Les flux RSS de L'Equipe.fr
le 8/04/2009

L’Osmose


Imprimer Ecrire un commentaire

Ces instants en or qui n’appartiennent qu’au sport, et à la passion de la balle ovale!

Tout commence par un chant. Des stades britanniques aux océaniens, une arène toute entière entonne son chant national. L’âme de la patrie! Il est bien souvent annonciateur de la température sur le terrain. Un hymne chanté rageusement par un pays revanchard est un bon baromètre de l’entame de match. Qui annonce dès les premiers instants si la partie sera morne et fade, ou excitante, enjouée et passionnante!

Les joueurs sont devant la tribune officielle. Bras dessus bras dessous. La longue chaîne humaine vibre, et se charge petit à petit d’adrénaline. Les supporters, ceux du stade comme ceux restés tranquillement derrière leur écran de télévision, emboîtent le pas de leurs joueurs. La foule toute entière est là pour donner force et courage à ses guerriers, dignes représentants de tout un peuple. Mais bien plus encore, pendant l’hymne, il n’y a plus de réelle distinction entre les joueurs et les supporters. Tous chantent leur amour pour leurs proches, et pour leur sport. Au sein même de l’équipe, il n’y a plus d’individualités, juste les "meilleurs" joueurs d’une nation qui vont se battre pour leurs compatriotes. Un hymne a capella, c’est une décharge électrique incommensurable qui se propage le long de l’échine dorsale. C’est un délicieux frisson d’impatience, une brève parenthèse intemporelle où tout un pays est fédéré contre un même adversaire.

Un score étriqué, l’affrontement se situe dans les cinquante mètres adverses. L’homme au sifflet lève son bras dans le ciel. Tout le stade a compris. "Avantage". L’action n’avance pas, l’arbitre revient à la faute. Bien souvent, il se terminera par un coup de pied au but contre l’équipe pénalisée. Le stade se réjouit d’avance de l’avantage. C’est tout un stade qui serre le poing et va assister à l’un de ses exercices préférés, le tir au but. Tous les passionnés d’un même pays sont alors de tout coeur avec leur maître artilleur, qu va se charger de sanctionner l’adversaire fautif. Dans le meilleur des cas, la gonfle est alors propulsée entre les deux grandes perches, et les supporters vont serrer et brandir fièrement leur poing. En cas d’échec, on peste, s’interroge sur la véritable qualité de son buteur. Une chose est sûre, la prochaine, il n’a pas intérêt de la louper!

Heureusement, il arrive parfois que l’avantage tourne d’une tout autre manière. Et contribue ainsi à écrire les plus grandes et belles histoires du grand livre du rugby. Malgré le mauvais geste, un grand mouvement d’envergure est engagé. De l’acte d’anti jeu initial va naître le sublime, va s’écrire la légende. Rythmée par les rumeurs passionnées qui sortent des travées du stade, une incroyable et fantastique remontée de terrain voit le jour, magistralement conclue par un essai. Pendant ces instants, joueurs et supporters ne font plus qu’un. Ils concentrent toute leur volonté sur leur seul désir de réussite, et vibrent ensemble ces moments d’intensité et d’émotion incommensurable. Ainsi, de temps en temps, il arrive que du pathétique naisse la perfection: une flopée d’émotions transmise instantanément à tout un pays. Ces faits restent rare, et c’est d’ailleurs ce qui en fait leur immense valeur. Infiniment plus transcendant que ces quelques trois petits points, à la saveur finalement bien fade et insignifiante...

La possession est dans les vingt deux mètres gallois pour l’équipe irlandaise. Menée d’un petit point. Une défense exemplaire et rigoureuse leur barre le chemin de l’essai, et du Grand Chelem. Une séance intenable de pick and go irlandais, pleine de maîtrise. Vient le moment du match. La complicité O’Gara - Stringer se charge de faire le reste. Que peut il bien se passer dans la tête de millions de supporters gallois et irlandais quand Peter Stringer expédie la gonfle vers O’Gara pour le drop victorieux? Quand Stephen Jones échoue d’un cheveu la tentative de pénalité cruciale?

