Descamps ou un destin en lettres Bafanas
Le rêve de tout footballeur Africain est de franchir la Méditerranée afin de jouer en Europe, le berceau du football mais aussi son moteur. Mais certains font sens inverse. Pour rentrer au pays la plupart, ou se relancer plus rarement. C’est le cas de Derek Descamps (à gauche sur la photo ci-dessous), un joueur Français qui a trouvé sa place au sein de l’Ajax Cape Town en Afrique du Sud. A 24 ans, il est devenu le pilier d’une équipe incontournable dans son pays. Avec déjà une finale à son actif et une 2e place en championnat, l’aventure ne pouvait mieux commencer! Formé au Milan AC et à Cannes, passé par l’Aris Salonique, le PAS Giannina et l’Espagne, Derek Descamps veut grandir dans son nouveau club. Il en prend le chemin et ne compte pas s’arrêter en route. Interview d’un défenseur dont on reparlera prochainement!
Son parcours
Sink: Bonjour Derek. Pour commencer cette interview, je voudrai parler de vos tout débuts en football. En effet, vous avez joué à partir de l’âge de 10 ans au Milan AC. Comment êtes-vous arrivés dans ce club? Etais-ce un choix de vos parents?
Derek Decamps: Bonjour, je suis arrivé au Milan AC car j’ai été repéré lors d’un tournoi en Italie. A l’époque je jouais dans un petit club de la ville d’Arese, banlieue de Milan où je vivais.Mes parents ont tout d’abord refusé car il y avait l’école avant tout. En effet les entrainements m’obligeaient à rater quelques cours. Sous l’insistance du Milan AC qui les a relancés une seconde fois, mes parents ont fini par accepter car je voulais vraiment faire partie de cette équipe.
S: Quels souvenirs en gardez-vous?
DD: J’en garde un très bon souvenir, c’était vraiment une fierté de jouer pour ce club et même en jeune on ressentait que c’était un grand club. J’ai d’ailleurs joué le premier Euro Benjamin au Parc des Princes où nous avons perdu en finale contre Nantes... Première grosse déception footballistique!!!
S: Vous partez du Milan AC à 13 ans (en 1998) etentrez à l’AS Cannes qui va vous former tout comme Zidane, Micoud ou Vieira entre autres. Et c’est là où vous faites vos débuts en équipe A, en National plus exactement. Vous souvenez-vous de ce match et si oui pouvez-vous nous en parler?
DD: J’ai intégré l’AS Cannes où j’ai fait ma formation. Je me souviens de ce match, mais pas contre qui c’était. Je ne garde pas de très bon souvenirs de cette période car le club ne faisait pas confiance aux jeunes. En 2003, à 18 ans je commence à intégrer le groupe pro pour les entrainements et quelques bancs en National, mais en Août une blessure aux ligaments croisés du genou m’éloigne des terrains pendant 6 mois. Retour difficile pour ce qui sera ma dernière saison à Cannes.
S: Quels autres souvenirs avez-vous de l’AS Cannes?
DD: Je me souviens du sport-étude et du centre de formation, de la bonne ambiance dans l’équipe et surtout cette insouciance sur le terrain. On avait un groupe fantastique. On jouait les phases finales du championnat de France chaque année. Vraiment de belles années.
S: Vous partez pour votre première aventure à l’étranger à 20 ans en 2005. Direction l’Aris Salonique après un match en équipe A de l’AS Cannes. Comment est venue l’opportunité d’aller jouer à Salonique?
DD: Mon CV s’est retrouvé là-bas et une opportunité de faire un essai s’est présentée. Essai concluant et donc direction Salonique...
S: Là-bas, vous jouez un match en coupe de l’UEFA contre l’AS Rome de Totti ou Mexès. L’apogée de votre carrière?
DD: En effet, je suis allé dans ce club qui jouait la coupe de l’UEFA et un tirage contre l’AS Rome. Je garde de superbes souvenirs de ce match au marquage de Dacourt. Je ne considère pas ce match comme l’apogée de ma carrière même si cela a été une expérience mémorable. La finale de Coupe d’Afrique du Sud disputée la semaine dernière est un autre évènement marquant à ce jour de ma carrière ((NDLR: interview réalisée le 31 octobre. L’Ajax Cape Town a perdu 6-0 (contre les Golden Arrows) en finale de MTN 8 qui est une coupe qui réunit les huit meilleurs clubs Sud-Africain).
