Les flux RSS de L'Equipe.fr
le 6/04/2010

Greg LEMOND, 23/07/1989 VS Lance ARMSTRONG, 21/07/2000


La comparaison qui tue le cyclisme

Imprimer Ecrire un commentaire

Dimanche 23 juillet 1989: CLM Versailles - Paris(24,5 kms)

En ce matin de juillet 89, les passionnés du tour se disent que la dernière étape qui partira de Versailles dans quelques heures ne devrait pas trop réserver de surprises... Bien que certains veulent croire à un nième retournement de situation; pourquoi pas, après tout... Il faut dire qu’avec ce qu’ils ont vécu durant ces 20 jours de course, les (télé)spectateurs ont eu leur lot d’émotions!

Au départ du prologue, 3 semaines plus tôt, 3 hommes sont sous le feu des projecteurs:

-Pedro Delgado, vainqueur sortant qui traîne encore derrière lui l’affaire de dopage qui faillit lui coûter la victoire 1 an plus tôt (contrôlé positif au probénécide, produit masquant mais ne figurant pas encore sur la liste des produits interdits de l’UCI, d’où le non-lieu qui le sauva), est en forme après avoir remporté aisément la Vuelta.

--Laurent Fignon, double vainqueur en 83 et 84, refait surface après une traversée du désert de 5 ans due aux blessures. Vainqueur cette année de Milan - San Remo et du Giro, il fait figure de grand favori avec le grimpeur espagnol.

--Greg Lemond... Parti de rien, revenu de nulle part, l’américain est un véritable miraculé. Après avoir remporté le Tour en 86, il est victime d’un terrible accident de chasse en avril 87. Par erreur, son beau frère le tire comme un lapin à la chevrotine et Lemond passe à deux doigts de la mort. De la 100aine de plombs ayant pénétré son corps, et notamment plusieurs organes vitaux, une 40aine s’y trouvent toujours, faute d’avoir pu en être retirés. Remonté sur un vélo 1 an plus tard, il est fantomatique durant la saison 88 et atterrit dans la petite équipe belge ADR en 89. A la ramasse durant la première partie de la saison, il commence à retrouver des sensations lors du Giro remporté par Fignon et notamment lors du dernier CLM qu’il termine à une encourageante 2ème place. Il arrive sur le tour avec un nouvel espoir mais reste totalement dans l’inconnu, surtout pour les spécialistes: il s’est retrouvé dans les chronos, mais pourra-t-il passer la montagne? Rien n’est moins sûr à leurs yeux.

C’est empreints de ces doutes et de ces certitudes que les spécialistes et les passionnés assistent au départ de cette grande boucle 89 sans savoir le cours incroyable qu’elle va prendre et ce... dès le début! Du retard au départ du prologue de Delgado, absolument rocambolesque, qui lui fait perdre plus de 3 minutes et le tour, en passant par la victoire de Lemond dans le premier CLM, marquant son retour, puis de l’incroyable mano à mano qu’il se livre avec Fignon durant les 3 semaines de course. Le maillot jaune passera de l’un à l’autre à 5 reprises, Lemond se montrant supérieur dans les chronos mais devant s’arracher en montagne, avec une énergie et une volonté incroyable, pour résister aux assauts d’un Fignon plus à l’aise dans les cols.

La bataille qu’ils se livrent génère, sans que personne ne le sache à l’époque, des émotions véritables qui ne seront plus jamais vécues par la suite. Le cyclisme d’antan, fait d’exploits et de bravoure, vit son chant du cygne, magnifique, et va se terminer en apothéose.

Ce dimanche 23/07/1989 donc, Laurent Fignon possède 50 secondes d’avance sur Greg Lemond au général avant la dernière étape. Une fois n’est pas coutume, les organisateurs ont décidé de ne pas terminer par un sprint sur les Champs-Elysées mais bien par un CLM le dernier jour de course, espérant ainsi maintenir le suspense jusqu’à l’arrivée à Paris. Ils ne vont pas être déçus!

