1990 : le dernier Tour
Suite à mon article mettant en avant la comparaison frappante entre 2 époques du Tour de France (Lemond 1989 vs Armstrong 2000), j’ai eu l’idée de relater, en différentes parties, ce qu’il s’est passé entre ces deux éditions et qui représente assurément une période charnière dans l’histoire du cyclisme professionnel. Aujourd’hui, épisode I: le Tour 1990.
Le 30 juin 1990 débute le 77ème Tour de France sans que personne ne sache qu’il sera le dernier lors duquel les performances réalisées seront à valeur «humaine», à savoir dans la lignée des années 70 et 80. Le dernier avant qu’une cassure irrémédiable ne s’opère et n’entache définitivement ce grand événement dont le qualificatif «sportif» aura de moins en moins de sens.
Paradoxalement, son vainqueur sera fortement décrié pour ne pas avoir gagné d’étape et ne pas avoir eu de «panache». C’est vite oublier qu’il se sera mis en évidence lors des deux étapes reines de l’épreuve manquant de très peu de l’emporter à chaque fois: pour quelques centimètres dans la grande étape des Alpes, pour quelques secondes dans celle des Pyrénées. C’est aussi vite oublier que dans cette dernière, il aura pris ses responsabilités pour aller chercher la victoire finale en patron, sans rien demander à personne. N’est-ce pas cela aussi, le panache?
Mais revenons à ce qui nous intéresse aujourd’hui, le déroulement d’un événement sportif d’un autre temps...
C’est au Futuroscope de Poitiers que la Grande Boucle 1990 prend son départ, sous le regard impatient des passionnés de cyclisme qui espèrent en effet revivre un face à face haletant entre Lemond et Fignon, comme 12 mois plus tôt. Mais le duel tourne court entre les deux champions puisque le français, blessé, jette l’éponge lors de la 5èmeétape.
Et c’est à un tout autre match que les (télé)spectateurs vont assister: une sorte de course poursuite entre les favoris désignés (Lemond, Delgado, Breukink, Bugno) et 4 hommes qui prennent la poudre d’escampette lors de la 1ère étape.
Profitant des circonstances particulières, une journée est divisée en deux étapes avec un CLM par équipe l’après-midi, Maasens, Bauer, Pensec et Chiappucci exploitent à merveille la «mollesse» du peloton et franchissent la ligne d’arrivée de cette demi-étape matinale avec 10’35’’ d’avance.
Le canadien Steve Bauer endosse le maillot jaune et les spéculations vont bon train: l’italien Claudio Chiappucci, quoique peu connu, a des qualités évidentes de grimpeur alors que Ronan Pensec, équipier de Lemond, a déjà prouvé par le passé qu’il pouvait franchir la montagne.
Les français se demandent alors si Pensec n’est pas en mesure de ramener le maillot jaune à Paris, d’autant que son leader américain ne semble pas au mieux. Passé à l’intersaison dans l’équipe «Z» pour une somme record suite à son fabuleux comeback de 89, Greg Lemond est victime d’une mononucléose au printemps 90 qui le handicape fortement. Il ne revient à la compétition qu’à l’occasion du Giro où il se traîne en assistant, impuissant, à la surprenante suprématie de Gianni Bugno. Revenant lentement en condition, il ne paraît pas encore au top.
Lors de la première étape de montagne, Bauer craque et Pensec endosse le maillot jaune au Bettex, dans le massif du Mont-Blanc, avec un peu plus d’une minute d’avance sur Chiappucci et...10’ sur Lemond, Delgado, Breukink...
Le lendemain, dans l’étape qui arrive en haut de l’Alpe d’Huez, les favoris se montrent enfin: Delgado envoie Indurain en éclaireur rejoindre Claveyrolat parti seul en tête depuis le col de la Madeleine. Dans la descente du deuxième des 3 cols de la journée, le Glandon, le vainqueur du Tour 88 attaque suivi de Lemond (qui va de mieux en mieux au fil des jours), Bugno et Chozas. Bien aidés par Indurain qui a attendu son leader et effectue un gros travail dans la vallée, ils rejoignent le pied de la mythique ascension aux 21 virages après avoir repris Claveyrolat et en s’étant octroyé une avance de plus de 2’ sur le peloton Maillot Jaune.
