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le 24/08/2007

Le tennis est-il un art ?


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Lors d’une précédente intervention, je répondais à Ledzep et j’avançais cette hypothèse. Voilà une argumentation qu’il est bien difficile de réduire à un article.

Avant propos: Ne pas confondre sport et spectacle:
L’argent et la médiatisation (qui va de pair) dans le sport ont engendré la nécessité de la répétition de l’exploit, qui par définition est plutôt rare, voire unique. Bref nous sommes en présence de spectacle. Hors, le sport n’est pas un spectacle. Le spectacle, c’est au cabaret, au cirque. Là, il est question de sport. Au risque de paraître ringard, ce n’est pas la même chose. Même si au cabaret, au cirque il y a derrière le numéro, des heures voire des années de travail, de dur labeur, ce n’est pas la même chose que le sport. Sans rien enlever au cabaret, ce dernier est tout aussi difficile (voire plus), c’est également une épreuve physique, mais ce n’est pas la même chose.

Un spectacle de cabaret ou de cirque est préparé, millimétré dans l’espace, dans le temps du début jusqu’à la fin. De A à Z. Donc, à moins d’un imprévu (tel un accident) le spectacle se termine tous les soirs de la même façon. Le seul sport qui soit un spectacle pour moi, c’est le catch. C’est truqué: ça fait rêver certains mais tout est prévu d’avance.

Le sport, c’est l’incertitude, le doute, quand bien même tout a été préparé, matériel, psychologie, stratégie, préparation physique, etc. Le résultat n’est pas couru d’avance. Certains disent que pour les sports collectifs, la réunion des meilleurs joueurs ne fait pas la meilleure équipe. Il en va de même dans les sports individuels où l’on ne peut effectuer une «relation de Chasles» (digne des maths:o) ): A bat B, B bat C et pourtant A ne bat pas C.

Qu’est-ce qu’un art?
Le mot art vient du latin «ars» (habileté, métier, technique). Le terme grec équivalent a évolué dans un sens différent, ne conservant que le sens de «technique». Il se décrit comme «l’ensemble des gestes précis concernant une pratique maîtrisée entre la science théorique et la pratique spontanée, autant pour l’art de la menuiserie que pour les Beaux-Arts.
Philosophiquement, l’art se définit par sa dimension esthétique: il est une création d’œuvres visant à susciter une appréciation esthétique positive, c’est-à-dire à plaire et à toucher la sensibilité par leur seule forme, par leur seule apparence.
L’art est le propre de l’homme, ce "je-ne-sais-quoi" qui le distingue radicalement de l’animal, fût-ce ce chimpanzé avec lequel il partage 99 % de ses gènes. L’art est l’expression de l’aspiration à l’absolu de l’homme, de sa connaissance intuitive de l’absolu, de son désir de transcendance, parce qu’il est aspiration et sens du Beau qui est aussi le Bien.»
(Source: Wikipedia).

Pourquoi le tennis est-il à part?
Un terrain d’une grande variété:
Ce sport permet d’évoluer dans différents styles (attaque, défense, amalgame plus ou moins prononcé des 2), sur des surfaces différentes (de la lente terre battue au rapide gazon, le parquet ayant été abandonné vers le début des années 80), en intérieur comme en extérieur. Je ne connais pas d’autres sports qui se pratiquent dans des conditions aussi diverses.

L’incertitude de l’issue de la victoire:

S’il est bien un sport où le résultat n’est pas acquis tant que le dernier coup n’est pas joué, c’est bien le tennis. Quel autre sport individuel - où le coach n’intervient pas pendant le déroulement - délivre parfois son vainqueur à l’issue d’un cinquième set, dans la quête de 2 jeux d’écarts ou celle autrement plus inhumaine des 2 points (si Tie Break au cinquième comme à l’US Open)? Et ce, après plus de cinq heures d’affrontement.

Utilisation d’un instrument pour affronter l’adversaire:
Le tennis est un sport où on utilise un instrument pour affronter l’adversaire, où on confronte sa compétence, sa dextérité à celle de l’adversaire mais aussi à soi. Est-on capable d’utiliser ce «prolongement de notre bras» (comme le disait Connors) pour utiliser notre savoir et le mesurer à celui qui nous est proposé?