Et pourtant, peu croient à un nième retournement de situation. Les deux protagonistes sont fatigués après les 3 semaines incroyables qu’ils viennent de vivre et puis ce CLM, censé conserver le suspense, ne fait jamais que 24,5 kms. Beaucoup trop peu pour reprendre 50 secondes, d’autant plus que le parcours est complètement plat hormis la montée des Champs...

Mais voilà, il était écrit que ce tour serait exceptionnel jusqu’au bout...

Ce dimanche matin donc, Greg Lemond est face à son destin. Il a déjà réussi son tour, ayant remporté deux étapes et se classant 2ème du général, inespéré pour lui 2 mois plus tôt. Mais l’américain est un gagneur, et il veut plus... Alors il y croit. Pourquoi pas, après tout? Il n’a que 50 secondes à combler et il est clairement supérieur à Fignon dans cet exercice.

De son côté, le français souffre en silence. Depuis deux jours, il est victime d’une inflammation à la fesse. Il a du mal à tenir sur sa selle mais ne l’ébruite pas afin de ne pas donner confiance à Lemond. Néanmoins, il ne veut pas penser à l’impensable... Le tour est bien pour lui, il va entrer dans la légende en remportant l’épreuve pour la troisième fois...

En cette chaude apm de juillet, alors qu’une bonne partie des coureurs se sont déjà élancés, Robert Chapatte, célèbre commentateur de France 2, déclare à l’antenne que pour lui, Fignon a 9 chances sur 10 de l’emporter car seul un ennui technique ou une chute pourrait inverser la tendance.... Quelques minutes plus tard, Greg Lemond apparaît sur la ligne de départ: casque profilé, roue lenticulaire et... guidon de triathlète. Celui-ci lui a été autorisé depuis le début de l’épreuve et donc, il ne se fait pas prier. Lorsqu’il s’élance, on est tout de suite impressionné par sa concentration et sa détermination. Il donne tout, absolument tout; sur 24 kms, pas besoin de calculer, on y va à fond avec sa classe, son caractère, et puis on verra. Lemond, parfaitement placé sur son vélo, est incroyable de puissance, sa grande force. Il emploie un braquet monstrueux qui lui permet de parcourir, à chaque tour de pédale, plus de 9m.

Derrière lui, c’est au français de se présenter sur la ligne, en dernier. Et au premier coup d’oeil, la différence est frappante. Sans casque ni guidon, le maillot jaune à l’air d’un touriste avec sa queue de cheval qui lui tombe dans le dos; dès qu’il s’élance, le contraste est étonnant et... fait peur à ses supporters. Fignon paraît en effet beaucoup plus emprunté sur son vélo: un peu désaxé, le buste trop relevé, il tire moins gros et... roule moins vite, beaucoup moins vite que Lemond.

Après seulement 11 kms, l’américain lui a déjà repris 21 secondes! Les commentateurs commencent à s’interroger franchement et, pour les passionnés, ce sont les frissons qui commencent à apparaître.

On dirait que Lemond joue sa vie sur ce CLM, il y met toutes ses forces, s’arrache littéralement et c’est impressionnant à côté d’un Fignon qui, quoique réalisant un bon chrono, perd 2 secondes au kilomètre. Inévitablement, l’espoir change de camp: Greg le miraculé croit de plus en plus à l’exploit légendaire qui lui tend les bras tandis que Laurent le favori voit son moral décliner malgré la dissimulation des écarts réels par son directeur sportif.

A 3 kms de l’arrivée, au moment d’aborder la montée des Champs-Elysées, le maillot jaune du français ne tient plus qu’à 5 secondes; il s’agit d’un simple faux plat certes, mais pour Lemond qui brûle toutes ses forces sans réfléchir depuis le départ, c’est un supplice. Il a dur Greg, se bat littéralement sur le vélo mais ne fléchit pas... au contraire d’un Fignon pour qui cette montée est la goutte d’eau de trop et qui craque complètement.

Dans le dernier virage face à l’Arc de Triomphe, l’américain endosse virtuellement le maillot jaune avant de descendre dans l’autres sens la plus belle avenue du monde à toute vitesse et de finir héroïquement l’étape au sprint, vidé.