Delgado entame alors l’Alpe pied au plancher et fait vite craquer Indurain, Chozas puis Claveyrolat mais malgré cela, l’effort n’est pas suffisant et derrière le groupe maillot jaune revient... Il faut dire que le leader de la Banesto n’est pas aidé par un Bugno attentiste et un Lemond qui joue à fond la carte de l’équipe avec Pensec derrière.
Résultat, Delgado stagne et Breukink revient comme une fusée (pour l’époque...) de l’arrière. Claveyrolat est également de retour dans le groupe et, pire encore pour le grimpeur espagnol, il craque dès que Bugno place une première attaque à 4 kilomètres du sommet. Greg Lemond sort alors de sa réserve et fait face aux tentatives de l’italien, puis de Claveyrolat et enfin Breukink en bondissant systématiquement dans les roues avec comme objectif, la victoire d’étape. A ce petit jeu, Bugno, Lemond, Breukink et Claveyrolat qui fait l’élastique, arrivent sous la flamme rouge; l’américain semble clairement le plus costaud avec Bugno auquel il prête beaucoup d’attention, un peu trop peut-être...
Dans le dernier virage, l’italien accélère et Lemond veut tout de suite suivre mais sa prise de vitesse dans le tournant le déporte complètement et il manque tout juste de percuter les balustrades; par un réflexe étourdissant de funambule, il parvient à éviter la chute et à redresser son vélo de justesse mais c’était l’erreur à ne pas commettre. En effet, il se retrouve de la sorte devant Bugno avec l’obligation de lancer le sprint dans la dernière ligne droite et l’impossibilité de changer de braquet... On croit longtemps qu’il va néanmoins s’imposer mais finalement, l’italien le passe sur la ligne avec une petite roue d’avance.
Lors de cette ascension bizarre qui aura vu Delgado craquer après avoir pris l’initiative et le maillot jaune, Pensec, ne concéder finalement qu’une 40aine de seconde au vainqueur, le hollandais Erik Breukink réalise le chrono le plus rapide: 43’15’’. Un temps dans la lignée des années, voire des décennies précédentes.
En effet, Fausto Coppi en 1952 avait réalisé un véritable exploit en gravissant cette montagne mythique en 45’22’’ avec le matériel et les produits (la «Bomba», cocktail d’amphétamines) de l’époque. Ce temps record ne fut amélioré que petit à petit au fil des décennies qui suivirent par des coureurs de renom bénéficiant d’un matériel innovant: Hinault gravissait ainsi l’Alpe d’Huez en 43’54’’ en 1982, le grimpeur de poche colombien Lucho Herrera y réalisait un «numéro» en 1987 avec un chrono de 41’50’’, et Fignon et Delgado signaient un temps de 42’15’’ deux ans plus tard.
La performance de Breukink paraît donc «normale» et, en tout cas, dans l’air du temps de ces prédécesseurs... ce sera la dernière. Car dès l’année suivante, on passera subitement pour la première fois de l’histoire sous la barre des 40 minutes et ce ne sera qu’un début...
Par rapport à ce constat, il est bien évident qu’il faut prendre en compte le fait que la difficulté de l’étape incluant l’arrivée à l’Alpe d’Huez était différente chaque année (kilométrage et nombre de cols), mais la tendance générale, évaluée sur plusieurs années, ne trompe pas.
Toutefois ce 11 juillet 1990, ces chiffres n’intéressent encore personne et tous les yeux sont rivés sur Ronan Pensec. Il est vrai que le Breton a parfaitement négocié cette dure étape et il possède encore 9’ sur les principaux favoris ainsi qu’1’30’’ sur Claudio Chiappucci.
Cette performance laisse entrevoir aux français le rêve le plus fou et il se chuchote que Greg Lemond va se transformer en équipier de luxe pour aider le breton à réaliser l’impensable. Mais l’américain, hors caméra, déclare qu’il n’y croit pas et que Pensec va certainement craquer.
Le CLM en côte du lendemain menant à Villard-de-Lans va lui donner raison: Pensec coince complètement et doit abandonner la place de leader au profit de Chiappucci.
Le maillot jaune change donc d’épaules mais la situation reste plus ou moins la même pour les favoris: l’italien de la Carrera a encore 7’ d’avance et on pense maintenant de plus en plus qu’il peut aller au bout.
Mais le tour est encore long... et Claudio va céder en 3 actes.
