La mort dans l’âme
Pour nos jeunes, pour nos anciens, pour tous nos morts et tous nos magiciens
Fils et frère de footeux, j’ai commencé à 6 ans sans autre modèle footballistique que mon père, mon frère et mes oncles. A la fin des 70’s, ça va paraître dingue pour les plus jeunes mais il n’y avait pas de retransmission à la télé à part les matchs de l’équipe de France qu’évidemment je ne pouvais regarder car trop petit; épi il y avait école le lendemain. Les pros, je les voyais statiques, sur les photos de l’Equipe ou Onze ou je ne sais plus quel périodique sportif. Difficile de se faire une idée du jeu pratiqué; ça les rendait encore plus légendaires ou fantasmatiques. Je ne sais même pas si avec les copains, nous étions au courant que Pelé ne jouait plus. Ça nous aurait dépassé: «Ben ... pourquoi qu’il joue plus? Il n’aime plus ça? C’est bête, c’est super le foot...». Des références par procuration donc. Influençables et influencés que nous étions. Je ne veux pas nous justifier mais à moins de 10 ans ... on fait ce qu’on peut en terme de choix. Heureux qu’on puisse en faire, déjà!
Alors, fils de stefs et frère de canaris, je n’allais pas chercher loin mon club. En cette fin des 70’s, je faisais mon footix et tombais dans le contingent de supporters d’un des deux grands de France, voire des deux pour ne pas me fâcher avec un membre de la famille. Mais attention, mon équipe préférée restait celle avec laquelle je jouais le samedi après-midi. Elle ne passait pas à la télé non plus. On prenait des raclées tous les week-ends, 10-0, 12-0, 15-0 ... quand on aime, on ne compte plus. Surtout qu’on ne savait pas compter aussi loin.
D’aussi loin que je m’en souvienne, j’aimais les jaunes par mimétisme avec mon frère aîné et aussi parce qu’il m’avait donné le poster de l’équipe de France du Mondial 78 (sympa le recyclage à pas cher). Sur l’image, le capitaine, c’était Henri Michel. Capitaine de l’EDF, pour moi, c’était un peu comme Captain América. Fallait avoir des pouvoirs magiques. Perdait jamais de matchs ce mec là. Il se serait envolé sur un terrain que ça ne m’aurait pas surpris. Les capitaines de l’EDF doivent savoir faire ce genre de chose. Les capitaines du Brésil aussi. Sûrement. Les capitaines de l’Allemagne, eux, je les voyais bien avec des bottes et une casquette.
8 ans. Vert et jaune donc. Un chouilla plus jaune que vert. Parce qu’Henri Michel et par proximité car Nantes, c’est à cent bornes de la maison. Pourtant, au stade Marcel Saupin, mon père ne m’a amené que deux ou trois fois. Le FCN recevait ... les verts évidemment ... c’est les plus forts. Bon public, meilleurs supporters ... patati patata...
Le dimanche 18 novembre 1984. J’ai 11 ans et j’ai été joué avec les copains au stade en face de chez moi pendant que mon père jouait son match de grands. Celui où ça crie fort. Celui qui se joue sur le super terrain (celui avec de l’herbe). Nous ne pouvions pas y jouer. Faut pas abîmer le terrain le samedi parce que les grands jouent le dimanche. Salauds de grands! Ils n’ont jamais l’air de s’amuser les grands. Leur match est fini donc je rentre. Dans la cuisine, mon frère écoute la radio et il ... pleure.
La radio annonce l’accident de voiture qui a coûté la vie à 3 jeunes près de Nantes. Jean Michel Labejof et Seth Adonkor sont morts. Sidi Kaba est grièvement blessé. 3 grands espoirs de la Maison jaune. Moins de 23 ans tous les trois. Sidi l’attaquant Malien, fini pour le foot. Jean-Michel, demi offensif Martiniquais, qui a eu sa première titularisation quelques jours auparavant. Seth, grand espoir du foot français et demi-frère aîné d’Odenke Abbey AKA Marcel Dessailly.
Né en 1961 au Ghana, Seth arrive à Nantes en 1973, en même temps que son jeune frère, de 7 ans son cadet, dans les valises de sa mère, récemment mariée à un consul de France. Il est titulaire depuis la saison 1983 chez les canaris parmi lesquels il s’est engagé à l’age de 14 ans. Physique hors norme, défenseur bon à tous les postes et qui le prouve en poussant vers le banc Oscar Muller ou Eric Pecout, Le prototype du milieu défensif néanmoins porté vers l’avant. Grand espoir du foot français. Certains disent qu’avec Seth chez les bleus, le passage à vide de la fin des 80’s n’aurait pas eu lieu. Seth et Basilou en défense centrale; il aurait fallu un panzer pour passer!
