Seuls au monde ?
De l’échec des numéros uns mondiaux en Coupe Davis.
Depuis 1983, seulement deux leaders du classement ATP en fin de saison ont remporté la Coupe Davis l’année de leur consécration individuelle. Pourtant, à l’inverse, seulement deux joueurs de ce cercle restreint n’ont jamais remporté la Coupe Davis au cours de leur carrière. Pourquoi?
Pourquoi 1983?
La logique initiale était de partir de 1973 (début du classement ATP), 1974 (première finale, non disputée finalement, à laquelle ne participe ni l’Australie, ni les Etats-Unis, ni le Royaume Uni) ou 1975 (finale Suède-Tchécoslovaquie en comptant l’Afrique du Sud de l’apartheid, tenante du titre, comme un «prolongement anglo-saxon»). Mais, avant 1983, il est très difficile de nommer un numéro 1 mondial incontestable tant les classements diffèrent et se contredisent. Ainsi, le titre de joueur de l’année de l’ATP, créé en 1975 pour répondre aux critiques sur le classement informatique et qui se rapproche beaucoup plus de l‘opinion des journalistes que le classement, contredira cinq fois sur huit le numéro 1 mondial de fin d’année du classement informatique de l’ATP entre 1975 et 1982. Dès lors, entre 1973 et 1982, il est difficile de savoir s’il faut faire la part belle à la régularité ou aux Grands Chelems. A partir de 1983, la situation devient beaucoup plus claire puisque le numéro un mondial en fin d’année sera quasiment à chaque fois reconnu champion du monde de la FIT et joueur de la saison par les journalistes et l’ATP; seul le cas de Becker en 1989 (devancé au classement par Lendl) est réellement contestable car le choix de Lendl au détriment d’Edberg (numéro 1 mondial) en 1990 comme champion du monde par la FIT relevait du choix politique (absence du Suédois à la coupe du Grand Chelem organisée par la FIT) et non sportif. Dès lors, on observe que seulement deux leaders du classement technique en fin d’année ont remporté la Coupe Davis la même année depuis 1983: Connors en 1992 et Sampras en 1995. Nadal n’est pas inclus car il n’était pas présent lors de la finale 2008. Pourtant, en théorie, quoi de plus logique qu’une victoire de la nation du numéro un mondial?
L’idée du manque de réservoir.
En théorie, c’est l’idée la plus logique: si le numéro un mondial a perdu un match par équipes, c’est que ses coéquipiers n’étaient pas au niveau. Dans le cas de Gustavo Kuerten, l’explication pourrait tenir car il est vrai que des joueurs brésiliens comme Flavio Saretta ont relativement peu brillé en Coupe Davis. Les débuts de Federer en Coupe Davis avec la Suisse pourraient également renforcer la véracité de cette hypothèse mais l’émergence de Stanislas Wavrinka actuellement semble montrer qu’il n’y pas que ça. D’ailleurs, certaines équipes qui avaient l’allure d’invincibles armadas ont quand même perdu malgré la qualité du numéro 2: la Suède de Wilander, numéro 1 mondial en 1988, et d’Edberg en finale 88 face à la RFA ou les Etats-Unis de Mc Enroe et Connors en 1984. Parfois, c’est même le numéro 1 qui craque comme Sampras en finale 1997 face à la Suède et sa défaite initiale face à Bjorkman.
Un manque d’intérêt (ou la fatigue)
C’est une hypothèse plausible quand on voit l’absence régulière de Roger Federer au premier tour de la Coupe Davis et son retour en barrages. La Coupe Davis n’est, il est vrai, qu’une compétition «mineure» en tennis, un sport avant tout individuel: on ne loue pas Sampras pour ses Coupes Davis 92 et 95; d’ailleurs, les Français se souviennent plus de sa finale ratée en 91. Le numéro 1 mondial en fin de saison est un joueur qui a réalisé une très bonne saison, remportant un ou plusieurs titres du Grand Chelem, et les rencontres de Coupe Davis ne sont pas toujours très bien placées par rapport à ces tournois majeurs. De plus, elles peuvent entraîner un décalage entre la surface du moment sur le circuit et la surface utilisée pendant la rencontre ce qui n’arrange rien à l’approche d’un grand tournoi. De plus, le numéro 1 mondial a souvent dû disputer un grand nombre de tournois et surtout, il a dû être régulier ce qui ne le dispose à être au top sur des rencontres de Coupe Davis, où il ne gagne pas sa croûte. Mais cette explication ne tient pas pour tous les joueurs et puis, pour un Federer qui n’allait pas en Coupe Davis, la grande majorité des joueurs concernés a toujours participé activement à la Coupe Davis (Wilander, Edberg, McEnroe, Nadal, ...).
Une seule et puis s’en va.
Une autre explication pourrait tenir au fait que l’essentiel avec la Coupe Davis, c’est de la remporter une fois. Bien sûr, c’est mieux de la gagner plusieurs fois mais une fois lauréat, c’est le principal. Et puis, si on l’a gagné une ou plusieurs fois avant d’être numéro 1 mondial de fin de saison, la Coupe Davis passe alors au second plan.Et la très grande majorité des leaders du classement ATP en fin de saison depuis 1983 avait gagné la Coupe avant même d’accéder au rang suprême individuel: McEnroe remporte sa première coupe Davis dès 1980 alors qu’il n’est numéro un mondial de fin de saison que de 1981 à 1984, Lendl la gagne en 1980 alors qu’il est numéro 1 de fin de saison de 1985 à 1987 puis en 1989, Wilander et Edberg la gagne dès 1984 alors qu’ils ne seront leaders finaux qu’en 1988 et 1990-1991 respectivement, Sampras la gagne en 1992 alors qu’il régnera de 1993 à 1998, Agassi la gagne dès 1990 avant son sacre individuel en 1999, Hewitt la gagne en 1999 alors qu’il est numéro 1 final en 2001 et 2002 et Nadal a soulevé la coupe en 2004. Finalement, seuls Courier, vainqueur en 1992, l’année de son sacre individuel, et Roddick vainqueur de la Coupe en 2007, quatre ans après avoir fini numéro 1 mondial de fin de saison dérogent à la règle (à part Federer et Kuerten bien entendu).