Dans une attente insoutenable, au milieu de la foule regardant les secondes s’égrener, Greg scrute alors l’arrivée de son adversaire qui, malgré un effort désespéré dans la dernière ligne droite, perd officiellement le tour alors qu’il lui reste 80 mètres à parcourir.

Un cri de joie, inoubliable, se fait entendre depuis l’air d’arrivée alors qu’un peu plus loin, un coureur s’écroule, totalement anéanti: il vient de perdre la plus grande course du monde pour... 8 secondes.

Un drame épique se vit alors, faisant honneur au tour, à ses forçats de la route, à leurs exploits hors normes depuis le début du siècle. Le dernier vrai moment d’émotion de cette compétition: 8 secondes pour l’éternité...

Mais revenons quelque peu sur la performance de Lemond ce jour-là, d’un point de vue «technique».

L’américain a parcouru les 24,5 kms menant de Versailles à Paris à une vitesse moyenne vertigineuse de 54,4 km/h. Une moyenne telle que cette étape resta, durant de longues années, la plus rapide de l’histoire du tour. Ce qui fit dire aux détracteurs que Lemond devait être «chargé à mort» pour rouler à une telle vitesse.

Pourtant, différents paramètres sont à détailler pour bien comprendre la valeur de cette performance:

Tout d’abord, la longueur du parcours (24,5 kms, exceptionnellement court pour un CLM) et sa difficulté (quasi nulle hormis la montée des Champs, avec vent dans le dos durant la majeure partie de l’étape dont le dénivelé total était négatif). Pour un professionnel, un CLM aussi «facile» s’apparente à un long prologue et il suffit alors de donner tout ce qu’on a sans trop gérer. C’est ce qu’a fait Lemond comme le prouve d’ailleurs ses trois derniers kilomètres difficiles et son arrivée sur la ligne où il paraissait exténué. Il va sans dire que si l’américain avait du parcourir le double de cette distance après avoir roulé les 25 premiers kms de cette manière, il aurait complètement explosé puisqu’il avait dépensé toute son énergie.

Ensuite, l’état d’esprit: Lemond jouait la victoire finale dans la course de ces rêves ce jour-là, dans un contexte qui plus est particulier et empreint de revanche sur le sort qui s’était acharné sur lui. 2 mois plus tôt, on le disait fini pour le cyclisme, lui le grand espoir qui avait magistralement remporté l’édition 86 malgré la pression mise par Hinault et son entourage.

Il s’est accroché à cet exploit, comme il s’était accroché à la vie deux ans plus tôt.

Avec un tel état d’esprit, une telle envie, nul doute qu’il s’est littéralement surpassé cet apm-là.

Conclusion: Cet exploit est clairement ENORME mais je pense sincèrement qu’il n’est pas surréaliste de penser que ce soit possible pour un homme surdoué dans un domaine qui est devenu son métier et toute sa vie.

Samedi 21/07/2000: CLM Fribourg - Mulhouse(58,5 kms)

Juillet 2000: 11 ans plus tard, le cyclisme a bien changé; le tour aussi a perdu de sa superbe, de son authenticité, de sa crédibilité... Beaucoup de choses se sont passées en 1 décennieavec tout d’abord le règne d’Indurain (avec lui Chiapucci, Bugno, Rominger, Riis, les Gewiss de Ferrari, les Festina de Virenque) directement lié aux années EPO. Avec ce produit miracle, le cyclisme n’est plus, les labos pharmaceutiques ont pris le dessus sur les qualités intrinsèques des coureurs. Avant, le dopage était dérisoire et les exploits énormes. Dans ses années 90-2000, les exploits sont devenus dérisoires à côté d’un dopage qui lui, est devenu énorme.