Au début de l’année 2008, je m’étais dit que j’allais faire un hommage à Seth sur le vox. Je me suis rendu plusieurs fois à la Beaujoire, muni d’une photo de Seth (cf. avatar) pour interroger les jeunes de moins de 24 ans, qui ne l’avait donc pas connu. Histoire de voir ce qu’il en restait. J’espérais qu’il en reste. J’ai montré la photo à une vingtaine de mômes. Non, ce n’est pas le père de Yannick Noah. Ce n’est pas non plus José Touré (bande d’ignares, sortez de mon stade), Non, Jackson Richardson n’a jamais joué à Nantes, encore moins au foot. Non, il n’a pas un faux air d’Eddy Capron. Six savaient qui il était et connaissait vaguement l’histoire. Non, il n’est pas mort sur le terrain. Non, les allemands n’y sont pour rien. Les Anglais non plus. Dommage, on aurait bien voulu avoir ça à leur reprocher.
Finalement, j’ai arrêté mon «enquête» après avoir montré la photo à un gamin de 12 ans accompagné de son père. Alors que je discutais depuis à peine une minute avec le gamin, j’ai relevé les yeux et j’ai vu ce jeune papa, la trentaine juste passée, «my génération», les larmes aux yeux. Il n’était pas triste à cause de Seth. Juste triste de ce putain de dimanche. Juste ce triste souvenir de mômes. Juste triste pour nous seulement. Triste d’avoir été triste. Tout ça remontait d’un coup. Il n’y avait plus pensé depuis au moins quinze ans. Il y avait mon frère dans ce jeune papa. J’ai regardé le match mais j’ai rien vu. Un peu chamboulé. De toute façon, le match était pourri. Oui oui! Encore!
Seth, Jean Michel et Sidi ne sont pas des martyrs du FCN. Ils ne sont pas non plus une tragédie qui touche nos vies de tous les jours. Leur mort est avant tout un drame pour leur famille. Nous avons été touchés, tristes, éplorés pour certains. Mais notre vie n’était commune à eux que deux fois 45 minutes par semaine. Le drame, c’est leurs familles qui le vivent. Il n’y a pas de remplaçants dans les familles.
Une
précision nécessaire pour ceux qui veulent y voir une
commémoration ou un acte fondateur de je ne sais quoi. Ne pas
y donner plus d’importance que ça n’en a. Juste du foot
tout ça. Nos vies ne s’arrêtent pas à l’absence
de quelqu’un qu’on ne connaissait qu’à distance. Je ne
sais pas trop où je voulais aller avec mon pseudo sondage.
Montrer que Seth est immortel? Qu’au FCN, il y a une
mémoire? Un passé connu de tous? Un peu con
quand j’y pense. Mon côté ultra. Dévôt
peut-être. Groupie? J’sais pas. ça doit être pareil partout.
Il y aura toujours des geeks pour connaître le moindre détail de leur sujet de prédilection. Toujours des historiens du club pour glorifier notre gloire passée et ses héros. Sur les forums de supporters, il y a des gars qui prennent Adonkor, Labejof ou Kaba comme identifiant. Je vois chaque année des supporters avec le nouveau maillot floquée du nom d’un des disparus. Il n’y a pas de commémoration morbide. Pas de tristesse glauque chez ces jeunes qui ne l’ont jamais vu jouer. Ils sont des noms sur un palmarès, donc ils sont à nous. Les échecs, les drames et autres faits divers comme les titres ou les victoires alimentent les moments communs et nourrissent l’histoire collective d’un club. Ceci doit être pareil au Torino, à Manchester, Liverpool ou Bastia.
En bien ou en mal, ça appartient au club. Des moments partagés, des sentiments communs, des souvenirs... tout ça participe à l’identité que l’on veut bien trouver dans son club. A Liverpool, à Glasgow, à Rio, Turin ou Séville comme à Nantes, on ne marche jamais vraiment seul quand on va au stade.
A
11 ans, quand on a été épargné par les
drames familiaux, l’expérience de la mort est frappante. Mon
frère était effondré. Moi j’étais
surtout triste de voir mon frère pleurer. Trop jeune pour me
rendre compte. Ils auraient été de la famille, c’était
pareil. Juste le sentiment d’être concerné et d’une
appartenance. Soudain, la mort de quelqu’un qui n’appartenait pas
à mon cercle familial ou de connaissance, faisait irruption
dans ma vie et me touchait. Je n’ai pas choisi le FCN, c’est lui
qui est venu me chercher ce p.... de dimanche. Dans ma cuisine!
