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le 22/05/2008

L’incroyable revanche olympique d’un éternel battu, en fin de carrière


La victoire de Mimoun au marathon de Melbourne 1956

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Il a attendu la fin d’une carrière exemplaire pour gagner son pari le plus fou: remporter son premier marathon pendant les Jeux! Toujours deuxième derrière l’inclassable Zatopek, il a juste tenu une course de plus que son idole. La revanche de Mimoun, c’est celle de la volonté, du courage et du don de soi.

Le toubib qui l’examine en Australie fait une drôle de moue. Mimoun s’inquiète: "Is no god? ". Son coeur s’affolerait presque. va-t-on lui annoncer qu’il ne peut pas courir son marathon? " No, rigole le médecin. Very god!" Trente sept pulsations par minute, le doc n’a jamais vu ça. Mimoun s’en va rassuré. Trois fois médaillé d’argent, sur 5000 et 10000 m, en 1948 et 1952. Trois fois battu par l’unique Zatopek, Alain Mimoun accuse 36 ans passés lors de ses derniers JO. A Melbourne, il a décidé de lancer le pari le plus fou de sa carrière. Pour sa sortie, il courra le premier et le dernier marathon de sa vie. La nuit précédant la course, il a serré sur son coeur un télégramme. Une fille vient d’agrandir sa famille, il l’appellera Olympe.


Le lendemain, au réveil, il n’en croit pas ses yeux. Les premiers rayons de soleil d’un beau jour de l’été austral chauffent son visage buriné. C’est bon ça! Le dossard 13 et un soleil d’enfer, avec une petite prière à Notre-Dame de Lisieux en option, il ne demande rien de plus, Alain. Au fond de lui, Mimoun sait bien que ce sera ce aujourd’hui ou jamais. La chaleur qui mouille les maillots du premier kilomètre est sa meilleure alliée.


Après 10 kilomètres d’un parcours poussiéreux sur un bitume fondant, quand il n’est pas délabré, il fait partie du premier lot, où les Finlandais Kotila, Karvonen, Oksanen, le Yougoslave Mihalic, les Soviétiques Filine, Ivanov et l’Américain Kelly spnt rouges comme des tomates! Et Zatopek? Disparu, déja! Ce dernier présage n’est pas le moindre pour le Français, si souvent interdit de bonheur par le tchécoslovaque. Il se dit: " Zatopek est vaicu, je ne peux plus perdre."


Au 20e kilomètre, une côte raide se présente. Mimoun baisse la tête et plante ses chaussures dans l’asphalte. Il ne veut pas ralentir, surtout ne pas montrer de faiblesse. Au sommet, il se croit distancé... Il lève la tête: personne devant! Quand il se retourne, prêt à cracher son dernier souffle, il n’en croit pas son regard. En bas, dans un lointain tremblotant, les silhouettes de ses adversaires dansent comme des pantins. "ça m’a fait peur, confiera-t-il plus tard. Pour mon premier marathon, j’avais imaginé lâcher les autres sur une accélération. Là, c’est au train qu’ils disparaissent". Peur de connaître lui aussi une défaillance. les kilomètres durcissent ses mollets. la chaleur, il y a encore quelques instants sa meilleure amie, devient intolérable.


A mi-parcours, Mimoun tourne à angle droit et revient vers ses poursuivants, uniquement séparé d’eux par une mince palissade. Seul son oeil est encore allumé, comme le sourire qui creuse son maigre visage. Dans un rictus, il les toise. D’abord Kelly, agonisant. Ensuite, Filine et Ivanove, les deux Soviets qui n’ont rien de suprême. Mimoun se fend d’un signe de la main. L’ombre de Zatopek, enfin... Au contrôle des 30 bornes, il a failli boire, s’arrêter pour s’asperger d’eau. Il a résisté à la sourde tentation. Lui l’éternel battu voit le stade à portée de regard. Un mirage. Une illusion! Il reste encore 10 kilomètres à transpirer de la douleur. " A ce moment, c’est la terrible défaillance, racontera Mimoun. C’était mon premier marathon et je me suis cru perdu. le soleil me frappait comme un boxeur, mes jambes me faisaient de plus en mal. Heureusement que j’étais seul, sinon, avec des types à mes trousses, j’aurais douté."


Pour les autres, c’est pire et, personne n’a pu suivre son train d’enfer. Dans sa tête, une phrase brouille toutes ses perceptions. Comme un dément, il se répète: " ... ta dernière chance... ta dernière chance... " Quand il sort de son brouillard intérieur, il entend des vivats, " Come on Frenchman! ", et aperçoit le stade. Cette fois, c’est vrai. Il s’arrache du tunnel et pénètre en pleine lumière.


L’ovation monte des tribunes et submerge le petit coureur qui, huit ans plus tôt, avait été classé athlète de seconde zone, " Courageux, mais dépourvu de talent. " Encore 300 mètres.


Sous les acclamations, il coupe un fil d’Ariane patiemment remonté depuis huit ans. Il se retourne: toujours personne. Il écarte les officiels qui l’entraînent. Il veut rester sur cette piste à une seul étoile. Bientôt il se jette dans les bras du Yougoslave Mihalic, puis du Finlandais Karvonen. Un murmure salue l’arrivée de Zatopek, qui s’écroule, la tête dans l’herbe. Il mettra une étérnité pour se relever. Lentement, il va vers Mihalic, qu’il croit vainqueur... Presque timidement, Mimoun lui fait signe. Alors Zatopek s’immobilise: " C’est toi? Je suis heureux! C’est bien ton tour... "

bulle_commentaire.jpg Les derniers commentaires

par Lionel

le 22 mai 2008 à 10H32

L’incroyable revanche olympique d’un éternel battu, en fin de carrière

Superbe ! Ton mailleur article.

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par Mad Martigan

le 22 mai 2008 à 10H42

L’incroyable revanche olympique d’un éternel battu, en fin de carrière

"Is no god ?", non je ne crois pas que Mimoun était un Dieu, quoique...lol

Bon je vois que les récits de marathon vous inspirent !

Elias commence à mettre du fun dans sa technique, c’est la mue printanière...

Et puis Mimoun est un type incroyable, un livre d’histoire à lui tout seul, et quelle gouaille !

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par lezard

le 22 mai 2008 à 10H43

L’incroyable revanche olympique d’un éternel battu, en fin de carrière

bravo, c’est beau, c’est le vrai sport !

je savais pas tout ça, donc merci ; finalement, la course à pied, y’a pas mieux.

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par lezard

le 22 mai 2008 à 10H44

L’incroyable revanche olympique d’un éternel battu, en fin de carrière

sur l’individu mimoun, quand je lai entendu parler, c’était la cata ; donc permettez-moi de mettre un bémol là-dessus.

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par Jacques

le 22 mai 2008 à 10H46

L’incroyable revanche olympique d’un éternel battu, en fin de carrière

yes

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par deco

le 22 mai 2008 à 10H53

L’incroyable revanche olympique d’un éternel battu, en fin de carrière

Très bel article et très belle histoire.

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