D’abord ignoré du grand public qui croit au CLM stratosphérique d’Indurain au Luxembourg (1992), à la chevauchée fantastique de Chiapucci vers Sestrières (1992), à l’émergence aussi soudaine que fulgurante de coureurs trentenaires comme Rominger, Ugrumov, Jaskula (1993-1994), au cirque de Bjarne Riis dans la montée vers Hautacam sur le «grand plateau» (1996), à l’équipe festina qui gravit les cols avec ses 9 coureurs en tête (1997); l’EPO éclate au grand jour en 1998. L’hypocrisie s’offre alors une place de choix dans le paysage cycliste et l’année suivante, on assiste soi-disant au «tour du renouveau».... Avec, comme fer de «lance», un texan nommé «Lance». Ah il a une belle histoire, lui: cancer des testicules détecté en 96, métastases au cerveau, il devait mourir... Mais il s’en sort, plus fort que la maladie, pour une histoire encore plus belle que les plombs de Greg Lemond. Surtout que l’ami Lance, il ne revient pas pour atteindre un niveau similaire au passé, non, lui il revient 3X plus fort! Businessman avéré, ce cher Armstrong fait définitivement basculer le vélo dans le cinéma hollywoodien.

C’est dans ce contexte que nous nous retrouvons, ce samedi 21/07/2000 pour le dernier CLM précédent l’arrivée au sprint sur les Champs-Elysées. Le tour, cette fois, n’a pas connu de retournement de situation incroyable, ni d’événement rocambolesque; non, c’est la routine, celle que Lance a installée il y a de ça 1 an lorsque, à la surprise générale, il écrase le tour 1999, le tour du renouveau...

Depuis le départ 3 semaines plus tôt, Lance gère, paisiblement, sans «transpirer». Il a ridiculisé Ullrich et Zulle dans les Pyrénées, fait joujou avec Pantani dans le Ventoux, et poussé le bouchon jusqu’à simuler une défaillance dans le col de Joux-Plane lorsque Heras est parti avec Virenque: du pur cinéma, tout en contrôle. Et ce n’est pas les emballages d’Actovegin (extraits de sang de veau) retrouvés par des journalistes dans les poubelles de l’US Postal qui vont le faire trembler, pensez donc! Lance maîtrise tout: son image auprès des médias, son tour de France, son business autour du cyclisme et du cancer.

Ce samedi apm donc, le tour est joué depuis longtemps, il n’y a absolument plus aucun suspense pour la victoire finale: Ullrich s’est mal préparé et n’a pas les bons produits, Pantani est déjà au bord de la dépression et a abandonné, Zulle est à l’ouest et Beloki est trop court.

Aucun enjeu pour ce dernier chrono, si ce n’est la victoire d’étape. Il n’y a donc aucune raison que Lance se surpasse plus que de coutume... Et en effet, Lance nous fait un chrono tranquille, sans donner l’impression de souffrir, et arrive frais comme un gardon sur la ligne d’arrivée. A ce moment, par «curiosité», on prête attention au temps réalisé; et là, il y a de quoi être envahi par la stupeur: notre ami Lance, tout en décontraction, a parcouru les 58,5 kms du CLM à la vitesse moyenne de... 54 km/h!

Stupeur pourquoi? Car aussi ahurissant que cela puisse paraître, il a roulé seulement 0,4 km/h moins vite que Greg Lemond sur un parcours faisant plus du double que celui de 89 (34 kms de plus) et à l’issue duquel, il était autrement plus frais que Lemond!

Constatations

Le contraste est saisissant à un tel point qu’il est pour moi la preuve ultime (s’il en fallait encore une) de la mort de ce sport (au niveau professionnel s’entend), devenu un simple spectacle sans âme.

Cette comparaison a qui plus est une haute valeur symbolique pour moi. En effet, ce 23/07/1989 est le jour où j’ai découvert le cyclisme et ce fût donc le départ d’une certaine passion pour ce «sport» et pour le Tour en particulier.

Quand je revois ces images, que j’ai sur DVD, elles font partie de ces quelques moments de sport magique qui me donnent littéralement des frissons.

A l’inverse, ce 21/07/2000 fait partie d’une époque où les émotions ont disparu dans un cyclisme transformé par le règne monotone d’un Indurain «robotisé» par le Docteur Padilla et achevé par l’avènement d’un «mutant» nommé Lance Armstrong.