Ainsi, parmi le cercle restreint des leaders de fin de saison depuis 1983, peu de joueurs ont remporté la Coupe Davis une ou plusieurs années après avoir été consacré individuellement: seuls Edberg en 1994, Roddick en 2007 et Hewitt en 2003 le feront. Ce faible nombre est d’ailleurs relativement logique puisque après avoir été numéro 1 mondial, les joueurs déclinent normalement et il leur est donc plus difficile de mener leur équipe à une victoire finale en Coupe Davis si le reste de l’équipe ne progresse pas. Et seul Sampras remporte la coupe Davis comme numéro 1 mondial alors qu’il l’avait déjà remporté avant.
Quand on voit qu’Agassi n’a fait que 3 matchs de Coupe Davis à partir de 1999, année où il termine numéro 1 à l’ATP, l’hypothèse d’un passage au second plan de la Coupe Davis aux yeux des joueurs n’est pas absurde. Du moment que l’on l’a gagné une fois, la Coupe Davis serait ainsisacrifiéepour obtenirla place de numéro 1 de fin de saison.
Néanmoins, la présence continue de Hewitt en Coupe Davis avec l’Australie, même en 2001 et 2002, celle de Nadal, de Sampras en son temps, montrent que ce n’est pas une vérité absolue et qu’il y a sans doute un autre facteur bien plus important.
L’épouvantail
Le joueur qui termine numéro 1 mondial en fin de saison est souvent très bien placé assez rapidement dans l’année et il est même souvent numéro 1 mondial dès le début de l’année pour les multi-récidivistes (McEnroe, Lendl, Edberg, Sampras, Hewitt, Federer). Dès lors, son équipe apparaît comme une forme d’épouvantail de la compétition dès les premiers toursmême si le reste de l’équipe est faible (la Suisse d’avant l’éclosion de Wawrinka). Dès lors, il peut s’installer une forme de pression sur le leader et une très grande motivation chez les adversaires. Une défaite de Lleyton Hewitt quand il était numéro 1 mondial face à Nicolas Escudé était-elle possible ailleurs qu’en finale de Coupe Davis? Car, si le numéro 1 mondial a toujours la pression du favori pendant la saison, il existe une pression supplémentaire inhérente à la Coupe Davis. Bref, le statut de cible n’est pas forcément idéal pour un favori.
Conclusion
Finalement, plus qu’un manque «d’esprit Coupe Davis» que l’on peut retrouver chez certains joueurs cités (Agassi, Federer), la majorité des joueurs concernés a surtout dû composer avec un statut de cible dont il est difficile de se départir face à des équipes sur motivés pour battre l’équipe du numéro 1. Les échecs ne s’expliquent d’ailleurs pas forcément par la moindre qualité des joueurs qui accompagnent le numéro 1 (cf. Connors avec McEnroe en 1984). Et puis, comme la majorité des joueurs cités avaient remporté la Coupe une ou plusieurs années avant leur consécration individuelle, il est sans doute plus compliqué d’avoir une mentalité de mort de faim, condition sine qua non pour remporter une compétition de haut niveau où vous affrontez des adversaires qui arrivent le couteau entre les dents...
Il est difficile de concilier première place à l’ATP et participation active à une victoire en Coupe Davis.
Après, des numéros 1 comme Federer, Muster ou Kuertent étaient isolés dans leurs équipes nationales par rapport à des Sampras, Edberg, Becker, Nadal ou Agassi, issus de grands pays de tennis.
Oui.Wawrinka est arrivé un peu tard.
"Une défaite de Lleyton Hewitt quand il était numéro 1 mondial face à Nicolas Escudé était-elle possible ailleurs qu’en finale de Coupe Davis ?"
Oui à Wimbledon ^^
Intéressant et hyper-documenté mais limite trop fouillis.
Dans le premier paragraphe il faut lire "Courier en 1992" et non Connors, le lapsus est marrant !
Autre chose. Certes je sais que son nom n’apparaît pas sur la Coupe en face de l’année 2008, mais il n’en reste pas moins que Rafael Nadal est le principal contributeur de la victoire 2008 de l’Espagne (3 victoires décisives), donc pour moi il l’a gagnée (même s’il a dû déclarer forfait pour la finale). En comparaison, Courier en 1992 avait participé à la finale, OK, mais il n’avait apporté en tout "que" 2 points aux USA.
Quant à Becker, il gagne la CD en 1989 en même temps que deux GC, quand le n° 1 mondial Lendl n’en gagne qu’un. Cette victoire en CD vient donc couronner sa meilleure année.
Federer n’a pas eu l’esprit Coupe Davis jusqu’à présent, mais l’année prochaine il participera sûrement. D’ailleurs sa victoire en double avec Wawrinka aux JO l’avait remis en selle pour l’US Open.

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