virtuoses techniques, comme Leonidas, Zizinho, Didi, Socrates, Zico, Rivelino, Gerson, Falcao,Romario, Kakà, Ronaldinhoou Ronaldo ne seraient pas certains de faire partie d’une Seleçao type ... Seuls Garrincha et Pelé peuvent s’en vanter. D’ailleurs ces deux joueurs ont eu l’honneur de voir leurs noms donnés aux deux vestiaires du célèbre Maracaña de Rio de Janeiro. Le vestiaire de l’équipe hôte est surnommé Garrincha, tandis que le vestiaire de visiteurs est surnommé Pelé.
Septième fils d’un gardien d’usine, Garrincha est né le 28 octobre 1933 à Pau Grande. Son véritable nom est Manoel Francisco dos Santos. Le surnom de Garrincha vient d’une espèce d’oiseau tropicalque le jeune Manoel capturait pendant son adolescence.
Ayant grandi avec des jambes difformes, Garrincha va faire de ce handicap un avantage. De ses deux jambes arquées, ladroite dominera la gauche de six centimètres à l’âge adulte. Garrincha deviendra le meilleur dribbleur que le football ait jamais connu, sauf le respect dû à Zizinho, Best, Matthews ou Maradona.
Ignoré des recruteurs pendant son adolescence, Garrincha est successivement rejeté par les clubs de Flamengo, Vasco da Gama et Fluminense. C’est à Botafogo, club de Rio de Janeiro, que le jeune Manoel débutera sa carrière de footballeur en 1953, à vingt ans. Dès ses premiers entraînements, le prodige trompe la vigilance de Nilton Santos, défenseur international reconnu au Brésil. Garrinchaest vité adoubé par NiltonSantos en équipepremière.Ses dribbles d’exception font vite de Garrincha un phénomène du championnat du Brésil, épreuve qu’il remporte en 1957 pour Botafogo, après avoir inscrit la bagatelle de 20 buts en 26 matches.
Cet exploit lui permet de se construire un destin de titulaire en Seleçao, où il a débuté dès 1955. Le rêve prend forme pour Garrincha, qui affectionne de jouer au football pieds nus sur le sable fin de Copacabana, ou de toute autre plage de Rio de Janeiro ...
La virtuosité de Garrincha éclabousse la Coupe du Monde 1958 en Suède. Les journalistes européens sont impressionnés par deux joueurs du Brésil, Pelé et Garrincha. Les superlatifs pleuvent sur ces deux noms. Le jeune attaquant prodige et l’insaisissable ailier font l’objet d’innombrables éloges.
En cette année 1958, le Brésil remporte sa première Coupe du Monde, battant la Suède en finale (5-2). Mais bien avant ce Mondial suédois, Garrincha a attiré les convoitises des plus grands clubs européens, sans succès ... La Juventus Turin a tenté de l’engager en 1954. Puis ce fut le tour du Real Madrid, en 1959 (où son compatriote Didi avait échoué). En 1963, le triumviriat italien Milan AC - Juventus Turin - Inter Milan s’associa pour obtenir le transfert de Garrincha, qui aurait alors joué successivement dans les trois clubs italiens, pour un accord unique dans l’Histoire du football. Mais l’affaire ne se fit pas. Comme Pelé, déclaré patrimoine national par le Brésil, Garrincha ne joua jamais en Europe. Le Vieux Continent se consola cependant avec d’autres immenses champions venus d’Amérique du Sud, tels l’Uruguayen Juan Alberto Schiaffino (Milan AC), l’Argentin Alfredo Di Stefano (Real Madrid) ou encore l’Argentin OmarSivori (Juventus Turin).
En 1962 au Chili, Pelé se blesse au premier tour dès le deuxième match de la Coupe du Monde, contre la Tchécoslovaquie. Remplacé par Amarildo dans un effectif auriverde qui rappelle comme deux gouttes d’eau à celui de 1958 (Gilmar, Nilton Santos, Vava, Djalma Santos ...), le roi Pelé laisse les clés du jeu brésilien à son nouveau dépositaire, Garrincha. Ce dernier n’usurpera pas son costume d’artiste en chef. Sa partition sera sans aucune fausse note, avec notammentun doublé contre l’Angleterre en quarts de finale, puis un but contre le Chili en demi-finale, avant l’apothéose en finale ...
Garrincha sera désigné meilleur joueur de ce Mundial chilien par l’ensemble de la presse. Le Brésil conserve son titre en finale, après une victoire 3-1 contre la Tchécoslovaquie de Masopust.
Garrincha sera encore du voyage en 1966 pour la World Cup anglaise, où il concèdera contre la Hongrie sa première défaite sous le maillot national en 50 sélections. Dans ce Mondial, le Brésil joue à Liverpool. Battus par le Portugal et la Hongrie, les doubles champions du monde en titre sont éliminés au premier tour, après que le roi Pelé ait été victime d’attentats face au Portugais Morais et au Bulgare Jetchev.
