La passation de pouvoirs
Certains géants ont eu le temps de partir sans qu’on leur fasse sentir qu’ils n’étaient plus seuls au monde ... Nuvolari, Fangio, Clark, Stewart ...
Rosario 1948 (Wimille / Fangio): avec la retraite toute proche de Nuvolari, qui a fait des Mille Miglia 1948 une sorte de couronnement de sa carrière,Jean-Pierre Wimille est le pilote le plus en vuedu plateau avecAchille Varzi. Lors d’une Carrera Panamericana, Juan Manuel Fangio, concurrent des frères Galvez en Argentine, soutenus par le régime du général Peron, fait jeu égal avec le pilote français sur une Simca Gordini. Fangio viendra ensuite se frotter aux meilleurs en Europe, dès 1949. Cette saison marque le triomphe de l’ancien mécanicien de Balcarce, vainqueur de six des sept Grands Prix auquel il participe. A Marseille, Fangio court avec émotion contre son idole ... un certain Tazio Nuvolari. Wimille, lui, n’est plus
Zandvoort 1961 (Moss / Clark): Moss, vainqueur acharné devant Richie Ginther à Monaco, a réussi là un exploit sensationnel, digne des démonstrations de Nuvolari et Fangio au Nurburgring, en 1935 et 1957. Mais Moss voit débarquer un virtuose chez Lotus, un certain Jim Clark. Ce fermier écossais fait corps avec sa monoplace comme nul autre pilote.
Jarama 1974 (Fittipaldi / Lauda): Fittipaldi, proclamé maître du peloton après le retrait de Stewart fin 1973, semble n’avoir que Ronnie Peterson comme rival ... François Cevert est décédé, Jody Scheckter est encore trop tendre. Certes, Clay Regazzoni résiste chez Ferrari, mais il manque au Tessinois l’âme d’un champion. C’est alors qu’un jeune Viennois remporte sa première victoire sur le circuit madrilène ... Niki Lauda va bientôt prendre le pouvoir en F1.
Après le premier retrait de Laudaen 1979, suite à deux sacres mondiaux en 1975 et 1977, une période étrange de vacance du pouvoir s’installe. Hunt en 1976, Mario Andretti en 1978, Scheckter en 1979, Jones en 1980 se succèdent sur le trône de la F1. Un seul pilote convainc les observateurs, roi sans couronne, Gilles Villeneuve, l’acrobate canadien dont le panache n’avait d’égal que celui du suédois Ronnie Peterson, autre pilote de génie mal récompensé. Idem pour Carlos Reutemann, trop friable mentalement. Nelson Piquet prendra un temps l’ascendant avec deux couronnes mondiales, mais entre le retour de Lauda en 1982 et l’irrésistible ascension de Prost, il n’est jamais vraiment roi ...
Estoril 1984 (Lauda / Prost): paradoxalement, c’est le jour où il gagne une troisième fois le sceptre mondial que Niki Lauda passe le témoin à Alain Prost ... malgré sept victoires le natif de St-Chamond s’incline face au rusé Viennois, qui cache les brûlures de 1976 sous sa casquette Parmalat. Lauda a pu en 1984 contenir la vague ascendante Prost par son expérience, mais il ne pourra rééditer l’exploit en 1985. A Estoril, Prost devance vite Keke Rosberg, parti sur les chapeaux de roue. Pendant ce temps, Niki Lauda remonte le peloton. Parti onzième, le pilote autrichien, avec son légendaire sang-froid refait son retard. Très vite parvenu à la troisième place, Lauda fond sur son ultime proie, Nigel Mansell. La Lotus du pilote anglais, victime de freins défaillants, ne résiste pas longtemps. Prost gagne sur le circuit lusitanien en ce dimanche d’automne ... Lauda et Prost partagent le champagne avec Ron Dennis, dans une équipe McLaren où harmonie rime avec hégémonie (douze victoires en 1984). Lauda et Prost ont collaboré techniquement, et Prost a même pu profiter des conseils de Willy Dungl, le gourou de Niki, son célèbre physiothérapeute (depuis 1976) pour progresser physiquement. Le Français, qui a fait jeu égal avec l’homme qui était son idole dans les années 70, est désormais prêt pour conquérir la couronne mondiale. Ce sera chose faite en 1985, où Prost annonce la couleur dès la manche d’ouverture, à Rio de Janeiro.
Suzuka 1988 (Prost / Senna): Prost fut durant toute la carriere du pilote au casque à jaune la cible à atteindre. Le Français avait délogé Piquet comme meilleur pilote du plateau. Mais Ayrton Senna avait quelque chose en plus ... la célérité de JimClark, le panache et la combativité de Gilles Villeneuve, le charisme de Juan Manuel Fangio, le mental d’acier de Niki Lauda ...
Dans ses rêves les plus fous, Ayrton Senna avait certainement imaginé un royaume paradisaque dont il serait l’unique propriétaire ... Mais la porte de ce royaume est gardée par Alain Prost ... Senna en prendra les clés lors de son passage chez McLaren.
