L’épopée des lions de Furiani
Bastia Finaliste de la Coupe UEFA 1978
Au terme d’une superbe saison 1976-77, le Sporting Etoile Club de Bastia accède pour la 2ème fois de son histoire à la Coupe d’Europe en terminant à la 3ème place du championnat de France. Lorsqu’ils doivent affronter le grand Sporting de Lisbonne pour le 1er tour de la coupe de l’UEFA, les Bleus de Bastia ne savent pas encore qu’ils vont écrire la plus belle page de l’histoire du football corse. En effet, cette équipe étonnera l’Europe du football en éliminant successivement le Sporting Lisbonne, Newcastle, le prestigieux Torino, Carl Zeiss Iena, les Grasshoppers de Zurich, avant de s’incliner en finale face au PSV Eindhoven. Avec Claude Papi et Johnny Rep aux manettes, la petite équipe insulaire réussit l’exploit de parvenir en finale de la coupe de l’UEFA, alignant 7 victoires consécutives... Qui aurait pensé que cette équipe "di quattru soldi"(de quatre sous), ce petit club sans grands moyens, avec ce petit stade ridicule et d’un autre âge, allait réaliser un tel exploit? Dorénavant la tête de Maure sera célèbre aux quatre coins de l’Europe...Une légende était née, celle des LIONS DE FURIANI...
Juin 1977. Cinq ans après avoir joué une finale de Coupe de France perdue contre l’OM de Skoblar et Magnusson, BASTIA termine 3ème du Championnat de Division 1. Loin dernière NANTES le champion, mais néanmoins classé en tête des attaques les plus prolifiques: 82 buts, dont plus de la moitié réussis par le tandem DZAJIC - FELIX (22 buts chacun), c’est un régal à FURIANI. Avec des matchs fabuleux, surtout les soirs où avait fait merveille l’incomparable pied gauche du maître à jouer yougoslave Dragan DZAJIC, recordman des sélections dans son pays. A ce tandem s’ajoutait deux autres joyaux: ZIMAKO et PAPI le meneur de jeu. Hélas, DZAJIC et ZIMAKO ne sont plus là quand débute la saison 1977-78. ZIMAKO est recruté par Saint-Etienne mais Bastia obtient en échange le prêt de deux jeunes joueurs pas encore aguerris au plus haut niveau: LARIOS et LACUESTA. Et DZAJIC à 31 ans retourne à l’Etoile Rouge de Belgrade. Jules FILIPPI, le directeur sportif du Sporting de Bastia, a alors une idée de génie: tenter d’enrôler Johnny REP, devenu remplaçant à Valence en Espagne alors que le batave avait déjà un palmarès impressionnant avec l’Ajax. Dans le "So foot" sorti l’été dernier, Johnny Rep raconte comment il a été recruté par Bastia: "Je ne savais pas où je mettais les pieds mais j’étais sûr de vouloir quitter l’Espagne pour retrouver ma place chez les Oranje. Dès mon arrivée sur l’île, ils m’ont baladé. A ma descente d’avion, je souhaitais voir le stade, connaitre mes conditions de travail, et eux voulaient absolument m’emmener à la meilleure table de l’île. Après un long repas, j’ai voulu aller faire un tour à Furiani et ils m’ont traîné à St-Florent où les paysages sont paradisiaques. Pareil ensuite avec Porto-Vecchio. Le soir, de guerre lasse, j’ai signé mon contrat et je me suis endormi. Le lendemain je me suis quand même rendu au stade avec Jules FILIPPI. J’ai eu un choc en voyant ce petit stade ridicule. Si je l’avais vu avant, je n’aurais jamais signé, mais finalement je ne l’ai jamais regretté!" Ainsi le club ne part-il pas sans cartouche lorsque vient l’heure de tenter une seconde expérience à l’échelle européenne après celle qui avait tourné court en Septembre 1972 où BASTIA avait fait mieux que se défendre devant l’Atletico de MADRID (0-0 en Corse et défaite sur le fil en Espagne 2-1)! Dès lors, sous la conduite de "l’Homme de Fer du football corse", Pierre CAHUZAC entraîneur du club depuis 1971, le petit poucet bastiais avec son capitaine Charles ORLANDUCCI, va voler de clocher en clocher. Aujourd’hui encore, cette incroyable épopée d’un club aux antipodes de la raison, des réalités d’un professionnalisme de plus en plus monétisé, résonne comme l’un des plus forts qu’ait jamais vécu l’Europe du football.
