Les grands hommes des hauts plateaux
Athlétisme kenyan : l’Or des Origines (3/4)
Malgré l’incroyable densité du groupe kenyan qui semble parfois noyer les individualités sous le nombre, certains grands noms, pas toujours les plus titrés, se détachent de par leurs performances, leur impeccable état d’esprit, et l’influence qu’ils ont eu sur leur discipline.
Naftali Temu (1945-2003)

Le nom du premier kenyan à remporter l’or olympique à Mexico est mythique pour bien des amateurs de courses longues.
S’étant fait connaître par une victoire sur le recordman du monde Ron Clarke lors des Jeux du Commonwealth de 66 en Jamaïque, ce militaire kisii natif de Nyamira, sur les bords du lac Victoria, déclina rapidement après ses exploits mexicains (or sur 10 000 et argent sur 5 000) et se retira après un échec lors des séries du 10 000 à Munich.
Il se consacra alors à la formation des jeunes coureurs ainsi qu’à sa ferme de North Mugirango, reçue du premier Président kenyan Jomo Kenyatta en récompense de ses performances. Mais c’est malheureusement visiblement un manque d’argent qui l’empêcha de faire médicalement face aux problèmes de reins ou de prostate, selon les sources, qui le firent décéder le 10 mars 2003 à l’hôpital de Nairobi, à l’âge de 57 ans. Un hommage plein d’émotions lui fut rendu par le président du Comité National Olympique, Kipchoge Keino, médaillé aux mêmes Jeux que lui, qui déclara que «le Kenya et le monde (étaient) plus pauvres aujourd’hui, et qu’il allait, comme à tous les Kenyans, lui manquer».
Wilson Kipketer (1972)

Kalenjin de Kapchemoiywo, dans la vallée du Rift, il fut repéré très tôt par le grand Kip Keino lui-même, et ainsi envoyé à la St Patrick High School d’Iten dans la Rift valley, sorte de sport-études de la course de fond. Et c’est lors d’un premier voyage en Europe pour ses études de génie électronique qu’il fut séduit par le Danemark, pays à forte tradition de course longue, et plus encore par Pernille, l’une de ses représentantes, et qu’il demanda dès 1990 une naturalisation obtenue six ans plus tard.
C’est donc toujours en tant que kenyan que Wilson Kipketer se révéla et remporta son premier titre de Champion du monde à Göteborg en 95. Mais alors qu’il était invaincu toute l’année et avait déjà brisé plusieurs fois le record, sa nationalité trop nouvelle, car de moins de trois ans, lui interdit de participer aux Jeux d’Atlanta (96), et ce n’est qu’aux Championnats du monde d’Athènes en 97 qu’il confirma sa domination en emmenant de bout en bout la course, dix jours après avoir établi un record toujours en vigueur (1’41’’11).
http://www.youtube.com/watch?v=jmb3WZYjycc
C’est donc à Sydney que tout le monde pensait le voir décrocher l’or olympique, mais n’adoptant pas sa tactique habituelle, il se laissa prendre au piège d’une course lente, enfermer dans le peloton et ne parvint pas à passer l’allemand Nils Schumann dans le sprint final. http://www.youtube.com/watch?v=1VA_OOFfYyk
Wilson restait le meilleur quelques années mais devait désormais à 32 ans se battre contre l’usure de son corps autant que contre la concurrence et aborda à Athènes sa dernière chance de remporter l’or olympique. Mais le plus grand coureur de 800 de l’histoire, après avoir pourtant mené dans la dernière ligne droite, ne parvint pas à remporter la précieuse distinction et ne décrocha que le bronze. http://www.youtube.com/watch?v=YWsAACwEki4
Et bien que l’on pourrait imaginer amère le Roi de la discipline de n’avoir finalement pas, contrairement à l’éthiopien Miruts Yifter ou au marocain Hicham El Guerrouj, et notamment à cause d’un mauvais choix tactique en 2000, atteint son objectif principal, c’est au contraire un homme serein, assumant des choix difficiles pour sa carrière, et modeste, car comblé par un palmarès de trois titres de champion du monde, deux médailles olympiques (argent et bronze) et six records du monde, qui donna en 2005 des interviews pour annoncer son retrait définitif des pistes et exprimer son profond désir de transmettre son enthousiasme et sa passion. «L’ambition de gagner l’or olympique a été ma source d’inspiration, mais il est clair que mon objectif ne sera pas atteint, que mon temps ne va pas venir, je dois l’accepter».
Peut-être le plus grand spécialiste de l’histoire de sa discipline jamais sacré aux Jeux.
Moses Kiptanui (1970) également, premier homme à être descendu sous les huit minutes sur 3 000 mètres steeple, courut toute sa carrière après un Graal qu’il ne pu atteindre.