A Suzuka, parti en pole, Senna cale et se retrouve quatorzième. Prost s’envole sur le circuit nippon mais le Brésilien mène la chasse. Neuvième dès la fin du premier tour, il avale, fort de la suprématie de sa McLaren Honda, le peloton des Capelli, Berger et autres Boutsen. La pluie s’invite dans ce Grand Prix où le pilotage d’Ayrton atteint des sommets insoupçonnés. Comme Fangio au Nurburgring en 1957, Senna pilote avec hargne et virtuosité ... Au vingt-huitième tour, il profite de la triple aspiration de Prost, De Cesaris et Gugelmin pour reprendre le commandement du Grand Prix à son coéquipier français. Prost, victime de problèmes de boîte de vitesses, doit ensuite laisser filer le prodige de Sao Paulo vers son premier sacre mondial. En d’autres occasions,Monaco 1988, Spa 1988,Donington 1993, Senna a ébranlé la forteresse Prost, mais s’il devint réellement roi de la F1 en 1991, lorsque la Ferrari du Français ne lui permettait plus de lutter à armes égales, le Brésilien justifia son statut par ses dons sous la pluie, son panache,et ses pole positions arrachées en repoussant toujours plus loinles limites du pilotage...
Sao Paulo 1994 (Schumacher / Senna): orphelin de Prost, Senna débarque chez Williams Renault avec pour objectif une quatrième couronne mondiale. Le virtuose brésilien se heurte en essais hivernaux à une FW16 rétive. La chaleur humaine de McLaren (Jo Ramirez, Giorgio Ascanelli) lui manque. Senna songe à une reconversion au Brésil en politique, à une fondation pour les enfants pauvres ... Affronter Schumacher, son cadet de neuf ans, ne l’enchante qu’à moitié.Malgré tout, Magic Senna réalise la pole devant le public d’Interlagos pour l’ouverture du championnat, plus d’une seconde et demie devant son coéquipierDamon Hill, écrasé par le génie d’Ayrton. Viscéralement attaché à son pays, à la victoire, Senna devance Schumi au départ mais se fait piéger aux ravitaillements. La Benetton creuse ensuite l’écart. Senna attaque comme un forcené pour limiter l’écart mais part finalement en tête-à-queue. Deux courses plus tard, un chapitre de dix ans (1984-1993) se clot définitivement, Senna décède, l’ère Schumacher s’ouvre ...
Imola 2005 (Alonso / Schumacher): Alonso et Schumacher se sont déjà affrontés en piste ... Barcelone 2003, Silverstone 2003, Magny Cours 2004, à chaque fois le vieux maestro allemand de Ferrari a eu raison du jeune pilote espagnolde Renault. 2005, année de la révolte ... Comme en 2003, la Scuderia Ferrari conaît un début de saison moribond. Comme en 2003, elle pense réagir à l’entame de la saison européenne, chez elle, sur l’autodrome Dino e Enzo Ferrari d’Imola ... Mais en 2005, Renault, quatre ans après avoir phagocytée Benetton, a enfin réalisé la quadrature du cercle avec une superbe R25. Ajoutez y Michelin et Alonso, et voilà le cocktail idéal pour la saison 2005. La pole de Kimi Raikkonen sur McLaren n’est qu’un feu de paille. Au bout de neuf tours,sa flèche d’argent rend l’âme, boîte de vitesses cassée. Treizième, Schumacher remonte comme un boulet de canon dans le peloton. Ses pneus Bridgestone exploitent à merveille le revêtement froid de la piste romagnole. Alonso, lui, contrôle à l’avant. Le juvénile Espagnol, 23 ans, défend sa position bec et ongles quand Schumacher s’annonce dans ses rétroviseurs. Attaques et intimidations, pendant douze tours, de la part du septuple champion du monde, n’y feront rien. Le gamin d’Oviedo, solide comme un roc, insensible à la pression, ne commet pas la faute espérée par le maestro allemand.
Sur le podium, l’hymne espagnol résonne pour la troisième fois consécutive en F1. Dauphin du jour, Schumi sourit car il pense qu’un huitième titre est à sa portée. Mais jamais plus il ne sera roi de l’élite du sport automobile, l’usure du pouvoir vient de frapper l’Empereur, l’homme dont on pensait qu’ilpourrait briser le seuil mythique des cent victoires...
La période Prost/Senna fut la seule où il était impossible de dégager un numéro 1. Deux styles opposés, deux caractères différents, mais une efficacité redoutable. Senna était un virtuose du pilotage, avec quelques exploits techniques. Prost était un génie de la mise au point et de l’exploitation d’une course, avec quelques éclairs de pilotage. Sans Senna, Prost aurait conquis les titres 88, 90 et 91 chez McLaren. Sans Prost, Senna aurait décroché la couronne en 89 et 93. L’épaisseur du plamarès de Prost aurait de toute façon été plus importante, car le Français possèdait une intelligence de course incroyable. Très intéressé par la politique interne de la FIA et la gestion des teams, Prost n’a fait que de bons choix de carrière, si on excepte la saison 91. Senna était plus attentiste, notamment en ignorant Williams fin 90, et en loupant le team de Grove en 92. Blessé, le Pauliste s’acharnera à intégrer Williams en 94, alors que le team en sur le déclin, et que les changements de règlements suppriment l’avantage technique des monoplaces britanniques.
hello Jayce,
Williams n’était que sur un déclin relatif en 1994.
