Les sept voiles d’André Agassi
André Agassi vient de lancer un pavé dans la mare des organismes de contrôle anti-dopage, en révélant dans son autobiographie son contrôle positif à une drogue dure en 1997. Il ne faut pas se méprendre sur ce scoop, simple buisson cachant le véritable maquis qu’est la vie de ce champion hors du commun. Je me suis inspiré d’un long reportage consacré à la vie cachée du champion américain, paru dans l’Equipe Magazine en 2006, à l’époque où il a pris sa retraite.
En Anglais, on fait Le père d’Agassi, Mike,
est Arménien de nationalité Iranienne. Sportif de haut niveau, il a boxé pour
l’Iran aux Jeux Olympiques de 1948 et de 1952. Sa passion pour le tennis trouve
sa source dans le terrain qu’avaient construit des missionnaires américains
près de chez lui. Il émigre vers les Etats-Unis, et plus précisément vers Las
Vegas, où il enchaine les petits boulots pour construire un terrain de tennis
qui sera l’instrument de son rêve: faire de l’un de ses enfants un
champion de tennis. André a trois frères et sœurs; tous subiront la dure
loi d’un père omniprésent, mais aucun, soit par choix, soit par incapacité, ne
parviendra à devenir professionnel. Dernier espoir pour son père, André a à
peine vu le jour qu’une balle de tennis est suspendue au-dessus de son
berceau; il n’a qu’un an lorsque son père lui attache une raquette de
tennis au poignet. Très vite, le gamin montre des capacités exceptionnelles à
suivre une balle, de tennis comme de ping-pong; un coup d’œil qui sera sa
marque de fabrique durant toute sa carrière. Tous les jours après l’école, son
père l’embarque sur le court, et lui fait frapper des milliers de balles avec
une machine lance-balles qu’il a lui-même fabriquée. L’enfant André Agassi
souffre déjà d’une overdose de tennis. Mais il ne peut rien dire; ni à sa
mère, qui tient le foyer mais refuse de s’immiscer dans les affaires de
tennis; ni à son père, qui lui consacre tout son temps libre et toute son
énergie et pique d’énormes colères auprès des juges-arbitres lorsque son fils
est floué. En réalité, André envie la passion qu’a son père pour ce sport, et
il l’aime pour cela. Mais lui-même n’a pas choisi cette vie, cette activité. Le
tennis est pour lui une punition. Lorsqu’André a 12 ans, il
figure déjà parmi les meilleurs nationaux de moins de 14 ans. Son père vient de
regarder une émission présentant un camp d’entraînement intensif de tennis
alors naissant, l’académie de Nick Bollettieri. Ne trouvant plus à Las Vegas de
partenaires à la hauteur de sa progéniture, il l’envoie donc chez Bollettieri,
en Floride, à plusieurs milliers de kilomètres de là. André se retrouve exilé
loin de son foyer, sur un chemin qu’il n’a pas choisi et qu’il ne sent pas être
le sien, en compagnie de beaucoup de jeunes espoirs nationaux et
internationaux. La discipline de ce camp est proche de celle d’un camp
militaire. L’adolescence aidant, André Agassi se rebelle contre Bollettieri,
contre la discipline de cette académie qu’il hait, contre tout ce qu’elle
représente. Plus tard, à l’époque où il sera une première fois n°1 mondial en
lutte avec Sampras, Agassi aura des mots très durs à l’encontre de Bollettieri.
