Cette saison, Bordeaux a été très souvent leader. Derrière, le podium change, change, change. Montpellier, Lyon, Marseille, Paris, Auxerre, Monaco, Nancy...Beaucoup d’équipes ont fréquenté les trois premières places de la Ligue 1. Lyon nous avait habitué à distancer très vite ses concurrents, telle la saison 2006-2007 durant laquelle les Rhodaniens avaient mis quatorze points au deuxième, Lille, après quinze journées. On peut se demander si ce resserrement, cette réduction de l’écart entre les favoris et les outsiders est un signe positif ou un signe négatif pour le niveau de la Ligue 1.

Quand on voit la performance de l’OL et de l’OM face à Rennes et Lens, on aurait tendance à penser que le resserrement se fait par le bas. Lens, peu en vue depuis le début du championnat, a battu un Marseille fatigué. Rennes a tenu en échec un Lyon amorphe qui s’est quelque peu réveillé en fin de match mais n’a pas réussi à l’emporter sur une équipe bretonne pourtant décevante. Après un match nul ridicule à Grenoble, les Lyonnais continuent dans l’irrégularité. Les deux Olympiques ont fait preuve de beaucoup d’inconstance depuis le début de saison, avec le 5-5 symbole. Les deux équipes avaient été inconstantes dans le même match, d’une mi-temps à l’autre, de quart d’heure en quart d’heure. On est donc en droit de s’inquiéter quand on voit des équipes comme Auxerre, Valenciennes ou le promu Montpellier être en haut de l’affiche. Avec l’argument suivant: comment une équipe qui finit 15ème l’an passé, qui n’a pas changé radicalement d’effectif peut passer la vingtaine de points après quinze journées (quatorze jouées)? Pour Auxerre, la stabilité mise en place par Jean Fernandez est une réponse. Mais pour Valenciennes ou Montpellier, voire même Monaco qui ne gagne plus mais se maintient dans la première moitié? Le changement d’entraîneur a-t-il été le déclencheur? Sûrement pas pour Valenciennes, qui ne peut pas se targuer d’avoir un effectif conséquent malgré la bonne recrue Ben Khallfalah. Montpellier a effectué un recrutement intelligent, certes, mais pas au niveau des cadors de la Ligue 1. On suppose donc une baisse de niveau des "tops", Bordeaux, Lyon, Marseille, et, entre grandes parenthèses le Paris-SG. Seulement, ces suppositions ne se vérifient pas au niveau continental. Les trois représentants français ont rendu honneur au championnat français. Bordeaux et l’OL qualifiés après quatre journées, un OM qui a écrasé Zurich et qui fut dominateur à San Siro. Non, les tops n’ont pas régressé. Ou juste leur motivation pour la Ligue 1? Le président des Girondins Jean-Louis Triaud en parlait il y a peu. Le championnat ne doit pas être laissé de côté. Les Bordelais ont donc répondu à leur boss, en bons employés. 3-0 à Nancy, Pablo Correa a dû lâcher les noms d’oiseaux sur la pelouse de Marcel-Picot. Le champion en titre - on a du mal à le dire tellement Lyon nous avait assommé sept années durant - est le seul à rester satisfaisant sur le plan national. Après quatre défaites déjà, c’est vrai. Aujourd’hui, la moyenne du leader est de 2 points/match. Un champion à 76 points donc, faible total par rapport à ce que comptaient les Lyonnais et ou les Bordelais l’an dernier. Cela dit, il ne faut pas mettre de côté l’éventualité que sur la durée, les "petits" Auxerre, Valenciennes, Montpellier, Monaco ou l’impressionnant Lorient craquent à cause d’une insuffisance qualitative et quantitative de l’effectif.

Pour déterminer le bien de ce resserrement, il suffit de comparer les situations des différents championnats européens, avec l’Angleterre et l’Espagne notamment, nations qui fournissent les plus grands clubs depuis quatre ou cinq ans. En Angleterre, Chelsea distance déjà Liverpool, cinquième, de 13 points. Plus de trois fois l’écart en Bordeaux et Montpellier. Derrière, c’est aussi serré qu’en France, entre la 10ème et la 15ème, une zone qu’on pourrait appeler "ventre mou des mauvais". C’est pas beau, et c’est pas fait pour. En Espagne, cinq points entre le premier barcelonais et le cinquième, Valence. Ensuite, c’est le trou. Le dixième est déjà à quinze points, contre huit en France. La situation italienne est comparable à la situation espagnole, même si le Real suit encore le Barça alors que l’Inter s’est lui déjà envolé. On pourrait expliquer ces marges énormes tout simplement par l’écart de niveau des joueurs entre les gros et les petits, alors que cet écart n’est peut-être pas aussi large en France. Le plus intéressant, c’est la similarité entre les championnats français et allemand. Les écarts sont quasiment identiques, et les performances en Ligue des Champions depuis cinq ou six ans comparables. Aucune demi-finale récemment, des performances bien ternes en Europa League, ex-Coupe de l’UEFA, ex-C3. On peut aujourd’hui clairement classer les championnats entre eux. Mais pas tous dans leur "intérieur". En tête, Espagne et Angleterre. Ensuite, dans un mouchoir de poche, Italie, Allemagne et France (ces deux derniers étant vraiment très proches). Les clubs italiens nous surprennent encore quelques fois en C1 (le Milan AC surtout). Pas les allemands et français, à moins que cette année... Car encore une fois, les bons résultats français viennent remettre le doute. Avons-nous régressé? L’Italie et l’Allemagne ont-ils plus régressé que les autres? Ou encore, tout le monde aurait-il régressé, et nous un peu moins? C’est un peu la crise financière selon Christine Lagarde. Tout le monde s’enfonce dans des sables mouvants, on a encore le nez au-dessus. Sauf si, finalement, on en ressortait alors que les autres faisaient le chemin inverse. Ce serait bien. Enfin.