Le premier sur le plan tactique, lors d’une étape de transition menant à Saint-Etienne: Lemond lance Pensec devant et Chiappucci s’essouffle inutilement; l’américain porte alors un coup fatal avec l’aide de Breukink et l’italien, victime aussi d’une équipe pas très présente, perd presque 5’... Les cartes sont redistribuées et l’étape reine avec l’arrivée à Luz Ardiden s’érige alors comme le juge de paix de ce Tour; c’est là qu’il va falloir faire la différence, aller chercher la victoire.
Avec les montées de l’Aspin, du Tourmalet et de Luz Ardiden au programme, Greg Lemond sait que c’est ce jour-là qu’il doit marquer la course de son empreinte en refaisant ces 2’30’’ de retard sur Chiappucci et en distançant Delgado qui fait toujours peur et Breukink qui lui est supérieur cette année dans les CLM.
En ce 17 juillet ensoleillé, cette magnifique étape commence par un coup de théâtre: Chiappucci attaque dans l’Aspin avec une 10aine de coureurs! Quitte à le perdre, l’italien veut porter haut les couleurs de son maillot de leader et prend ainsi les devants, décontenançant quelque peu les favoris.
Son avance atteint 2’30’’ dans la descente du col d’Aspin mais n’est plus que d’1’10’’en haut du Tourmalet car derrière, ça bouge. Après avoir envoyé deux coéquipiers à l’avant, Lemond décide de brusquer une première fois les choses à 4 km du sommet; la première banderille qu’il place donne directement une idée des forces en présence: Breukink et Bugno explosent déjà tandis que Delgado, plié en deux sur sa machine, est au bord de la rupture.
La descente à tombeau ouvert permet à ceux qui ont pu suivre l’américain de reprendre Chiappucci juste avant le pied du col HC de Luz-Ardiden. Les compteurs sont donc remis à zéro et tout le monde s’observe... quand soudain le petit italien, héroïque jusqu’au bout, tente un coup de bluff en accélérant dès les premières pentes du col pyrénéen!
La tension est palpable et Lemond comprend qu’il doit prendre les choses en main, agir en champion s’il veut remporter le tour.
Il attend le bon moment pour jouer sa carte et Fabio Parra va lui servir sur un plateau. Le colombien place une attaque à 8 km de l’arrivée et l’américain bondit directement dans sa roue avant de le déborder tout aussi vite; il se retourne une fois, deux fois, hésite quelques centaines de mètres puis décide d’y aller, à fond. Derrière, c’est la débandade: Delgado, Bugno et Chiappucci restent scotchés et seuls Indurain, libéré des ses engagements vis-à-vis de son chef de file et Lejarreta prennent la roue du leader de l’équipe Z qui ne se pose aucune question.
Greg Lemond, champion du monde en titre, est impressionnant de puissance (pour l’époque...): passant régulièrement de la position assise à celle en danseuse, il maltraite son vélo, donne tout ce qu’il a, sans rien demander à personne. Indurain, à juste titre, se cale dans sa roue tandis que Lejarreta fait ce qu’il peut pour rester dans leur sillage.
Derrière, on s’organise comme on peut pour limiter les dégâts mais le niveau est clairement un cran en-dessous.
A l’avant de la course, Martinez-Torres, qui avait faussé compagnie au groupe Chiappucci en haut du Tourmalet, voit fondre les 3 minutes qu’il avait pourtant encore au pied de l’ascension; car juste derrière, les 3 hommes forts de la journée reviennent comme une flèche (pour l’époque...).
A 2 km du sommet, Lejarreta doit lâcher prise à son tour, ne pouvant suivre le rythme très soutenu (pour l’époque...) de l’américain qui assure seul le train et montre ainsi dans l’étape reine qu’il est bien le patron de ce tour, au niveau des capacités physiques mais également au niveau de la prise d’initiative.
Le duo gagnant arrive donc en haut de Luz-Ardiden et à 500 mètres de la ligne, Indurain, dans un très bon jour et n’ayant pas quitté la roue du champion du monde, le débordeet va chercher la victoire d’étape. Mais cela importe peu pour Lemond qui est incontestablement le grand gagnant de la journée puisqu’il est maintenant en position de gagner son troisième tour: il n’a plus que 5 secondes de retard sur Chiappucci tandis qu’un écart suffisant le sépare maintenant de Breukink et Delgado en vue du CLM programmé la veille de l’arrivée.
