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le 26/07/2007

Les publics du sport : Origine et histoire du hooliganisme


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Cet article, en trois parties, propose un tour d’horizon des différents publics du sport et de leur gestion tout au long de l’Histoire, des J.O. de l’Antiquité au hooliganisme d’aujourd’hui, en passant par la commercialisation du sport et son appropriation par le public à partir des années 60.

La première partie de l’article va traiter de «l’Histoire des publics du sport».

Pour comprendre le hooliganisme d’aujourd’hui, il faut d’abord s’intéresser à l’apparition et à l’évolution des publics du sport.

Qu’est-ce qu’un public?

C’est un terme moderne mais à la fois très ancien qui remonte à l’Antiquité.

  • La Grèce antique:

A cette époque, les grecs inventent la notion de compétition sportive, dont la signification n’a pas vraiment évolué jusqu’à aujourd’hui. La création de la compétition sportive trouve son origine dans plusieurs faits historiques. Elle est d’abord liée à l’émergence de la démocratie mais cela est plus compliqué car la démocratie est apparue au 5ème siècle av. J.C. alors que les Jeux Olympiques ont débuté bien avant (au 8ème siècle av. J.C.).

Toute la société grecque était basée sur la compétition et cela dans tous les domaines: les régions indépendantes, les cités étaient en constante rivalité, parfois en guerre. Il fallait montrer qui avait le meilleur philosophe, le meilleur musicien, les meilleurs athlètes... En effet, les membres de la cité reflétaient la société elle-même et le «meilleur» représentait ainsi la supériorité de la société à laquelle il appartenait (contexte culturel).

C’est dans ce cadre que sont inventés les 1ers Jeux Olympiques (il existait d’autres Jeux avant) et cela attire les foules: les organisateurs se trouvent confrontés à l’interaction du public, composé de femmes vierges et d’hommes libres, et cela va poser des problèmes et supposer une organisation spatiale, temporelle et fonctionnelle.

- - Organisation spatiale: pour le déroulement des Jeux et l’accueil du public, les grecques vont inventer les stades et les gradins. Ces stades vont être des extensions du paysage, construits en prolongement d’une colline par exemple (idéal pour les gradins). De même, l’accessibilité était un élément capital dans le choix du site. Le stade d’Olympie avait été choisi car très accessible (par voie fluviale, maritime, par les plaines...). Ce stade pouvait accueillir entre 40 000 et 60 000 spectateurs. Mais où allait-on loger ce public? Construire des bâtiments exprès aurait été trop coûteux et pas assez rentable (Jeux tous les quatre ans), donc comme les JO se déroulaient au mois d’août, les spectateurs dormaient «à la belle étoile». En revanche, de nombreux canaux étaient construits donnant l’accès à des toilettes, des douches, à l’eau potable.

- - Organisation temporelle: les JO s’appuyaient déjà sur la périodicité, à savoir tous les 4 ans. Les calendriers de l’époque s’élaboraient en fonction des Olympiades. De plus, les Jeux avaient un programme prédéfini, on savait quelle année mais aussi quel jour telle épreuve se déroulait donc le public pouvait s’organiser à l’avance pour rallier Olympie.

- - Organisation fonctionnelle: les Jeux avaient des règles avec un arbitrage. C’est ainsi que les arbitres étaient crées, devant être loyaux et prêter serment, tout comme les athlètes d’ailleurs. S’il y avait triche, c’était donc un parjure qui pouvait amener de graves sanctions (parfois la mort). On réglementait pour garantir un bon spectacle au public (impossible si c’est l’anarchie). Si le public sentait une injustice sur le terrain, il se révoltait (époque guerrière), donc la solution était la réglementation pour avoir un public calme. Si toutefois il y avait du désordre, des rixes dans le public, des juges étaient sur place et pouvaient condamner immédiatement tout type de crime, donc tout était fait pour garantir la tranquillité de la compétition.

Mais le 5ème siècle av. J.C. marque un tournant dans les Jeux Olympiques: on passe d’un sport amateur à un sport professionnel. A l’époque, il y a un engouement certain pour l’athlétisme, essentiellement pratiquée par les aristocrates, non pas pour l’argent mais pour l’honneur, la vertu, la supériorité, pour prouver qu’ils étaient nobles, qu’ils étaient bénis des Dieux. Ils pouvaient alors accéder à de hautes responsabilités: diriger une cité, commander une armée...

Mais au fil du temps (vers le 1er siècle av. J.C.), il y a une appropriation des Jeux par la population qui va en changer les valeurs: les récompenses matérielles apparaissent. Dès lors, les cas de tricherie deviennent importants, il y a de moins en moins de barrières morales (on doute des Dieux) et de plus en plus d’argent.

