Les Jeux du Cirque
« Ave Pognon, ceux qui vont jouer te saluent »
Un titre et un sous-titre volontairement provocateurs, vous l’aurez compris, pour un sujet à facettes multiples, souvent abordé dans les commentaires journalistiques, mais que j’ai voulu traiter un peu comme s’il y avait une filiation directe entre les jeux du cirque et le football-spectacle d’aujourd’hui. Bien sûr on relèvera nombre d’exagérations dans cette «analyse» sans prétention, mais il s’agit bien entendu d’une caricature correspondant à une vision un peu pessimiste du football d’aujourd’hui.
Dans une société morose, où «le petit peuple» a peu d’accès à la culture par manque de moyen
et d’éducation, où les plus riches ont un besoin de pouvoir exacerbé, un
exutoire passionnel et ludique s’avère souvent indispensable. Petit à petit,
grâce à ses qualités propres, mais grandement aidé par l’hypermédiatisation de
notre époque, le sport et en particulier le football s’est imposé comme le plus
important de ces exutoires, rejoignant les Jeux du Cirque de
1) Le lieu: l’arène est comparable, grand nombre de spectateurs, une entrée théâtrale par le couloir qui mène au lieu du «combat», la tribune présidentielle où se regroupent les pontes et leurs invités.
2) La tenue: chaque équipe à son uniforme, et chaque «combattant» ses signes distinctifs (pour les footballeurs son nom et son numéro. Autrefois il n’y avait que le numéro, standard d’ailleurs puisque les joueurs étaient numérotés de 1 à 11, comme dans les compétitions de jeunes ou amateurs. Aujourd’hui, on accentue la starisation des joueurs en leur affectant un numéro pour la saison, voire pour toute leur carrière en plus de leur nom inscrit sur le maillot).
3) La mise en condition: La présentation des joueurs est un élément également important, en particulier pour «chauffer» le public. Dans la compétition majeure (Ligue des Champions) un hymne est joué: à quand les trompettes romaines? L’arrivée des joueurs sur la pelouse, la présentation orale très orientée par le speaker de service avec les silences indispensables pour laisser les supporteurs s’exprimer, tout cela est aujourd’hui habilement étudié et programmé. On peut ajouter l’échauffement public des joueurs qui pourrait très bien s’effectuer entièrement ailleurs (salle spécialisée, terrain annexe). A quand le palmarès de chacun et le nombre de victimes exécutées?
4) Le public: Il se divise en plusieurs catégories: les curieux, qui viennent au stade comme on va au spectacle, sans passion débordante, avec comme principaux centres d’intérêt la qualité du jeu, l’aspect esthétique ou «artistique» ou plus simplement pour l’ambiance, le bain de foule... Et puis il y a les supporteurs purs et durs, virulents, la plupart du temps peu objectifs qui sifflent ou injurient l’arbitre ou les joueurs adverses à la moindre faute sifflée ou non sifflée, au moindre tacle de l’adversaire ou à la touche litigieuse... Attention, ils sont très versatiles: si leur équipe les déçoit, ils n’hésiteront pas à conspuer leurs propres joueurs, ou même plus... Leur propre vie semble en jeu à chaque match, et l’adversaire est un ennemi à abattre à tout prix. Je crie «Pouce!», ni baissé, ni levé: le football est un sport pas la guerre!
5) Le vocabulaire: Là on touche au sublime: les commentaires, aussi bien ceux de la presse que ceux du café du commerce, sont particulièrement guerriers: tacle meurtrier, se battre jusqu’au bout, vaincre ou mourir, arme défensive... J’en passe et des biens pires. La guerre est déclarée! Tout est permis, même l’intolérable: propos racistes ou vengeurs (descendre l’adversaire...).
6) Le mécénat: Autrefois c’était la ville qui jouait en grande partie ce rôle (dans certains cas même l’état: Real Madrid par exemple). Aujourd’hui, ce sont de grands groupes financiers ou industriels ou des multimilliardaires qui jouent ce rôle. Soit par intérêt (publicité), soit pour affirmer une puissance ou un égo démesuré, parfois sûrement pour blanchir un argent pas très propre. Je m’abstiendrai de citer des noms, chacun reconnaitra les siens... Chez les Romains, les «munera» privés étaient déjà.... légion!
7) Le recrutement: Les
joueurs sont des marchandises qu’on achète, souvent au-delà des frontières dans
le but de gagner certes, mais aussi de faire du profit si l’achat s’avère
rentable. On entend souvent: le football donne un but, un espoir aux
jeunes défavorisés. En effet c’est dans les classes populaires qu’on recrute la
plupart des futurs Zidane ou Benzema... Mais pour quelques élus, combien restent
ou retournent dans l’anonymat et dans la pauvreté, sans formation, sans
culture, parce qu’ils ont tout donné au foot pendant leur jeunesse:
certains gladiateurs gagnaient leur
liberté et pas mal d’argent déjà, mais combien mouraient dans l’arène? Et
nombreux étaient recrutés dans les peuplades conquises et asservies
(colonies?)... Bien sûr, l’espoir est important, mais il conviendrait de
bien mieux prévenir les échecs et donner
des bases indispensables, avant tout, à tous nos apprentis footballeurs... Des
efforts sont faits dans ce sens par certains clubs, mais c’est loin d’être la
majorité d’entre eux (je ne parle pas que de
8) L’utilisation politico-médiatique:
Sans insister outre-mesure sur ce point, juste un petit rappel de
9) Les conséquences: Elles sont communes et multiples: «Donnez leur du pain et des Jeux».... Evidemment, pour beaucoup, supporter une équipe permet de mieux supporter la vie, d’oublier les tracas quotidiens... Tant mieux! Mais occulter presque tout le reste, ce qui est souvent les cas des fanatiques, me fait penser à une citation de Marx: «La religion est l’opium du peuple». Je dirai ici: «Le football est la drogue d’une partie du peuple». Certains pardonnent moins une injustice d’arbitrage qu’une injustice sociale ou gouvernementale qu’ils ne perçoivent même pas... D’autres en arrivent à s’insulter, voire à se battre pour un match, une équipe... Il n’y a qu’à suivre l’actualité et lire certains coms sur ce site.
