Claudio Chiappucci, à contre-courant
Il était unique. Il n’était pas le meilleur, mais il était différent. Son palmarès est faible mais ses exploits lui ont donné le droit de figurer au panthéon des grimpeurs. Aujourd’hui encore, son souvenir nous donne des frissons. Un cyclisme fait de panache et d’émotions, de coups de pédale sans calcul ... Un cyclisme diabolique.
Hé oui, à l’opposé des sangsues qui prolifèrent à vitesse exceptionnelledans les cols du Tour de France, dans la lignée des Jan Ullrich, Raimondas Rumsasou Cadel Evans, il existait jadisun coureur au tempérament volcanique,qui ne jurait que par l’attaque et la prise de risques.
Un coureur qui aurait du courir vingt ou trente ans plus tôt.
Né en 1963 à Uboldo, Claudio Chiappucci fait parler de lui pour la première fois en 1990, sur le Tour de France.
Lors de la première étape du dimanche matin, autour du Futuroscope, quatre échappés enterrent le peloton par uncoup de Jarnac sensationnel: 10’35’’ de permission pour Maassen, Bauer, Pensec et Chiappucci.
Que valent ces quatre là? C’est l’inconnue, la stupeur.
Les favoris, LeMond, Delgado, Breukink, Fignon et Bugno se retrouvent piégés. LeMond a un atout non négligeable avec Pensec, son coéquipier chez Z. Mais les autres devront se découvrir.
Au CLM de Vittel, Bauer pique le maillot jauneà Maassen, puis Pensec prend le relais et enfin Chiappucci, pris de jaunisse au sommet de l’Alpe d’Huez.
LeMond et Breukink se demandent bien comment piéger le Toscan.
Le grimpeur de la Carrera se retrouve esseulé sur la route de Saint-Etienne et lâche quatre minutes.
Mais il a encore trois minutes de marge pour signer le hold-up du siècle en ce mois de juillet 1990.
Dans l’étape de Luz Ardiden, alors que les favoris se regardent en chiens de faïence, Chiappucci attaque par surprise dans le col de Peyresourde. La meilleure défense, c’est l’attaque, se dit ce maillot jaune pas comme les autres.
Mais Indurain et LeMond auront le dernier mot en haut de la station pyrénéenne. Chiappucci n’a plus que cinq secondes d’avance sur l’Américain, tenant du titre.
LeMond croque le surprenant Italien au CLM du lac de Vassivière et gagne in extremis son troisième Tour de France. Chiappucci termine deuxième, devant Breukink et Delgado.
Au printemps suivant, Claudio ouvre son palmarès par une victoire dans Milan San Remo.
En 1991, Claudio n’a qu’un objectif: gagner le Tour et faire taire ceux qui pensent que son bel été 1990 n’était qu’un feu de paille. El Diablo est cité dans les favoris du Tour avec LeMond, Indurain, Bugno et Breukink.
Au prologue couru à Lyon, autour du parc de la Tête d’Or, El Diablo prouve qu’il n’a peur de personne. Il n’a pas sa langue dans la poche.
Répondant à un journaliste qui lui demande ses pronostics pour ce 78e Tour de l’Histoire, Claudio cite Breukink et Indurain en favoris suprêmes, devant Gianni Bugno. Point de Lemond à l’horizon.
Etonné, le reporter évoque le nom du triple vainqueur.
Réponse au vitriol de Chiappucci ... On ne peut pas gagner au Loto tous les ans.
Malheureusement pour le sympathique Greg, il ne pourra faire payer ses propos provocateurs à son dauphin 1990 ... Atteint sans le savoir par sa myopathie, le Yankee voit Chiappucci et Indurain partir ensemble dans les derniers lacets du Tourmalet.
Le panache de Claudio, vainqueur d’étape à Val Louron, enterre LeMond, Delgado et Herrera. Une page se tourne, une autre s’ouvre ... celle de Miguel Indurain, nouveau maillot jaune. Car Chiappucci a son talon d’Achille, le contre-la-montre.
Il finira 3e de ce Tour 1991 derrière le Navarrais et Bugno. En guise de consolation, El Diablo endosse le maillot à pois rouges du Grand Prix de la Montagne.
Battu par Indurain au Giro 1992, Chiappucci rêve de revanche sur le Tour de France. En conquérant de l’impossible, il va en faire une chanson de geste, un hymne au dépassement de soi, au refus viscéral de la défaite.
A Bruxelles, Chiappucci mène une échappée royale avec Jalabert et LeMond. Mais Indurain remet les pendules à l’heure lors du chrono de Luxembourg.
Piégé par son équipier chez Carrera, l’ancien lauréat irlandaisStephenRoche, sur la route de St Gervais, Claudio ne peut rien dans le Salève contre un MiguelIndurain serein.
Il se doit de tenter quelque chose pour entretenir l’espoir. Pascal Lino n’est qu’un maillot jaune éphémère. Indurain est le virtuel leader du Tour, rien ne semble pouvoir arrêter son implacable hégémonie.
Le diable va alors tenter de rendre la remontée vers Paris infernale. Point d’or ni de haie d’honneur pour Big Mig. Un chemin de croix sans répit.