Cette grande étape a donc tenu toutes ses promesses et fut sans conteste la plus belle de ce tour. Sur la dernière ascension, Miguel Indurain et Greg Lemond ont réalisé un «numéro» en développant une puissance moyenne (ramenée à un coureur étalon) de 390 watts. Une performance dans la lignée de toutes celles des années 80 pour les grands exploits: entre 380 et 400, jamais au-dessus. Via ces chiffres-ci aussi, on s’aperçoit qu’on est à l’orée d’un changement radical: ce 17 juillet 1990, Greg Lemond réalisa sa meilleure performance de cette édition et fut ainsi le dernier vainqueur du Tour à ne jamais développer une puissance supérieure à 400 watts dans l’ascension du dernier col HC d’une étape clé. En effet par la suite, les puissances fournies dans de telles conditions exploseront: d’abord de manière épisodique, ensuite sur toutes les étapes de ce type...
Mais à l’époque, on ne s’en soucie pas et tous les yeux sont à présent rivés sur Lemond qui n’a plus qu’à bien négocier le CLM autour du Lac de Vassivière pour ramener pour la troisième fois le maillot jaune à Paris. Ce qu’il fera quelques jours plus tard, sans pourtant briller: toujours inférieur à Breukink dans cet exercice, il mettra néanmoins plus de 2 minutes dans la vue de Chiappucci qui parviendra tout de même à sauver sa deuxième place.
Pourtant ce jour-là également, on est au cœur d’une comparaison frappante, voire... terrifiante.
Le lac de Vassivière a la particularité d’avoir accueilli un CLM d’une distance quasi similaire, à chaque fois la veille de l’arrivée, à 5 ans d’intervalle: 1985, 1990, 1995. Il permet donc une comparaison sensée et très ciblée des performances sur une période de 10 ans.
G. Lemond est le vainqueur de cette étape en 85; et en 1990, c’est donc E. Breukink qui la remporte et Lemond se classe 5ème. On peut alors se rendre compte que Lemond a réalisé quasi le même temps qu’en 85 à 30 secondes près, Breukink a fait mieux en 90 que Lemond en 85 mais la différence en puissance est de 5%, expliquée par les progrès techniques (guidon de triathlète notamment).
Mais là où il faut s’accrocher, c’est avec Miguel Indurain... En 1990, il termine 4ème du chrono de Vassivière. En 1995, année de son dernier sacre, il gagne ce chrono... mais... en faisant 6 minutes de moins qu’en 90! 6 minutes!!! Soit une performance supérieure d’environ 36% à celle de Breukink en 90! Impossible à expliquer par les progrès techniques: inhumain, tout simplement.
Ce tour 1990 est donc, à mes yeux, symboliquement le dernier; le dernier rempart historique avant d’entrer dans un autre monde, dans une autre dimension. Les performances, si linéaires jusque-là et buttant sur une limite, la limite humaine, vont faire un bon irrémédiable en avant pour passer la ligne rouge, sans retour possible en arrière. D’abord ciblées sur certains coureurs et certaines étapes (1991-1992), ces performances défiant les lois du corps humain vont ensuite se généraliser et exploser (1993-...).
Bien sûr, le but de cet article n’est pas de dire que l’on ne se dopait pas avant 1991! Il est bien évident que le dopage est présent sur le Tour de France depuis 1903, date de la première édition. Mais, en presque 90 ans, ce coup de pouce «extérieur» ne transformait pas les coureurs et les différences de capacités naturelles entre eux pouvaient encore s’exprimer et distinguer les champions des autres.
Avec l’arrivée de l’EPO, l’augmentation «artificielle» des performances fut telle que les qualités intrinsèques d’un coureur ne veulent plus rien dire. En un an ou deux, on est passé d’une bataille sportive mettant en avant les coureurs à une course à la molécule mettant en avant les médecins et les chercheurs. Changement radical pour une entrée dans une ère de pur spectacle reniant les valeurs du sport, ce qui en faisait la beauté, et le «tuant» par la même occasion.
Mais ce 22 juillet 1990, lors de l’arrivée traditionnelle sur les Champs Elysées, les suiveurs sont loin des toutes ces considérations; Greg Lemond porte pour la première fois de cette édition le maillot jaune et ils en sont déçus. Il y a bien sûr eu du suspense avec ces 10 minutes d’avance octroyées à 4 coureurs mais ils retiennent surtout cette absence de victoire d’étape de l’Américain qu’ils associent à tort (et pour longtemps) à un manque de panache.