L’opposition des styles:
Imaginez-vous opposer sur une même piste d’athlétisme un sprinteur et un marathonien. Ubuesque, non? Et bien c’est pourtant ce que le tennis offre lors d’opposition de deux styles de jeu où l’attaquant (le «sprinteur») chercher à prendre de vitesse son adversaire, à l’étouffer en l’empêchant de s’organiser. De l’autre côté, le défenseur (le «marathonien») va s’astreindre à emmener son adversaire dans des échanges éprouvants qui vont le fatiguer. Ces matchs donnent là les plus belles étendues des possibilités qu’offre ce sport.

Un sport ludique et professionnel à la fois:
Ludique venant du «jeu», ce sport permet tout aussi bien à 2 béotiens, qu’à 2 esthètes de s’épanouir dans ce sport sans sentir une frustration certaine et ce, quel que soit leur âge (regardez donc dans vos club si vous jouez). Mais là, tout dépend de leurs ambitions. Phénomènes constatés dans d’autres disciplines. Cependant, à un niveau Pro, ce sport permet encore de «s’amuser» en créant. Rare son les sports où l’on peut créer des phases de jeu novatrices. Regarder des archives de McEnroe, ce génie, a créé des phases inimaginables jusque-là dont Federer pourrait (devrait?) allègrement s’inspirer pour déployer encore plus son talent.

La solitude du sportif tout au long de son exercice:
Tout au long du déroulement du match, le joueur est seul, irrémédiablement seul. Seul face à l’adversaire, seul sous l’œil du public. Je ne crois pas qu’il y ait un autre sport où le joueur ne peut (hors Coupe Davis ou Fed Cup) communiquer avec son entraîneur de la stratégie à modifier. Il est seul au monde, face à son destin, ses doutes, ses choix, aussi longtemps que dure le match. Donc il compose, il créé avec son acquis et son talent.

Les tennis est-il donc un art?
Récemment, afin d’expliquer toute la subtilité du tennis à quelqu’un, je prenais la comparaison suivante:
«Demande à deux personnes de composer un article sur ce qu’elles viennent de voir. Chacun exposera ce qu’il a vu, avec ses mots, son phrasé et son style. Des phrases courtes, un style direct ou de longues tirades alambiquées comme en faisait Proust Et pourtant, c’est avec le même matériel? Des mots issus du dictionnaire. Et bien le tennis est semblable à l’écriture. Chacun compose dans un style différent pour arriver à renvoyer et vaincre son adversaire».

Tout comme l’art, le tennis est un sport où l’amateur - aussi bien le débutant que l’adepte expert - doit faire l’effort de comprendre ce sport, ce jeu. Il doit s’élever «intellectuellement» pour comprendre les règles, les subtilités. Une fois celle-ci acquises, l’amateur découvre un monde tout en subtilité, aux possibilités infinies et avec des références du passé et codes définies (comme en peinture).
Tout comme l’escrime - auquel je l’avais comparé, lors d’une précédente discussion - je trouve que ce sport défini un art, une grâce que Lartigue a su parfaitement restituer, une gestuelle, une grâce et une création sans fin.

Il ne faudrait pas que le «tennis robotique», qui se généralise depuis le début des années 80 et la sempiternelle recherche de puissance (au détriment du jeu) nous prive à tout jamais du plaisir de la création géniale qui fait que l’on peut confirmer à présent que le tennis est un art, bien plus que bien d’autres sports. N’en déplaise à certains.

Pour finir, j’invite tous les amoureux du tennis à lire «de l’art de prendre la balle au bond» de Denis Grozdanovitch. Ce livre est une véritable madeleine de Proust pour tout ceux qui ont pratiqué le tennis en club et aimé ce sport.

par Laurent
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par elpadre92

le 24 août 2007 à 11H52

Le tennis est-il un art ?

superbe.........

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par MARC GDALIA

le 24 août 2007 à 12H02

Le tennis est-il un art ?

Très bel article, Laurent... même s’il déflore en partie la conclusion d’un papier que j’ai soumis avant hier au modérateur (et dont le processus de validation est bien plus long qu’à l’accoutumée...).

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par YODA

le 24 août 2007 à 14H21

Le tennis est-il un art ?