La première station choisie par le diableest Sestrières ... 233 kilomètres de fugue dans les Alpes pour Chiappucci ... Indurain contrôle à distance mais c’est finalement lui qui connaît la défaillance en fin d’étape, alors qu’il fondait sur l’Italien. 1’45’’ entre les deux géants de ce Tour 1992 sur la ligne.
Acclamé par ses compatriotes déchaînés dans la station de sports d’hiver créée par la famille Agnelli, Claudio est revenu à 1 minute 42 secondes de Miguel.
Les autres coureurs, Bugno y compris, sont des figurants dans cette étape mythique. On les ramasse à la petite cuillère sur l’asphalte surchauffée des Alpes italiennes. Bugno à 2’57’’, Hampsten à 3’32’’, Fignon à 5’27’’, Theunisse à 7’36’’, Breukink à 8’55’’, aucun d’entre eux n’a su endiguer l’hémorragie temporelle déclenchée par Chiappucci.
Son panache exceptionnel a fait remonter des souvenirs dantesques dans la mémoire des suiveurs du Tour
Le coup de force Coppi en 1952 à l’Alpe d’Huez, l’exploit de Gaul en 1958 dans la Chartreuse,la toute puissance de Merckx en 1969 vers Mourenx,l’insolence d’Ocana en 1971 vers Orcières Merlette.
Chiappucci a couru cette étape comme une classique de printemps. Sans penser au lendemain.
Indurain neutralise son rival dans l’Alpe d’Huez et le distance dans le dernier chrono, Tours Blois.
Mais Chiappucci a marqué les esprits par cette victoire de légende. Dauphin de Miguel, il signe un troisième podium consécutif sur la Grande Boucle. A nouveau sacré meilleur grimpeur, Claudio suscite l’admiration de ses pairs.
Le déclin le guette pourtant. Sixième du Tour en 1993, il est impuissant face à Indurain et Rominger. Petite consolation avec une étape à Pau.
En 1994, il voit arriver dans la Carrera un autre grimpeur sensationnel, de sept ans son cadet. Marco Pantani va supplanter Chiappucci dans le coeur des tifosi. Claudio doit abandonner dans le Tour alors que Marco finira 3e.
Chiappuccirate ensuitede peu le maillot arc-en-ciel cette saison là sur le circuit sicilien d’Agrigente, battu par Luc Leblanc.
Onzième du Tour en 1995, Chiappucci ne fera plus parle de lui par la suite.
Mais comme Pantani après lui, malgré un palmarès indigne de son talent, Claudio nous aura fait voyager au pays des rêves. Bravo monsieur Chiappucci, et merci!
c’est surtout l’un des tout premiers à utiliser l’EPO et du coup, cela a révolutionné la course. Là où les anciens se rappellaient des exploits légendaires d’un Fausto Coppi parti au début d’une étape de montagne et qui résiste à tous ou bien de Merckx qui fait une chevauchée fantastique de 140 km dans les Pyrénées pour terminer au bord de l’épuisement, on se retrouve avec un coureur ordinaire qui les surpasse dans l’exploit. Évidemment, personne ne connaissait encore les vertus miracles de l’EPO
Le tempérament offensif d’un coureur n’a rien à voir avec l’EPO.
Indurain, que j’admire pour d’autres raisons, n’avait aucun panache tout en évoluant à la même époque que Chiappucci. Et l’on se doute que Miguel utilisait de l’EPO.
Arrêtons sans cesse de tout ramener au dopage. Certes il existe mais ce sport n’est pas que le dopage.
L’étape de Sestrières a été magnifique et je ne l’ai pas oubliée, quelle journée de suspens, mes amis !... Le Chiappucci avait du panache sur le vélo et c’était un sacré baroudeur !!!
A noter la belle étape de Franco Vona ce jour là, entre Chiappucci 1er et Indurain 3e.
Avec des tifosi déchaînés le long de la route.
Sestrières où Coppi acheva d’écraser le Tour 1952, tellement que Jacques Goddet et Félix Lévitan décidèrent d’augmenter le prix du deuxième du classement général pour motiver les vaincus (Ockers, Ruiz, Robic, Bartali ...)
Sestrières où Riis conquit son maillot jaune en 1996.
Sestrières où Armstrong s’imposa à la surprise générale sur le Tour 1999, montrant son profil de grimpeur moderne à forte cadence de pédalage. Armstrong qui s’était mis permis de consulter son cardio-fréquencemètre en pleine ascension, avant de reprendre son effort loin devant Zülle et les autres.
Depuis, le Tour n’y est jamais revenu.
je me souviens plus mais les 2 ennemis italiens se sont sacagés mutuellement lors d’une etape de montagne où Induraim été en difficulté , l’un des 2 sauva le Tour d’Inderain.Avec une equipe d’Italie comme dans les années 50 et 60 Indurain aurait perdu ce tour et Bugno et chiappucci au lieu de "se detruire" aurait largué l’espagnol.quel gachis ...
Etape de St Gervais que je mentionne. Chiappucci roule derrière Roche, Chiappucci relayé par Bugno. Banesto et Indurain dans un carrosse ...
Jolie présentation de ce coureur.
Suis un poil trop jeune pour l’avoir vu courir.
Un coureur dont on entend souvent parler, mais qu’on ne voit que peu dans les palmarès.
Il manque aujourd’hui des bagarreurs dans son genre, c’est très dommage

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