Ils se consolent alors en pensant à l’année suivante où ils espèrent découvrir un vainqueur plus en vue qui se «montrera» et gagnera des étapes.
Ah, s’ils avaient su....
Bien vu, les écarts sur les CLM du lac de Vassivière.
Entre 1990 et 1995, l’écart s’explique par l’EPO, utilisé par Indurain mais tous les autres coureurs de l’époque, Rominger, Riis, Pantani, Virenque ou Zülle.
J’avais beaucoup aimé ton premier article sur la comparaison Lemond/Armstrong et j’ai de nouveau aimé cet article qui raconte trés bien ce Tour 90 que je ne connaissais pas. On pourra toutefois regretté la dimension manichéenne de l’article.
Mais c’est vrai qu’à partir de ce moment-là le dopage passe du statut amateur au statut professionnel. Mais enfin, comme tu l’as dit toi-même tous les coureurs se sont dopés je dirais même plus tous les sportifs se dopent et se sont toujours dopés. C’est la triste fatalitée.
Pour en revenir à l’article, les pricipaux outsiders de ce Tour 90 ont été touchés par le dopage : Delagado a été controlés positifs lorsqu’il a remporté le Tour en 88. Breukink fera partie de l’affaire PDM. Chiappucci sera controlés deux fois avec un taux d’hématocrites trop élevé. Et je ne parle pas d’Indurain...
Donc, même si, à cette époque, les performances restent humaines, le dopage à toujours été présent et, si ça se trouve, dans 20 ans ont trouvera que les performances des années 90-2000 sont plus humaines que celles des années 2020-2030...
PS : J’attends avec impatience la deuxième partie de ton article
Le Tour 90 fut intéressant sportivement à cause de la poursuite engagée par LeMond, BReukink et Delgado sur Chiapppucci, qui se révéla cette année là.
Merci pour ton intérêt. Le côté manichéen, c’est pour marquer les esprits sur cette "rupture" que les fans de cyclisme ne connaissent pas toujours. Elle ne représente pas en effet une cassure entre le blanc et le noir ou entre le propre et le sale mais bien, comme tu le dis, entre un dopage amateur et un dopage très efficace. 90-91 en fut le point de départ selon moi mais elle s’échelonne sur quelques années et c’est ce que je vais tenter d’expliquer dans mes prochains articles.
Il est évident que les Breukink, Bugno, Delgado, Chiappucci qui prendront de l’EPO plus tard, prenaient déjà des trucs avant 91. Mais je pense que ça n’avait pas le même effet sur eux bien qu’on ne soit pas certains que l’EPO était complètement absent du peloton en 1990.
Prochain épisode : le tour 91.
En effet, je me suis beaucoup renseigné sur l’EPO (mon TPE portait dessus) et elle a été crée en laboratoire en 1987 puis mise au commerce en 1989 mais à l’époque personne ne savait vraiment comment s’en servir mais peut-être qu’en 90 quelques coureurs (notamment Indurain) auraient pu en prendre... Mais c’est sur que lorsque que l’on voit les vainqueurs du Tour depuis 91 on peut être perplexe...
Des tas de coureurs sont morts au début des années 90, conséquence de sur-dosage d’EPO, malgré la fameuse phrase de Michele Ferrari sur l’EPO et le jus d’orange. Caillots sanguins à l’infini.
La fameuse intoxication alimentaire des PDM en 1991, cachait sans doute un effet secondaire d’un produit dopant, peut être que l’EPO.
J’imagine que Ditch parlera de cet épisode obscur dans son prochain article sur le Tour 91.
L’EPO a en effet obtenu une autorisation de mise sur le marché en 1989 en tant que médicament et était utilisé depuis 1987 dans le cadre d’essais cliniques. J’ai déjà lu que des coureurs inconnus étaient décédés fin des années 80 en raison d’essais non-réglementaires à des doses non maîtrisées... A partir de 89, il est possible que ce soit arrivé sur les courses pro mais en effet sans l’effet escompté. Par contre en 1990, on peut soupçonner Bugno et Chiappucci notamment. Pour ce qui est de l’affaire PDM en 1991, certains coureurs ont reconnu des années après que c’était dû à l’EPO ; mais comme tu l’as dis, j’en parlerai dans mon prochain article.