Pour approfondir ces constatations, comparons les qualités et les performances des deux hommes:

Greg Lemond était un coureur au physique exceptionnel, dont les paramètres physiologiques le prédisposaient à être au-dessus des autres dans les sports d’endurance.

En effet, sa VO2 Max (= volume maximal d’oxygène qu’une personne peut consommer par unité de temps lors d’un exercice dynamique = un excellent indicateur de la performance potentielle dans une épreuve d’endurance) lorsqu’il était dans le peloton s’élevait à 93 ml/min/kg. Une valeur exceptionnellement haute comme l’était celle d’un coureur comme Hinault, lui aussi bâti pour réaliser des exploits.

Par contre, Lance Armstrong a lui une VO2 max autour de 80 ml/min/kg; ce qui est très élevé par rapport à un homme normal mais pour un cycliste professionnel, c’est «bon». Ce qui signifie que Lance est physiologiquement bâti pour être un bon coureur mais pas pour être un champion exceptionnel.

D’ailleurs, ce paramètre se calcule en général par des tests en dehors des compétitions et les performances d’Armstrong dans le tour ne correspondent pas à une VO2 Max aussi basse... Or, bien que ce ne soit pas le seul paramètre impliqué, augmenter cette valeur est indispensable pour aller plus vite sur un vélo. Ce qui signifie que celle d’Armstrong est capable de varier de façon remarquable au moment du Tour. Est-ce possible? Naturellement non, mais il y a une solution: le dopage sanguin.

Lors du Tour 2009, Greg Lemond a rédigé un article dans le journal «Le Monde» concernant la performance de Contador lors de la montée d’un col final d’une des étapes (montée de Verbier). En se basant sur les calculs effectués par A. Vayer (Professeur d’EPS) et F. Portoleau (Ingénieur en développement de logiciel), il en a déduit que Contador devait avoir une VO2 Max de 99,5 ml/min/kg; ce qui, aux yeux des experts du domaine, est tout simplement impossible pour un être humain.

C’est pourquoi Lemond a, via les médias, invité Contador à dévoiler publiquement sa réelle référence en matière de VO2 max. Si Contador n’était pas chargé et qu’il n’avait rien à se reprocher, sa VO2 Max hors compétition serait effectivement de 99,5 (ce qui en ferait le premier être humain à atteindre un tel palier de performance) et par conséquent il serait en quelque sorte «lavé» de tout soupçon. Bien entendu, le grimpeur espagnol a esquivé la requête par une pirouette....

Un autre indicateur, criant de vérité, sont les watts développés par un coureur. A savoir la puissance qu’il dégage pour effectuer un effort. Des experts ont ainsi établi, en fonction de leur chrono, leur poids et de la difficulté de la pente (mais également d’autres paramètres comme le vent, la température, l’état de la route), la puissance développée par les coureurs lors de l’ascension d’un col.

Afin de pouvoir effectuer une comparaison plausible, ils ont recalculé les puissances de plusieurs coureurs en fonction d’un poids (coureur + vélo) identique (appelé «coureur étalon») et ont comparé les grandes étapes de montagne de ces 20 dernières années courues dans des conditions similaires (ascension du dernier col d’une étape de montagne en comptant plusieurs, montée de plus de 30 minutes).

Ils en ont conclu, en comparant ces puissances à d’autres activités physiques (sportives ou non), que développer une puissance supérieure à 400 watts dans de telles conditions n’était pas possible «naturellement». En fait, ils disent grosso modo ceci:

-360/370 watts: moyenne possible pour un coureur pro

--380/395 watts: plausible pour un très grand champion

--400 watts: dernier palier pour lequel on peut avoir un doute...

--410 watts: dopage avéré

--420/430 watts: dopage «miraculeux»

--440 watts et plus: dopage «mutant»

Maintenant, forts de ces infos, jetons un œil aux résultats et remarquons le fossé entre les années 80 et les années 90/2000... Sans commentaire.