Je me réjouis de ce très intéressant article parce que j’avais moi-même un sujet similaire dans mes cartons depuis un mois ; mais contrairement à toi je ne suis pas arrivé à le mettre en forme, et c’est tout à ton honneur. Un article qui parle du tennis dans son fondement, sa philosophie, pas dans sa pratique. C’est quasi philosophique. Et à part toi, j’aurais bien vu Marc Gdalia nous écrire ça, compte tenu de vos parutions précédentes et vos commentaires toujours "relevés". Je me délecte donc à le lire. Dans mes réflexions j’allais au bout de mon prisme de passionné en disant carrément que le tennis est le sport le plus complet et le plus à même d’assouvir toutes les passions et pulsions qui nous guident vers le(s) sport(s). Quel autre sport conjugue la dextérité, l’endurance, la puissance, la finesse, la stratégie, l’opposition directe de deux adversaires, l’esprit d’équipe (coupe davis), la soif de violence de l’homme (comment justifier la boxe et son attrait autrement, et qui se manifeste au tennis pas l’exclamation qui suit une accélération violente ou un énorme ace), la précision, la beauté et le style, le matériel etc... Le tennis procure tout ça. Et quel autre théâtre d’expression pour des styles tellement différents ?

Beaucoup de choses à dire, trop peut-être, qui me rendaient impossible la mise en forme de cet article. Merci à toi de l’avoir fait et Marc j’attends avec impatience ta prochaine publication.

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par MARC GDALIA

le 25 août 2007 à 08H32

Le tennis est-il un art ?

Salut et merci pour ces quelques lignes, Yoda. D’autres contributeurs réguliers et très talentueux de ce site (dont certains se sont exprimés ci-dessous : Morglen, Colin Maillard, ...) pourraient également traiter le sujet avec talent et inspiration. Mon propre article (s’il paraît un jour...) évoquera un sujet bien plus prosaïque, l’un des plus classiques (au sens non artistique du terme...) qui n’ait encore fait l’objet d’aucun article en tant que tel sur Sportvox. J’aurais préféré qu’il paraisse avant l’US Open, mais ne suis pas maître du timing de diffusion. Tennistiquement à tous.

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par fabbio

le 24 août 2007 à 14H56

Le tennis est-il un art ?

Waoo, tu te mouilles toi au moins !!! L’approche est intéressante, mais personnellement, je pense qu’il manque quelques paramètres à ta comparaison. Ce qui fait que le tennis n’est pas un art selon moi, mais simplement un sport, c’est que les parts de création et d’imagination sont réduites à une portition congrue. Tu compares deux joueurs de tennis à deux écrivains, mais les possibilités littéraires d’un écrivain - et c’est la même chose pour un peintre, un musicien, ... - sont simplement illimitées. Or qu’est-ce qu’un joueur de tennis a à sa disposition : quelques effets, quelques placements, quelques trajectoires, quelques angles. Ca en fait un sport très riche, mais quoi de comparable à un ce dont dispose un écrivain en vocabulaire, grammaire, effets de style, scénario, ... qui se combinent à l’infini pour donner toute sa diversité à la littérature ? Le tennis, c’est chouette, mais où est la part d’imagination et de création dans le jeu de Nadal (et c’est loin d’être celui qui crée le moins) : "Vais-je jouer mon coup droit lifté ou mon coup droit très lifté ? Est-ce que je vais le jouer long de ligne ou croisé ?" ... Y a-t-il des schémas de jeu qu’il pratique qui ne sortent pas des bouquins ou du sens communs, et que, qui que ce soit à sa place et avec cette technique exécuterait de la même manière ? Et même quand je vois Federer faire un retour de service amorti qu’il suit à la volée, je me lève de mon fauteuil, je me prends la tête entre les mains et je me dis "waaoo ! mais il est génial ce type". Si c’est à un moment clef du match, je me roule par terre à la rigueur ... Mais bon, est-ce qu’on peut dire que c’est artistique parce que c’est pas dans les bouquins, parce que quand il fait ça il y a de la création ... A la rigueur pourquoi pas, mais il faudrait alors que ça s’inscrive dans une "partition" générale qui ait une vraie signification, qu’elle soit esthétique, philosophique, ... Là le but, c’est de gagner le point ... Un art peut-il vraiment être réduit à quelque chose d’aussi prosaïque ? Alors on pourrait me dire que certains artistes ne font preuve d’aucune imagination, n’inventent rien, se contentent de reprendre tel quel des recettes bien établies (y a qu’à écouter la plupart de la soupe qu’on entend à la radio, avec des textes d’un creux abyssal sur un accord facile entendu mille fois). De mon point de vue, ils ne sont pas plus artistes que toi ou moi effectivement. Mais la richesse et la diversité des domaines tradionnellement catégorisés comme "artistiques" dépassent de manière incommensurable ce qui est possible au tennis.