1er tour: Lorsque le tirage au sort avait désigné le Sporting de LISBONNE comme premier adversaire européen de Bastia, beaucoup d’observateurs et d’initiés de la planète-foot ne purent s’empêcher de fredonner l’air connu et alors si propre à tant de clubs français qui se contentaient le plus souvent de furtives apparitions sur la scène continentale: "...Un petit tour et puis s’en vont!..." Habitués des Coupes d’Europe, les Portugais figuraient même parmi les anciens lauréats puisqu’ils avaient gagné la Coupe des Coupes en 1964. Dans un premier temps, ces craintes allaient s’avérer tout à fait justifiées, la première manche à Furiani le soir du 14 septembre 1977, ayant plutot mal débuté pour les Corses. Emmenée par le malien Salif KEITA et par le percutant JORDAO, la redoutable formation lusitanienne avait en effet mené deux fois à la marque (1-0 à la mi- temps, puis 2-1) et il avait fallu un prodigieux Fanfan FELIX (trois buts à lui tout seul!) pour renverser sur le fil une situation passablement compromise. Ainsi BASTIA put-il se rendre deux semaines plus tard à LISBONNE avec un tout petit but davance (3-2) qui n’avait rien d’engageant. On ne donnait pas cher des chances de BASTIA quand débuta, dans une ambiance hostile, la seconde manche au stade Alvalade à Lisbonne. L’adversaire était de taille, se montrant de surcroît peu regardant sur les moyens. Malgré un trop plein d’agressivité, les portugais avaient bien du mal à marquer ce petit but qui les qualifiait. Bastia tenait bon, résistait avec une volonté farouche. Mais le but inscrit par Manuel FERNANDES à un quart d’heure de la fin sonna la révolte corse. Et ce fut le déclic (selon le regretté Claude PAPI ) qui devait conduire BASTIA jusqu’en finale. Comme aiguillonnés par ce coup du sort qui menaçait de leur réserver une issue fatale et prématurée, ceux qui allaient devenir "Les Lions de Furiani" réagirent instantanément avec une vigueur toute insulaire. C’est comme çà que la virtuosité retrouvée de MARIOT et le réalisme de REP d’abord, de FELIX ensuite, aboutirent à la plus effarante des victoires sur le fil, les deux buts bastiais ayant été réalisés dans les quatre dernières minutes! C’était un premier exploit mais pas le dernier...
le 14-09-1977 à Bastia:
BASTIA - SPORTING LISBONNE: 3-2 (mi-temps 0-1) 6.000
Spect.
Buts pour BASTIA: FELIX 52e, 76e et 84e min.;
pour LISBONNE:
JORDAO 40e (pen.) et FRAGUITO 58e.
le 29-09-77 à Lisbonne:
SPORTING LISBONNE - BASTIA: 1-2 (mi-temps 0-0) 60.000
Spect.
Buts pour BASTIA: REP 86e, FELIX 88e;
Pour LISBONNE: FERNANDES
72e.