Supporter le FC Nantes, c’est pas facile toutes les saisons. J’aurais mieux fait de prendre le Real ou Manchester. Mais allez expliquer ça à un gamin qui croit qu’Henri Michel peut voler!
Voilà
pourquoi moi, depuis de dimanche 18 novembre 1984... c’est les
jaunes... ad vitam...
Et
vous? c’est quoi votre club? pourquoi?
http://cthibou.labrute.frvener me defier
Bonjour et bonnes fêtes à tous.
excuse pour cette insertion...
De retour de vacances je découvre le texte de Mister M. Comme tout le monde le signale, un peu tardif.
Sincèrement, je m’attendais à de véritables propositions de fond.
Sportvox a le choix entre devenir un forum-tribune ou un site de sport avec une certaine portée internationale.
Je ne partage pas le diagnostic de Mister M selon lequel la virulence a augmenté. Il y a un an c’était bien pire.
Ce qui se passe c’est que l’investissement des rédacteurs a augmenté sans pour autant trouver, en retour, une augmentation de la satisfaction ou une certaine forme de récompense.
Pour ma part, je crois qu’il faut un site qui développe, entre autres aspects, la CULTURE du sport. Sinon, autant discuter avec le gardien de l’immeuble.
En d’autres termes, disposer d’un canal qui soit apte à élever le niveau et de valoriser le travail des nombreux auteurs.
Cela ne veut pas dire exclure les textes d’actualité : au contraire. Cela veut dire leur donner une autre profondeur que celle de la presse quotidienne. Utopie ? Non. Les articles des années 50 étaient autrement plus profonds que ceux d’aujourd’hui. Sportvox ne doit pas suivre la pente de Téléfoot.
Pour y parvenir il faut attirer de NOUVEAUX rédacteurs experts. ET POUR LE FAIRE IL Y UNE SEULE SOLUTION : TROUVER UN SYSTÈME DE MINIRÉMUNÉRATION COMME CELA A ÉTÉ PROPOSÉ SUR AGORAVOX OU COMME CELA SE GÉNÉRALISE DANS DE NOMBREUX SITES CITOYENS. Ou bien une sélection de textes à éditer sur papier avec droits d’auteur.
Le respect commence par la reconnaissance du travail, et celle-ci par la rémunération, aussi symbolique et minime soit-elle.
Bonne année à tous, Pilo
Un Sportvox où je n’aurais pas ma place.
Mais c’est la vie, les plus forts auraient du pognon grâce à leur culture, les autres ne feraient plus que lire. Ils n’écriraient plus, ne pouvant rivaliser avec la culture d’autres personnes.
Moi j’aime bien les discussions café des Sports. Bon d’accord parfois c’est vraiment bas. Mais pour moi qui fait des études, je réfléchis assez pendant la journée (quoique) pour me prendre la tête sur du sport après. Si je viens ici, c’est pour décompresser.
Après rien n’empéche d’élever le niveau, mais il ne faut pas arriver à quelque chose d’élitiste.
@ Pierre
On ne peut pas retirer le but lucratif des intentions de sportvox qui consiste, tout du moins, à ne pas être endetté.
Et pour cela, c’est comme pour tout média, il faut trouver le juste milieu entre apporter de la culture et rentabiliser au mieux tout le travail fournis.
On sait pertinemment qu’un article sur Marseille, Lyon ou Paris intéressera un bien plus large publique que la mort du jeu hongrois dans les années 70.
Alors sans pour autant faire la politique du chiffre où l’on ne se préoccupe pas de la qualité, il faut quand même prendre en considération l’aspect "nombre de lectures", qui permet aussi à ce site de continuer d’exister.
De plus, il y a un aspect que tu ne prends pas en compte. En dehors de la culture, qui me semble aussi essentielle, il y a ce facteur "style" qui est très important. Car comme tu l’as dit, sportvox n’est pas un média comme les autres. Il n’y a pas cette recherche de l’information à la seconde. La part de réflexion est peut-être plus présente car elle a plus le temps de mûrir. Sur tous les autres sites d’actualités, l’article doit être pondu 30 minutes après le coup de sifflet de l’info, ce qui ne laisse pas beaucoup de place au raisonnement.