Alors adversaires, les nations galloises et irlandaises sont paradoxalement unies et plongées dans le même état: l’insoutenable attente. Même les joueurs! Tous retiennent leur souffle, leur destin est dans les mains de leur ouvreur. Le ballon semble être arrêté. Le temps s’est ralenti. Ces quelques instants semblent une éternité. Puis vient la sanction. Tout se réaccélère. Immense délivrance pour certains, qui hurlent de tout leur coeur l’émotion et l’angoisse qui les habitaient. Grande déception pour d’autres. Ils sont déçus, dépités, anéantis. Atterrés par cet improbable échec, et cette fourbe et cruelle réussite adverse. Après une victoire de son équipe préférée, l’allégresse nous envahit agréablement, et les quelques temps suivants la rencontre ont un doux et savoureux parfum d’insouciance et de plaisir. Après une défaite, un amer goût d’inachevé subsiste pendant quelques temps. Seule une revanche pourra laver l’affront!

Les supporters sont comme victimes des faits et actes de leurs idoles. Ils ne peuvent rien faire, excepté soutenir leur équipe en donnant de la voix, et entonner des chants qui n’appartiennent qu’aux légendes! Quel Homme n’a jamais été parcouru d’un inexplicable frisson d’excitation en entendant des chants tel le Fields of Athenry, le Land of my Father ou le Flower of Scotland?! La foule est souvent qualifiée de XVIe homme, celui qui fait basculer l’équipe dans un état de quasi transe, avec une violente décharge de lyrisme et d’adrénaline. La foule fait parti du jeu. Elle est partie intégrante de l’équipe!

Grands bénéficiaires du spectacle, les supporters ont ainsi l’immense tâche de soutenir leur XV, même dans les moments les plus difficiles, les plus tendus et incertains. Le public est le reflet de sa propre équipe. Immense atout mental, transcendant et inexplicable, dont aucune sélection ne veut et ne peutprétendre se passer!

Quand l’osmose entre un public et son équipe est complète, on prend seulement alors conscience de la passion des Hommes pour leur sport favori.

Que c’est beau, un stade qui chante.

par Gzafier
bulle_commentaire.jpg Les derniers commentaires

par mustapha

le 8 avril 2009 à 18H12

L’Osmose

merci pour la passion et l’emotion que tu nous communiques au travers de tes sublimes papiers. Grand Bravo.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par momo12

le 25 avril 2009 à 16H23

par Foaly

le 8 avril 2009 à 18H20

L’Osmose

On va dire que j’essaie de retranscrire au mieux.. Parfois c’est pas terrible mais bon, on fait avec. ^^

Mustapha, de la part d’un doyen du Vox et vu la qualité de tes articles, ton commentaire me va droit au coeur, et tes compliments n’en sont que plus forts. ;)

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par Zézico

le 8 avril 2009 à 19H33

L’Osmose

Superbe récit sur les émotions ressenties et le lien qui parfois, uni une équipe à son public.

Merci pour ce moment de lecture agréable.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par Foaly

le 8 avril 2009 à 20H27

L’Osmose

Merci à toi Zézico. ;)

ET MON ZADAR. IL EST OU, HEIN ?

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus

par Zadar

le 8 avril 2009 à 20H48

L’Osmose

il est là, il est là... panique pas ! Y’en a qui bosse ! Non mais oh !

mecri de me faire revivre une fin de match que je n’avais pas pu suivre en direct. Je l’ai vu connaissant déjà le resultat final et c’est pas la même chose... une sensation étrange que celle du différé : une euphorie un peu artificielle, un sentiment de fatalité peu en accord avec ce qui se passe sur le terrain, là ou les joueurs tiennent en main leur destin, n’est ce pas messieurs Jones et O’Gara ?

Pour toute l’émotion de l’équipe, des coachs, du peuple, de la famille et du chien... je reste toujours circonspect après coup. Ouais c’était beau, mais pourquoi on s’est tous aimés d’un coup alors que 2h avant ça pouvait être le contraire. J’comprends pas. Mai y’a peut être rien à comprendre.

Réagir à l'article | Réagir au commentaire | Signaler un abus
Laisser un commentaire Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessus l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
Derniers Commentaires
L'auteur de L'Article
Ses derniers Articles