Mais ce ne sera qu’une façade; Agassi, âgé alors de 24 ans, ne sera pas
encore en mesure de s’avouer que c’est à son père qu’il en voulait, la
rébellion contre Nick Bollettieri n’étant qu’une rébellion par procuration. Les
années passées dans cette académie seront en tout cas très dures pour André,
qui sera tenté en permanence de tout plaquer. En vérité, c’est son
talent qui le maintient dans cet univers. Ses premiers pas chez les pros le
promettent à un bel avenir; à 18 ans, il explose à la surface de la
planète tennistique en atteignant les demi-finales à Roland Garros, où il
faudra un grand Wilander, sur la route d’un troisième sacre Porte d’Auteuil et
alors à l’apogée de sa carrière, pour contenir sa puissance en cinq sets. C’est
la naissance du showman, qui arbore ses shorts en jeans, qui se peint un ongle
et qui arrive avec des roses sur le court. Personne alors ne devine que
l’enthousiasme du gamin n’est qu’un vernis, en réalité il suit un chemin qu’il
ne sent pas être le sien. Les années suivantes seront plus difficiles et
contrastées, des adversaires moins doués mais se sentant à leur place
afficheront un cœur plus solide et battront André Agassi parce qu’ils le
veulent, tout simplement. L’enfant prodigue dégoûte son père, accepte la
défaite et rentre dans le rang, alors que les contrats pleuvent sur sa tête, le
dispensant d’avoir la carrière à laquelle il est promis. C’est à cette époque
qu’intervient la victoire rétrospectivement la plus surprenante de sa carrière.
En juillet 1992 il remporte Wimbledon, battant successivement Boris Becker,
John McEnroe et Goran Ivanisevic en cinq sets épiques. Pendant cette quinzaine,
il s’est donné un but, être présent au bal des champions une fois le tournoi
terminé. Il est déjà amoureux de Steffi Graf, a tenté de l’approcher lors du
dernier Roland Garros, sans succès. Mais lors de cette soirée, on lui apprend
que la tradition a du plomb dans l’aile, il n’aura pas à ouvrir le bal en
compagnie de la championne, comme c’était le cas jusqu’à présent... La suite est une longue
blessure au poignet, et une rupture progressive avec Nick Bollettieri qui lui
reproche, à juste titre, de ne pas s’entraîner suffisamment. Agassi a été
devancé ou supplanté par trois rivaux de sa catégorie d’âge, Michael Chang, Jim
Courier et Pete Sampras. Il se plonge dans l’univers de l’analyse, mais ne
parvient pas à se débarrasser d’un rêve encombrant, dans lequel il essaie
d’atteindre sa chambre d’enfant mais en est empêché par un dragon. Sa blessure
au poignet met fin à sa première carrière, celle d’un grand espoir américain au
cœur trop léger, pétri de talent mais pour qui une condition physique douteuse
et une hygiène de vie déplorable constituent des handicaps trop lourds. Arrive Brad Gilbert, qui
lui enseigne le tennis sale, consistant à pousser l’adversaire à la faute sans
chercher à tout prix à gagner tous les points. Sous la houlette de Gil Reyes,
André Agassi se forge un physique à la hauteur de ses ambitions. L’année 1994
est celle d’une patiente reconstruction, et sera couronnée d’une magnifique
victoire à l’US Open. La fusée est relancée, mais cette fois la corbeille est
bien remplie: une deuxième victoire consécutive en Grand Chelem, à
l’Australian Open 1995, fait de lui le digne rival de Pete Sampras qu’il bat
d’ailleurs en finale; il lui prend sa place de n°1 mondial quelques semaines
plus tard. C’est l’époque où il affiche un niveau de jeu extraordinaire, mais un
comportement toujours aussi lunatique, insultant arbitres, juges de ligne,
adversaires, à l’exception de Sampras. Là encore, tout ceci n’est qu’un voile.
Agassi exploite pleinement son potentiel tennistique, mais n’est toujours pas à
sa place. Cette année 1995 est celle d’une grande rivalité; Agassi et
Sampras échouent tout deux à Roland Garros, le premier s’incline à Wimbledon
face à Becker qu’il déteste, le tournoi étant finalement remporté par Sampras.
L’US Open à venir s’annonce comme le juge de paix entre les deux Américains.