En ce sens, sportvox a un atout majeur. Mais si l’aspect culture et réflexion est important, le style l’est tout autant. Car le temps dont bénéficie les auteurs pour écrire leurs papiers peut aussi servir à apporter une réflexion au niveau de la forme, et non pas que du fond. C’est ça aussi la force de sportvox, proposer des articles aux styles originaux et agréables à lire. Il n’y pas que le fond à proprement parlé.
Et puis le dernier atout selon moi c’est sa diversité. Sportvox a été crée à la base pour proposer à des passionné de sport en tout genre de devenir rédacteur, d’être des acteurs et non plus des spectateurs. Il n’y a donc pas que la qualité à prendre en compte, mais l’aspect humain de la chose qui permet les débats d’avoir lieu en n’excluant personne. Et si vous jetez un coup d’œil sur tous les autres forums, je n’en connais pas beaucoup où ça se passe aussi bien qu’ici. Je pense que cette diversité de papiers y est pour beaucoup.
On peut vouloir faire un résumé du match de la veille sans y ajouter une analyse poussée ou un style débridé. Le fait de permettre à chacun de devenir rédacteur, c’est l’intégrer et le faire progresser. C’est essentiel pour sportvox. Cela dit je suis d’accord avec toi pour dire que les auteurs méritent reconnaissance et considération. Mais sur ce point, j’avouerais que je ne sais pas trop comment la mettre en pratique.
Enfin, dsl d’avoir "pollué" ce très bon papier, qui va dans le sens que l’on peut écrire des choses intéressantes et être suivis.
Meilleurs voeux à tous pour cette nouvelle année,que Sportvox évolue positivement pour donner à tous ceux qui fréquente le site plus de satisfactions et de plaisir et permette à ceux qui l’ont déserté d’y revenir avec plaisir et conviction.
Je partage assez l’avis de Pierre, en particulier pour ce qui est d’un intéressement concret des auteurs. Pas forcément financièrement, même si c’est un moyen non négligeable de favoriser l’investissement de chacun et la qualité des articles. Mais l’idée d’une publication papier des meilleurs articles est intéressante, rejoignant peut-être d’une façon plus formelle le fameux "Vox d’Or", bien que celui-ci était plus envisagé comme un moyen convivial de mettre en avant certains auteurs et articles.
Bien entendu, le jury devrait être composé de professionnels, journalistes et créateurs du site, histoire de ne pas tomber dans un système "Star Ac’". Ce qui n’empêcherait pas, loin de là, le maintien du système actuel où chacun peut publier et commenter selon ses compétences et sa passion. Cela pourrait créer une émulation ou en tout cas inciter chacun à soigner davantage la forme et donner plus d’importance au fond...
"ceux qui fréquentENT le site"
Je pense, par exemple qu’une publication mensuelle d’un article dans "L’Equipe Magazine", puisque ce journal à un "lien" avec Sportvox, serait très gratifiante pour l’auteur du mois, et vue la qualité de certains articles, ne pourrait qu’enrichir ledit magazine... Bon, c’est une idée utopique qui n’est peut-être pas réalisable concrètement, mais ce n’est qu’une idée justement...

> Le tennis, sport peu bankable ...
Bonjour à tous,Une petite bafouille sur Guga. Suite à une fausse manip, il n’est pas dans la r ...
> Qui pour la succession... ...
Tiens, je suis presque d’accord avec toi, sur ce coup (voir plus haut)... ...
> Des fèves pour Metz Handball ...
Handball féminin : Metz à nouveau Champion de FranceBattu lors de la finale aller du championna ...
> Qui pour la succession... ...
Yes, me rattraperait demain, mais j’avais pas mal de taf aujourd’hui... ...
> Pirelli dénature-t-il la F1 ? ...
Désolé Axel mais je ne suis pas spécialement d’accord avec toi.Je reconnais que voire les qual ...
> Athlétisme : le triptyque des grands meetings lorrains ...
Athlétisme : Metz et Sarreguemines montent d’un cran.L’Athlétisme Metz Métropole (A ...
> Le tennis, sport peu bankable ...
Bon et comme chaque annee la même question : qui est le francais qui ira le plus loin a Rg  ...
> Qui pour la succession... ...
Generaltu ne fais pas vivre le debat... ...
29/11 19h22
Le retour des cocus ?
Le FC Nantes a battu Clermont vendredi soir sur le (...)
Quel entraîneur pour Rennes ? ...
Un sorcier blanc : Parce que le Stade Rennais a été marabouté cette saison, rien d ...
Le tennis, sport peu bankable ...
Si Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer, les virtuoses du circuit, sont à l’abri ...