  • L’Empire Romain:

Quelques siècles plus tard, l’Empire Romain domine l’Europe (et plus encore). Les civilisations grecques et romaines sont très différentes, notamment dans le sport. On passe alors de la compétition sportive grecque au spectacle (sportif) romain. Une autre différence réside dans l’acceptation de toutes les femmes et des esclaves au sein du public, ces Jeux n’étant pas «sacrés».

- - Organisation spatiale: leurs sites sportifs avaient des dimensions gigantesques. Le cirque Maxime pouvait accueillir 180 000 personnes. Il fût construit en plein cœur de la ville du fait d’une volonté politique. En effet, contrairement à la Grèce où il pouvait y avoir des débats politiques en plein centre-ville, Rome, elle, n’en voulait pas (menace pour l’Empire).

- - Organisation temporelle: la durée des Jeux de cirque s’étendait à un tel point qu’elle couvrait environ la moitié de l’année. Au début, les courses de chars duraient 2 jours avec 5 épreuves par jour; elles sont passées ensuite à 20 courses sur 15 jours avec une plus grande diversité d’épreuves.

- - Organisation fonctionnelle: les Jeux de Rome se déroulaient en ville donc pas de problème de logement, ni de nourriture (voir plus loin) et les romains avaient même inventé des systèmes d’ombrage pour les gradins.

La grosse différence avec la Grèce était que le public romain recevait de l’argent, de la nourriture et des bons d’achats (pendant les Jeux) de la part de l’empereur qui n’était pas très populaire devant une partie du public: la plèbe. La plèbe représentait les personnes les plus pauvres de Rome et comptait environ un million de personnes. A l’époque, l’empereur sait que la plèbe n’a pas grand-chose à perdre et que si elle se révolte, il sera en danger, le peuple sera massacré...Donc, la solution est de nourrir ce public populaire qui vient en masse assister aux Jeux. La plèbe est presque cajolée et paradoxalement, devient puissante par sa propre faiblesse. Cela coûte très cher à l’empereur mais lui assure protection et paix sociale. Il a le souci permanent de satisfaire le public. En effet, pour ce dernier, c’est vite un droit acquis: si le spectacle ne plaît pas, il se plaint. L’empereur se doit donc de lui offrir des spectacles originaux. On voit alors arriver des animaux dans l’arène. A l’époque, lions, tigres, éléphants étaient présents sur le continent européen mais les Romains, à cause des jeux, ont provoqué un des plus grands désastres écologiques: ces animaux ont disparu d’Europe.

Cette méthode de «Pain et Spectacle» marche et endort le peuple. Mais au fil des siècles, chaque empereur devait faire mieux que le précédent et la plèbe, qui voit ses besoins vitaux satisfaits, aspire naturellement à autre chose: du pouvoir. Par exemple, quand un gladiateur se bâtait bien, la plèbe pouvait le sauver, ce qui voulait dire que l’empereur, qui détient le pouvoir suprême (droit de vie ou de mort sur quelqu’un), le cédait quelques secondes à la plèbe. Cela procurait aux spectateurs (pauvres) un sentiment de pouvoir qui ne se voyaient plus comme les plus faibles car ils avaient ce pouvoir quelques instants. D’ailleurs, au fur et à mesure, la plèbe devenait sanguinaire et tuait de plus en plus les gladiateurs méritants.

Par le spectacle, l’empereur pouvait donc connaître son degré de popularité. Quand il entrait dans le cirque Maxime, le fait d’être applaudit ou non permettait de le savoir. Les Jeux étaient donc le moment privilégié pour les revendications politiques de la plèbe.

Mais le spectacle avait aussi une autre fonction. Comme les Jeux coûtaient très cher, le peuple était flatté et fier d’être Romains car la grandeur, la puissance de Rome était démontrée à travers la dépense d’autant d’argent.

Au final, le peuple était nourri, investi de pouvoir et fier: il n’avait aucune raison de se révolter...

Au 4ème siècle ap. J.C., Constantin quitte Rome et fonde Constantinople, capitale de l’Empire Romain en Orient. Il s’inspire des constructions de Rome pour créer des cirques ou plutôt des hippodromes. Les habitants de Constantinople se passionnaient pour les courses de chevaux et de chars mais pas pour les combats (morale chrétienne). Là aussi, l’empereur redoutait la plèbe et à juste titre: une grande révolte eût lieu faisant plus de 30 000 morts. Les craintes de Rome à l’époque étaient donc fondées quant à la plèbe.

  • L’époque de la royauté:

Avec le 10ème siècle arrive l’époque féodale où l’Europe était morcelée en petits territoires dirigés par des seigneurs qui se faisait régulièrement la guerre. Mais quand ce n’était pas le cas, ils organisaient des tournois médiévaux pour lutter contre l’ennui. Le but était de capturer le plus de chevaliers possible du camp adverse pour exiger une rançon. Mais comme à l’époque antique, on redistribuait les richesses au peuple, des banquets étaient organisés... C’était la seule attraction de l’époque mais il n’y avait pas de public.