Agassi vole de victoire en victoire au cours de l’été, remportant quatre
tournois; rien ne semble pouvoir altérer sa confiance. A l’US Open, il
souffre au deuxième tour contre le jeune et coriace Alex Corretja, puis prend
sa revanche sur Boris Becker en demi-finales. La finale tant attendue aura bien
lieu. A la fin de la première
manche, sur balle de set Sampras, survient un échange ahurissant de 30 coups de
raquettes joué à une vitesse supersonique. En gagnant ce point, Sampras gagne
sur le terrain de prédilection de son adversaire (le fond de court), empoche le
premier set... et enterre son rival. La finale n’atteindra pas les sommets,
Agassi étant un peu éreinté. Pete Sampras, qui reconnait au seul Agassi la
capacité de le battre quand lui-même joue son meilleur tennis, remporte ce
match en faisant parler sa fraîcheur physique et sa détermination à rester le
meilleur joueur du monde. La suite est anecdotique... Ce match, et d’une certaine
manière ce fameux point, mettent un terme à la deuxième carrière d’Agassi. Une
poule, la tête coupée, peut parcourir une certaine distance; pour Agassi,
cette distance sera toute l’année 1996. Meurtri, affaibli, André récolte ici ou
là quelques lauriers, comme par exemple la médaille d’or olympique à Atlanta.
Mais il a réalisé lors de cette finale de l’US Open 1995 que le tennis ne peut
pas être toute sa vie et résoudre tous ses problèmes, surtout lorsqu’il perd. Sa
relation avec l’actrice Brooke Shields, débutée en A l’heure où il aurait pu
larguer Brooke Shields, il l’épouse au printemps 1997. Le tennis disparaît
presque entièrement de sa vie. C’est à cette époque, donc, qu’il consomme une
drogue dure. Son ami d’enfance Perry Rogers ne le lâche pas, son entraineur
Brad Gilbert non plus, son préparateur physique Gil Reyes encore moins. Il leur
annonce son désir de rejouer au tennis. Son désir. Pour la première fois,
il jouera pour lui-même et non pour l’image que les autres ont de lui. L’année 1998 sera celle
d’une longue convalescence, qui le verra gravir un à un les échelons du
classement. Il achève d’ingurgiter les enseignements de Brad Gilbert, devient
un champion physiquement très affuté, et termine l’année au 6ème
rang mondial. Il lui reste à résoudre un
dernier problème, celui d’un mariage sans amour. Sa défaite à l’Australian Open
1999 contre Vince Spadea est un accident de parcours plus qu’une rechute. Il
rentre à Las Vegas pour quitter sa femme; il est malheureux de s’être une
fois de plus trompé, mais au moins sait-il où il en est. En mars, il observe
Steffi Graf durant le tournoi d’Indian Wells. Et se décide à tenter à nouveau
sa chance; l’homme qu’il est devenu n’a plus grand-chose à voir avec le
gamin mal élevé qu’il était en Deux mois plus tard, il affiche
une exceptionnelle confiance en lui, en remportant une magnifique édition de
Roland Garros. Mené deux sets à rien en finale par Andreï Medvedev, il comble
son retard et s’offre la plus émouvante victoire de sa carrière. Il a désormais
gagné les quatre grands tournois, et peut enfin envisager la suite de sa
carrière sans avoir l’ombre d’un regret. C’est le début d’une ère d’airain pour
lui, avec 27 victoires en Grand Chelem sur 28 matchs. Seul Sampras le mate en
finale de Wimbledon. A l’US Open, il s’impose en cinq sets magnifiques face à
Todd Martin, alors que tout le monde note la présence de Steffi Graf dans les
tribunes, spectatrice presque anonyme... L’idylle est officialisée un peu plus
tard. André est enfin heureux
dans sa vie professionnelle est personnelle, et affiche une sérénité et une
sagesse de tous les instants. L’Australian Open devient sa chasse gardée, il y