2e tour: Johnny REP, ancienne vedette du grand AJAX et rouage essentiel de l’équipe nationale hollandaise (avec laquelle il allait jouer à Buenos-Aires une fameuse finale de Coupe du Monde contre l’Argentine) avait été décisif à Lisbonne et allait faire mieux encore le 2 Novembre à NEWCASTLE, sur cette terre inhospitalière d’Angleterre où jamais équipe française n’avait encore gagné. L’explication avait commencé le 19 octobre à Furiani, où le premier acte de ce second tour de la coupe de l’UEFA avait également débuté de façon calamiteuse pour Bastia. Ayant tiré les premiers, les athlétiques visiteurs anglais firent souvent passer des frissons dans le dos des "partigiani" du SECB. Ce fut cette fois Claude PAPI, l’enfant de Porto-Vecchio, qui sauva les meubles. PAPI rayonnant, PAPI au four et au moulin et PAPI finissant par enfoncer la forteresse britannique grace à deux buts superbes, le dernier (celui de la victoire) à la toute dernière seconde! Seulement un avantage minime (2-1) pour se présenter le 2 novembre au Saint-James Park de NEWCASTLE face à un adversaire qui avait lui aussi inscrit son nom au palmarès d’une Coupe européenne quelques saisons auparavant (Coupe des Coupes 1969). Aïe, aïe, aïe! Cela s’annonçait d’autant plus mal que BASTIA était pour la circonstance privé de plusieurs titulaires, dont PETROVIC le gardien yougoslave, FRANCESCHETTI, et MARIOT. Il y avait de ce fait six joueurs (pour la plupart très jeunes) appartenant à l’équipe de troisième division du club à destination de l’ANGLETERRE. Six parmi lesquels les quatre titularisés par CAHUZAC: Paul MARCHIONI (le futur capitaine du Bastia vainqueur de la Coupe de France 1981), WELLER le gardien, KNAYER et DE ZERBI. Jean-Marie DE ZERBI, 19 ans, pur produit du club, déjà connu pour ses dribbles dévastateurs. DE ZERBI, " U Cininu " (le petit), alors sur le point de devenir la grande révélation de SAINT-JAMES PARK. C’est en effet lui qui, avec audace, fit littéralement joujou avec les rugueux défenseurs anglais avant de leur coller un 2ème but de handicap!... Mais l’artisan numéro un de cette historique victoire sur le sol anglais fut Johnny REP. Un REP si maitre de son art que la presse britannique du lendemain lui consacra toutes ses manchettes. Non content d’avoir ouvert la marque en première mi-temps, le sémillant Hollandais avait asséné le coup fatal aux britanniques aussitôt après qu’ils eussent réduit l’écart (3-1). Un troisième but merveilleux et tout à fait dans le style de l’ex-flèche blonde de l’AJAX: classe, puissance, opportunisme, vivacité. Sacré attaquant, assurément! Mais n’était-il pas vrai aussi que dans ce match-piège qui semblait perdu d’avance, BASTIA avait eu le mérite d’avoir osé et résolument pris les choses de bout en bout ?
le 19-10-77 à Bastia:
BASTIA - NEWCASTLE: 2-1
(mi-temps 0-1) 8.403 Spect.
Buts pour BASTIA: PAPI 51e et 90e;
Pour
NEWCASTLE: CANNEL 8e.
le 2-11-77 à Newcastle:
NEWCASTLE -
BASTIA: 1-3 (mi-temps 1-2) 34.580 Spect.
Buts pour BASTIA: DE
ZERBI 33e, REP 10e et 67e;
Pour NEWCASTLE: GOLLING 36e.