Après sa carrière, même s’il conserve l’amitié de Nilton Santos, Garrincha le virtuose sombre dans l’alcool. Victime également de déboires conjugaux, l’ancien ailier brésilien perd la mère de sa maîtresse dans un accident de voiture. Illettré, Garrincha vivait de plaisirs simples, corollaires des besoins primaires: alcool, sexe, football ... un peu comme son alter ego au panthéon des dribbleurs, l’inimitable George Best, clé de voûte de Manchester United pendant les années 60.
Le 19 décembre 1973, le Maracaña de Rio de Janeiro accueille le match d’adieux de Garrincha. L’affiche oppose le Brésil, principalement composé des champions du monde 1970, à une sélection FIFA. Après le match, Garrincha effectue un dernier tour d’honneur sous l’ovation de la foule carioca,puis disparaît dans le tunnel du Maracaña ...
Par la suite, Garrincha s’enfonce dans la solitude et dans l’alcool, même s’il conserve l’amitié et le soutien de Nilton Santos, son ancien coéquipier au sein de la Seleçao en 1958 et 1962.
L’envol du bel oiseau tropical est brisé le 20 janvier 1933. Les ailes coupées par la ruine et l’alcool, Garrincha s’éteint des suites d’une cirrhose du foie.
Salut Axel,
Merci pour ce très bel article sur un virtuose du ballon rond.
J’ai quelques vidéos du Brésil de 58 et 62, c’est fou la facilité avec laquelle il élimine ses adversaires. Beaucoup de spécialistes disent de lui qu’il n’avait qu’un dibble, mais quel efficacité.
Commeà l’instar de Pelé, c’est vraiment dommage de ne pas l’avoir vu évoluer en Europe.
Une fin un peu triste, dans la misère et l’indifférence pour ce génie du foot.
ps : petite coquille sur la date de sa disparition.
Salut Deco,
Oui janvier 1983 bien entendu, mea culpa ! Un seul dribble ? Oui mais c’est justement le propre des grands joueurs comme Garrincha.
Je me souviens de Boniek qui parlait un jour de ses années avec Platini à la Juventus. Il disait que tout le monde savait que Platini lui ferait une passe pour qu’il aille ensuite marquer. Mais les défenseurs qui marquaient Boniek se faisaient toujours piéger, à la fois par l’appel de ce dernier mais aussi par la qualité de passe de Platoche ...
Tous les grands, les Zidane, Messi et Pelé ont un jeu exceptionnel qui est analysé par l’adversaire. Mais cela marche quand même, quand le génie est à ce point présent chez un joueur.
Avec socrates, un des joueurs brésiliens les plus attachants, accroc au goulot et aux femmes, version humaine du dahut, du génie par mégatonnes ( un de ses dadas c’était de s’amuser à dribbler plusieurs fois de suite un même joueur ), bref un monstre sacré du foot, bel hommage.
Ah, le Rensenbrink brésilien (ou l’inverse) !
Sacré hédoniste, paraît.
Le truc qui m’a le plus marqué, des images d’archives ressassées du gaillard, c’est encore ces espèces de duel au soleil, lui et son opposant direct, face à face... Des passes d’armes et de feintes s’engagent, et le troupeau des 20 autres protagonistes qui observe de loin...
Quelque chose d’infiniment archaïque, comme un combat d’Horaces et de Curiaces, homme contre homme : d’abord je te prends toi, et si je passe j’en prendrai un autre (etc. etc.).
Et le match, d’autant, de sembler toujours se résumer à ce pur duel, d’un homme contre un autre homme. Les autres observent, respectent... Ils n’interviendront pas, pas avant la fin.
Fascinant.
@interim,
Rensenbrink brûlait aussi sa vie par les deux bouts, comme Garrincha et Best ? Je ne connais pas assez ce joueur, à part son Mondial 78 exceptionnel ...
Faut vraiment que tu nous fasses un article sur lui ...
bel article, sur un des plus beaux joueurs jamais vus parait-il ;
au Brésil, pelé est respecté mais garrincha était adulé ; lors de ses obséques, la foule a bloqué Rio pendant toute la journée ; Garrincha était l’âme du peuple brésilien
la comparaison avec Best est osé, hormis leurs penchants pour les femmes et l’alcool ; mais les deux ont fait honneur au jeu
et donc merci
nb : pourrais-tu un jour faire un article sur gerson ? j’ai tjs adoré ce joueur dont je ne sais rien, et son but en finale 70 était merveilleux
Salut Léz,
Sur Gerson ? Oui pourquoi pas mais je ne suis pas du tout spécialiste des brésiliens de 1970.

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