Mais bon, c’est un avis qui n’engage que moi. Je trouve intéressant de se poser des questions comme ça et d’essayer d’y répondre de manière formelle, mais le problème en traitant ça aussi rapidement, c’est qu’on passe à coté de plein de choses essentielles qui peuvent également définir l’art, comme par exemple l’émotion. Le problème vient peut être aussi de ta définition initiale. Celle du dico c’est un premier point de départ, mais on doit pouvoir trouver des définitions un peu moins terre à terre pour faire décoller un peu le débat.

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par Laurent

le 24 août 2007 à 22H57

Le tennis est-il un art ?

Pour Fabbio : Contrairement à toi, je ne crois pas que les possibilités des peintres et écrivains soient si illimitées que cela. L’un comme l’autre est tenu à des règles. Qu’il doit suivre, mais dont il peut plus ou moins s’éloigner, mais s’y tenir. A ce titre, le peintre est tenu à des règles de perspectives et de « sens de lecture » de l’image afin d’arriver à amener la personne qui regarde son tableau là où il veut le guider : le sujet principal. Il respecte également les règles arithmétiques des tiers ou du nombre d’or (pour certains). De même, l’écrivain est tenu de broder + ou - autour de son intrigue pour amener le lecteur d’un point A vers le point B (le dénouement). Voir même, par le passée, à respecter les 3 règles d’unité, pour ce qui est du classique. Dès lors, tout comme le joueur de tennis qui est tenu de respecter les règles du jeu, chacun est libre de broder autour de cette contrainte. Par ailleurs, ils sont les 3, chacun devant leur inconnue : l’écrivain devant sa feuille blanche (que va-t-il raconter et comment va-t-il construire ?), le peintre est devant sa toile blanche (que va-t-il l’exprimer ? A travers quel sujet, comment y arriver). Le joueur devant l’inconnu que représente l’adversaire et l’option que celui-ci va choisir, va-t-il arriver à mettre en application ses choix tactiques ? Pourra-t-il choisir une autre voie, autre solution en cas d’échec ?). Sans rien enlever au mérite et palmarès de Nadal, celui-ci fait partie pour moi de la lignée des joueurs « tennis robot », tennis pourcentage, avec le talent de réussir cela à un rythme fort élevé, avec une puissance de feu phénoménale. Federer se rapproche plus de la lignée des créateurs talentueux, dont l’élève le plus doué fut Edberg et le génie inégalé, Mac Enroe. Cet homme a créé un tennis qu’il faut « relire », décortiquer et adapter au jeu moderne, sous peine de voir ce sport sombrer à tout jamais dans les méandres de l’ennui.

Quant au fait que ce sport ne soit pas limité dans le temps, comme l’est le foot, le rugby, le basket, etc. permet une dramatique. Qui n’a jamais vu ou joué un match où l’un des 2 protagonistes a eu une balle de match et finalement, c’est l’autre qui l’a emporté ? A vaincre sans périr, on triomphe sans gloire, dit-on Le tennis est un superbe exemple de cela. Le dénouement final d’un ultime set très serré en est la version la plus aboutie.

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par palleas

le 28 août 2007 à 14H34

Le tennis est-il un art ?

sans périls ;) pas périr.

Ton article est excellent, même si je ne partages pas forcément l’avis de la conclusion, et pas forcément les arguments. Le tennis n’est pas un art pour moi, qui pourtant l’adore depuis toujours. Le tennis ne fait pas passer de messages, juste des émotions (et c’est ça, qui pour moi, est effectivement ’génial’). C’est un peu dommage que tu n’en parles pas. Maintenant, il est vrai que bcp d’oeuvres d’art ne cherchent pas forcément à faire passer un message...