1/8e de finales: Le tirage au sort du 3e tour fut impitoyable. BASTIA allait devoir se frotter au TORINO, l’équipe-reine du calcio des années 70 avec son ennemi la JUVENTUS. Le TORINO a été champion en 1976 avant de terminer 2e en 1977 et 1978 derrière la JUVENTUS. Le TORINO constellé "d’azzurri" renommés: GRAZIANI, PULICI, SALA, CASTELLINI, ZACCARELLI... Et comme d’habitude, c’étaient les Bleus de CORSE qui avaient le désavantage de recevoir les premiers... "Sta volta semu fritti!" (Cette fois nous sommes cuits!), pensèrent beaucoup de supporters bastiais qui savaient à quoi s’en tenir sur le grand club piémontais alors à son apogée. Et le 23 Novembre, on débuta avec un premier but visiteur signé PULICI à FURIANI... PULICI avait été 3 fois meilleur buteur de série A en 1973, 1975 et 1976! Qu’importait! A la fin du match, c’était encore une fois BASTIA, grace à PAPI et à REP, ses deux maîtres à jouer qui gardait l’avantage (2-1) pour la plus grande joie des supporters qui fêtèrent ce 5ème succès consécutif par une boucan de tous les diables. Est-il besoin de le rappeler, cette légitime liesse populaire n’était rien comparée au formidable tonnerre d’enthousiasme qui devait abasourdir TURIN, la FRANCE et l’EUROPE au soir du 7 décembre 1977, aujourd’hui comme hier une date unique, exceptionnelle, inoubliable pour le sport insulaire. En aura-t-on parlé de cette épopée turinoise qui malgré la neige et la température glaciale, réchauffa quelques 15.000 coeurs corses accourus de l’île et de tout l’hexagone. Quelle soirée! Raremant sans doute le Stadio Communale, emmitouflé dans son manteau blanc (mais le terrain, lui, avait été préservé de la neige) n’avait vécu une ambiance aussi singulière. Ambiance particulière avec 15.000 envahisseurs brandissant fièrement les drapeaux à tête de Maure sous les regards ébahis des tifosi du TORINO... C’est dans ce temple du calcio que BASTIA toucha au zénith de sa gloire: d’abord en réussissant un premier but d’anthologie par l’entremise de LARIOS en conclusion d’un lumineux mouvement collectif. But fabuleux et 1-0 au bout de vingt minutes! On croyait rêver, car encore une fois, CAHUZAC avait su remanier son équipe, incorporant entre autres un nouveau venu, le jeune marocain Merry ABDELKRIM, alias KRIMAU... Ensuite en renversant magistralement une situation qui paraissait désespérée après que Francesco GRAZIANI (futur champion du monde 1982) eut réussi coup sur coup deux buts-assomoirs. Mais KRIMAU était précisément là pour égaliser sans le moindre complexe à la suite d’une action-commando conduite par l’arrière latéral basque CAZES, après quoi le marocain doubla la mise au terme d’une admirable course solitaire ! Et tandis qu’au tableau lumineux apparaissait une deuxième fois le nom de "ABDELKRIM", KRIMAU, ivre de joie, venait s’agenouiller devant les supporters corses quant à eux délirants de bonheur... A son tour, le marocain venait de symboliser cet incontournable esprit de conquête qui faisait que tous les joueurs bastiais, titulaires ou réservistes, corses ou non, se fondaient dans un même moule, formaient un bloc sans failles, communiant dans la même foi. 3 à 2 dans l’antre du TORO et par dessus le marché une 6ème victoire de suite pour la bande à CAHUZAC! Pas même le rude hiver du Nord-Italia qui les obligea à galérer sur le chemin du retour ne put altérer ce grand moment d’histoire pour 15.000 corses enchantés. Et puis n’était-il pas vrai, comme l’avait souligné la presse Italienne, que le succès bastiais "était aussi remarquable par la maitrise collective et par le fond de jeu que par les qualités de corps et d’esprit?" "Si nous posons tant de problèmes à nos adversaires et notamment chez eux, çà doit être aussi parce que nous n’avons pas que l’enthousiasme et la volonté." observait avec juste raison Pierre CAHUZAC après avoir déclaré dans un premier temps: "Ce coup là, pour sûr, on peut parler d’exploit!" L’hiver venu, les bastiais pouvaient légitimement s’estimer comblés. Outre qu’ils étaient qualifiés pour les 1/4 de finales et qu’ils avaient dorénavant toute la Corse derrière eux, ils venaient de révéler à l’Europe une équipe formidable et une petite île à l’identité bien trempée.
le 23-11-77 à Bastia:
BASTIA -
TORINO: 2-1 (mi-temps 1-1) 10.000 Spect.
Buts pour BASTIA: PAPI
37e, REP 62e;
Pour TORINO: PULICI 22e.