S: En seconde division Grecque, votre club obtient la montée lors d’une saison où vous jouez 22 matches de championnat. Pensez-vous avoir appris là-bas?
DD: J’ai beaucoup appris et surtout vécu l’euphorie d’une montée. Aris Salonique fait en effet parti des plus grands clubs de Grèce et je ne pourrai jamais oublier des supporters aussi présents...
S: Eté 2006, vous changez à nouveau de club: direction Ioannina pour le PAS Giannina. Bon choix puisque votre carrière décolle avec 34 matches au compteur, toujours en seconde division Grecque. A ce moment-là, pensez-vous enfin vous imposer au plus haut niveau?
DD: Cette année là,je pars avec mon entraineur d’Aris pour Giannina où je joue 34 matchs dont 32 comme titulaire et une demi- finale de coupe de Grèce après avoir éliminé Olympiakos en quart de finale. Non je ne pense pas m’imposer au plus haut niveau car c’est un club de 2e division mais en ayant joué contre l’Olympiakos, l’AS Rome et des amicaux contre Fiorentina, West Ham et Espanyol Barcelone,j’ai réalisé que je peux gagner ma place dans un club de 1e division.
S: Puis à l’intersaison 2007, vous changez de club mais aussi de nation: direction l’Espagne. Comme bilan, qu’avez-vous tiré de votre expérience Grecque et qu’est-ce qui vous a marqué dans ce pays?
DD: En effet, je quitte avec regrets la Grèce suite à des non-versements de salaire et un procès FIFA avec mon ancien club au mois d’Août, ce qui ne me laissa pas beaucoup de temps pour trouver un nouveau club. Je garde de très bons souvenirs de la Grèce où j’y ai connu une autre culture, appris une nouvelle langue et vécu de bons moments.
S: Nous disions donc direction l’Espagne avec le Lorca Deportivo en 2e Division B Espagnole (NDLR: équivalent du National). Même question que pour la Grèce: comment est venue cette opportunité?
DD: C’était donc le mois d’Août, Lorca venait de descendre de 2°A en 2°B et recherchait un défenseur central. A la suite d’un essai et d’un match contre Almeria concluant, direction l’Espagne!!
S: Là-bas, vous jouez une vingtaine de matches et vous faites un nom dans cette division.
DD: Jusqu’en janvier tout se passait bien et j’ai même appris avoir été repéré par la réserve de Villareal mais une 2e partie de saison plus calme change la donne...
S: Vous ne restez qu’un an à Lorca et filez à l’AD Alcorcón. Qu’est-ce qui vous a poussé à changer de club?
DD: J’ai quitté Lorca suite à un remaniement administratif du club. Changement de propriétaire, d’entraineur et de joueurs.
S: On entend alors parler de vous puisque vous participez avec l’UNFP à un stage avec, entre autres, Samuel Allegro, Jacob Ba, Barel Mouko, Laurent Gagnier, Gérard Gnanhouan, Alexandre Hauw ou d’autres. Certains sont même internationaux. Avez-vous appris aux côtés de certains joueurs?
DD: J’ai appris surtout que l’on pouvait être international et se retrouver sans club!!Le foot reste un milieu difficile pour tous. On apprend toujours aux côtés d’autres joueurs.
S: Comment est l’ambiance au sein d’un stage UNFP? Chacun tire la couverture à soi ou évolue en collectif?
DD: L’ambiance était extra et des amitiés sont nées. Même si le but est de se faire repérer,le foot est un sport collectif et on ne peut pas jouer tout seul. Si les résultats ont été si bons (par exemple 4-1 contre Nice), c’est parce que la bonne entente régnait au sein du groupe.
S: C’est grâce à ce stage que vous êtes repéré par l’AD Alcorcón?
DD: Non pas du tout. Ce stage m’a surtout permis de me préparer physiquement et d’avoir de nouveaux contacts, entre autre avec le Japon où je devais partir mais une blessure la veille de mon départ, lors d’un match en Belgique en Août m’en a empêché. J’ai signé à Alcorcón grâce aux recommandations de mon ancien entraineur. Alcorcón a d’ailleurs battu le Real Madrid (avec Benzema) la semaine dernière en Coupe du Roi 4 à 0.