Bon, il est vrai que pour moi, le côté éminemment dramatique du tennis vient en partie du fait que "rien n’est fait tant que le dernier point n’est pas finit". Par contre, il ne s’agit nullement du seul sport qui est comme ça. D’autre sport le sont tout autant, les autres sports de raquettes, déjà, comme le ping-pong ou le badminton, ou des sports de ballons comme le volley et le beach. On retrouve d’ailleurs tout genre de similitude dans le jeu que dans les règles. C’est juste que c’est le sport qui est comme ça de loin le plus médiatique, du moins en Europe. On peut aussi signaler le base-ball à une mesure un tout petit peu moindre (vu qu’attaque et défense sont alternées, la dernière équipe à attaquer n’en n’a pas toujours besoin).

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par Cochounet

le 24 août 2007 à 15H20

Le tennis est-il un art ?

Bonjour Laurent,

Voici un article pour le moins original et en tout cas très intéressant. Merci beaucoup pour cette contribution. Néanmoins, La conclusion toute personnelle visant à dire que le tennnis est un art me gêne légèrement. Pour moi, les joueurs de tennis professionnels sont effectivement des artistes de la balle jaune mais aucunement des Artistes tel qu’on l’entend dans le sens général. Il existe tant de différences que le prouver releverait du simple inventaire.

Deux idées parmis d’autres : Le processus de création artistique est un processus qui souvent te met à nu, chose que le tennis ne fait pas. Par ailleurs, l’art est souvent une interprétation de la réalité, chose que le tennis n’est pas (le tennis est la réalité, sans aucune interprétation possible).

Voilà quelques reflexions possibles, mais je suis sûr que la communauté Sportvox saura faire avancer le débat.

Artistiquement ;-)))

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par Laurent

le 24 août 2007 à 22H58

Le tennis est-il un art ?

Pour Cochounet Et ne penses-tu pas que la solitude qui envahit le joueur de son entrée sur le court, jusqu’au dénouement final, face à l’adversaire, la foule n’est pas une forme de mise à nu ? Le joueur, ne peut cacher ses émotions à tous et surtout à son adversaire. Il est, tel un danseur (ou une danseuse) étoile, seul, irrémédiablement, nu quelque part, contraint de se jeter dans l’affrontement, d’embrasser ce match pour submerger ses angoisses et ses inhibitions et les transformer en des éléments catalyseurs pour transcender son talent, sous la chape de plomb de l’événement. Bien évidemment le tennis n’est pas un art majeur. Il est au mieux un art mineur. Mais ce que j’essaie - au travers de mon exposé - c’est d’exprimer qu’il est, pour moi, la discipline sportive la plus complète et aboutie qui se rapproche de l’art : la solitude de l’artiste -joueur, la variété des modes et moyens pour œuvrer vers la victoire, sur des surfaces diverses aux spécificités propres. Il doit accomplir son œuvre jusqu’au bout (la balle de match) pour avoir parachevé son travail. Il n’a que son talent et son imagination pour composer face à la matière qui lui est composée. Ses choix et possibilités vont de la violence d’un direct de la boxe (un ace) à la finesse et l’adresse du fleurettiste (la volée). De l’explosivité d’un sprinteur (l’attaque) à la lente patience d’un joueur d’échec (le défenseur), en passant par l’attention continue du judoka qui profite de la moindre opportunité (le passing-shot). Et cela, aucun autre sport ne le propose, ne l’impose à un joueur seul, dépourvu de conseil pendant son match. Pas de mi-temps ou de temps mort, comme certains sports collectifs pour recadrer le schéma tactique ou casser le rythme et souffler. Donc à ce titre, je ne te rejoins qu’à moitié sur ta deuxième proposition : je pense que le tennis est la réalité et la façon dont le joueur exprime son jeu est une interprétation de la réalité, de ce qu’il est. Regarde un Noah, généreux dans son jeu comme dans la vie, au contraire d’un Lendl très austère et martial dans son jeu. Tout comme son comportement d’une rigueur extrême (son conseiller en communication et agent, lui demandait de plus sourire pendant les conférences de presse). Et il y a plein d’exemple pour les joueurs plus récents, Agassi, Sampras, Federer. Tiriac disait vers 1989 qu’une personne normale (sous-entendu stable et équilibrée dans sa tête) ne peut pas être un grand joueur. Il est comme un artiste, fragile et n’a que son sport pour arriver à exprimer ce qu’il ressent.

Là encore, ce n’est qu’une vision et j’admets qu’on ne partage pas cet avis. Heureusement, d’ailleurs.

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