06-12-77 à Turin:
TORINO - BASTIA:
2-3 (mi-temps 1-1) 70.000 Spect (dont 15.000 corses)
Buts pour
BASTIA: LARIOS 20e, KRIMAU 51e et 65e;
Pour TORINO:GRAZIANI 23e et
47e.
1/4 de finales: Le 1er mars à Furiani, voici qu’arrive CARL ZEISS IENA, principal fournisseur de la fameuse sélection nationale de R.D.A couronnée Championne Olympique moins de deux ans auparavant à MONTREAL. Comme toujours, l’affaire débute à la maison. Mais au contraire des autres fois, le public bastiais encore sous le charme de la folle nuit turinoise va vivre une soirée presque aussi étincelante. Le pressing intense des hommes de Pierre CAHUZAC mettent en diffculté l’équipe est-allemande et le résultat sera proprement édifiant. BASTIA entame en effet la nouvelle année européenne par un fracassant 7 à 2! Buts de LARIOS, PAPI, MARIOT, FELIX (2), CAZES, et FRANCESCHETTI. Tout le monde participe à la curée. Sept victoires consécutives en Coupe d’Europe et pas n’importe quelles victoires puisque les victimes du S.E.C.B. étaient abonnées à la compétition continentale. Pour un club aux moyens si restreints, c’était prodigieux. Pensez donc, BASTIA, avec ce «settebello» comme disent les Italiens, rejoignait dans la légende européenne la JUVENTUS et le Dynamo KIEV, alors les seuls à avoir accompli la même performance. Même le REAL, l’INTER, le BAYERN, le MILAN et BENFICA, pourtant rois incontestés du vieux continent, n’avaient pas pu faire mieux au cours des 23 précédentes éditions! (Ce record a été battu depuis par MILAN). La série s’arrêta là. L’équipe que 8 mois d’efforts harassants avait forcément rendu moins pimpante, le premier accroc se situa donc le 15 mars quand il retrouva son adversaire est-allemand déjà éliminé...Cette fois, les allemands avaient retrouvé tout leur potentiel physique et les 1.000 supporters corses qui avaient réussi à franchir le rideau de fer en furent quittes pour une déception passagère, BASTIA perdit par 4 à 2. Mais toujours est-il qu’il était qualifié pour les demi-finales et qu’il avait comme d’habitude fait une honorable moisson de buts sur terrain adverse.
le 01-03-78 à Bastia:
BASTIA - CARL ZEISS IENA:
7-2 (mi-temps 2-0) 12.000 spect.
Buts pour BASTIA: LARIOS 4e, PAPI
42e, MARIOT 57e, FELIX 70e et 78e, CAZES 81e,
FRANCESCHETTI 87e.
Pour
IENA: RABB 61e et 73e.
le 15-03-78 à Iena:
C.Z. IENA - BASTIA: 4-2
(mi-temps 2-1) 15.000 Spect.
Buts pour BASTIA: PAPI 26e, KRIMAU 64e;
Pour IENA: RABB 20e, LINDEMANN 33e, VOGEL 52e, TOPFFER 68e (pen.)