S: Là encore vous allez changer de club puisque vous ne restez que six mois. Direction Santa Eulalia en plein hiver 2009. Vous découvrez alors les îles Baléares et la lutte pour le maintien. Le club finit avant-dernier. Un changement de club en pleine saison, puis une relégation, cette saison sonne pour vous comme un échec?
DD: Oui, ce n’était pas une bonne saison surtout à Alcorcón car je n’ai pas vraiment eu ma chance de jouer c’est pour cela qu’il me fallait partir au mercato. L’entraineur de Santa Eulalia m’a appelé et m’a convaincu de rejoindre l’équipe malgré un mauvais classement. J’ai donc pris le risque car il fallait que je joue.
S: Et là, vous rebondissez cet été de fort belle manière. Un agent vous parle d’un club qui cherche un défenseur central, vous postulez, on vous appelle pour un essai... concluant! Vous voilà donc à l’Ajax Cape Town. Le fait que ce club soit surveillé par pas mal de clubs Européens a penché dans la balance à l’heure du choix?
DD: Oui bien sûr, ce fait-là a beaucoup pesé dans la balance ainsi que la Coupe du Monde. J’ai pris le risque de partir là-bas alors que j’étais sur le point de signer en Espagne!!!

Sa saison actuelle et son club
S: Après pas mal de changements de clubs, vous avez signé pour deux ans. Souhaitez-vous vous poser ou alors l’Ajax n’est qu’une étape?
DD: Oui je souhaite me poser un peu car les changements chaque année ne sont pas évidents même si je n’exclus pas un retour en Europe.
S: Vous êtes actuellement 2e à 2pts du leader Supersport United, après votre victoire 2-0 sur Moroka Swallows. Quel est l’objectif du club en championnat?
DD: L’objectif est de gagner le championnat!!!
S: De quel niveau, par rapport à la France, est le niveau du championnat Sud-Africain? Ligue 1, Ligue 2, National ou plus bas?
DD: Je pense que c’est du niveau Ligue 2.
S: Rêvez-vous de jouer un jour la Ligue des Champions Africaine avec votre club?
DD: Oui c’est sûr, cela doit être une bonne expérience.
S: Les stades sont-ils souvent pleins lors des matches de championnat?
DD: Les stades sont assez remplis lors des matches contre les grosses équipes (Kaizer Chiefs, Orlando Pirates, Mamelodi Sundowns, Celtic...). On peut compter entre 20 et 30000 supporters pour ces matches et une ambiance de folie car c’est la fête. Quoi qu’il arrive les supporters dansent et soufflent dans leurs trompettes typiquement africaines.
S: Comment sont vos supporters?
DD: Ils sont toujours joyeux et de bonne humeur. Même après une défaite, ils embrassent toujours le maillot!!!
S: Les joueurs internationaux étrangers ont été dérangés par les vuvuzela, ces petites trompettes Sud-Africaine lors de la coupe des Confédérations. Et vous, avez-vous la même réaction? Faut-il les interdire pour la coupe du Monde comme pense (l’espère?) la FIFA?
DD: Oui ça dérange car on ne s’entend pas sur le terrain, mais de là à les interdire... ça fait partie de la fête...
S: Quel est la plus grosse différence entre le football en Afrique du Sud et en France?
DD: La formation. Les joueurs en France ont un bagage tactique plus important. Le sport favori ici est le Rugby, le foot commence seulement à prendre de l’ampleur. Les joueurs ici sont rapides et très techniques, disons plus façon street-soccer avec beaucoup de feintes.
S: Qu’est-ce qui vous a marqué à l’Ajax Cap Town par rapport à vos anciens clubs?
DD: L’organisation du club, les infrastructures et le suivi médical sont excellents.
S: Quels joueurs trouvez-vous très talentueux dans l’effectif de votre club?
DD: Il y a beaucoup de jeunes avec un gros potentiel dans notre effectif.
S: Jouer en Afrique représente quoi pour vous?
DD: Rien de spécial. C’est du foot comme partout dans le monde.

Decamps et le football
S: Quel fut le meilleur match de votre carrière?
DD: Mon meilleur souvenir est le match contre l’AS Rome.
S: Avez-vous des idoles dans le football?
DD: Mon idole quand j’étais enfant était George Weah.
