Les flux RSS de L'Equipe.fr
le 2/11/2009

Les nains de la route


Imprimer Ecrire un commentaire

En 1961, Jacques Anquetil réussit l’exploit de porter le maillot jaune de bout en bout (à l’exception d’une demi-étape où André Darrigade est en jaune). Ses rivaux, écrasés par sa supériorité incontestable, ne l’attaquent pas dans la grande étape des Pyrénées, celle des quatre cols ... Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque.

Les rivaux d’Anquetil, à commencer par Charly Gaul, grimpeur d’exception pourtant, sont résignés et ne l’attaquent pas dans ce qui est l’étape reine de l’édition 1961, Luchon - Pau (17e étape).

Au départ de Luchon,Anquetil a déjà plus de cinq minutes d’avance sur son dauphin au général, l’Italien Guido Carlesi. Les autres, Gaul, Perez Frances, Junkermann ou Massignan, sont encore plus loin.

Le coureur normand se dirige donc vers un second succès dans le Tour, qu’il a déjà remporté en 1957.

Roger Rivière n’est plus là, victime de sa chute dans les Cévennes en 1960, Raymond Poulidor n’est pas encore là (il débutera sur le Tour en 1962).
Le champ est dégagé pour Maître Jacques ...

Le lendemain, la réaction de Jacques Goddet, directeur du Tour de France, est au vitriol, via la plume... Dans l’éditorial de L’Equipe, journal qu’il a fondé en 1946 et qui parraine la course, comme le faisait son ancêtre, le journal L’Auto, créé par Henri Desgrange, fondateur du Tour en 1903. Jacques Goddet, qui n’était autre que le fils de Victor, un des plus proches collaborateurs de Desgrange...

Les coureurs modernes, Anquetil excepté, sont d’affreux nains, sales, impuissants et satisfaits de leur médiocrité, écrit Jacques Goddet, qui dénonce ainsi la passivité des rivaux du maillot jaune.

Grand admirateur des coureurs qui ont du panache, comme l’étaient, certes dans des styles différents, Jean Robic (le lutin breton n’abdiquait jamais), Louison Bobet (comme en témoigne sa superbe victoire en Avignon en 1955)ou Hugo Koblet (le coureur suisse prouva son tempérament offensif par une échappée royale de 137 km entre Brive et Agen en 1951, menée à bien de surcroît),le directeur du Tour est furieux de voir une étape décisive ainsi escamotée. Goddet ne supporte pas de voir un tel renoncement ... Pour lui, le Tour est une chanson de geste, un combat permanent.

Mais dès la première étape de ce Tour 1961, Anquetil annonce la couleur et affiche son incontestable supériorité. Dominateur, Maître Jacques humilie le peloton dans le contre-la-montre de Versailles. Plus de deux minutes et trente secondes sur son dauphin dans cette épreuve chronométrée, de seulement 28 km: voilà un authentique qui refroidit toutes les ardeurs offensives de la concurrence.
Impérial en montagne dans sa défense du maillot jaune, Anquetil cède du temps à Gaul sur la route de Grenoble, mais neutralise Carlesi entre Turin et Juan-les-Pins.

Puis, en fin de Tour, il donne nouveau récital contre-la-montre entre Bergerac et Périgueux ... où il reprend encore trois minutes (ou plus) sur tous ses rivaux, sans exception ...

A l’arrivée à Paris, Anquetil dispose d’une avance colossale sur Carlesi et Gaul, un gouffre béant de douze minutes ...

A la décharge de Gaul, Carlesi et consorts, il faut également avouer qu’Anquetil, en cette saison 1961, est au pinacle. A vingt-sept ans, le Normandparvient au compromis idéal entre jeunesse et expérience ... Vainqueur de Paris-Nice, du Grand Prix des Nations et donc du Tour de France, il ne rencontre qu’un seul échec avec une deuxième place au Giro.

Anquetil s’est également assis sur le trône laissé vacant par Fausto Coppi ... que ni Bobet, ni Gaul, ni Bahamontes n’avaient su réellementoccuper de façon pérenne.

Voilà un coureur qui mérite son titre subjectif de meilleur coureur cycliste du monde ... et qui après une carrière dantesque, mérite pleinement le repos du aux guerriers de sa trempe. Il peut ainsi se retrouver en familledans son domaine des Elfes, près de la Neuville Chant d’Oisel, où il s’installe en juin 1969, au crépuscule de son exceptionnelle carrière. Le château, entouré d’un domaine de 170 hectares, avait appartenu à Guy de Maupassant jadis.

Pour bien se rendre compte du charisme d’Anquetil, il suffit de se remémorer une anecdote venant du skieur Guy Périllat (champion du monde de géant en 1966 au Chili, à Portillo, puis médaillé d’argent olympique en 1968 à Grenoble). Promu chevalier de la Légion d’Honneur par Charles de Gaulle, le 5 octobre 1966, en même temps qu’Anquetil, le skieur de la Clusaz attache une importance particulière à ce moment ... Pour lui, être décoré au côté d’un héros tel que Jacques Anquetil est une sorte de cerise sur le gâteau ... C’est dire l’impact du champion normand sur ses contemporains. Anquetil, bien malgré lui, était une légende vivante.

par AxelBorg
bulle_commentaire.jpg Les derniers commentaires

par AxelBorg

le 2 novembre 2009 à 16H09

Les nains de la route

Anquetil, dont l’élégance du stylo ne fut jamais égalée sur un vélo, à part par Coppi et Koblet.

Sa position était parfaite pour le CLM.