Deux siècles plus tard, la joute médiévale devient le jeu par excellence. Il est très codifié (longueur de lance, manière de heurt...): la société règlemente la violence. Et à ce moment là, on voit réapparaître le public: des nobles, des aristocrates, des femmes car c’est un spectacle «noble, élégant» et un lieu de sociabilité. Mais on ne trouve aucune structure pour accueillir ce public à l’époque. A partir de ce moment là, le public ne va plus quitter «la scène».

Sous l’Ancien Régime, le jeu de paume apparaît et le public fait alors parti du spectacle et les premiers paris sportifs s’opèrent. Les spectateurs étaient issus des couches aristocratiques et populaires. Ce spectacle devient donc un nouveau lieu de sociabilité mais c’est surtout la première fois qu’il y a un vrai lien entre le public sportif et l’économie.

  • La période du sport moderne:

Au 19ème siècle, les sports modernes voient le jour: activités codifiées, réglementées, pacifiées. A l’origine, la pratique de ces sports avait un enjeu pédagogique, de préparation militaire: enseigner des valeurs par le sport, donc pas de public. Mais les activités deviennent tellement populaires qu’elles débordent des écoles privées et inondent la société, l’Europe, le monde... Il en découle une certaine perte de contrôle et un public spontané fait son apparition.

Le 20ème siècle marque une dimension nouvelle et là, les vrais problèmes commencent en France. Les acteurs du sport ne veulent pas de public car cela pourrait changer la vocation pédagogique de ce premier, s’il y a spectateurs, c’est que c’est un spectacle donc un risque de perversion plutôt que d’éducation selon eux. De plus, la masse toujours plus grande du public inquiète (rappelle la plèbe). Ce sont encore les aristocrates, les nobles qui pratiquent et ont une image négative, méprisante du peuple: ils en ont peur, à l’image de Coubertin, et ne veulent pas créer les conditions qui permettent à la foule de se réunir. Finalement, le perte de contrôle est totale et le public s’impose tout seul: des stades se construisent.

Dans les années 20, les tribunes apparaissent, et dans les années 30, la coupe Davis réunit déjà 10 000 spectateurs. Le premier grand édifice construit en France est le stade de Colombes (début du siècle) qui contenait 20 000 places assises. C’était le peuple qui assistait aux compétitions comme le football, le rugby alors que les aristocrates se réfugiaient dans les sports «élitistes» comme le golf, le tennis, l’automobile...

Pour résumé, pendant l’Antiquité, on faisait tout pour accueillir le public; au Moyen-Age, on perd le savoir-faire avec les tournois; puis l’époque des publics parieurs arrive sous l’Ancien Régime; enfin, au 20ème siècle, on ne veut pas du public mais il s’impose de lui-même et va considérablement évoluer après la Seconde Guerre Mondiale...

La suite arrive bientôt avec la deuxième partie: «Du spectateur au consommateur sportif»...

par Pounardo36
bulle_commentaire.jpg Les derniers commentaires

par Bram

le 26 juillet 2007 à 12H00

Les publics du sport : Origine et histoire du hooliganisme

Très bon article. Je suivrais la saga sur le hooliganisme avec attention, m’intéressant moi même au sujet.

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par dam

le 26 juillet 2007 à 12H42

Les publics du sport : Origine et histoire du hooliganisme

Vraiment un très bon article. Pour en revenir aux Jeux de Rome, j’avais lu quelque part qu’une édition sous je ne sais quel empereur avait duré quasiment 500 jours et avait coûté la vie à des milliers de gladiateurs. Légende ou réalité ? Si tu as croisé cette info pendant tes recherches...

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par ben2

le 26 juillet 2007 à 12H48

Les publics du sport : Origine et histoire du hooliganisme

Bravo pour cette leçon d’histoire très instructive. Je surveille la sortie prochaine du deuxième volet.

Le monde du sport n’a pas tellement évolué finalement. De nos jours, nous ne sommes pas si loin du "PANEM ET CIRCENSES" des romains...

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par sofsky

le 26 juillet 2007 à 16H35

Les publics du sport : Origine et histoire du hooliganisme

interessant et très instructif ! merci

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par macleod

le 27 juillet 2007 à 00H06

Les publics du sport : Origine et histoire du hooliganisme

ok. j’attends la suite sur le hooliganisme made in GB. là y aura matière à répondre mon berrichon. puisque tu fais un dess ou master et que je suis accessoirement prof à la fac (j’interviens à nice sur un module), je ferais une premiere critique pour ton mémoire : tu devrais commencer à définir HOOLIGAN, et de t’intéresser à ce qu’il veut dire en anglais

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