1/2 finales: Bien que de plus en plus émoussés, les Bastiais devaient remettre ça le 29 mars à ZURICH, où les avaient suivis quelques 10 000 supporters corses toujours aussi enthousiastes et voyants. Enfin, l’équipe de CAHUZAC jouait d’abord chez l’adversaire! Elle n’eut pas à le regretter car les Grasshopers avaient eux aussi du répondant avec leurs nombreux internationaux helvétiques et ce déplacement en SUISSE s’étant soldé comme le précédent par une défaite, l’avantage du terrain devait s’avérer particulièrement précieux pour les bastiais 2 semaines plus tard à FURIANI. Donc, le match à ZURICH fut très ardu en ce sens que les suisses étaient athlétiquement supérieurs. Ce fut pourtant KRIMAU qui ouvrit la marque, imité plus tard par PAPI, si bien qu’à la mi-temps, ce BASTIA dans le droit fil de son beau parcours antérieur avait encore planté deux buts. Son actif pour cinq expéditions se chiffrait de la sorte à 12 buts, du rarement vu en Europe, où les buts à l’extérieur ont tant d’importance! C’était en somme, sous toutes les coutures, BASTIA «Dream Team»... mais les suisses remportèrent la manche aller (3-2). Ce fut alors le si crispant match-retour au stade Armand-CESARI, le 12 avril. Terrible! Sous les yeux de 15.000 spectateurs serrés comme des anchois, sous les regards aussi de millions de téléspectateurs, les Grasshopers ne voulaient pas cèder. O Signore chì suffranza! L’absence de REP pour blessure se faisait sentir. Et les minutes passaient, passaient...Et toujours ce 0-0 angoissant. La délivrance de tout un peuple vint des pieds de Claude PAPI quand on n’y croyait plus. Ce 28ème but bastiais en Coupe d’europe prenait la forme d’un événement historique pour la CORSE comme pour le football français tout entier. Le S.E.C.B. et Claude PAPI (meilleur footballeur corse de l’histoire) entrait ainsi dans la légende. BASTIA rejoignait REIMS et SAINT-ETIENNE jusqu’alors les deux uniques finalistes européens dont pouvait s’enorgueillir le foot hexagonal!
le 29-03-78 à
Zurich:
GRASSHOPERS ZURICH - BASTIA: 3-2 (mi-temps 2-2)
30.000 spect. (dont 10.000 corses)
Buts pour BASTIA: KRIMAU 18e, PAPI 36e
(pen);
Pour ZURICH: HERMANN 21e, PONTE 30e (pen), MONTONDON 54e.
le 12-04-78 à Bastia:
BASTIA -
GRASSHOPERS ZURICH 1-0 (mi-temps 0-0) 15.000 spect.
But pour BASTIA
: PAPI 68e.
FINALE: De la finale elle-même, disputée en deux manches contre le PSV EINDHOVEN, on peut dire que BASTIA, recevant à nouveau le premier, fut desservi par un véritable déluge qui s’est abattu sur le nord de l’île. On joue quand même sur un terrain gorgé d’eau et impraticable mais l’arbitre yougoslave MAXIMOVIC avait ordre de ne pas différer la rencontre à cause de la proximité du Mundial argentin et les héros bastiais tombèrent sur un gardien intraitable, l’énorme VAN BEVEREN, qui ne laissa rien passer. Résultat 0-0. Les carottes dès lors sont cuites, d’autant que ce BASTIA était à bout de souffle. Le match-retour au stade PHILIPS ne fut qu’une formalité pour les VAN DER KUYLEN, BRANDTS, POORTVLIETS, et les jumeaux VAN DE KHERKHOF. La victoire hollandaise ne fit pas l’ombre d’un doute. C’était au soir du 9 mai 1978... Cette fin laisse beaucoup de regrets, Johnny REP témoigne: "Le vrai truc dommageable c’est que nous ayons dû jouer 3 matchs en 6 jours, quatre jours avant de disputer la finale. Pendant les deux matchs, les joueurs du PSV m’ont réservé un traîtement de faveur spécialement brutal. Quelques semaines plus tard, je jouais la finale de la Coupe du Monde avec une demi-douzaine d’entre eux...". Mais ce BASTIA que nous n’oublierons pas de sitôt n’en était pas moins monté au firmament de l’Europe. Et la CORSE n’était plus un petit point perdu sur la carte du vieux Continent. Pour sa part, le grand quotidien sportif "L’EQUIPE" y alla même d’un texte "in lingua materna". Extraits "... Da Levante a Punente, l’Auropa scummossa hà scupertu una squatra, un’ isula, un populu è i ghjurnali di tutti i paesi indicanu induv’ella si trova a CORSICA! Dimula franca, hè questa a più bella vittoria di BASTIA! ... " Traduction: "...De l’est à l’ouest, l’Europe secouée a découvert une équipe, une île, un peuple et les journaux de tous les pays indiquent où se trouve la CORSE, et disons-le franchement, c’est ça la plus belle victoire de BASTIA!..."
le 26-04-78 à Bastia:
BASTIA - PSV EINDHOVEN:
0-0 15.000 spectateurs.
le 09-05-78 à Eindhoven:
PSV - BASTIA:
3-0 (mi-temps 1-0) 27.000 spect.