remporte les éditions de 2000, 2001 et 2003. Il dispute en compagnie de Pete
Sampras deux matchs monumentaux, la demi-finale de l’Australian Open 2000
(qu’il remporte) et le quart de finale de l’US Open 2001 (qu’il perd), lutte avec
les jeunes Safin, Kuerten, Hewitt, Ferrero pour la place de n°1 mondial. A 33
ans, il est encore tête de série n°1 à l’US Open. Il devient père de deux
enfants, en compagnie desquels il vit par procuration l’enfance qu’il n’a pas eue; il
écrit sur un tableau noir ce qu’il a admiré chez son épouse durant la
journée; il fait des conférences de presse généreuses, au cours
desquelles il affiche un génie stratégique inégalé et un humanisme
impressionnant; il parle avec émotion de l’école qu’il a créée à Las
Vegas, dans laquelle chaque enfant peut explorer les possibilités que lui offre
le monde et faire ses choix. L’âge le rattrape enfin en
2005-2006, une sciatique chronique l’empêche de jouer les premiers rôles. Dans
un torrent d’émotion, il tire sa révérence à l’US Open 2006, non sans avoir
battu Marcos Baghdatis, finaliste en titre à l’Australian Open. Le septième voile est
enfin levé. A la lumière de la vie
qu’a eue André Agassi, il est rétrospectivement bien difficile de juger
catégoriquement l’acte qui pose problème aujourd’hui, à savoir sa prise de
drogues dures en 1997. Sur un plan juridique, Agassi remet profondément en
cause la légitimité des agences de lutte contre le dopage. Sur un plan moral,
il n’a pas attendu de trouver son bonheur pour affirmer que tout le monde
devrait bénéficier d’une deuxième chance. A titre personnel, je ne vois pas
bien en quoi Agassi aurait triché, en prenant une (ou des) drogue(s) aux effets
éphémères à un moment où il ne jouait pratiquement plus au tennis. Je conseille
à tous la lecture de son autobiographie avant même qu’elle ne soit sortie, car
elle apportera, c’est une certitude, un éclairage nouveau sur sa carrière, sur
sa vie et sur les événements qui l’ont amené à se remettre en question. André
Agassi est pour moi un homme qui a dû faire face à d’innombrables problèmes, et
les a résolus un par un; en cela, son témoignage est d’une importance
certaine.
bon article qui résume bien la vie d’Agassi pour ceux qui ne connaissaient pas cette partie privée de lui.
Super article et superbe histoire !
Est-ce que cette histoire de drogue peut lui faire retirer des titres ?
Est-ce qu’une sanction rétrospective est possible ?
Je ne vois pas, sinon, où est le problème.
Le problème D’ago ? ? ?
Mais ... mais ... t’as perdu le sens commun ou quoi ?
le problème c’est cette coupe de cheveux horrible !
déjà au naturel, c’est hideux mais alors en postiche, c’est criminel !
Pas le temps de lire pleinement l’article,c’est du bon parce que signé "Enzo" ! Lirai plus tard..
Dr^le d’histoire tout ça ! Qui vient un peu comme un cheveu.. synthétique sur une soupe salée..aux amphèts !!
Si Agassi a pris des drogues comme Georgie Best descendait des pintes je ne vois pas ce qu’on peut lui retirer sur le plan sportif, ni surtout ce que ça pouvait lui apporter "en plus" sur le terrain.
Je vois pas la différence avec l’affaire Gasquet.
... qui lui, n’a plus de pellicule sur sa perruque si on en croit la pub.
C’est une tentative de diversion de la part d’Agassi, bien sûr que les tennismen sont dopés et pas seulement avec des drogues récréatives. Ils tournent à l’EPO comme tout le monde. D’ailleurs le père de Roger Federer travaillait pour un laboratoire pharmaceutique qui en fabrique.

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Bon j’ai pas regardé le match (ni le Portugal non plus juste les 20 dernières minutes... pas b ...
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