Primo car Benetton trichait sans doute avec l’antipatinage, et Schumacher compensait la faiblesse du V8 Ford par son talent.
Secundo car Newey avait moins bien réussi la FW16 que la FW14B (1992) et la FW15 (1993).
Trahi par Renault, qui faisait perdre à WIlliams l’exclusivité de son V10 en signant avec un autre top team (Benetton), Ayrton Senna envisageait de céder à la tentation du mythe Ferrari dès 1995 (voire 1996 au plus tard), une fois son quatrième titre en poche. La Scuderia (ou plutôt Cesare Fiorio, en secret) et le pilote brésilien avaient failli trouver un accord pour 1991.
Je pense que la postérité retient quand même Ayrton Senna comme plus grand pilote de la génération des Senna, Prost, Piquet, Mansell, Berger.
Mais Prost était excellent, et résista mieux que quiconque à Senna.
Après, c’est très subjectif, mais sur la période 1988-1993, voilà à qui je donne le titre chaque année ...
1988 : Senna, pour son brio en piste, notamment en qualifs et sous la pluie (Silverstone)
1989 : Prost, pour sa solidité psychologique, bien qu’il soit esseulé totalement par McLaren et Honda
1990 : Prost, car il parvient à ressusciter Ferrari en moins d’un an
1991 : Senna
1993 : Senna, au sommet de son art, il suffit de voir ses courses à Donington, Hockenheim ou Suzuka ...
Le choix de Renault d’équiper Benetton pour 1995 tient à deux éléments principaux : Elf ne pardonnait pas à Williams d’avoir fait comprendre à Prost qu’il ne comptait plus vraiment sur lui. Les différentes critiques qu’a subi le Français au sein du team ont déplu à Renault, qui voyait en Prost un vecteur d’image inespéré, surtout au moment où la privitasition de l’ex-Régie devenait une certitude à terme. la spectaculaire progression du team Benetton en 93 et 94 et l’incapacité de Williams à tenir son rang ont convaincu le motoriste français. Contrairement aux guerres intestines du team de Grove, le constructeur appréciait la cohésion de la direction italienne autour de Schumacher. Il est probable que Senna aurait échangé son siège avec Jean Alesi en 95, le Brésilien ne voulant pas s’encombrer du talentueux apôtre d’Alain Prost.
Il est difficile de savoir qui de Senna ou de Prost fut le plus méritant en 93. Si Senna devait composer avec une monoplace moins compétitive, il avait l’avantage de compter sur un team devoué à sa cause. Prost de son côté, avait la monoplace la plus rapide, mais se battait contre son équipe, avec de plus la pression d’être le champion du monde annoncé. Face au panache de Senna à Donington ou à Suzuka, Prost a démontré son abnégation et son orgueil à Imola ou à Kyalami. Entre ses démêlés avec la FIA, l’attitude de son team et la concurrence d’un Senna au meilleur de sa forme, Prost a eu fort à faire, car rien ne lui a été épargné. Finalement, même Senna s’en rendit compte, rendant hommage à plusieurs reprises à son rival, notamment lors du week-end de clôture à Adélaïde.
Team dévoué pour Senna ? Oui et non ... Il avait le soutien d’Ascanelli et Jo Ramirez, mais avec Ron Dennis, les liens étaient rompus.
A Estoril, Senna apprit, par propos rapportés, que Ron Dennis parlait de lui en terme très crus à des journalistes anglais.
Certes, Ayrton avait déjà la tête chez Williams, mais ce fut le coup de grâce de sa relation avec Dennis, très tendue en raison de la négociation de son salaire (1 million de dollars par GP, participation au coup par coup en début de saison).
C’est vrai que Prost était assez seul en 1993 (moins qu’en 1989, cela dit), mais bon Damon Hill ne pouvait pas le concurrencer sur une saison, ni en qualif ni en course (malgré des progrès certains à partir de Silverstone)

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C’est plus le travail défensif des deux ailliers hazard-gervinho que je trouve un peu léger, m ...
> D’où vient le terme Grand Chelem ? ...
MS Montreal demarre le 5 aout ...et le 6 a Stockolm la course du siecle ??? ( GAY ,BOLT POWELL. ...
> D’où vient le terme Grand Chelem ? ...
ouais Axelborg je suis d accord avec toi sur l analyse faite des politicards francais ! Tu as e ...
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Oui juillet c’est un peu la session de rattrapage sur terre battue avant la saison américaine ...
> D’où vient le terme Grand Chelem ? ...
@armand,On ne peut pas comparer l’impact du sport sur la société entre la France et l’Es ...
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normal Garcia c’est Espagnol non ?? ;) Quand on se souvient de leur entame de saiso ...
> D’où vient le terme Grand Chelem ? ...
nous sommes pratiquement en inter saison ! Les cadors sont au repos et les tournoi qui se jouen ...
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et pour rester dans le debat : je dirais que je suis choqué vu les querelles des hommes politiq ...
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