Breukink avait avoué que c’était un mensonge de l’équipe, que tout le monde était dopé. Mais je ne me souviens pas qu’il ait parlé d’EPO.
Non, Breukink avait en effet dit avoir été obligé de mentir mais on sait (du moins on suppose) que c’est de l’EPO car les efftes secondaires ressentis étaient ceux de l’EPO.
C’est une info que je dois vérifier mais je pense que ça fait partie des aveux récents de Steven Rooks sur le dopage à l’EPO chez PDM.
Excellent article. J’ignorais le scénario de ce tour.
Il est clair que l’EPO a modifié l’approche du dopage, la où avant on se "chargeait" comme des mules avec tous sortes de produit, la décénie 90 marque l’arrivée du dopage professionnel. Les médecins suivent les coureurs et établissent des programme de dopage très pointilleux. Néanmoins le premier a avoir eu cette approche fut le sprinter américain (100 et 200m j’entends) Ben Johson qui avait préparé dès 84 un plan sur 4 ans pour battre son ennemie Carl Lewis. Mais les stéroïdes de l’époque était détectable.
Maintenant les grandes équipes de vélo sont en accord avec des firmes pharmaceutiques, et joue essentiellement sur les failles juridiques au niveau médicale. Le discours est toujours le même : "Notre coureur a un taux d’hématocrites trop élevé à causé par des médicaments contre le rhume des foins (contracté hier) qui associé à son asthme et des produits ralentissant la calvitie précoce à contribué à une valeur au dessus des seuil. Mais il y a une ordonnance qui prouve ça...évidemment".
Un chiffre que j’ai entendu : plus de 60% des athlètes de haut niveau sont déclaré asthmatique...
Effectivement c’était une autre époque, je me souviens de ce tour, j’étais pour Lemond donc content. Et en 91, j’avais été très déçu par la victoire de Miguel, et je me souviens aussi de l’épisode des PDM, beaucoup trouvaient quand même ça très louche.
A mon avis si Indurain avait été le leader de la Banesto en 1990 au lieu d’avoir travaillé pour Delgado, il aurait eu des grandes chances de remporter ce "dernier" Tour.
Par égard envers Perico Delgado, Indurain a toujours déclaré qu’il n’aurait pas gagné en 1990, qu’il n’aurait pas mieux supporté la pression du leader que Delgado.
Sinon, un médecin sportif très réputé donnait à l’époque son avis à propos de l’affaire PDM :
Difficile de dire car dans l’étape de l’Alpe d’Huez, il perd plus de 10 minutes. Certes, il avait bcp travaillé pour Delgado mais ce jour-là, Claveyrolat avait également fourni bcp d’efforts en solitaire et il fit néanmoins une ascension finale bien meilleure. On ne peut donc pas ignorer la possibilité qu’il ait eu un jour sans.
Quant à l’arrivée à Luz Ardiden, s’il avait été le leader de la Banesto, il n’aurait pas pu rester dans la roue de l’américain... Bref, difficile de dire car les circonstances de courses auraient été différentes
Voici la vidéo de l’étape de L’Alpe 90.
http://www.youtube.com/watch?v...
2h de vidéo. Royal mais en espagnol, une langue qui se comprend très bien, cependant, avec la pratique (parler, c’est autre chose)
Et de 2 : Luz Ardiden 90 dès le Col d’Aspin !!!!!!
http://www.youtube.com/watch?v...
Vous allez rien rater du coup !!
C’est à partir de La Mongie où ça devient très intéressant. Greg a gagné au loto mais comme on dit 100% des gagnants ont tenté leur chance. Et Dieu sait s’il a su la saisir.
L’Alpe et Luz Ardiden, je les ai toutes les deux sur cd en français (france 2 avec les commentaires de Robert Chapatte et Patrick Chêne...).
J’ai vraiment bien aimé celle de Luz Ardiden car on ne peut pas dire dans cette étape que Lemond manque de panache, il est allé chercher sa 3ème victoire sur le Tour ce jour-là. Chiappucci a beau crié qu’il doit remercier ses équipiers, dans la montée finale l’américain est parti la chercher tout seul, cette victoire.
Au sommet de l’Alpe d’Huez, si il ne manque pas de tomber dans le dernier virage, je pense qu’il gagne et alors on n’aurait jamais dit que c’était un des rares vainqueurs sans victoire d’étape...

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