Très abattu, Kiptanui décida néanmoins de frapper en grand coup et marqua les esprits en faisant tomber successivement trois records du monde: après celui du 3 000 (7’28’’96), il devint en battant le mythique record de Saïd Aouita le second homme seulement à passer sous les treize minutes sur 5 000m (12’55’’30), puis le premier à courir le 3 000 mètres steeple en moins de huit minutes (7’59’’18). Avec deux nouveaux titres de Champion du monde de cette discipline en 93 et 95, il était l’incontestable favori des Jeux d’Atlanta, mais assura étrangement le train toute la course pour finalement ne récolter que l’argent en laissant son compatriote Joseph Keter s’imposer.
http://www.dailymotion.com/video/x3gqsn_3000m-steeple-atlanta-1996_sport
Il échoua ensuite dans sa tentative de quadruplé aux Championnats du monde d’Athènes et se retira de la compétition en 2002 pour devenir entraîneur, du médaillé d’or des Jeux de 2004 Ezekiel Kemboi notamment.
Paul Tergat

Né à Kabarnet en 1969 dans une famille Tugen, de l’ethnie des Kalenjins, Paul Bikii Tergat, plutôt tourné vers le basket, découvrit la course en 1990 en intégrant l’armée, qui en plus de lui permettre de nourrir sa famille, le plaça, en lui donnant l’occasion de se confronter à des athlètes de renom, dans un environnement fertile au développement d’ambitions appuyées par un succès immédiat lors de sa première course aux Championnats nationaux de cross-country.
Dur à l’entraînement au point de fragiliser son corps, Tergat n’éclata au plus haut niveau qu’en 1995, à 26 ans, en remportant le premier des cinq titres mondiaux consécutifs de cross-country qui le firent entrer dans l’histoire d’une discipline à l’époque fréquentée par les meilleurs coureurs du monde.
Mais ce furent ses duels avec son ami, l’immense champion Hailé Gebreselassié, pour la consécration sur piste qui marquèrent le plus les esprits. A quatre reprises, lors des Jeux de 96 et 2000, et lors des Championnats du monde de 97 et 99, Tergat fut battu par l’Ethiopien et se vit privé d’or à l’issue de courses devenues mythique par leur intensité. Celle de Sydney surtout, où l’on pensait le Kenyan enfin en mesure de battre son rival, fut d’un suspense sans égal, ne s’achevant dramatiquement que sur un écart de neuf centièmes de seconde entre les deux concurrents.
http://www.dailymotion.com/rel...
Tergat à 31 ans passa sur marathon et connut, après un temps d’adaptation, le «plus grand moment de (sa) carrière, sans aucun doute», en faisant tomber en 2h04’55’’ le record du monde du marocain Khalid Khannouchi à Berlin, le 28 septembre 2003, et en s’offrant ainsi une inamovible place au panthéon des athlètes kenyans et, comme le prouva la liesse occasionnée par son retour au pays, dans le cœur de ses compatriotes. Mais c’est encore Gebreselassié qui le déposséda de son bien quatre années plus tard en réalisant dans la même ville le temps de 2h04’26’’.
Toujours motivé mais victime de crampes d’estomac dues à l’absorption d’une eau trop glacée, il échoua à sa dernière tentative olympique à Athènes (10ème) et n’ajouta plus à son immense palmarès de quatorze médailles en compétitions internationales qu’une deuxième victoire sur marathon à New York en 2006.
Mais c’est en dehors des pistes que le déjà très respecté Tugen acquiert depuis 2004 une autre dimension: en même temps qu’il accompagne les jeunes athlètes de la base militaire d’Ngong, il affirma sa volonté d’agir pour les plus démunis et de faire profiter de ses expériences de la pauvreté et du dénuement qui lui «ont donné les vertus qui mènent au succès: le travail acharné, la volonté de vaincre tous les obstacles, ainsi que les valeurs d’honnêteté, de respect et d’excellence». Nommé Ambassadeur contre la faim du Programme Alimentaire Mondial de l’ONU, il ne tarda pas à créer la Paul Tergat Foundation, qui, destinée à apporter soutien nutritionnel et conseils aux enfants démunis, lui permit également de garantir une importante aide matérielle aux exilés du conflit de décembre 2007.
Aujourd’hui quasiment retraité et également businessman confirmé, le sage Paul Tergat souhaite utiliser sa notoriété pour diffuser lors de ses déplacements dans le monde un message de partage simple issu de ses observations: «Quand je voyage, je vois le gaspillage, je vois des débats sur l’obésité à la télévision et je vois combien de nourriture un seul homme peut manger, alors qu’ailleurs des gens meurent de faim. Saviez-vous que pour dix sept centimes, vous pouvez fournir à un enfant africain la nourriture d’une journée? Pensez à cela.»
Bravo LBF, enfin tu les as tes photos et quelles photos !!!
Pas le temps de commenter, mais sache que je garde tout ca pour un moment je sais quand. Bien precieusement.
Juste un rapide passage pour te dire que ta série d’articles sur les coureurs kenyans est superbe.
PA-SSIO-NNANT ! Je n’ai pas eu le temps de lire les deux premiers articles, donc je me suis dis que quand même ! Fallait pas pousser, si j’avais le temps de lire des articles du le tennis, je pouvais bien faire un tour du côté de l’athlé, surtout pour lire un sujet qui initialement m’intéressait.
Je n’ai pas grand chose à dire, sur la forme et le fond, tous ces coureurs m’ayant enchanté. J’aime cette grande finesse et ces grandes foulées, de véritables gazelles =P.
Par contre, comme j’ai envie de pinailler un coup ;), je vais dire que pour Kipketer, tu oublies un peu rapidement Sebastian Coe pour le proclamer plus grand champion de tous les temps du 800 (caractéristique commune, ils n’ont jamais été champion olympique sur 800).
Je ne pourrai pas du tout expliquer pourquoi (sans doute est-ce lié à l’attitude de course), mais j’ai toujours préféré les Kenyans aux Ethiopiens (ou alors est-ce parce qu’à l’époque où j’ai commencé à suivre l’athlé ce sont eux qui archi-dominaient le grand fond... maintenant ce sont des Qataris et des Bahreinois qui le dominent... les temps changent hihihi ^^).
Quel peine 12 votes 4-5 reactions avec la mienne...
Conseil faus un Gasqyet, ca reconforte...

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