Buts pour PSV: VAN DE KERKHOF
24e, DYCKERS 65e, VAN DER KUYLEN 67e.
Epilogue: Parallèlement à cette épopée européenne remarquable, Bastia termine 5e du championnat. Johnny REP prend ses vacances en Corse chaque année depuis son départ de BASTIA pour St-Etienne en 1979, où il remportera le titre de champion de France en 1981 mais il sera privé cette année-là d’un magnifique doublé à cause de la défaite des verts en finale de coupe de France face à...BASTIA!
Voici la liste des joueurs de Bastia utilisés
lors de cette saison 1977-78: Gardiens: Ognjan PETROVIC, Marc WELLER, Pierrick
HIARD, Dominique MURATI Défenseurs
: Jean-Louis CAZES, Charles ORLANDUCCI, André GUESDON, Paul
MARCHIONI, André BURKHARDT, Didier KNAYER, Jean-Pierre MATTEI, José
GRAZIANI. Milieux:Georges FRANCESCHETTI, Jean-Louis
DESVIGNES, Félix LACUESTA, Jean-François LARIOS, Claude PAPI. Attaquants: François
FELIX, Johnny REP, Yves MARIOT, Jean-Marie DE ZERBI, Abdelkrim Merry dit KRIMAU,
Sauveur AGOSTINI, Pierre AUSSU.
je m’en souviens comme si c’était hier, car c’était tellement beau !
le but de demi-volée de larios, sur une remise de lacuesta, c’était contre le torino je crois ?
ça c’était du foot qui sentait bon !
Tout a fait thierry !
...avec plein de neige sur tout le bord du stadio communale de turin et un match retransmis tard le soir. LA PLUS BELLE EPOPEE D UN CLUB FRANCAIS EN EUROPE
...et les roulettes d yves MARIOT !
Bravo ! Très beau texte ! Tout y est !
Peut-être oublies-tu seulement de signaler que Papi fut sélectionné pour jouer la coupe du monde argentine.
Bravo pour ce texte ! Je n’ai pas vécu cette épopée mais j’avais lu un livre qui y faisait référence, surtout ce fameux 7-2 face à Iena qui en plus n’était pas une petite équipe allemande à l’époque.
FABULEUX !!! je n’oublierai jamais cette épopée de Bastia,je te remerçie de l’avoir si bien resumé,nostalgie qu’en tu nous tiens, c’est à partir de cette epoque que j’ai commençé à suivre le foot à la tv !!!comme je l’ai dit dans un autre article Bastia et Saint-Etienne ont été les precurseurs du renouveau du foot français, la semence de l’equipe nationale française championne d’europe en 1984 !!! Je regrette sincerement cette epoque que tu vois que la coupe uefa etait plus difficile que la coupe des champions !!!il y avait souvent des futurs champions nationaux qui l’a jouait,je me suis toujours demandé si le match aller avait eu lieu à eindhoven est ceque ça aurait pu changer quelque chose ? si le terrain n’avait pas été impraticable est ce que ça aurait pu changer quelque chose ?sur ce coup là les hollandais ont été favorisés puisqu’il jouait pour defendre le 0-0 ,il etais impossible de faire un pressing, de faire un jeu en mouvements, dommage, vraiment dommage...Que reste t il de cette magnifique epopée un souvenir lointain que je n’oublierai JAMAIS.c’etais l’"INNOCENCE" du foot qui manque cruellement aujourd’hui !!!
C’était déjà des boeufs à l’époque ? Y’avait déjà des prix nobels de violence, comme rool ou jurietti ?
pas du tout, aucun rapport avec l’équipe actuelle ou la précédente
c’étaient des artistes, bcp de création, un milieu exceptionnel (larios/papi/lacuesta), rep super, ça attaquait dans tous les coins

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