Indurain copia sa tactique pour le Tour de France, gagnant les CLM en écrasant les rivaux, puis en assurant une défense efficace en haute montagne, le tout avec un sang-froid à toute épreuve. Deux grands maillot jaunes, deux quintuples vainqueurs.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par skancho

le 2 novembre 2009 à 17H28

Les nains de la route

Salut Axel,

je ne connaissais pas cette remarque de Goddet. Comme quoi, les polémiques sur le manque de panache de certains coureurs ne datent pas d’hier. Anquetil avait annoncé avant le tour qu’il porterait le maillot du premier au dernier jour. Et quand il disait quelque chose le Jacquot, fallait le prendre au sérieux !

A noter tout de même qu’à l’arrivée au Parc des Princes il fut conspuer par le public pour sa domination outrancière ; il en pleura presque. Anquetil avait besoin de l’affection du public et il pensait que sa cote allait remonter avec cet exploit retentissant... Malheureusement il avait privé de spectacle le mois de juillet des Français qui ne lui pardonnèrent pas. Anquetil fut durablement meurtri par cet accueil, cela marque peut être la plus grande déchirure de sa carrière...

Difficile d’imaginer des sifflets sur les Champs l’année prochaine si Chavanel écrase le tour. Ahh, c’était l’époque bénie du cyclisme français...

En tous cas merci pour ce nouvel article sur LA légende Axel !

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par AxelBorg

le 2 novembre 2009 à 22H04

Les nains de la route

Hello skancho

Oui en 1961 Anquetil se fait huer par le Parc des Princes, mais en 1963 c’est Poulidor qui subit la bronca du public parisien !!

Goddet était soit élogieux soit très "cassant" dans ses papiers.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par Lance

le 2 novembre 2009 à 20H10

Les nains de la route

Comme quoi à l’époque le directeur du Tour n’avait pas peur de critiquer les coureurs. Je crois aussi que Desgrange avait été surnommé "le singe" par les coureurs qui en avaient marre qu’il donne des surnoms à tout le monde, comme "le sanglier", ou "le menuisier volant". Ce serait pas mal que Prudhomme les imite un peu.

Sinon au niveau du style, c’est clair qu’Indurain aussi avait quand même beaucoup de classe et était vraiment beau à voir pédaler.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par AxelBorg

le 3 novembre 2009 à 10H07

Les nains de la route

Dans le cas de Goddet, c’était plus un pamphlet de passionné sous le coup de la colère, une sorte de courroux journalistique, qu’un véritable surnom (d’autant plus que c’était dirigé contre un ensemble de coureurs et non sur un en particulier).

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par skancho

le 2 novembre 2009 à 20H35

Les nains de la route

C’est vrai qu’il avait la classe le Miguel !

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par AxelBorg

le 2 novembre 2009 à 22H05

Les nains de la route

Sur le vélo mais aussi en dehors, pas comme Armstrong ! Un vrai seigneur, le Navarrais !

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par skancho

le 3 novembre 2009 à 20H16

Les nains de la route

Eh oui, la victoire laissée par exemple à Leblanc à Hautacam en 94 reste comme un grand moment du cyclisme français. Leblanc assure que Miguel ne l’a pas laissé gagner. C’est possible mais sachant qu’Indurain n’a jamais gagné une étape en ligne pour toujours compenser sa domination au général, on peu en douter. Alors qu’armstrong hésitait pas à sauter Jalabert à moins d’un km du sommet, sans un regard, alors qu’il avait déjà tour gagné. Voilà pourquoi l’un a laissé un bon souvenir chez tous les amoureux du vélo et que l’autre n’est apprécié que des footeux...

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par AxelBorg

le 4 novembre 2009 à 12H07

Les nains de la route

Armstrong n’a fait qu’un seul cadeau, à Pantani en 2000 au Ventoux et l’a de suite regretté. Primo car Pantani et lui se sont pris de bec, vu l’orgueil du grimpeur italien.

Deusio car Merckx et Fignon ont vilipendé le Texan pour ce geste malvenu au Ventoux ...

Oui Indurain laissa gagner tant de coureurs en montagne (Chiappucci et Bugno en 1991, Rominger en 1993, Leblanc en 1994) ... Leblanc omet de dire que c’est Indurain, vu ses responsabilités de maillot jaune, qui avait fait tout le boulot dans Hautacam pour lâcher Pantani, Virenque et Rominger ...

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par Lance

le 4 novembre 2009 à 19H55

Les nains de la route

Oui mais il ne faut pas oublier qu’Indurain n’était pas très rapide au sprint. Sinon Pantani a toujours dit qu’il avait battu Armstrong au sprint également et à la loyale. En revoyant les images j’avais eu l’impression que ce n’était pas complètement impossible même si Armstrong aurait sans doute pu le lâcher avant.

Et pour précision, malgré ce pseudonyme, Armstrong n’est pas mon coureur préféré.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par AxelBorg

le 10 novembre 2009 à 20H16

Les nains de la route

Oui le sprint n’était pas le point fort d’Indurain ... mais bon en montagne la fatigue joue un grand rôle, et tu peux toujours tenter de lâcher ton complice à la flamme rouge ...

Armstrong était le plus fort au Ventoux, même si Pantani fut admirable de courage. On voit bien que le maillot jaune ne dispute pas la victoire au Pirate ...

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par naranjito

le 13 novembre 2009 à 15H37

Les nains de la route

Ce qu’il faut pas entendre, une victoire abandonnee par Indurain est un grand moment du cyclisme francais !!! C’est sur qu’avec un public comme ca, les coureurs francais peuvent se contenter de leurs longues echappees, si on attend pas un peu plus d’eux !

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus
Laisser un commentaire Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessus l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
Derniers Commentaires
L'auteur de L'Article
Ses derniers Articles