En conclusion, je précise que j’aime le foot et les supporters de toutes les équipes, tant qu’ils sont capables de relativiser son importance dans la «vraie vie», de faire preuve d’humour, de tolérance, d’autodérision et de capacité à échanger des idées et des sentiments, et pas seulement sur le football... La passion, oui, mais pas aveugle! En somme, faire preuve d’humanisme...
Ce qui a motivé cet article, c’est la lecture de nombreux posts sur ce site: la qualité de certains (humour, objectivité même relative, autodérision...) et aussi la vulgarité gratuite et totalement inacceptable de certains autres.
Les commentaires et critiques constructifs sont les bienvenus. Les autres, bof.... Sans intérêt, comme leurs auteurs...
Je vote oui pour ton article, j’aime cet état d’esprit. Je trouve ça intéressant de parler de foot de cette manière donc bravo. Je pense aussi que dans un sport dont le vocabulaire est lié au registre de la guerre, c’est pas mal de remettre en première ligne la passion, l’humanisme, l’autodérision et la tolérance comme tu le dis...
Cher comité de Validation de Sportvox,
Je me permets, au nom de l’ensemble des sportvoxiens, de protester quant à l’exclusion abusive d’Esco.
Nous avions déjà remarqué une certaine censure, à certaines périodes bien précises.
L’exclusion d’Escober est honteuse car radicale.
Un certain nombre de mes camarades et moi refuseront de publier des articles tant que Esco ne sera pas de retour.
Je vous prie d’accepter au moins de nous entendre, de donner réponse à nos attentes car ce sont nous qui alimentons votre site. Il se veut participatif. Vous auriez dû demander notre avis. La consultation des sportvoxiens peut aussi être demandée quant à au respect des règles.
La grande majorité des commentateurs dont Escober permettent au site de Sportvox de fonctionner, d’ouvrir le football à un large débat d’idées, de convictions etc...
Nous respectons tous la charte. N’avons pas manqué de vous signaler tout égarement ou non-respect de cette charte.
Escober a défini un avatar douteux : pourquoi l’exclure alors qu’il aurait été de bon ton d’avoir une démarche de non-sanction directe.
Pourquoi une sanction aussi dure et finalement peu participative de votre part ?
Au noms de tous les sportvoxiens, re-donnez le plaisir de discuter avec Esco...
D’avance merci.
Miossec59
Le parallèle foot/jeux du cirque est évident.
Bravo pour l’article.
Excellente comparaison. Mais la différence essentielle c’est bien le jeu lui-même ! Le football, sur le terrain, n’est pas (que) un combat où il faut détruire l’adversaire, mais aussi surtout construire du jeu. Elaborer des gestes, des actions, un registre tactique...
Sinon ça me rappelle un article très sérieux de Pounardo sur le public dans le sport qui abordait au départ les jeux du cirque :http://www.sportvox.fr/article...
SOUTIEN A ESCO !
Nieso, j’ai vu récemment un téléfilm qui abordait la formation des gladiateurs. J’ai été saisi par quelques scènes (bien documentées, semble-t-il)qui montraient la formation des "combattants" de l’arène. Une véritable spécialisation, pour certains, la technique individuelle, l’apect "tactique" du combat.. Bien sûr, la comparaison s’arrête là sur ce plan... Heureusement !
article sympa qui donne une autre vision du sport en général !!
Bravo
Bon article, parallèle évident mais prose excellente et documentation irréprochable.
A mon avis une différence tout de même, les jeux du cirque avaient une motivation avant tout politique (il s’agissait de canaliser la plèbe oisive) alors que le football contemporain est régi par l’économique.
Heureusement d’ailleurs, puisque l’inflation des Jeux du Cirque a accompagné la chute de la République puis la décadence de l’Empire...
Ceci dit l’exacerbation des passions nationales à travers le vecteur du football peut aller très loin : n’y-a-t-il pas eu une "Guerre du Football" dans les années 50-60 (entre le Pérou et l’Equateur, ou la Bolivie)
L’"économique" est politique. La puissance de l’argent est politique. Les riches dominent politiquement les pas riches.
La distinction : économie (sous-entendue de marché) et politique est très utile aux dominants. Dominer sans donner l’image de sa domination. Dominer des dominés qui n’ont pas conscience d’être dominés. Parfait !
Oui, il y a eu une guerre éclair dans les 50’s mais en Amérique centrale, pas en Amérique du sud. Faut dire que c’était (c’est ?) une poudrière, cette région ! Le détroit de Panama c’est le contrôle du commerce et des armes. Un derby de la région, à l’époque, c’était une mini-guerre froide.

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