La fausse note
Suspendu lundi par l’ITF et privé de Roland Garros, Richard Gasquet est désormais au coeur d’une tempête dont il aura bien du mal à réchapper.
Erreur de jeunesse pour
certains, faute inexcusable pour d’autres. Qu’on fustige Richard
Gasquet ou qu’on le soutienne, suspension il y aura.
Pendant trois
mois ou deux ans, suivant le jugement que portera l’ATP sur ce contrôle
réalisé lors d’un tournoi qu’il n’a finalement pas disputé, celui qui
avait tout pour devenir l’égal des plus grands ne pourra plus se servir
de son outil de travail en match officiel.
Sa compétitivité, son
image et son moral en prendront un coup qu’on peut redouter terrible.
Car il y aura de toute façon un avant et un après. Une soirée aura
changé le déroulement de sa carrière,une carrière jusqu’ici en dents
de scie et qui aurait mérité mieux eu égard au talent considérable du
Biterrois. Des traces de cocaïne, qui soitécrit en passant n’améliore
pas les performances sportives,ont été retrouvées dans son organisme.
Absorbée à son insu ou sniffée sciemment, elle ne pouvait duperdes
contrôles dont on peut tout de même se réjouir qu’ils soient de plus en
plus efficaces.
Richard
Gasquet savait depuis quelques semaines qu’il avait été pris par la
patrouille. L’inévitable et imminente officialisation du verdict ne l’a
pas fait déjouer à Rome, où il a battu Jo-Wilfried Tsonga et vendu
chèrement sa peau face au redoutable espagnol Fernando Verdasco.Une image abîméeMais
maintenant que tout le monde sait et que les observateurs se perdent en
conjectures, Richard Gasquet s’estime-t-il déjà radié du plus haut
niveau? Privé de compétition pour une durée encore indéterminée, par
vice ou par négligence, sera-t-il assez costaud pour revenir en sachant
pertinemment qu’il sera toujours soupçonné? A-t-il déjà enterré ses
derniers espoirs de cette gloire que tous les observateurs lui
promettaient avant l’explosion de son contemporain Rafael Nadal?
Il
le sait: un sportif professionnel, qui plus est constamment sous les
feux des projecteurs, se doit de donner l’exemple. Si en plus il
suscite l’admiration, il n’a plus le droit à l’erreur. Les objectifs
doivent être atteints et la légende ne saurait être écornée.
Depuis
samedi, l’ancien numéro un français sait aussi que ce qu’il faut
espérer n’être qu’un accident de parcours et surtout pas une dépendance
l’intéressé s’en est déjà défendu - sera relayé par les historiens du
tennis. Ils ne seront pas les seuls à se souvenir.
Quand Richard Gasquet retrouvera les courts, si tant est qu’il
en ait la force et l’envie, il aura bien du mal à éviter les huées
d’une partie dupublic. Ils pourraient raisonner longtemps à ses
oreilles, et il n’est pas évident que le soutien des joueurs français
s’inscrive dans la durée et lui mette du baume au coeur.
Le
prodige déchu peut encore sauver la face, à condition de bien préparer
sa défense et de soigner sa communication, ce qu’il n’a pas toujours su
faire, l’an passé notamment, lors d’une rencontre de Coupe Davis
Etats-Unis-France au cours de laquelle il avait littéralement
démissionné.
Peut-être qu’un mea culpa s’imposera, mais rien ne
dit que le demi-finaliste de Wimbledon 2007 voudra encore se justifier
et qu’il ne le ressentirait pascomme une énième flagellation.
Petit génie devenu paria
Richard
Gasquet va devoir faire le point, et il y aura forcément des
conséquences sur sa personnalité, son mode de vie et les relations
qu’il entretient avec son entourage. Faire la une d’un magazine
spécialisé à neuf ans n’est pas donné à tout le monde. Réaliser les
prédictions non plus.
Aussi
nul ne peutlui en vouloir de ne pas avoir (encore?)su répondre aux
attentes considérables du public, parce que nul ne peut juger de leurs
conséquences émotionnelles. Aujourd’hui, Richard Gasquet, petit génie
devenu paria, en paie le prix fort, mais peut-être a-t-il aussi tendu
le bâton pour se faire battre par ses détracteurs, ces éternels
impatients qui pour la plupart regardent Roland Garros au bureau, assis
dans leur canapé ou entrain de réviserleurs examens.
Sans doute
a-t-il commis une erreur lourde de conséquences, en ne gardant pas son
verre en main ou en cédant aux sirènes de la poudre blanche comme
pléthore de bien nés sans talent le font chaque jour. Dans les deux
cas, ceux-là estiment qu’il mérite l’opprobre, même s’il apparaît
clairement qu’il n’a pas voulu se doper. Sans doute aussi ne s’est-il
pas donné les moyens de ses ambitions et n’a-t-il pas suffisamment
travaillé pour monter plus haut.
Les
psychologues de comptoirs et autres moralisateurs livrent leur version
des faits. Parce qu’il vit comme un nabab, Richard Gasquet a selon eux
moins le droit que les autres de céder à la facilité. Poudre aux yeux,
franchissement de la ligne jaune: les jeux de mots douteux prolifèrent
sur la Toile. Ils parlent de mal-être, se demandent s’il l’a fait
exprès, parce que «c’est trop gros». La tentation d’enfoncer le
Biterrois est grande, mais elle est aussi d’une facilité dérangeante.