Avoriaz 1985à Herrera, Hinault 375 w
Superbagnères 1986
à Lemond 380 w
Alpe d’Huez 1987
à Herrera 395 w

Alpe d’Huez 1989 à Fignon, Delgado 390 w

Luz-Ardiden 1990à Lemond 390 w

Saint Lary 1993, à Indurain, Jaskula, Rominger 430 w
Val Thorens 1994,
à Pantani 437 w
Alpe d’Huez 1995,
à Pantani 460 w
La Plagne 1995,
à Indurain 448 w
Arcalis 1997,à Ullrich 474 w
Les 2 Alpes 1998,
à Pantani 450 w

Hautacam 2000à Armstrong 449 w
Alpe d’Huez 2001
à Armstrong 442 w
Luz-Ardiden 2003
à Armstrong 442 w
Courchevel 2005
à Valverde, Armstrong 449 w

Pour terminer, je reviendrai rapidement sur la carrière des deux américains:

Greg Lemond montra d’énormes capacités dès le début de sa carrière et ses résultats au tour de France parlent d’eux-mêmes:

1984 (23 ans): 3ème à 11’46’’ de L. Fignon

1985 (24 ans): 2ème à 1’42’’ de B. Hinault

1986 (25 ans): 1er

1989 (28 ans): 1er

1990 (29 ans): 1er

----------------------------------------------------------> Début de l’EPO sur le Tour

1991 (30 ans): 7ème à 13’13’’ de M.Indurain

1992 (31 ans): abandon

1994 (33 ans): abandon

Suite à son accident de chasse qui faillit lui coûter la vie, il lui fallu deux ans pour revenir au premier plan et encore, ce ne fut jamais plus pareil. En effet, il ne récupéra jamais les mêmes capacités en montagne et, bien qu’ayant retrouvé un excellent niveau, ne fut plus jamais aussi à l’aise dans les cols qu’en 1985 et 1986.

Par ailleurs, Greg était un spécialiste du CLM et ses performances furent linéaires durant toute sa carrière.

Lance Armstrong était un coureur prometteur lorsqu’il débuta chez les pros. Il fut d’ailleurs titré Champion du monde sur route à Oslo en 1993. Par la suite et jusqu’à sa maladie en 1996, il se comporta comme un très bon coureur sur les courses d’un jour (remportant la flèche wallonne et finissant 2ème de LBL en 1996) mais clairement limité sur les grands tours tant en montagne qu’en CLM.

1993 (22 ans): abandon 12ème étape

1994 (23 ans): abandon 15ème étape

1995 (24 ans): 36ème à 1h28’ de M.Indurain

1996 (25 ans): abandon 6ème étape

--------------------------------------------------------> 2ème carrière

1999 (28 ans): 1er

2000 (29 ans): 1er

2001 (30 ans): 1er
2002 (31 ans): 1er

2003 (32 ans): 1er

2004 (33 ans): 1er

2005 (34 ans): 1er

2009 (38 ans): 3ème

Moins de deux après avoir subi une opération au cerveau, il revient déjà plus fort qu’avant en finissant 4ème de la Vuelta 1998. La suite, on la connaît: 7 tours consécutifs à un niveau sans comparaison possible avec celui qui était le sien avant sa maladie: une facilité hallucinante en montagne et dans les CLM là où il péchait tant auparavant, n’étant alors qu’un simple puncheur.

Au vu de ces données très «chiffrées», je pense pouvoir dire en conclusion de cet article qu’il apparaît clairement à quel point la mise en parallèle de ces deux CLM est hautement symbolique. En effet, plus qu’un affrontement entre deux américains, plus qu’un choc entre deux générations, il s’agit d’un face à face entre deux cyclismes: l’un regretté, l’autre regrettable...tout simplement.

par Ditch
bulle_commentaire.jpg Les derniers commentaires

par idy

le 6 avril 2010 à 11H30

Greg LEMOND, 23/07/1989 VS Lance ARMSTRONG, 21/07/2000

n’est ce pas Fignon qui avouait à demi-mot s’être dopé quand son Cancer vu découvert, donc qu’il utilise de l’EPO ou autre chose tricher c’est tricher, sinon on redonne son titre à Landis (testostérone).