S: Si vous deviez comparer votre jeu à celui d’un joueur de renommée mondiale, lequel serait celui-ci?
DD: Laurent Blanc.
S: L’équipe qui vous plaît le plus actuellement?
DD: Barcelone.
S: Etes-vous supporter d’une équipe en particulier?
DD: Monaco depuis tout petit.
S: Suivez-vous encore le football Français?
DD: J’essaye.
S: Domenech, vous êtes adepte ou non?
DD: Pas vraiment...
S: Gourcuff, futur grand?
DD: Je lui souhaite même si c’est déjà un grand.
S: Si vous deviez choisir un club Français dans lequel jouer, lequel est-ce?
DD: Monaco car c’est mon équipe de cœur malgré un stade calme...
S: Vous reverra-t-on un jour jouer pour un club Français?
DD: L’avenir nous le dira. Peut-être si les impôts baissent!!!
S: Ma dernière interview fut celle de Gilles Mbang Ondo, joueur franco-Gabonais qui jouait à Grindavík en Première Division Islandaise. Depuis, il a été nommé meilleur attaquant du championnat, meilleur joueur et meilleur buteur de son club, et il a l’opportunité de partir vers un plus gros club au mercato hivernal. En imaginant que soudainement, mes interview portent chance, quel serait votre parcours idéal?
DD: Me faire repérer ici, et rentrer en Europe pour intégrer un club de 1e division en Espagne ou en Angleterre serait un rêve.
S: Ressentez-vous la grosse attente des Sud-Africains par rapport à la Coupe du Monde?
DD: Non, pas encore.

La vie en Afrique du Sud
S: Avez-vous déjà fait un safari depuis votre arrivée dans le pays?
DD: Oui, avec ma femme nous sommes partis sur la Garden Route et avons fait un safari de 2 jours. Mais nous aimerions aller au fameux Kruger Park.
S: Qu’avez-vous vu de plus magnifique ou de plus impressionnant en Afrique du Sud?
DD: Je suis rentré dans une cage avec trois tigres pour les caresser!!! Les paysages sont magnifiques.
S: Rêvez-vous de rencontrer Nelson Mandela?
DD: Non pas spécialement même si c’est un homme exceptionnel.
S: L’apartheid est-il vraiment refermé ou alors les mentalités évoluent certes, mais doucement?
DD: Je ne ressens pas de conflit entre blancs et noirs. Les mentalités ont évoluées même si cela peut encore choquer certains de voir un couple blanc et noir.
S: Quel fut la plus grosse difficulté de votre adaptation au pays?
DD: Je n’ai pas eu de problème d’adaptation, seulement une petite difficulté les premiers jours avec la conduite à gauche.
S: Quel est le plus populaire en Afrique du Sud: le football ou le rugby?
DD: Rugby sans hésiter.
S: Quelles choses vous ont étonnés chez les Sud-Africains?
DD: Leur gentillesse et bonne humeur.
S: Savez-vous dire quelque chose en Afrikaans?
DD: Pas grand-chose: «merci», «mer», «ferme la porte»... Je parle surtout Anglais.
S: Si un jour vous jouez la Ligue des Champions Africaine, vous seriez prêt à me mettre un de vos maillot de côté?
DD: Bien-sûr, pas de problèmes.
S: Quelque chose à dire pour clôturer l’interview?
DD: Je vous remercie pour cette interview ça me fait plaisir de partager mon aventure. J’espère que vous me porterez chance comme à Gilles!!!A bientôt
S: Je vous remercie de vos réponses et du temps que vous avez pris pour les donner. Merci à vous et bonne continuation.
Retrouver l’Europe fait partie de l’ambition de Derek Descamps. Mais peut-être notre continent (re)accueillera ce joueur auréolé d’un titre de champion chez les Bafanas, voir de quelques coupes aussi. C’est tout ce que l’on souhaite à Derek qui, n’en doutons pas, causera bien des soucis aux attaquants Sud-Africains.
Un parcours pas banal (ou si ?) !
Merci à l’auteur de nous le faire partager.
ERREUR dans le nom du joueur, est-il possible de faire une modification ?
Puisqu’apparamment il n’est pas possible de modifier l’article, je tenais à m’excuser auprès de Derek DECAMPS pour cette regrettable (et trop grossière erreur).
Bonne lecture à tous ;)
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