Car seul le microcosme des champions connaît son quotidien, etlui seul
est à même d’évaluer les sacrifices qu’il faut consentir pour faire
partie des meilleurs.
Un avenir en pointillés
Prédestiné
à devenir numéro un mondial et à inscrire son nom au palmarès de Roland
Garros, Richard Gasquet avait effectivement les moyens de faire mieux,
mais il a consacré toute sa vie au tennis. D’autres que lui auraient
lâché prise beaucoup plus tôt.
Il faut se faire une raison:
«Ritchie», ex-enfant star programmé pour gagner, est devenu un jeune
homme ordinaire, pas toujours mature et accessoirement capable de
déroger aux règles tout sauf souplesqui doivent régircette vie de
sportif et de modèle que peut-être il ne supporte plus. Rares sont ceux
qui croient en sa capacité de refaire surface, plus fort et plus
conquérant.
Surprotégé d’abord, surexposé ensuite, ilsemble
aujourd’huine pas ou plus avoirde repères, ne plus prendre de plaisir
et être prisonnier de sa destinée de champion. Il n’aura jamais les
biceps et la force mentale extraterrestres de Rafael Nadal, en partie
parce que le poids de la pression est trop important pour ses frêles
épaules. Elle lui a pris jusqu’à sa gnaque et n’est pas le seul fait de
ses formidables capacités techniques.
Déjà
cloué au piloris pour ne jouer qu’épisodiquement les virtuoses,
l’ex-Mozart du tennis a eu l’infortune de naître dans un paysen
mald’exploits tennistiques.
Son exigence d’excellence et
l’impatience de ses médias en avaient déstabilisé d’autres. Elles ne
conduisent fort heureusement pas toujours à la consommation de produits
illicites, passive ou intentionnelle, régulière ou épiphénoménale, mais
doivent faire partie intégrante de ce débat volontiers occulté qui
porte sur le traitement de nos champions d’aujourd’hui et de demain.
Et
pourquoi ne pas les laisser mener leur carrière comme ils l’entendent?
Pourquoi ne pas les laisser un peu tranquilles pour espérer autre chose
que des déceptions? A quand la fin des suggestions fallacieuses, des
conclusions hâtives et autres jugements radicaux? Le pire est
peut-être à venir pour Richard Gasquet, accusé auquel le doute ne peut
profiter.
On peut lui reprocher d’être l’ami de Sarkozy, et d’être dans la team Lagardère en suisse.
Pas d’avoir pris un peu de coke.
Trois choses me gênent dans cette affaire :
l’intrusion dans la vie privée,
quand un rugbyman se murge et tape tout ce qui bouge, c’est tout juste si ce n’est pas raconté avec un sourire en coin et là c’est l’affaire du siècle,
néanmoins, les discours "cool" sur la coke lus un peu partout sur les forums, je ne comprends pas. Il ne s’agit pas de diaboliser, juste de dire ce qui est bénin et ce qui ne l’est pas. Parce qu’au fil du temps l’escalade du "c’est pas bien grave" devient inquiétante. Depuis longtemps c’est "se prendre une bonne cuite de temps à autre, c’est pas bien grave", depuis une trentaine d’années, c’est "fumer 2, 3 pétards par jour c’est pas bien grave" et maintenant ça devient "un petit rail de coke de temps à autre c’est pas bien grave".
Pour résumer, j’en ai rien à battre que Gasquet ait pris de la coke un soir. Si ça ne me donne pas l’envie de le sermonner je ne vois aucune raison de trouver ça bénin sous prétexte que des fédérations pourraient sauter sur cette occase pour le radier parce que les réglements sont pas forcément suffisamment bien faits pour faire la part des choses.
En tant que joueur de Rugby dans un club très "anglais" je ne peux qu’appuyer le commentaire Capri sur la vie privée et les joueurs de Rugby :) Chacun sa merde et chacun sa vie !
Arnault
Salut GD, ça faisait longtemps. Pas grand chose à dire sur l’affaire, espérons qu’il soit convaincant dans sa défense et qu’il ne prenne que trois mois.
2 réflexions : dans les 70’s/80’s, tennisman, c’était un truc de rockstar, les sorties Borg/Geru/Mac ont été abordées récemment et avec les conditions actuelles de surveillance, le palmarès de l’open eut probablement été très différent (enfin, peut êtrese seraient-ils moins marrés). Les époques sont différentes, la précédente accordait au moins le droit à relâcher la pression, j’osepas trop le dire, mais quand je vois que la finale de RG de Pecci (plus que soupçonné) est la plus intéressante de toutes celles de Borg, je me demande si il faudrait pas... bon.
Et : la FIT semble quand même avoir plus de disposition à trouver la c que tout autre produit. Je me répête, mais l’histoire récente a montré qu’un test négatif ne blanchit en fait personne (Jones, Virenque, Armstrong, ...) pour que je crois vraiment à tout ce truc. Quand on parle de produit masquant, c’est pour le joueur où la fédé ?
je pensais pouvoir ne pas m’en rappeler à tant :GAUDIO a remporté le challenger de tunis.

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