T’es tombé amour du cyclisme grâce à Lemond bien pour toi, moi c’est grâce à Lance est son côté I am the Best. Après si Lance était/est dopé cela ne me dérange pas plus que cela car si lui il l’est, les autres le sont donc tout le monde reste à égalité.

Pour le VoxMax machin, si Lance, Contador et les autres "EPOman" l’ont élévé je sais pas pourquoi ? mais je me demande comment Hinault, Merckx et les autres faisaient pour être au top toutes l’année, ils avaient jamais de jour sans pire que le robot Lance qui était programmé que pour trois semaines eux c’étaient des Supers Sayien opérationnels pendant toute la saison et surtout gagnant pendant toute la saison

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par AxelBorg

le 6 avril 2010 à 11H48

Greg LEMOND, 23/07/1989 VS Lance ARMSTRONG, 21/07/2000

LeMond était intrinsèquement meilleur que Lance Armstrong, c’est une évidence.

La performance d’Armstrong dans ce CLM de Mulhouse est inhumaine. Presque 54 km/h de moyenne sur 58 km, c’est énorme.

Entre Versailles et paris en 1989, LeMond avait pourtant réussi un exploit colossal, à 54 km/h de moyenne lui aussi, mais sur 24 km.

Lire le livre d’Antoine Vayer et Frédéric Portoleau pour se convaincre de la progression stupéfiante d’Indurain, Ullrich, Pantani, Riis et Armstrong geâce à l’EPO.

LeMond était un des rares coureurs propres. Merckx ou Hinault se sont dopés, mais cela restait du dopage occasionnel, amateur.

Armstrong et Ullrich ont introduit la notion de dopage scientifique dans le cyclisme pro.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par AxelBorg

le 6 avril 2010 à 12H03

Greg LEMOND, 23/07/1989 VS Lance ARMSTRONG, 21/07/2000

Par contre, si la perf d’Armstrong est suspecte, tu te trompes lourdement sur ses motivations.

Malgré les 6 minutes d’avance au général, Lance Armstrong voulait finir le Tour 2000 avec une victoire d’étape, il tenait à battre Ullrich qui courait près de la frontière allemande, et il tenait de plus à ce duel face au coureur allemand, champion du monde du CLM, pour prouver qu’il était meilleur rouleur que lui (ce qui n’est pas le cas), un peu comme il avait voulu montrer qu’il était meilleur grimpeur que Marco Pantani.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par LANCE

le 6 avril 2010 à 13H16

Greg LEMOND, 23/07/1989 VS Lance ARMSTRONG, 21/07/2000

C’est marrant que vous soyez tous convaincus que Lemond était propre. Je veux bien croire qu’il ne prenait pas d’EPO mais pour ma part je pense qu’il tournait à l’hormone de croissance parce qu’il avait développé une mâchoire proéminente à la fin de sa carrière qu’il n’avait pas avant. D’ailleurs je l’imagine pas aussi éloigné d’Armstrong que ça, un accident de chasse puis nouvelle dope pour Greg, et le cancer pour Lance... (je sais j’ai pas de preuves mais bon)

Pourtant moi aussi j’étais fan à l’époque, il était sympa le Greg.

Quant aux calculs de VO2 max, je crois pas que ça suffise à tout expliquer, il y a aussi la résistance à l’acide lactique, et bien d’autres paramètres physiologiques que connaissent les spécialistes. Par exemple je me souviens avoir entendu Bernard Faure parler d’un nouveau paramètre plus pertinent que la VO2 max quand il commentait un marathon...

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par Ditch

le 6 avril 2010 à 17H20

Greg LEMOND, 23/07/1989 VS Lance ARMSTRONG, 21/07/2000

@ Idy : L’adage « tout le monde se dope donc les meilleurs restent les meilleurs » est totalement faux. Tous les coureurs n’ont pas accès aux mêmes produits et ces produits n’agissent pas du tout de la même manière sur les différents organismes.

Je n’ai jamais dit que les coureurs ne se dopaient pas avant 1991, loin de là ! Mais le dopage de l’époque, bcp moins performant, ne transformait pas les coureurs et les différences de qualités intrinsèques entre ceux-ci pouvaient encore s’exprimer. Là où les coureurs pouvaient gagner 5-6 % de performance avant l’arrivée de l’EPO, ce gain est passé facilement à 30 % pour certains avec le dopage sanguin ! La preuve ? Compare les performances entre les années 70 et 80 et tu verras que les améliorations sont explicables par le matériel etc... Compare ensuite les performances entre les années 80 et 90 et tu verras que le fossé énorme entre les deux n’est absolument pas normal.

Avec une telle augmentation « artificielle » des performances, les qualités intrinsèques d’un coureur ne veulent plus rien dire. Le but de mon article n’est donc pas de dire qu’on ne se dopait pas avant 91 mais bien qu’il y a eu une cassure irréversible à cette époque, qui a tué ce qu’il restait d’un sport déjà atteint par le dopage pour entrer dans une ère de pur spectacle.

Si les grands coureurs, dans le passé, faisaient toute la saison, c’est parce qu’ils étaient plus forts. Avec le dopage sanguin, tout est nivelé vers le haut, les écarts se resserrent quand la hiérarchie est n’est pas complètement bouleversée. Comment expliques-tu que seuls 9 coureurs grimpent l’Alpe d’Huez sous les 45 min en 1989 et qu’ils sont plus de 50 sous ce temps quelques années plus tard ? Plus de concurrence au sommet due au dopage, donc pour gagner il faut être hyper « préparé » et l’être mieux que tous les autres au bon moment : impossible de faire cela toute l’année.

@ Axel Borg : C’est tout à fait exact, mais je pense qu’on se sort tout de même plus les tripes dans la situation de Lemond 89 que celle d’Armstrong 2000. Même si, je te l’accorde, il n’a sans doute pas couru ce CLM de manière « cool ».

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par Ditch

le 13 avril 2010 à 20H12

Greg LEMOND, 23/07/1989 VS Lance ARMSTRONG, 21/07/2000

En effet, la VO2 Max ne dit pas tout. Ce paramètre ne suffit de toute façon pas à déterminer les capacités d’un coureur : cela permet de savoir quelle est sa capacité à mettre à disposition de son organisme de l’O2 mais ensuite il faut correctement se sevir de cet O2 au niveau des muscles et alors d’autres paramètres entrent en compte. Néanmoins, bien qu’il ne soit pas exclusif, la VO2 max reste un indicateur intéressant permettant de savoir qui dispose d’un "gros moteur" à la base, sans parler d’apports externes...

D’autre part, je n’ai jamais dit que Lemond ne prenait rien ; même si j’aimerais le croire. Je pense en tout cas que ce qu’il pouvait prendre ne le "transformait" pas. Pour le reste, sa réputation joue en sa faveur : JP De Mondenard, qui a étudié des milliers de pages de données au sujet du dopage dit de lui qu’il est le seul vainqueur du tour de l’après-guerre pour lequel "il a un doute" concernant sa prise de produit dopant. Pourquoi ? Car il n’a rien trouvé sur lui : Lemond n’a jamais été contrôlé positif, n’a jamais été accusé, n’a jamais été suivi par un médecin louche, n’a jamais couru dans une équipe où un dopage organisé fut dénoncé. Ca ne veut pas dire qu’il était réellement "propre" bien sûr mais ça lui laisse le bénéfice du doute. Et, bien que je ne sois pas naïf, j’ai envie d’y croire un peu...

Pour son come back, ne pas oublier qu’il n’est pas revenu plus fort, mais plutôt plus limité. Il n’était d’ailleurs plus capable de se montrer toute la saison, ce qu’il faisait avant son accident.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus
Laisser un commentaire Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessus l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
Derniers Commentaires
L'auteur de L'Article
Ses derniers Articles